Punitions corporelles

Discussion nocturne avec le père d’une fille de 15 ans, passionnée de chant et perfusée aux émissions de télé-réalité. Est-ce l’ivresse du Saint-Emilion dont nous venons de déguster quelques-uns des meilleurs ambassadeurs qui l’incite à partager quelques histoires personnelles avec moi? Ce Monsieur Park, la cinquantaine et cadre supérieur dans un grand groupe coréen me raconte que sa fille est persuadée d’avoir trouvé sa vocation: chanteuse. Rien de très étonnant lorsqu’on a 15 ans et que l’on vit dans un pays saturé de girls band. Cette fille aurait pris son courage à deux mains pour avouer sa vocation à son père en l’implorant dans la foulée de lui laisser poursuivre son rêve de carrière musicale.

Chaque parent est différent, mais face à une situation somme toute banale d’une gamine en pleine crise d’adolescence, les réactions les plus attendues seraient des variantes plus ou moins conciliantes de : “tu passes ton bac d’abord, et on verra après.” La réaction du père en question fut plus radicale: il se saisit d’un cintre (en métal me précisa-t-il) pour frapper sa fille. “Elle ne m’a plus jamais reparlé de cette histoire de chanteuse”, conclua-t-il.

Alors qu’en France il n’aurait pas été anormal que j’aille signaler M. Park à la brigade des mineurs, cet épisode n’a rien de très choquant en Corée. Les punitions corporelles bien qu’en diminution, font toujours partie intégrante de la panoplie dont disposent les parents et professeurs pour éduquer leurs enfants. Car beaucoup de gens le pensent ici: frapper, c’est éduquer. Il n’y a pas si longtemps il n’était pas rare que les parents d’élèves demandent aux professeurs de ne surtout pas hésiter à frapper leurs rejetons. Cette pratique est maintenant interdite, mais elle subsiste comme le montrent nombre de videos amateurs.

Frapper pour éduquer est une tradition ancestrale: déjà au Royaume de Joseon les lettrés frappaient les mollets de leurs disciples avec un bâton en bois ou en bambou lorsqu’ils apprenaient mal leurs caractères chinois. Puis, à partir des années 60 la société toute entière fut imprégnée de culture militaire du fait de la succession des régime autoritaires à la tête du pays (le premier Président de la République issu du monde civil a été élu en 1993), et du fait d’un service militaire obligatoire de 2 ans et demi dont sortent profondément marqués les hommes qui occupent pratiquement tous les postes de décision de la société coréenne.

D’autres raisons plus pragmatiques expliquent également que les punitions corporelles aient la vie dure en Corée. En effet comment punir un enfant qu’on ne peut pas priver de sortie, tout simplement parce qu’il ne sort jamais à part à ses cours privés? Le priver de dessert? Inenvisageable dans un pays qui a souffert de la faim jusqu’au début des années 80. Le priver de télé? Mais il la regarderait sur son mobile ou par Internet. Le priver d’Internet? Mais il en a besoin pour faire ses devoirs et communiquer avec ses profs…

3 commentaires pour “Punitions corporelles”

  1. “Elle ne m’a plus jamais reparlé de cette histoire de chanteuse”
    Ca c’est sûr il faudrait être maso, mais continue t’elle de lui parler tout court ? Parce que si le bâton guette à chaque confidence, le mutisme dans les relations familiale doit être la norme…

  2. On apelle ca une culture différente. et aussi étrange que cela puisse paraitre, il y en a d’autre que l’occidental et qui sont en somme tout aussi fonctionnelle.

  3. Bonjour, je suis votre site depuis quelques temps, je souhaitais vous dire que je le trouve extrêmement interressant. Cette façon d’éducquer la jeunesse était la même en france il y a plusieurs années, mais les mentalités change, je me demande encore combien de temps cette façon de faire va durer…
    Je voudrais également savoir s’il vous serez possible de rédiger un article concernant le deuil dans les différentes classe sociale (si vous avez des informations). Il se trouve que je connais un coréen dans cette situation, et la réaction qu’il a me surprend (aucun contact depuis plus d’un mois). Je me demande donc si leur façon de passer cette épreuve est différente de la notre.

« »