Clients de la Société Générale ne lisez pas ce livre…

Client de la Société Générale, ne lisez pas ce livre. Ou lisez-le. Mais après, vous considèrerez votre banquier d’un autre oeil, vous referez vos comptes et vous regarderez la facture des frais divers et des éventuels agio autrement.

Lire la “Société Générale. Secrets Bancaires” de Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch, c’est un peu passer de l’autre côté de la banque, ou précisément, de l’autre côté du comptoir pour visiter la maison de la cave au grenier. Alors que le procès de Jérôme Kerviel démarre demain, le 8 juin, pour 3 semaines, c’est sans doute le bon moment.

On croise Jérôme Kerviel bien sûr, mais pas que lui. Il y a aussi Joseph Oughourlian, ou Guillaume Pollet, employés indélicats de la banque à New York. Le premier échappe à toute condamnation mais pas la banque. A l’inverse, dans l’affaire Guillaume Pollet, l’homme est condamné par la justice américaine en 2007, l’institution est épargnée. Sa technique relevait de la catégorie accrobatie financière sophistiquée. Pas le genre de Franck Gruttadauria. Lui, il siphonnait l’argent de ses clients à l’ancienne. Il interceptait les relevés de compte des clients qu’il conseillait, ponctionnait sa dîme -énorme-, renvoyait le vrai bulletin à une fausse adresse et faisait parvenir le bulletin fictif au client. L’un d’eux pouvait lire qu’il était à la tête de 23 millions de dollars, en réalité il lui restait 16.000$. La dîme avait fait des dommages sévères. Bon, il s’agit de peccadilles.

Les vedettes de Taïwan. C’est plus lourd. Qui est au coeur du montage financier qui permettra aux commissions et rétro commissions de circuler entre Taïpei, Paris et Luxembourg? La Société Générale.  Affaire d’Etat qui devrait ressurgir encore et encore, avec quelques morts à la clé.

Pour rester dans le  lourd et dans l’actuel, il y a l’accompagnement de Vivendi-Universal, puisque Jean-Marie Messier comparaît en ce moment même en correctionnel à Paris.  Les auteurs décrivent par le menu des opérations d’une grande complexité qui permettront au groupe français de prendre le contrôle du Canadien Seagram et de l’Américain Universal. La sophistication n’est pas une faute en soit, sauf quand elle pousse la grenouille à se faire aussi grosse que le boeuf et…  à éclater.

La SGAM AI rassemble sans doute tous les travers des affaires de traviole. Conflits d’intérêts, erreurs de gestion, cupidité, négligences et mauvais choix stratégiques, tout y est. Nous racontions ici même comment la SGAM avait affiché une perte de 850 millions d’euros en 2008 (3). Un désastre effacé dans les comptes consolidés de la Société Générale dans lesquels n’aparaissaient que 43 millions de pertes. L’ancienne filiale a aujourd’hui été cédée au Crédit Agricole.

TCW, Sentier II, les noms de filiales et les dénominations de dossiers traités par la justice se succèdent jusqu’à la nausée. On voyage beaucoup dans ce cloaque bancaire, en Israël, en Turquie pour une affaire d’or qui refait surface, au Cameroun, en Belgique, dans les rues  d’Anvers, ou à Singapour.

Bref, il faut lire ce livre où ne manque que Bernard Madoff. La Société Générale s’est tenue à l’écart des produits Madoff. On ne peut pas tout faire mal. Parfois on fait le bon choix. A propos de Madoff, on peut dévorer le petit bouquin qui reprend les trois articles parus dans Vanity Fair, sous la signature de Mark Seal (2). A savourer, le témoignage de son assistante qui fut abusée comme des milliers de clients fortunés.

PhDx

(1) Société Générale. Secrets bancaires. Jérôme Jessel & Patrick Mendelewitsch. Edt. Flammarion. 19,95€
(2)
Madoff, l’homme qui valait cinquante milliards. Mark Seal. Edt. Allia 2,85€
(3) “Nous accusons la Société Générale d’avoir violé les lois fédérales” 1/2

3 commentaires pour “Clients de la Société Générale ne lisez pas ce livre…”

  1. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par yXeLLe, babils. babils a dit: clients de la société générale – https://blog.slate.fr/phdx/2010/06/06/clients-de-la-societe-generale-ne-lisez-pas-ce-livre/ […]

  2. un article qui risque de t’intéresser, bisous

  3. Thinking. It’s always the same thing. To think is to go insane.

    Sent from my Android phone

« »