Gamification, émotion, accélération: les mots de TEDx 2011

Crédit: Flickr/CC/photonquantique

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Ce samedi 15 janvier a eu lieu la 2e édition parisienne des conférences TEDx (Technologie, Entertainment, et Design), organisées à l’espace Pierre Cardin. Assister à cette journée, c’est une expérience composite. Un mélange assez séduisant qui mixerait les ingrédients de la conférence Le Web de Loïc et Géraldine Le Meur, d’une pièce de théâtre et d’un concert de musique. L’année dernière, lors de la première édition, j’y avais déjà consacré un W.I.P.

Au programme, une salle remplie à ras bord, des robots de téléprésence, et 18 interventions, de l’architecture intérieure réalisée par un aveugle (désarçonnant Eric Brun-Sanglard), du cerveau sans sexe (classique mais nécessaire Catherine Vidal), de la 4D bien expliquée (démonstration d’Etienne Parizot), en passant par une probable future révélation musicale (géniale Irma). Chacun a eu 18 minutes pour faire “le speak de sa vie”, c’est-à-dire formuler une idée qui vaut la peine d’être partagée, conformément aux règles de TED. Enfin, pas partagée à 100%, dans la mesure où les vidéos diffusées par Canal+ ne peuvent pas être “embedées” sur cette page, dommage.

Petit compte-rendu sélectif en trois mots liés au journalisme: “gamification”, émotion, et accélération.

Gamification

Il est le père des Nabaztag, ces lapins blanc connectés au Wifi et capables de parler. rafi Haladjian (avec un r minuscule) le sait, ses lapins étaient “un peu seuls”, au moment de leur création, en 2005. Un peu comme aux débuts de l’Internet, lorsque, “même si vous aviez le matériel, même si cela voulait bien marcher, avoir une adresse email ne servait pourtant à rien. Car vous ne connaissiez personne à qui envoyer un message”, rappelle-t-il.

Aujourd’hui, les lapins communicants se sentiraient moins isolés, dans la mesure où se sont développés depuis d’autres objets communicants, comme le… Snif Tag, un boîtier accroché au collier de votre chien qui vous permet de suivre en temps réel ce que fait votre animal de sa journée (!), ou bien la balance Whitings qui annonce votre poids sur Twitter à chaque pesée. “Qui connecte un oeuf connecte un boeuf”, s’amuse à ériger comme maxime rafi Haladjian.

Gadget que tout cela? Peut-être. Mais cela participe de ce que rafi Haladjian appelle la “gamification”, un néologisme qui montre la volonté de donner “une logique de jeu aux pratiques” du quotidien, comme le fait le réseau social Foursquare, en proposant aux internautes de gagner des badges à chaque fois qu’ils s’identifient dans le lieu où ils se trouvent. Qui sait? Demain, en nous lavant les dents, nous pourrons peut-être gagner des points, voire un match contre un adversaire se brossant aussi les dents, moins longtemps, et moins dans les coins que nous.

Emotion

Une “BD reportage” sur le bidonville de Kibera, situé à Nairobi, où l’on découvre ce que sont des “toilettes volantes”, une autre qui dessine la situation au Sud Liban, avec cette jeune fille de 19 ans qui raconte comment une grenade a emporté sa jambe… Patrick Chappatte, dessinateur de presse pour le quotidien suisse Le Temps et l’International Herald Tribune, veut montrer “l’implication de la grande actualité sur la vie ordinaire“. Et pour cela, il croit aux vertus du dessin, dont “la simplicité permet de retrouver l’émotion (…) et qui peut aider à raconter le monde, un monde de plus en plus compliqué”.

Autre avantage du dessin d’actualité, selon Patrick Chappatte: “Intéresser les lecteurs à des sujets qui ne les auraient pas intéressé” en temps normal.

Et si le dessin, pas nouveau dans la presse, était l’un des futurs possibles du journalisme? “Tout ce que je dessine est vrai, reprend Patrick Chappatte. Je travaille comme un journaliste traditionnel, je pars en reportage, je fais des rendez-vous, je réalise des interviews, et ensuite, je mets en dessin les anecdotes les plus parlantes”. Une façon de raconter journalistiquement la vérité, comme l’ont fait aussi Joe Sacco sur la Palestine et la Bosnie, ou Art Spiegelman avec Maus, l’histoire dessinée d’un couple rescapé de la Shoah, qui lui a valu le graal journalistique, un prix Pulitzer en 1992.

Accélération

Un autre intervenant évoque, sans l’expliciter, l’information. Via son discours sur les paradoxes de la vitesse, Jean-Louis Servan-Schreiber, fondateur des revues Pyschologies et Clés, l’annonce: “L’ère de la vitesse n’aura duré que 175 ans”. Et il montre, pour ce faire, l’image d’une pierre pierre tombale d’une dénommée “Plus vite”, née en 1825, et morte en l’an 2000, année du crash du Concorde.

Depuis lors, Servan-Schreiber estime que nous avons arrêté de chercher à aller plus vite. Désormais, la vitesse ne progresse plus, et pourtant, l’accélération continue. Accélération d’informations à gérer, minute par minute, via SMS, emails, coups de téléphone, qui mène, dit l’homme, à un “abêtissement par accumulation” qui nous empêcherait de “réfléchir” et de prendre des décisions valables. Pas très temps réel, cette fois.

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A TEDx, des théories à échanger

Crédit: AA

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«C’est en écoutant les idées dans d’autres domaines que le sien qu’on a de nouvelles idées dans sa spécialité, puisque le monde est connecté». Tel est le principe des conférences TED, un rendez-vous annuel aux Etats-Unis depuis 20 ans, et dont une déclinaison vient d’être organisée à Paris le 30 janvier 2010.

Parmi les intervenants, citons un docteur en physique théorique, capable d’expliquer la théorie de relativité et de… se faire comprendre (brillant Christophe Galfard), un philosophe qui pense que toute vérité n’est pas bonne à dire, surtout si cette vérité aide un assassin à tuer (époustouflant Miguel Benasayag), un stand-up vraiment drôle (Vinvin), d’autres interventions moins réussies et… quelques invités venus parler – de près ou de loin – du Web. Compte-rendu à lire ci-dessous…

L’autorité vacillante du journaliste

A commencer par Christine Ockrent, que l’on ne présente plus, et qui a été la première à officier sur la scène de TEDx. «A chaque sursaut technologique, il y a une utopie, commence-t-elle. Lorsque les pigeons voyageurs sont apparus, on a pensé qu’ils empêcheraient les guerres». Et de poursuivre qu’aujourd’hui, avec l’arrivée de Facebook, c’est l’utopie du tout-info, «l’utopie selon laquelle tout le monde partage tout.» La directrice générale de l’audiovisuel extérieur de la France, qui regroupe les chaînes de télé France 24 et TV5 Monde, et la station de radio RFI, sait que le métier des journalistes d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui qu’elle exerçait à ses débuts. «Sur la toile, la fonction d’autorité du journaliste s’est diluée», reconnaît-elle. Or selon elle – et c’est ici que cela devient intéressant, «la toile va reconstituer cette fonction d’une façon ou d’une autre».

Christine Ockrent argumente: «la communauté immense de Facebook (400 millions d’inscrits, ndlr) veut s’organiser. Regrouper ses communautés par zone d’intérêts. Et élire des leaders.» Leaders qui seraient, si l’on pousse un peu, des déclinaisons du métier de journaliste? Ceux qui seraient (toujours) capables de choisir, de trier, de sélectionner l’information? Aucun doute, estime Christine Ockrent, pour qui «il n’y a rien de plus compliqué que le choix».

Dans le Net, pas sur le Net

«Comment allons-nous communiquer avec Internet dans 20 ou 30 ans?», a enchaîné Joël de Rosnay, le fondateur d’Agoravox. A cette question de prospective, il répond par deux mots. Deux mots qui incarnent, selon lui, les deux tendances du futur. La «biothique» (contraction d’informatique et de biologie) et les «environnements intelligents». «La puissance d’un ordinateur va s’étendre à notre environnement», explique-t-il, donnant l’exemple d’un hall d’hôtel et d’un aéroport. «Comment va-t-on cliquer dans ce hall? Comment va-t-on créer un environnement cliquable?», reprend-t-il. Ce sera le boulot des «puces RFID, des systèmes de reconnaissance faciale, des détecteurs de mouvement, comme cela existe déjà sur la console de jeux Wii.» En clair, pour Joël de Rosnay, le smartphone ne sera bientôt plus un écran sur lequel on navigue, mais un outil pour vivre dans cet écran. «Le téléphone sera un scanner, une télécommande, une souris…»

Méfiance

En regardant le flux vidéo de cette édition parisienne – parfois inégale, les membres de Twitter ont souligné à juste titre que revenait un leitmotiv dans les interventions: celui de la défiance. Et pas qu’envers les journalistes. «Où est passée l’expertise des communicants?, demande Gildas Bonnel, ancien publicitaire. Même avec alerte niveau 6 de l’OMS, qui s’est fait vacciner contre la grippe A / H1N1?». Une tension palpable aussi dans les relations internationales, estime Guy-Philippe Goldstein, consultant, faisant allusion au conflit qui oppose Google et la Chine. «On est dans une course au cyber-armement, où règne la peur réciproque de l’attaque surprise». Ambiance.

Alice Antheaume

Merci à Olivier Maurel de m’avoir invitée.

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