Le feu couve dans les finances des sapeurs pompiers

Les Sapeurs pompiers eux au moins échappent aux “règles implacables” de l’économie. On voudrait le croire. Eh bien non, et les députés doivent demain (mardi 8 décembre 2009) en débattre demain avec le gouvernement. Parce que les soldats du feu ont un coût et même un coût de plus en plus élevés, trois députés, Georges Ginesta (UMP), Bernard Derosier (PS) et Thierry Mariani (UMP), se sont lancés dans une enquête (1) parfois déconcertante.

L’objet de toute l’attention des députés enquêteurs, ce sont les Services départementaux d’incendies et de secours, les SDIS. Alors combien coûtent les soldats du feu? Ça n’a pas de prix. C’est un point de vue. Mais il faut tout de même dégager 5,9 milliards d’euros pour les financer, 300 millions pour les Sapeurs pompiers de Paris et 100 millions pour les Marins pompiers de Marseille et 5,5 milliards pour les pompiers des Services départementaux. L’essentiel de cette somme est à la charge des départements puisque l’Etat n’apporte plus que 970 millions.

Comment cet argent est-il dépensé? Plutôt n’importe comment à lire les trois députés UMP. Avec la décentralisation chacun fait comme il veut, définit les équipement comme il l’entend et négocie avec les fournisseurs se mettant immanquablement en situation de faiblesse. Les trois députés ne cherchent pas à minimiser le problème : le prix d’une simple paire de gants passe de 5 euros à 40 euros. Un rapport de 1 à 8! Fort heureusement quand le prix des équipements augmentent la fourchette se resserre : “on estime à au moins 20 % le surcoût facturé par les fournisseurs et induit par l’absence de marchés groupés. De fortes variations du coût moyen unitaire des matériels roulant sont constatées : véhicule de secours et d’assistance aux victimes de 51 600 à 78 000 euros; fourgon-pompe tonne de 142 580 à 257 600 euros, camion-citerne rural de 149 467 à 203 235 euros…” Des écarts qui s’élèvent respectivement à 51%, 80% et 36%.

Les disparités d’un département à l’autre peuvent être encore plus surprenantes : “l’heure d’intervention dans le cadre du secours à personne est estimé en 2008, par l’Assemblée des départements de France (ADF), entre 260 et 1 130 euros, selon les SDIS.” Cela coûte un ici, 3,3 là. Au total, les sapeurs pompiers coûte 79 euros par habitant en moyenne mensuelle et l’écart va de 55 euros (Marne, Moselle, Haut-Rhin) à 218 euros en Haute-Corse en passant par 136 euros dans le Gard et 190 euros en Corse du sud.

Pas sûr que l’argent public soit bien utilisé. L’Etat a bien conservé un outil pour financer les investissements, mais en réduisant considérablement son budget (de 60 millions à 20 millions) il n’a plus aucune efficacité. Il a permis de subventionner l’achat de 70 à 80 camions de lutte contre le feu dans l’Est de la France, qui ne peuvent venir en renfort dans le sud en juillet et août, faute d’hommes pour les faire fonctionner.

Côté effectifs c’est une inflation difficile à justifier, notent les élus de droite et de gauche : “Les effectifs de sapeurs-pompiers professionnels ont augmenté de 25 % entre 1999 (28 924) et 2007 (38 236) alors que le nombre d’intervention n’a augmenté que de 5 % sur la même période (près de 4 millions). Le rythme d’augmentation du nombre de sapeurs-pompiers professionnel continue à augmenter fortement alors que l’effet de la réduction du temps de travail est
terminé depuis 2004 (36 461).” Rien à ajouter. Si : “Entre 1996 et 2007, l’augmentation de la dépense a été de 245 % ; depuis la départementalisation de 2001, elle s’élève à 45 %.”

Bref, la machine s’emballe et pour suivre les collectivités locales recourent évidemment à l’emprunt. Les “SDIS ont accumulé une dette s’élevant à 760 millions d’euros en 2007
représentant une annuité de remboursement en capital de 96 millions d’euros en 2008.” Ce qui se profile? Une hausse de la fiscalité locale que les trois élus écartent. La suite se jouera donc après les Régionales.

PhDx

(1) Rapport d’information sur le financement des services départementaux d’incendies et de secours du 8 juillet 2009.

Un commentaire pour “Le feu couve dans les finances des sapeurs pompiers”

  1. Coquille embêtante de votre article détectée par un lecteur de Rue 89 qui en a fait une reprise : le chiffre de 79 euros de dépense moyenne mensuelle par habitant est complètement inconsistant du chiffre de 5.9 milliards de dépense annuelle totale. En effet 79 * 12 * 65 millions = 61.620 Milliards.

    En consultant le document original j'ai noté ceci :

    "Le financement des SDIS repose essentiellement sur les départements (50 %) et les communes (42 %), les autres financeurs étant l’État (1 %) et les conventions particulières avec des bénéficiaires (3 %). La poursuite de l’augmentation des dépenses supposerait donc une augmentation de la pression fiscale locale, qui devient difficilement supportable. En moyenne nationale, il s’agit d’une dépense de 79 euros par habitant : entre 55 euros (Marne, Moselle, Haut-Rhin) et 136 euros (Gard), la Corse du sud atteignant 190 euros et la Haute-Corse 218 euros par habitant… Dans certains départements cette dépense représente un prélèvement qui peut être supérieur à celui de la taxe d’habitation pour une famille de quatre personnes."

    Sauf erreur cette dépense de 79 euros semble annuelle et non mensuelle. En supposant que cette moyenne soit faite par département et non par habitant on a une méthode de calcul qui rend les résultats compatibles entre eux.

    Cordialement,

    Grégory

« »