Le jour où les banques françaises s’embrouillent avec le futur secrétaire d’Etat au Trésor

Parfois, les meilleurs scénario de films à suspens proviennent d’endroits inattendus. Par exemple derrière les murs de pierres grises de la Réserve fédérale de New York, 33 Liberty Street, en plein Financial district, au sud de Manhattan. L’inspection générale de la Fed de New York vient en effet de publier un rapport (1) sur les discussions tendues qui ont eu lieu durant 48h00, entre le 6 et le 7 novembre 2008, quand se dessinait la sauvetage d’AIG et par rebond celui de Goldman Sachs ou de la Société Générale.

Deux jours après l’élection d’Obama, entre le 6 et le 7 novembre, tout l’état-major de Réserve fédérale de New York se mobilise pour prendre contact avec les principaux clients d’AIG Financial Product’s (AIGFP), une filiale qui propose aux banques de se protéger contre les défauts de paiement de leurs créanciers. Ça n’est pas de l’assurance, mais ça y ressemble et comme tout réussit à AIG, devenu le n°1 sur la planète… Evidemment, dans la tourmente de l’automne 2008, la liste des clients défaillants s’allonge à une vitesse folle. Il faut joindre de toute urgence les sept plus gros clients d’AIGFP qui demandent 55 milliards.

Le temps presse, la flopée de vice president, d’executive vice président, et de senior vice president vont tenter de négocier avec les huit plus gros clients qui réclament leur dû. Parmi elles, les plus belles banques mondiales : Goldman Sachs, la Deutsche Bank, Merrill Lynch ou l’UBS. Et un joli score de la France qui compte deux banques parmi les sept plus impliquées : la Société Générale et la CALyon, filiale du Crédit Agricole. Il faut obtenir très rapidement des concessions pour alléger le fardeau d’AIG.

Leurs réponses sont nettes et sans ambiguïtés : c’est non! Dans toutes les langues, c’est non. AIG doit tenir ses engagements à 100%. Les Suisses de l’UBS, en permanence dans le viseur des autorités américaines pour les dossiers de fraudes fiscales, acceptent une ristourne de 2%, mais à condition que les autres fassent pareil…

Au cours des journées cruciales des 6 et 7 novembre 2007, un executive vice president et un senior vice président ont appelé la Commission bancaire, l’organe de régulation des banques en France, pour la tenir au courant des discussions menées avec la Société Générale et la CALyon. Après concertation avec les deux intéressées la Commission assure que les banques française ne peuvent, pour des raisons légales, donner suite à la demande qui leur est faite.

Le ton du rapport paru récemment laisse entendre que l’on croit moyennement aux explications avancées par la Commission bancaire. “Les banques françaises ont prétendu qu’elles ne pouvaient faire de concessions au regard de la loi française et que dans le cas contraire elles s’exposaient à des poursuites pénales”.

A ce moment là de l’histoire c’est sauve qui peut. Et puis, comme le note l’inspection générale de la Fed of New York, l’état fédéral américain a accordé un premier prêt de 85 milliards de dollars, il n’est plus question de laisser tomber en faillite. La mort en place publique de Lehman Brothers, le 15 septembre, a suffisamment marqué les esprits. Et puis, tout le monde le sait, mettre en faillite une banque d’affaires New-Yorkaises ça n’aura pas de conséquences majeures sur le système financier planétaire. Alors que mettre AIG dans la même situation et c’est tout le château de carte qui s’effondre. Cette fois le système capitaliste est en péril. Too big too fail, AIG est trop grosse pour qu’on la laisse tomber.

Le refus français débouchait sur un blocage général qui amenait Timothy Geithner, le président de la Fed de New York, a lâcher 27 milliards de dollars de fonds publics pour participer à un sauvetage qui allait coûter 180 milliards de dollars au contribuable américain. Le 7 novembre 2008, la Fed de New York admet sa défaite et renfloue AIG qui fera face à ses engagements.

La Société Générale va recevoir 7 milliards de dollars d’argent public et 10 milliards de la part d’AIG, Goldman Sachs respectivement 6 et 8 milliards, CALyon 1 et 2 milliards. Si Tim Geithner, devenu secrétaire d’Etat au Trésor de l’administration Obama, est épinglé pour la manière dont il a mené les négociations, se coinçant lui même, les banques françaises sont montrées du doigt et leur bonne foi n’est pas certaine. Ils leur faudra de bons arguments quand ils auront un dossier à plaider auprès de la Fed de New York.

PhDx

Ils en ont parlé : Le Figaro, AFP, Le Monde
(1) Board and New York comments regarding SIGTARP AIG Audit. SIGTARP AIG Audit.
(2) “Too Big Too Fail”, Andrew Ross Sorkin
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