Femmes de réconfort

Cet euphémisme pudique cache un épisode sombres de la Seconde Guerre Mondiale : l’exploitation par l’armée impériale japonaise d’environ 200 000 femmes, en majorité chinoises et coréennes, comme esclaves sexuelles dans des bordels militaires répartis dans les zones occupées.

En Corée, ce drame fut longtemps passé sous silence, d’autant qu’en 1965 fut signé un accord bilatéral avec le Japon soldant tous dédommagements auxquels la Corée prétendait pour les quelques 40 ans d’occupation. Puis au début des années 90, avec la démocratisation du pays et une certaines libération des moeurs, ces “femmes de réconfort” commencent à se manifester au grand jour et demander des comptes à leurs anciens tortionnaires.

Car le gouvernement Japonais a depuis le début une attitude ambigue face à cet épisode, tantôt minimisant l’échelle de cette traite d’esclaves du sexe, tantôt la mettant sur le compte d’initiatives locales. En 1995, le gouvernement japonais présente publiquement ses excuses, mais dans des termes savamment choisis qui n’engagent pas la responsabilité de l’Etat japonais. Il propose également une offre d’indemnisation d’un milliard de dollars constitués de dons privés. Cette offre sera refusée par les femmes de réconfort qui cherchent avant tout la reconnaissance par le gouvernement japonais de ses crimes et le jugement de leurs auteurs.

Récemment, le combat pour la reconnaissance des femmes de réconfort semble même reculer au Japon. En 2007, le gouvernement conservateur d’Abe ira même jusqu’à nier l’enrôlement de force des femmes de réconfort. Dans la foulée, un autre ultra-conservateur du PLD osera prétendre publiquement que ces femmes de réconfort devraient être fier de leur rôle dans la guerre, pour avoir atténué la brutalité du quotidien des soldats de l’Empereur sur les champs de bataille. Ce courant révisionniste réussira à ôter les passages concernant ces crimes de certains manuels scolaires japonais.

Le chemin vers la reconnaissance par le Japon de sa responsabilité dans ces crimes est donc encore long pour les femmes de réconfort. Depuis 1992, elles se rassemblent une fois par semaine devant l’ambassade du Japon à Seoul pour protester. Cette semaine marquait leur 1000ème rassemblement, à l’occasion duquel une statue de la paix a été inaugurée représentant une jeune coréenne vêtue d’un hanbok traditionnel fixant avec dignité et détermination la représentation japonaise à deux pas de là. Car pour les femmes de réconfort, seule la reconnaissance par le Japon de ses crimes peut conduire au pardon, puis à la paix. Et le Japon a beau qualifier cet acte d'”extrêmement regrettable”, quelques jours avant la rencontre au sommet entre les dirigeants des deux pays, ces protestations n’entameront pas la détermination des femmes de réconfort pour obtenir justice. Du moins pour celle d’entre elles qui seront toujours vivantes car elles étaient près de 250 au début de leur combat, mais vingt ans ont passé et elles ne sont plus que 63.

 

Les commentaires sont fermés !

« »