Que sont devenus les coachs de la CAN ?

TeddyBertinAvatarSteveSavidanAvatar1Ce sont les maux chroniques du foot africain: l’ingérence politique et son corolaire, l’instabilité sur les bancs de touche. Trois semaines après le coup de sifflet final d’Egypte-Ghana, et à quatre mois de la première Coupe du monde sur le continent africain, Plat du Pied sécurité a voulu faire le point sur la situation des coaches engagés dans la CAN angolaise. Combien sont restés en poste? Les coachs européens sont-ils menacés, après les réussites des locaux Saâdane et Shehata? Le point, en 4 familles: les menacés, les débarqués, les dissous, et les confirmés.

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  • Les menacés

Côte d’Ivoire: tout le monde veut la place de coach Vahid

C’est la grosse déception de la CAN. Coach Vahid n’a emmené la Côte d’Ivoire qu’en quart de finale, avec un style de jeu plutôt aride, alors qu’il dispose de joueurs flamboyants: Didier Drogba bien sûr, mais aussi Salomon Kalou, Yaya Touré, Kader Keita, Didier Zokora ou même la révélation lilloise Gervinho. Avec ces joueurs-là, il y a moyen de faire quelque chose à la Coupe du monde. D’où les convoitises. La fédération ivoirienne croule sous les candidatures, et les noms pour remplacer Vahid commencent à circuler : le globe-trotter Philippe Troussier, l’exilé Eric Gerets, ou encore le régional de l’étape Jean-Marc Guillou.

Ce dernier semble un candidat très sérieux, puisqu’il a connu la plupart des joueurs de la sélection ivoirienne dans son Académie d’Abidjan, et dispose d’un vrai crédit à Yamoussoukro. En attendant, coach Vahid n’est pas content, car coach Vahid pas aimer qu’on critique travail fait par lui. Ses adversaires? Des guignols. La seule chose sûre, c’est que Marc Zoro ne sera pas le sauveur des Éléphants.

Cameroun: Paulo veut garder son tablier

Éléphants-Lions, même combat ! Comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun a largement déçu lors de la CAN angolaise. Battus lors du premier match par le Gabon, les équipiers du mégalo Samuel Eto’o ont ensuite été momifiés par l’Egypte en quarts. Même si Paul Le Guen a assuré que ce n’était “pas un échec”, il a été très critiqué au Cameroun. Réponse de la “patate de Pencran”: “Il n’est pas question pour moi de rendre mon tablier”. Paulo, c’est vrai, avait quand même réussi depuis juillet 2009 à remettre sur les rails un Cameroun bien mal embarqué et à le qualifier pour le Mondial sud-africain.

Le rigoriste breton semble désormais décidé à imposer ses choix pour les Lions indomptables. Sa dernière liste de 22 joueurs, pour le match amical contre l’Italie le 3 mars prochain, est ainsi “vue un peu comme révolutionnaire car, il n’y a cette fois pas de Rigobert Song. Et aussi l’absence de 6 autres ayant participé à la dernière CAN.

Burkina Faso: le syndrome Le Mans

L’ancien entraîneur du Mans, Paulo Duarte, est en contrat jusqu’en mars à la tête des Étalons du Burkina. Son bilan est plutôt honorable, avec une qualification pour la CAN et une seule défaite (0-1) contre le Ghana (le Burkina était dans le groupe B, composé de 3 équipes, après le retrait du Togo). Mais apparemment, ça ne sent pas bon pour le Jose Mourinho de Ouagadougou. C’est en tout cas ce qui ressort de la lecture de l’interview pleine de mauvaise foi de Yacouba Jacob Barry, président de l’Union nationale des supporters des Étalons, à Fasozine.

“Pour ma part et au vu des résultats que Duarte a obtenu avec les Étalons, en témoigne la 6e place que nous avons gagnée au niveau du classement Fifa, et le fait d’avoir qualifié les Étalons pour la CAN est à saluer à sa juste valeur. Mais cela ne veux pas dire que Duarte est l’homme qu’il nous faut ou qu’il est indispensable, loin s’en faut. Cependant en ce qui me concerne, je privilégie toujours la piste nationale. Car je crois que nous avons l’expertise nationale. Je ne veux pas faire montre d’un nationalisme qui tend vers le chauvinisme (…) Mais après son échec au Mans, il a juré de faire des Étalons sa priorité. Je ne veux pas le juger sur cet aspect mais sur les résultats qu’il a engrangés avec notre onze national, et sur ce plan je n’ai rien à lui reprocher.”

Paulo, lui, semble s’en foutre. “Aujourd’hui, il y a 4 clubs qui veulent de moi dont deux de la Tunisie. C’est l’Espérance de Tunis et l’Etoile. Il y a aussi Lockeren et un club de Roumanie. A cette CAN, il y a même des équipes nationales qui m’ont contacté comme celle du Maroc et d’autres pays dont je tais les noms.”

  • Les débarqués

Mali: Stephen Keshi rentre au pays

Arrivé en 2008, le Nigérian Stephen Keshi avait deux missions: qualifier le Mali pour la Coupe du monde et la CAN. Il a rempli le second objectif, mais a déçu pendant ladite compétition en arrivant troisième du groupe A, derrière l’Angola et l’Algérie. La fédération malienne de football l’a donc limogé pour “insuffisance de résultats”, après “une analyse approfondie des causes qui ont déterminé l’élimination précoce de la sélection nationale à la CAN 2010”. “Sur la base de faits relatés, d’une observation rigoureuse de l’environnement de l’équipe, du comportement peu professionnel de certains joueurs et d’une partie de leur encadrement”, la fédé malienne a décidé plusieurs mesures, qu’elle a fait connaître par communiqué:

– La fin des contrats de l’ensemble des membres de l’encadrement technique et du corps médical.

– L’engagement immédiatement des consultations avisées pour trouver les compétences techniques adéquates pour encadrer l’équipe nationale.

– Un remembrement radical de la sélection nationale. Sa reconstruction sera basée sur des critères techniques, éthiques et moraux bien définis.

– Aucune place en équipe nationale n’est acquise. Toutes les places sont en compétition pour tous les joueurs maliens désireux d’y venir et de servir leur pays.

– Il sera mis en place très prochainement une commission de réflexion et d’élaboration d’une charte et d’un règlement intérieur des sélections nationales.

Signe du bordel qui règne dans le foot malien et des rapports délétères qu’entretient la Fédé avec une partie de la presse, cet article paru sur Maliweb et dont on vous livre quelques extraits: “Depuis juillet 2009, des incapables, irresponsables et apatrides proches du pouvoir se sont accaparés de notre football. En quelques mois seulement, ils l’ont foutu dans la merde, tout comme ils ont fait des ravages partout où ils ont passé (…). On sait que sont intellectuellement limités la plupart des membres de la Fédération malienne de football.”

Nigeria: URGENT – cherche entraîneur

Impitoyable sport! Shuaibu Amodu s’est fait virer comme un malpropre quelques jours seulement après avoir terminé troisième de la CAN avec Peter Odemwingie en pointe. Et après avoir qualifié son équipe pour la Coupe du monde (où elle affrontera la Corée du Sud, l’Argentine et la Grèce) – toujours avec Odemwingie! On est journalistes donc on ne doit pas juger, mais là, c’est vraiment n’importe quoi. En quête d’un homme providentiel, les instances nigérianes ont sondé en vain Trappatoni et Van Gaal (lol).

On parle également de Guus Hiddink (qui va bien trouver une petite sélection d’ici juin pour pourrir un groupe de la coupe du monde en jouant en 5-4-1), mais aux dernières nouvelles, c’est le sélectionneur de l’Egypte, Hassan Shehata, qui tient la corde pour une pige. Shuaibu, qui l’a mauvaise, a son explication sur tant de méchanceté: “J’ai réussi tellement de choses que j’ai l’impression que le seul problème, c’est que je ne suis pas blanc. Autrement, je peux me vanter d’être d’un des meilleurs coaches d’Afrique”.

Gabon: “Renard m’a tuer

“Gigi” ne mènera pas le Gabon à la CAN 2012, pourtant organisée à la maison. L’ancien milieu international n’a pas été reconduit à la tête des “Panthères”. Un peu injuste, dira-t-on, car l’ex du PSG et du TFC avait quand même qualifié le Gabon pour sa première CAN depuis 2000, malgré une doublette Eric Mouloungui – Daniel Cousin en attaque. Bouc-émissaire idéal, Giresse? Oui, répond l’intéressé, qui dit partir “la tête haute” et égratigne sa fédération: “Elle déstabilise trop par des interventions qui ne respectent pas les joueurs. Un exemple, lorsque le président de la République a donné des primes, la fédération souhaitait en récupérer une partie.”

Qui remplacera Giresse? Le président de la fédération gabonaise de football (FEGAFOOT), Placide Dieudonné Engandzas Lembangou, a esquissé le portrait-robot de ce “technicien européen de haut niveau”: “Le futur patron du onze national sera un homme qui a joué au football de très haut niveau, qui a un CV Sportif lourd notamment en qualité d’entraîneur, et qui a de l’ambition pour lui-même et qui est capable d’accompagner l’ambition que nous nous sommes fixés, c’est-à-dire de gagner la CAN chez nous en 2012”. Le portrait craché de Gernot Rohr, on vous dit.

Angola: “Raisons personnelles”

Manuel José, sélectionneur des Palancas Negras, l’avait mauvaise après l’élimination de son équipe contre le Ghana en 1/4 de la CAN (0-1). Un mois plus tard, il a démissionné pour “raisons personnelles”, avant l’échéance de son contrat en juin. Le secrétaire général de la Fédération angolaise de football, Augusto Silva, a indiqué que l’assistant de Jose, Zeca Amaral, lui succéderait provisoirement.

  • Les dissous

Bénin: plus de sélection

“Nous avons décidé de repartir sur de nouvelles bases. Nous entendons composer un groupe bien déterminé”. Jusque là, rien d’étonnant. Le discours de Anjorin Moucharafou, président de la fédé béninoise (FBF), est la conséquence logique d’une CAN pas formidable (2 défaites, 1 match nul contre le Mozambique). Sauf qu’il n’est pas seulement question de virer l’entraîneur, l’ancien gardien de Cannes et Nice Michel Dussuyer. Non, la FBF a carrément décidé de dissoudre la sélection béninoise et le staff technique. Motif: “indiscipline”!

Le Jean-Pierre Escalettes de Cotonou explique: certains joueurs et membres du staff “ont fait preuve de manque de respect et de patriotisme” lors de la CAN. La brouille relève, comme d’hab, d’une histoire de primes impayées, à la veille de la compétition. Sur le Vieux Continent, la dissolution est à la mode : la Guinée avait déjà expérimenté la méthode Jacques Chirac au mois de novembre.

Dissolution? Ca veut dire que les 23 joueurs sélectionnés pour la coupe d’Afrique ne seront plus appelés en équipe nationale. Et que le staff est renvoyé. Enfin, pas vraiment, puisque la FBF n’a pas les moyens de payer les indemnités de l’ancien sélectionneur, et encore moins un éventuel procès. Donc Dussuyer devrait continuer d’être rémunéré jusqu’à la fin de son contrat, mais il a déjà été remplacé à la tête de la “nouvelle” sélection par Michel Sorin et Xavier Bernain, respectivement entraîneurs des Requins et des Buffles, deux clubs de l’élite béninoise. En résumé, un beau bordel.

  • Les confirmés (ou pas loin)

Egypte: Hassan Shehata, pigiste de luxe

Le destin du sélectionneur égyptien a de quoi faire rêver Raymond Domenech. Triple vainqueur de la CAN avec les Pharaons (2006, 2008 et 2010), il a prolongé son contrat à la tête de l’équipe jusqu’en 2014. Et ce, même si l’Egypte n’a pas réussi à se qualifier pour la World Cup. Qu’à cela ne tienne! Les autorités égyptiennes du ballon rond l’ont autorisé à s’engager avec une autre sélection s’il reçoit une proposition “substantielle” pour la Coupe du monde. Il pourrait se retrouver bombardé à la tête du Nigeria, qui l’a sondé, jusqu’à la fin juillet, avant de revenir au Caire. En attendant, une chose est sûre: il n’ira pas entraîner Israël

Algérie: Saâdane peinard

Une qualification pour la Coupe du monde, une quatrième place à la CAN après avoir sorti la Côte d’Ivoire, pourtant favorite au début de la compétition, une liesse populaire pas vue depuis longtemps au pays: Rabah Saâdane peut dormir tranquille, il est certain de coacher les Fennecs en Afrique du Sud, vingt-quatre ans après leur dernière participation au Mondial. Mais l’ingratitude footballistique est telle que la lourde défaite en demi-finale contre l’Egypte (4-0 et trois cartons rouges dans la musette) a ouvert la voie aux critiques. On a récemment parlé de lui coller un adjoint dans les pattes, on a même parlé de Trappatoni pendant la CAN pour le remplacer, mais Saâdane le juste ne s’en fait pas. C’est pour lui la déstabilisation classique orchestrée par des techniciens qui veulent coacher une équipe africaine en juin prochain, mais surtout pas se taper les laborieux éliminatoires au Rwanda, au Tchad ou au Yemen. L’entraîneur algérien l’a dit: il ira en AfSud avec son staff, et s’arrêtera à la fin de son contrat, en juillet. Le Mémé Jacquet d’Alger se justifie avec classe: “Ce fauteuil de sélectionneur, je ne le garde pas à tout prix”, car la sélection appartient “à toute l’Algérie”.

Ghana: Milovan Rajevac dans un fauteuil

Le sélectionneur serbe des Black All Stars peut préparer tranquillement la Coupe du monde. Finaliste malheureuse de la CAN avec son équipe (défaite 1-0 contre l’Egypte), la sélection a été encensée par le président de la république ghanéenne, John Atta Mills en personne. “Personne ne peut nier que nous avons une grande équipe en formation et qu’en juin prochain, nous allons étonner le monde”, s’est enflammé le chef de l’Etat. Mills a même accordé une prime exceptionnelle de 20 000 dollars aux 23 joueurs de la sélection. De quoi les motiver un peu plus encore pour l’Afrique du Sud, où ils seront de sérieux outsiders. A Plat du Pied sécurité, on a d’ailleurs misé une petite pièce sur les Black All Stars, qui avaient déjà fait bonne impression lors du Mondial allemand il y a quatre ans.

Zambie: ABC=Renard

“Nous avons un plan ABC qui ne fait qu’un: plan A Renard, plan B Renard et plan C Renard”. Kalusha Bwalya, président de la fédé zambienne, ne s’en cache pas, il veut garder son coach français à la tête des Chipolopolos. L’ancien joueur de l’AS Cannes, sorte de Boudewijn Zenden du pauvre, s’est distingué pendant la CAN en menant son équipe jusqu’aux quarts de finale, éliminé aux tirs au but par le Nigeria. Et ce avec une équipe d’illustres inconnus. Selon le Post of Zambia, un rendez-vous avec Renard devrait avoir lieu prochainement pour prolonger son contrat. 

Mozambique: Nooij en avait Mart

Le Néerlandais Nooij Mart aurait bien aimé voir du pays. A la tête des Mambas (82e au classement Fifa) depuis 2007, le technicien a posé sa candidature pour prendre les rênes des Aigles nigérians. Recalé, il pourrait donc rempiler avec la sélection du Mozambique. A Maputo, la fédé, qui avait laissé entendre dans un premier temps que Mart serait viré pour résultats insuffisants, semble s’être reprise. Flegmatiquement, elle a reconnu que Mart avait “atteint ses objectifs pour la CAN (1ère qualification depuis 12 ans, ndlr). Nous sommes satisfaits des résultats de l’équipe du Mozambique”. Une prolongation de contrat pourrait bientôt être signée.

Malawi: Phiri Kinnah, pas de nouvelles, bonnes nouvelles

On ne sait pas grand-chose de Phiri Kinnah depuis la CAN. Mais à en croire le toujours bien informé Nyasa Times, le coach des Flammes vient de délivrer sa liste de 30 joueurs pour le championnat d’Afrique des nations. Le sélectionneur du Malawi, dont l’équipe a terminé dernière du groupe A, devrait donc sauver sa tête grâce à la retentissante victoire contre l’Algérie (3-0).

Tunisie: Benzarti confirmé

Vieux routier du foot tunisien, Faouzi Benzarti a été maintenu à la tête des Aigles de Carthage pour une période de deux ans renouvelable. Seule condition, qu’il abandonne sa double casquette et se désengage à la fin de la saison de l’Espérance de Tunis. Elie Baup, qui – paraît-il – était sur les rangs pour succéder à Benzarti après une CAN moyenne, pourra lui se consacrer à Canal Plus.

A lire: “Le foot c’est aussi simple qu’une dissolution” sur Plat du Pied
“Nigeria: Amodu cadavéré !” sur sofoot.com

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Jérôme Lefilliâtre et Sydney Maréval

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