Le chien aboie, le narco passe

Attention, chef-d’oeuvre. Avec La Griffe du chien, de Don Winslow, tous les sceptiques, les bien-pensants et ceux qui considèrent le polar comme un genre mineur ou comme de la littérature de gare, en seront pour leurs frais. Car l’auteur nous propose ici un roman épique, très documenté, violent parfois, qui prend à la gorge. Vous ne reprendrez votre souffle qu’une fois les 826 pages de ce livre magistral refermées. De quoi s’agit-il ? “Du plus grand roman sur la drogue jamais écrit”, affirme sur la couverture un certain James Ellroy. Et croyez-moi, on peut lui faire confiance.

Art Keller, ancien agent de la CIA, travaille pour la DEA (l’agence anti-drogue US). Il mène la guerre contre les narcos au Mexique. Adán et Raúl Barbera, surnommés “les seigneurs des cieux”, règnent quant à eux sur le trafic et une armée de sicarios, des hommes de mains chargés d’effectuer le sale boulot, entendez par là les assassinats. Ces deux-là sont les neveux de Miguel Angel Barrera, dit Tio, le chef des chefs. L’histoire démarre au Mexique, passe en Irlande, puis par les Etats-Unis. Art et les autres croiseront sur leur chemin bien d’autres personnages, tous aussi forts, comme Nora, une escort-girl, Callan, un tueur à gages irlandais ou un évêque partisan de la théologie de la libération, en constant conflit avec ses “collègues” proches de l’Opus Dei.

Don Winslow, qui a exercé divers petits boulots avant d’être détective privé puis écrivain à succès, nous offre un roman admirable sur la guerre perdue contre la drogue. Meurtres, corruption, fiction et réalité se mêlent dans un texte très documenté aux personnages hors normes. Un livre dense, bien construit, violent aussi, comme peut l’être le quotidien des narcos et de ceux qui les traquent des deux côtés de la frontière et très bien écrit. La description du tremblement de terre qui ravagea Mexico au milieu des années 80 ainsi que les scènes apocalyptiques qui suivent ce genre de catastrophe sont de toute beauté. En collant au plus près de la réalité, Winslow se paie le luxe de montrer et de démonter le double jeu des différents gouvernements américains, depuis le milieu des années 70 à nos jours. Les sales coups montés par diverses agences de renseignements et les barbouzes en Amérique centrale, mais aussi leur passivité face à l’augmentation du nombre de toxicomanes dans leur pays. Attention, avant de lire La Griffe du chien, préparez-vous, c’est à une descente aux enfers dont on ne sort pas indemne que nous invite Don Winslow.

Couv Griffe du Chien

La Griffe du Chien, de Don Winslow, Points Policier, 826 pages, 9 €

Les commentaires sont fermés !

« »