La Société Générale place ses actifs invendables dans une poubelle et réduit ses impôts

La Société Générale est en train de construire une grande poubelle dans laquelle elle va placer ce que les financiers appellent dans le jargon des actifs “illiquides”. Nous dirons des actifs, des titres, des actions ou des crédits dont plus personne ne veut, bref, invendables. L’information sortie par La Tribune (08/01/10) n’est pas commentée par la banque qui admet le principe de l’opération, mais refuse de confirmer ou de démentir les chiffres avancés par le quotidien économique.

La Tribune, à l’évidence très bien informée, estime que les invendables ont une valeur nominale de 45 Mds€ et une valeur comptable de 35 Mds€. En clair, ça valait 45 Mds€, 10 Mds€ ont été “provisionnés” ou passés par profits et pertes, reste encore 35 Mds€ dont il faut d’une manière ou d’une autre se débarrasser à vil prix, ou jeter dans l’incinérateur en affichant dans ses comptes une pertes de 35 Mds€ qui ferait très très désordre. Car ce chiffre doit être placé en vis-à-vis de ces fonds propres: 30 Mds€. Il n’est jamais très sérieux pour une banque de rapprocher une perte quasi certaine de 35 Mds€, de fonds propres à 30 Mds€. Entre les deux se joue la crédibilité de la banque. Quand la somme devient négative, on passe dans la catégorie des mauvais élèves. Reste-t-il de bons élèves dans la classe des banques? On cherche.

Pourquoi regrouper ces invendables? Ils sont actuellement localisés à New York, peut-être la fin des subprimes ou du résidu de Madoff, à Londres ou à Sydney, en Australie. Ramenés à Paris ils permettront de faire baisser les impôts payés par la Société Générale (SOGN.PA) en France, avance La Tribune. Sans doute une manière de remercier l’Etat. En pleine crise la banque avait reçu 3,4 milliards de l’Etat qu’elle devrait rembourser rapidement maintenant. Mais le coup de pouce le plus important était venu des Etats Unis. Le 6 novembre 2008, alors que Barack Obama vient d’être élu à la Maison Blanche, le Reserve Féderal of New York tente de sauver AIG, le numéro de l’assurance dans le monde. En septembre, Lehman Brothers a été mis en faillite, cette fois il faut trouver 85 Mds$ (121 Mds€) pour éviter le même sort à AIG. Too big too fail, dit-on à Wall Street. AIG est trop grosse pour tomber, elle entraînerait dans sa chute trop de banques, trop de créancier…

Timothy Geithner, le président de l’organisme chargé de superviser Wall Street, demande aux créanciers d’AIG de faire un effort. Pas question répondent les banques françaises impliquées: la Société Générale et la CALyon, filiale du Crédit Agricole. La Commission bancaire, l’autorité de tutelle des banques françaises, sollicitée dans la nuit du 6 au 7 novembre 2008, affirme qu’il n’est pas possible, légalement, d’accepter une réduction des engagements d’AIG. Dans l’urgence, Timothy Geithner cède. La Société Générale reçoit 7 Mds$ (10 Mds€) d’argent public et 10 Mds$ (14,3 Mds€) de la part d’AIG.

Le roman financier de la Société Générale n’est pas refermé. Aidée par des fonds publics venus de New York et de Paris, la banque se porte aujourd’hui comme un charme. Tant mieux pour tout le monde, ses clients, ses actionnaires, ses salariés et l’Etat qui devrait récupérer sa mise et compter sur des rentrées fiscales. Quoique. La Société Générale travaille précisément à réduire l’addition. Tout cela en toute opacité. Mais ça passe.

Aux Etats Unis, ça risque de devenir plus inconfortable. Timothy Geithner, devenu Secrétaire d’Etat au Trésor dans l’administration Obama, n’a pas pu oublier la nuit du 6 au 7 novembre 2008 et le refus des banques françaises, d’autant qu’on lui reproche aujourd’hui de ne pas avoir eu les nerfs assez solides en dilapidant l’argent du contribuable américain.

PhDx

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