Une chatte perdue parcourt 300 km pour rentrer chez elle

Tandis que les néo zélandais tentent de s’en débarasser,  les Américains célèbrent l’exploit d’Holly. Cette chatte de 4 ans perdue par ses maîtres,  Jacob et Bonnie Richter, au cours de leur séjour à Daytona Beach en Floride, début novembre 2012, vient rentrer chez elle, à West Palm Beach… Un trajet de quelque 300 km en deux mois… Pour une chatte réputée plutôt sédentaire, avoir parcouru une telle distance pose la question des moyens d’orientation utilisés par les félins. Nous avons parlé de ceux des scarabées bousiers, qui utilisent la Lune et la Voie Lactée pour pousser droit, à reculons, leur boulette d’excrément en pleine nuit la nuit. Mais comment font les chats ?

Certains projets scientifiques tentent de répondre en partie à cette intrigante question. Ainsi, Kitty Cams, lancé par le National Geographic et l’université de Georgie, a consisté à équiper 60 chats de la ville d’Athens , en Géorgie, de mini-caméra attachées à leur collier et munies d’un système de traçage par radio ainsi que de LED pour les prises de vues de nuit. L’objectif était d’explorer la vie nocturne de ces chats déambulant librement pendant une dizaine de jours. Avec la volonté de déterminer à la fois les dégâts qu’ils occasionnent sur la faune locale et les dangers qui les guettent (voitures, infections…). Résultat : 37 heures de vidéos subjectives assez pénible à visionner, pour chacun des 55 chats dont la caméra a bien fonctionné. Il en ressort que seulement 44% des chats pratiquent la chasse nocturne et que leurs proies sont constituée majoritairement de reptiles (lézards), de mammifères (souris) et d’invertébrés. Les principaux risques auxquels les chats sont exposés sont la traversée de routes, la rencontre de chats errants, la consommation de substances douteuses, l’exploration des systèmes de drainage des eaux de pluie et de lieux étroits dans lesquels ils peuvent se retrouver piégés.

Holly a dû se nourrir et éviter ces dangers pendant son long périple. En revanche, cette étude ne donne aucune information sur le système de guidage des chats en territoire inconnu. Sur Internet, circule l’histoire de Howie, un chat persan laissé par ses maîtres à des amis pendant un long voyage à l’étranger. A leur retour, plusieurs mois plus tard, Howie avait disparu. De retour chez eux, à 1500 km de là, ils n’avaient pas le moindre espoir de revoir Howie, d’autant que, comme Holy, il s’agissait d’un chat sédentaire, genre chat d’appartement. Pourtant, 12 mois plus tard Howie était de retour à la maison après avoir parcouru les 1500 km…

Pour expliquer les périples des chats, on pense bien sûr aux oiseaux migrateurs et autres pigeons voyageurs ou saumons. On sait qu’ils exploitent le champ magnétique terrestre, la lumière polarisée et des capacités olfactives extrêmement développées pour retrouver leur chemin. Dans le cas des chats, outre la distance, c’est l’extraordinaire précision de leur parcours qui laisse pantois. Retrouver une maison dans une ville n’est pas toujours aisé pour un être humain muni d’une carte et d’une adresse.  Il a fallu inventer le système GPS avec une constellation de satellites, des stations au sol, des calculs intégrant las équations de la relativité générale d’Einstein, des appareils individuels et une cartographie très précise de la Terre entière pour nous permettre de faire aussi bien que… la chatte Holly.

Michel Alberganti

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Le scarabée bousier marche droit grâce à la Voie Lactée

La vie d’un scarabée bousier évoque celle de Sisyphe. Éternellement, il fait rouler des boulettes d’excréments pour aller les enterrer dans son garde-manger souterrain. De façon surprenante, il parvient à se déplacer en ligne droite en pleine nuit. La performance est d’autant plus remarquable que l’insecte la réalise tout en poussant une boulette et en marche arrière, comme le montre la vidéo ci-dessous. Comment prend-il ses repères ? Quel GPS le guide ?

La lumière de la Lune

La question tourmente une équipe de chercheurs de l’université de Lund, en Suède, depuis des années. La biologiste Marie Dacke avait déjà publié un article dans la revue Nature le 3 juillet 2003 dans lequel elle révélait que les scarabées bousiers utilisent la lumière polarisée provenant de la Lune pour se déplacer ainsi en ligne droite. Ceci malgré la puissance extrêmement faible d’une telle lumière. Dans un nouvel article paru le 24 janvier 2013 dans la revue Current Biology, Marie Dacke, associée à Emily Baird, Marcus Byrne, Clarke Scholtz et Eric Warrant, expliquent leur nouvelle découverte : la lumière des étoiles, en particulier celles provenant de la Voie Lactée, sert aussi de GPS aux insectes coprophages.

Les étoiles de la Voie Lactée

En effet, contrairement à ce qu’induisait la seule hypothèse de la Lune, le scarabée bousier se déplace également sans problème par une nuit sans Lune mais dont le ciel est constellé d’étoiles. Toutes les étoiles sont-elles utilisées ? Les chercheurs ont réalisé des tests dans lesquels ils ont masqué tout le ciel sauf la Voie Lactée. Pas de problème pour le rouleur de billes fécales. Mais lorsqu’ils ont masqué la Voie Lactée, plus de guidage, panne de GPS. Finie, la belle ligne droite. Pour les chercheurs, la plupart des étoiles ne sont pas assez lumineuses pour servir de point de repère aux scarabées. Mais la Voie Lactée, elle, brille suffisamment. La Lune aussi, lorsqu’elle est présente. Les pousseurs de boules odorantes disposent donc de plusieurs GPS célestes.

Toujours est-il que ce sont les premiers insectes capables d’une telle navigation. Jusque là, les spécialistes pensaient que seuls les hommes, les phoques et les oiseaux savaient utiliser les étoiles pour se diriger. Il faut donc ajouter le scarabée bousier à cette courte liste. On peut se demander pourquoi ces insectes ont développé un instrument de navigation aussi sophistiqué et si précis qu’il lui permet n,on seulement de se diriger mais aussi de se déplacer en ligne droite. La réponse réside peut-être dans une caractéristique sociale des bousiers. En effet, ils sont prompts à chiper la boule de leur voisin. Pour mettre à l’abri le plus vite possible son butin fécal, le scarabée a sans doute également compris une autre règle que les hommes connaissent bien: la plus courte distance entre deux points…

Michel Alberganti

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L’embryon de Galileo est en orbite

Enfin… Dans la nuit de vendredi, 12 octobre 2012, une fusée Soyouz, exploitée par Arianespace, a mis sur orbite deux nouveaux satellites de Galileo à partir de la base de Kourou en Guyane. Avec les deux précédents, lancés le 21 octobre 2011, ce sont maintenant 4 satellites qui composent la constellation européenne concurrente du GPS américain. Ce premier groupe a ainsi atteint la taille minimale nécessaire pour faire fonctionner un système de positionnement par satellites. Mais il faudra encore patienter jusqu’en 2015 pour le lancement commercial avec 18 satellites et, sans doute, 2020 pour que Galileo atteigne sa taille finale : 30 satellites dont 4 de secours.

A cette époque, le GPS européen disposera d’une meilleure couverture de la Terre (jusqu’au cap Nord et au delà) et une plus grande précision que le GPS américain, qui ne compte que 24 satellites. Cette précision atteindra le mètre contre 3 à 8 mètres pour son concurrent. Positionnés sur 3 orbites à 23 222 km de la Terre, la réseau Galileo doit fournir des services à l’ensemble des modes de transports (avions, trains, bateaux, voitures…) et sera utilisé, grâce à sa grande précision, comme instrument de guidage pour les secours. Sans compter, bien entendu, les militaires.

Plus de 20 ans de gestation…

Avec les Etats-Unis et les Russes (système Glonass), Galileo donnera à l’Europe une indépendance qu’elle a bien failli ne jamais avoir. Tandis que le GPS américain date de 1994 pour sa mise en service commercial et le Glonass de 1996 (il est ensuite resté à l’abandon à la suite de la chute du mur de Berlin avant d’être relancé à partir de 2002), la gestation du système européen a a été longue et douloureuse. Résultat : près de 25 ans de retard sur les Américains… Ses prémisses datent de 1998. Il faudra donc plus de 20 ans pour qu’il soit totalement opérationnel.

Galileo restera un mauvais exemple de la coopération européenne, empêtrée dans les montages financiers successifs et les concurrences entre pays.  En 2002, le projet était considéré comme pratiquement mort. Le coût du système, tel qu’annoncé en mai 2012 par la Commission européenne, devrait atteindre 5 milliards d’euros, supérieur aux 3,4 milliards d’euros d’argent public initialement prévus. L’exploitation devrait coûter environ 220 millions d’euros par an. Le recours aux fusées russes Soyouz, à la place d’Ariane 5 ou de Vega, contribue à réduire la facture.

Dans quelques années, nous pourrons enfin guider notre voiture grâce à nos propres satellites. Une satisfaction que nous aurons bien méritée. A force de patience…

Michel Alberganti

Mise à jour le 14 octobre 2012 avec des éléments de coût suite au commentaire de pmoulin.

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