L’Europe vue de Corée

Expérience riche d’enseignements pour le Français que je suis, d’assister aux perspectives économiques mondiales exposées par un gestionnaire de portefeuille coréen à ses clients particuliers. Son exposé doit rester simple, ne s’adressant pas à des investisseurs professionnels, mais pertinent dans la mesure où il entraîne in-fine des décisions d’investissement qui peuvent être lourdes de conséquence.

Ce qui étonne, c’est qu’on y parlera beaucoup, presque exclusivement d’Europe. Pourtant, la Chine, puissante voisine à deux pas d’ici ne présente-t-elle pas des enjeux qui pourraient influer sur l’économie mondiale et en particulier sur la balance commerciale de la Corée? Quant aux Etats-Unis, alliés historiques et partenaires commerciaux majeurs de la Corée, n’ont-ils pas leur propre lot de problèmes faisant peser leur part d’incertitude sur l’économie mondiale? Mais sur l’écran de projection, ça n’est ni la photo de Hu Jintao, ni celle d’Obama, mais bien celles de Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne, et d’Angela Merkel qui apparaissent, illustrant l’influence majeure dont le Vieux Continent et ses quelques 500 millions de consommateurs jouissent (encore) sur la Planète.

Il faut dire que les problèmes de l’Europe sont sérieux, et rien de tel que le résumé simpliste de notre banquier pour s’en convaincre. Son diagnostic tient en une courte phrase: le sud de l’Europe est endetté. Notez au passage à quel point les différents Etats européens disparaissent au profit de “l’Europe”, cette entité économique avec ces régions riches au nord et pauvres au sud. Face à ce problème d’endettement, deux solutions de bon sens: soit dépenser moins, mais l’Europe du Sud en serait incapable car son système social coûte trop cher et que personne ne serait prêt à le remettre en cause parce que “ça n’est pas dans la culture des Européens du Sud d’être économes”.

Reste donc l’autre solution: gagner plus d’argent, mais l’Europe du sud en est également incapable car le peu d’industrie qu’il lui reste décline comme peau de chagrin. Et le gestionnaire de portefeuille de rajouter que certes les plus riches (l’Allemagne) pourraient prêter aux endettés pour retarder la catastrophe, mais “est-ce que vous mesdames, seriez prêtes à sacrifier votre épargne durement gagnée pour soulager les dettes d’un voisin dépensier et insouciant?”

-“Noooon!!” général de l’audience sur un ton à la fois amusé et inquiet.

Voilà donc réglé le compte de l’Europe lors d’une synthèse certes très vulgarisée, dont je vous épargne certaines tirades de café du commerce notamment sur la fraude fiscale, qui serait le dernier savoir-faire possédé par les Grecs… Discours vexant pour tout Européen, mais après tout est-ce sur la réalité de la crise économique en Europe qu’il faut se vexer ou sur la caricature qui en est faite?

Et la France dans tout ça? Suis-je forcé de me demander. Est-elle perçue comme faisant partie du Sud pauvre et insouciant ou du Nord riche et performant? Lorsque j’interroge le banquier, celui-ci est dithyrambique sur l’industrie française, sa technologie, son leadership dans certains secteurs de pointe. “Mais ce qui est bizarre, c’est que d’un côté vous avez Airbus ou Areva sur lesquels vous devriez vous concentrer, et que de l’autre vous avez PSA, une entreprise sans grand avenir que votre gouvernement s’acharne à défendre avec de mauvais arguments.”

 

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