Bavure aérienne

Cette histoire ferait bien rigoler si l’on n’avait pas frôlé la mort de 110 passagers d’un vol civil entre la Chine et la Corée du Sud, et s’il ne s’agissait pas de l’une des armées les plus exposées au risque d’un conflit ouvert avec l’un des états voyous les plus dangereux de la planète.

Selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, des Marines sud-coréen en poste sur l’île de Gyodong, auraient confondu un Airbus A321 de la compagnie aérienne Asiana effectuant une liaison régulière entre la Chine et l’Aéroport de Séoul, avec un avion militaire nord-coréen. Deux Marines sud-coréens en poste de surveillance à 4h du matin le vendredi 17 juin auraient ainsi tiré 99 salves en 10 minutes en direction de ce qui s’avérait être un avion civil en phase d’approche normale de l’aéroport international d’Incheon. Heureusement, la myopie de nos deux soldats n’avait d’égal que leur incompétence: ils tiraient avec des fusils d’assaut d’une portée limitée et l’avion trop éloigné n’aurait pas été touché.

Rien pour l’instant n’explique cette bévue grave, car l’avion aurait emprunté son couloir de vol habituel sans en dévier significativement. Rien sinon la mise sous tension extrême de l’armée sud-coréenne qui depuis un an et demi, doit faire face aux provocations répétées du Nord, mais également à ses propres défaillances: en mars 2010, l’un de ses navires de combat, le Cheonan coule aux abords des côtes coréennes faisant 46 morts. Il faudra 2 mois pour seulement identifier les causes de ce drame: une torpille lancée par un sous-marin nord-coréen. Quelque peu embarrassant pour un navire dont la mission était la surveillance des côtes et la défense anti sous-marins.

8 mois plus tard, l’artillerie nord-coréenne pilonne l’île de Yeongpyeong, faisant 4 morts dont deux civils côté Sud. Là encore on critique le manque de réactivité de l’armée sud-coréenne, qui n’aurait pas su détecter et répliquer à temps aux tirs du Nord. Cette crise entraîne la démission du Ministre de la Défense de l’époque et la feuille de route de son remplaçant comprend notamment la simplification des règles d’engagement de l’armée, afin qu’elle privilégie la réactivité aux dépends du souci de limiter les risques d’escalade.

On peut dire que pour la simplification des règles d’engagement et l’amélioration de la réactivité, c’est réussi! Mais il faudrait peut-être rappeler de temps en temps à nos allumés de la gâchette que l’aéroport international de Séoul n’est qu’à quelques kilomètre de la frontière et des zones maritimes à forte tension entre les deux Corée.

Cet avion de ligne ressemble-t-il à un avion de l'armée nord-coréenne?

 

L’armée se veut elle très rassurante et déclare selon l’agence Yonhap, qu’elle va “intensifier ses efforts pour apprendre à ses soldats à reconnaître un avion civil, tout en demandant aux avions civils de ne pas dévier de leurs routes”.

Nous voilà rassurés.

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