Liez-moi tout ça

Les articles que je lis/lie via Twitter et mes flux RSS

L’administration Obama considère Fox News comme faisant partie de l’opposition politique. (NYT, via @brianstelter)

Le PDG de Google assure que le journalisme qui fonctionne uniquement au personal branding, c’est pas pour tout de suite. (Technotes, via @Narvic)

Le journalisme hyperlocal fait trembler les petites villes américaines. (Newsweek, via @sreenet)

Wikileaks veut rendre les fuites plus faciles et plus sûres pour ses informateurs anonymes. (Computer world, via @niemanlab)

A Columbia aussi on a eu une princesse, et aujourd’hui elle veut davantage d’écoles de journalisme en Jordanie (The National, via @lavrusik)

Conseillez-moi des articles ou des sites dans les commentaires, sur Twitter (@sayseal), ou par mail à cecile.dehesdin (@) slate.fr.

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Ma marque, c’est moi. (Ou pas?)

Après les cours de Twitter, j’ai eu droit ces deux dernières semaines à des cours de «personal branding». Le personal branding? Un concept — les journalistes devraient se créer/avoir leur marque — qui fâche les blogueurs et certains journalistes. «Les journaliste n’aiment pas en parler parce qu’on dirait un concept de Business school», sourit Dean Sree, mon prof de «Social media skills for journalists». Mais pour Noam Cohen du New York Times, venu assister à un de nos cours, notre marque, c’est tout simplement notre réputation. «Une interprétation active de votre réputation», ajoute Betsy West, ancienne rédactrice chef de CBS. «Avant, j’avais l’impression que CBS, c’était moi. Mais ce n’est pas le cas! Il faut séparer sa marque de son entreprise, parce que sinon quand vous changez de travail il faut que vous établissiez une nouvelle marque».

La marque comme petite annonce

Fin septembre, Xavier Ternisien se demandait dans le Monde si Les journalistes allaient devenir des marques grâce à Internet. Les journalistes dont la signature est connue du grand public existaient depuis longtemps, rappelait-il. Pour lui, la nouveauté se trouve dans l’utilisation d’Internet pour se construire sa marque. Il se demandait si un personal branding réussi pouvait se passer d’un support prestigieux et trouver un public équivalent sur un média en ligne, arguant que pour une grande signature, «le passage au Web only apparaît comme un pari risqué».

Mais la question n’est en fait pas là. Le personal branding actuel ne cherche pas à faire passer petites ou grandes signatures au «Web only», simplement à se construire une réputation qui permettra de (re)trouver du travail. Ce n’est pas tant qu’un journaliste peut ou pas se passer d’un support prestigieux, c’est qu’il ne va pas avoir le choix.

«Votre marque est importante parce que le monde du journalisme a changé», explique Dean Sree. Avant, votre travail parlait de lui-même au travers de grandes institutions (que ce soit le New York Times ou le Minneapolis Star Tribune), mais vous ne pouvez plus vous reposer sur votre entreprise: elle change, se métamorphose, meurt parfois».

«Votre marque, c’est tout ce que vous avez», continue-t-il. «Il fut un temps où quand vous étiez jeune journaliste pour Katie Couric, vous pouviez être sûr d’avoir un plan de carrière pour les vingt années à venir. Aujourd’hui, qui sait si Katie Couric aura un boulot dans deux ans?»

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Ben Parr du blog Mashable: “dans cinq ans, nous écrirons tous pour le web”

Aujourd’hui Ben Parr du blog tech/médias sociaux Mashable est venu nous parler des nouveaux outils à utiliser quand on est journalistes. Trois d’entre nous ont couvert sa visite sur Cover It Live, vous pouvez suivre questions, réponses et autres commentaires en anglais ci-dessous.benparr

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Je peux pas là, j’ai cours de Twitter

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Des cinq cours que je prends chaque semaine à Columbia, le plus étrange est sans aucun doute «Social Media skills for journalists». Mon prof, Dean Sree Sreenivasan, l’a admis immédiatement en introduction: «C’est la première fois depuis longtemps qu’on donne un cours où les étudiants en savent autant sur le sujet». «Ce cours est un effort de collaboration, on va tous apprendre les uns des autres et donner forme à notre utilisation des médias sociaux.»

Au début de l’année scolaire, l’annonce que plusieurs universités américaines lançaient des «Cours de Twitter» a bien fait rire certaines rédactions. Mais après avoir vu un journaliste d’ABC annoncer sur Twitter que Barack Obama avait traité le rappeur Kanye West de «jackass», et surtout après les nouvelles règles données par le Washington Post à ses journalistes quant à l’utilisation des médias sociaux, le cours ne parait plus aussi risible.

Le programme du cours est modifié en permanence sur un google doc. Avant de commencer nos sessions, Dean Sree et son collègue Adam Glenn ont d’ailleurs envoyé le lien sur Twitter en demandant à leurs followers des commentaires, des conseils, des ajouts possibles. (Si vous avez des idées en le lisant, envoyez-les en anglais sur Twitter à @sreenet, en français ou en anglais à moi et je transmettrai).

Le but du cours est de nous apprendre à trouver des infos et identifier des sources, à entretenir une relation avec nos lecteurs, et à construire notre «marque». Pour Dean Sree, les médias sociaux changent profondément la façon d’envisager notre métier: «Les journalistes envisagent le journalisme comme un accouchement, mais ils devraient plutôt l’envisager comme un développement de logiciel».

Et de citer Brian Stelter, journaliste télé au New York Times, qui commence souvent par un tweet du genre «Je bosse sur ça, vous en pensez quoi?», avant d’en faire un post pour le blog Media Decoder, et de finir avec un article dans le journal. Et il n’est pas le seul à briser toutes les règles traditionnelles du journalisme qui encouragent à garder ses idées secrètes de peur de se les faire piquer.

Mes devoirs? Live-tweeter un événement ou trouver des fils twitter qui constituent de bonnes sources pour les sujets que je couvre en cours. Vous pouvez retrouver tout ce qu’on fait sur le groupe ning de la classe, où les élèves postent leurs réponses.

Depuis notre première session, on analyse chaque semaine le rapport des médias traditionnels avec les réseaux sociaux, en se concentrant sur les règles internes de grands groupes médias quant à l’utilisation par leurs journalistes de Facebook, Twitter, ou des blogs.

Les réactions des élèves aux règles de l’Associated Press, du Wall Street Journal ou de la BBC se ressemblent: elles sont généralement raisonnables, mais mes collègues trouvent qu’elles considèrent les médias sociaux de façon assez négative, via le prisme de «tout ce qui pourrait mal se passer».

Question de culture journalistique

Du coup, une petite équipe dans la classe a comme projet final de rédiger une base de conseils positifs sur «comment utiliser les médias sociaux en tant que journalistes».

Mais ce qui me paraît le plus fou dans cette histoire, c’est que tous ces médias ont des règles claires définissant comment leurs journalistes doivent se comporter, pour certaines publiées, pour d’autres fuitées. Je ne parle pas ici de règles sur les cadeaux à ne pas accepter ou les conflits d’intérêts, mais de la supposée impartialité / objectivité des journalistes.

La culture journalistique est difficile à comparer, bien sûr, puisqu’en France la presse écrite est traditionnellement positionnée politiquement: Libération à gauche, Le Figaro à droite, etc. Aux Etats-Unis, les journalistes ne sont jamais censés donner leur opinion, sauf s’ils sont éditorialistes, en fonction de la stricte règle de séparation entre les faits et les opinions.

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Bienvenue à Columbia

Columbia

Modèle payant ou gratuit? Internet nous rend-il débile ou crée-t-il une autre forme d’intelligence? La presse locale est-elle vouée à l’échec? Comment est-ce qu’on peut se former à un métier en mutation constante et accélérée?

Alors que le secteur dans lequel je veux travailler cherche à inventer des réponses à des questions qui n’existent pas encore et inversement, je vous propose de vous emmener avec moi de l’autre côté de l’Atlantique voir ce qui se dit et se fait aux Etats-Unis.

J’ai été acceptée dans le programme de double-diplôme Sciences Po / Columbia en journalisme. Après Sciences Po, me voilà à New York pour dix mois, spécialisation “digital media”. Quel meilleur endroit pour devenir journaliste multimédia que l’une des meilleures écoles américaines, et qui a lancé en janvier dernier un nouveau centre de recherche et d’enseignement dédié aux nouveaux médias?

Je compte bien profiter des mes profs, des invités de l’école (le rédac chef de Rolling Stone, de TMZ, etc) et de mes cours pour rebondir sur les polémiques et les problèmes que se posent constamment les journalistes dans leurs médias ou sur leurs blogs. En vous racontant au passage à quoi ressemblent des cours de Twitter ou ce que fait réellement la social media editor du New York  Times.

Le programme est intensif: les 250 élèves de la promo viennent de finir le “multimedia bootcamp”, trois semaines de mise à niveau photo/son/reportage. C’est la première fois que ce stage multimédia est obligatoire pour tous les apprentis journalistes, quelle que soit leur majeure.

Comme dans les écoles en France, les cours sont donnés par des professionnels, souvent des anciens de Columbia. C’est John Smock, photographe pour Associated Press et SIPA qui m’a donné un cours accéléré de photojournalisme: 12 heures pour savoir ce qu’une agence ou une publication attend d’un photojournaliste, comment s’organiser sur le terrain, les techniques de photo de base, et un petit coup de Photoshop.

Cyrus Farivar, reporter radio freelance, a eu à peine plus de temps pour nous apprendre à manier les enregistreurs zoom, la construction d’un sujet radio, et le montage sur le logiciel Final Cut. Objectif final: maîtriser suffisamment chacun de ces médias pour être capable de créer un portfolio sonore à peu près regardable. Contrainte: photographier et enregistrer un procédé, avec un début, un milieu, et une fin, avoir beaucoup de sons d’ambiances, et une réflexion sur le rapport entre son et image.

D’où la première nuit blanche de l’année passée devant nos ordinateurs (l’école est ouverte 24h sur 24) et des sujets sur la fête d’anniversaire posthume organisée par Spike Lee pour Michael Jackson ou le toilettage pour chien.

Les profs ici donnent tous leur numéro de téléphone et nous encouragent à les appeler en cas de problème. Pris au mot, Rob Bennet a dû décrocher son téléphone à 23 heures mardi, quand Nate et Ashley l’ont appelé d’un bar sombre, sans savoir quoi faire de leur appareil photo avec une lumière quasi inexistante.

“C’est très bien de m’avoir appelé” a-t-il affirmé le lendemain. “S’il y a jamais un moment dans votre vie où vous pouvez demander de l’aide au milieu de la nuit, c’est bien quand vous payez 40 000 dollars pour votre année”.

Et oui, les frais de scolarité de Columbia s’élèvent à la hauteur de nos clichés les plus fous sur les études supérieures aux Etats-Unis. Petits chanceux, vous n’aurez pas à payer 40 000 dollars pour savoir ce qui se passe à l’école cette année -mais si vous cherchez à faire votre B.A du jour j’accepte bien sûr avec grand plaisir toutes les donations pour mon éducation…
Cécile Dehesdin

Des questions, des envies, des idées? Dites-moi tout dans les commentaires, sur Twitter (@sayseal), ou envoyez-moi un mail à cecile.dehesdin (@) slate.fr

(Photo: Cécile Dehesdin)

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