Et si les animaux pouvaient enfin nous parler

Vieux rêve dont se sont nourris les auteurs de contes pour enfants ou de livres et de films de science-fiction, La planète des singes en tête. Si les animaux pouvaient parler avec nous, la face de la société, si ce n’est celle du monde, en serait probablement changée. Même si le verbe ne suffit pas pour éradiquer la barbarie. Les hommes l’ont brillamment démontré. N’empêche… Nos relations avec des chevaux, les chiens les chats et autres rats de labo seraient sans doute différentes si ces animaux pouvaient s’exprimer par le langage. Or, jusqu’à présent, le rêve ne s’est guère réalisé qu’avec les perroquets… Avec un dialogue limité.

Bien sûr, c’est du coté du singe que l’on attend le plus d’aptitudes, anthropomorphisme oblige. Mais, malgré d’étonnantes démonstrations d’intelligence, nos frères simiens restent muets, comme le rapporte la primatologue Emmanuelle Grundmann dans un article publié par Science et Avenir en janvier 2012.

En août 2012, une autre publication, dans le revue Science sur les éléphants révélait leurs capacités à émettre des infrasons, inférieurs à 20 Hz, pour communiquer avec leurs congénères sur de longues distances. Le chercheur, Christian T. Herbst, et son équipe notaient alors que les mécanismes utilisés par les éléphants pour produire ces sons sont les mêmes que ceux dont disposent les hommes pour parler et chanter. Et puis, le 1e novembre, dans un article de la très sérieuse revue Current Biology, on apprenait qu’un éléphant d’Asie mâle nommé Koshik dispose d’un vocabulaire de 5 mots en Coréen: annyong (hello), anja (assis), aniya (non), nuo (allonger) et choah (bon). Les vidéos montrant Koshik imitant la voix humaine pour prononcer ces mots circulaient depuis quelques années sur Internet. Mais les chercheurs menés par Angela Stoeger-Horwath de l’université de Vienne (Autriche) viennent maintenant d’officialiser l’exploit. Une expertise indispensable tant la contrefaçon est aisée dans ce domaine… Voici comment s’exprime Koshik lorsqu’il imite son maître en prononçant, après lui, le mot “annyong” :

Le même son de meilleure qualité:

An elephant that speaks Korean by Michel Alberganti

Les scientifiques ont vérifié la prononciation de Koshik en faisant écouter 47 enregistrements à 16 Coréens de naissance. Ces derniers ne connaissaient pas les mots prononcés. Leur verdict a confirmé les dires des dresseurs de l’éléphant. Koshik a donc passé avec succès son examen de Coréen… sur 5 mots. Mais c’est un début et, surtout, cela suffit à démontrer les facultés de prononciations des éléphants. Une rareté chez les mammifères… à l’exception notable de certains cétacés comme NOC, un beluga qui s’est distingué avec une imitation assez sidérante de la voix de son dresseur.

Tout espoir n’est donc pas perdu. Certains mammifères disposent donc à la fois des capacités physiques nécessaires à la prononciation de mots du langage humain. Par ailleurs, ils sont dotés d’une intelligence indéniable. On ne peut donc plus dire qu’il ne leur manque que la parole. Mais il leur reste encore à acquérir le langage.

Michel Alberganti

 

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Trogloraptor, l’extraordinaire araignée aux griffes de rapace

Découvrir une nouvelle espèce d’insectes ou d’arachnides est monnaie courante. Les scientifiques en connaissent un million et ils suspectent qu’il pourrait en exister 5 millions. C’est dire… En revanche, le nombre de familles, la catégorie qui se situe au dessus du genre et de l’espèce, est beaucoup plus faible. Or, un groupe de “scientifiques citoyens” (expression utilisée récemment pour la découverte d’une espèce d’insectes sur… Flickr) et d’arachnologistes de l’Académie des sciences de Californie a bien découvert une nouvelle famille d’araignées… dans des grottes du sud-ouest de l’Oregon. Le lieu, a priori, semble moins se prêter à ce type d’exploration que les forêts inhospitalières de lointaines contrées. Et pourtant !

La nouvelle venue, baptisée Trogloraptor, première représentante de la nouvelle famille des Trogloraptoridae, dispose de tous les attributs pouvant permettre de comprendre l’arachnophobie. En particulier, ses griffes fourchues rappellent fortement celles d’un rapace, d’où le nom de raptor. Difficile de ne pas penser aux Vélociraptors de Michael Crichton popularisés par  Steven Spielberg dans Jurassic Park. Seule sa taille, 4 centimètres de large, n’aurait pu lui permettre de prétendre au casting des dinosaures réincarnés. Mais grâce au microscope électronique, le spectacle est à la hauteur.

Les auteurs de l’article publié dans la revue en ligne ZooKeys le 17 août 2012, Charles E. Griswold, Tracy Audisio et Joel M. Ledford, notent que l’Amérique du Nord est une région riche en matière de diversité des araignées qui la peuplent. On y trouvent 68 familles, 569 genres et 3700 espèces différentes. La Trogloraptor s’inscrit dans la catégorie (clade) des Haplogynes et se rapproche de la famille des Dysderoidea.

Les chercheurs considèrent que la nouvelle famille qu’ils viennent de découvrir, Trogloraptoridae, est la plus primitive vivant aujourd’hui dans ce groupe. L’analyse de ses caractéristiques pourrait remettre en question leur compréhension de l’évolution des araignées au cours du temps. Pour l’instant, la géographie des lieux dans lesquels on trouve la Trogloraptor reste inconnue. Les chercheurs notent que cette découverte stimule la curiosité vis à vis de lieux dans lesquels les araignées sont plus souvent détruites qu’étudiées.

“Si une aussi grosse et étrange araignée a pu rester inconnue pendant si longtemps, qui sait ce qui peut rester tapi dans cette remarquable partie du monde”, concluent-ils. Ah! Ces Américains ! Toujours prompts à considérer leur pays comme la seule merveille de la planète. Mais, après tout, ce sont eux qui ont inventé Spiderman, il y a exactement 50 ans…

Michel Alberganti

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Semachrysa jade: nouvelle espèce d’insectes découverte… sur Flickr

Il existe désormais un nouveau terrain de chasse pour les zoologistes et autres entomologistes : Flickr et tous les sites de publication en ligne de photos ou de vidéos. C’est là que, sans doute assis devant son écran, Shaun Winterton, entomologiste du département de l’agriculture de Californie à Sacramento, a découvert l’existence de Semachrysa jade, un insecte de la famille des Chrysopidae (ordre des Neuroptera). L’image en question a été prise par Hock Ping Guek, photographe animalier à Kuala Lumpur, dans une forêt de Selangor, en Malaisie, et publiée sur Flickr. Avec l’aide l’entomologiste Stephen J. Brooks, du Musée d’histoire naturelle de Londres, la découverte a été officialisée par une publication sur le site ZooKeys.

Scientifique citoyen

Dans le texte, Hock Ping Guek est présenté comme un “scientifique citoyen” élevé au rang de co-découvreur avec le concours de taxonomistes professionnels. L’appellation pourrait faire, en quelque sorte, jurisprudence s’il s’agit de sa première utilisation. En effet, comme dans le domaine de l’information où se développe une sorte de “journalisme citoyen”, la science peut tirer grand profit de ces nouveaux collaborateurs. Équipés de matériel de plus en plus proche de celui des professionnels, surtout dans les domaines de la photo et de la vidéo, ces amateurs souvent éclairés se transforment en auxiliaires d’autant plus précieux qu’ils sont nombreux et rigoureux. Après Wikipédia et les blogs, voici donc les photographes entomologistes. La beauté de Semachrysa jade parle d’elle-même. Merci à Hock Ping Guek de l’avoir mise en lumière.

Michel Alberganti

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Superbird: la pêche sous-marine du cormoran impérial en vidéo

Pendant que les sportifs s’affrontent aux JO de Londres, il peut être instructif de comparer les performances extrêmes de l’homme à celles d’autres animaux. Prenons le plongeon, par exemple.  Ce geste essentiellement esthétique pour les hommes, est vital pour certains oiseaux comme les cormorans. Le genre impérial qui vit surtout en Patagonie a été étudié par le National Research Council of Argentina (CONICET) associé à la Wildlife Conservation Society (WCS).

45 mètres de profondeur en 40 secondes

Les chercheurs ont eu la bonne idée de fixer une caméra sur le dos d’un cormoran afin de filmer en mode subjectif une partie de pêche de l’oiseau. C’est ainsi qu’ils ont découvert que le “superbird” pouvait plonger à une profondeur de 45 mètres en 40 secondes avant de chasser pendant 80 secondes au fond de l’eau. Après avoir capturé un poisson, le cormoran impérial remonte tranquillement à la surface. Pour voir l’intégralité de cette étonnante pour nous, mais semble-t-il très banale pour un cormoran, partie de pêche, rendez-vous sur le site de National Geographic sur lequel on trouve la vidéo complète.

Michel Alberganti

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Des moustiques OGM “malaria free”

Le moustique Anopheles (Cellia) stephensi a été génétiquement modifié pour tuer le parasite de la malaria

Les moustiques sont responsables de 300 à 400 millions de cas de malaria (ou paludisme) et de la mort d’un million de personnes par an dans le monde, principalement des nouveaux-nés, de jeunes enfants et des femmes enceintes. D’où l’intérêt des travaux menés par Anthony James et ses collègues de l’université de Californie et de l’institut Pasteur à Paris sur la création d’une version du moustique Anopheles (Cellia) stephensi, une espèce présente en Inde et au Moyen-Orient, capable de bloquer le développement du parasite de la malaria grâce à une modification génétique. L’espoir des chercheurs réside dans la transmission de cette caractéristique de générations en générations de moustiques. Ils ne précisent pas le délai nécessaire pour obtenir un début de réduction du nombre de cas d’infection chez l’homme.

L’équipe d’Anthony James a publié cette avancée dans la revue  Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) du 11 juin 2012. Elle y explique que l’avantage de sa méthode est de pouvoir être appliquée à des dizaines d’espèces différentes de moustiques qui transportent et transmettent le parasite de la malaria, le Plasmodium falciparum. Dont ceux qui sévissent en Afrique.

La souris a servi de modèle

Les chercheurs ont travaillé à partir de la souris. Celle-ci, lorsqu’elle est infectée par la forme humaine de la malaria, produit des anticorps qui tuent le parasite. Anthony James a analysé les composantes moléculaires de cette réponse du système immunitaire de la souris. Et il a conçu des gènes capables de produire les mêmes molécules chez le moustique. Les anticorps libérés par les moustiques génétiquement modifiés tuent le parasite et évite toute propagation de la maladie lors de leurs piqures sur des êtres humains. “Nous constatons une complète disparition de la version infectieuse du parasite de la malaria”, note Anthony James. D’après lui, “le processus de blocage à l’intérieur de l’insecte qui transporte la malaria peut réduire significativement le nombre de cas de cette maladie et son taux de morbidité”. Son équipe n’en est pas à sa première modification génétique d’un moustique. Elle a également travaillé sur la réduction de la transmission de la dengue et d’autres maladies du même type.

Il reste donc à évaluer l’impact de tels moustiques OGM sur des populations de milliards d’insectes. Combien faut-il en produire pour accélérer la transmission héréditaire des gènes modifiés? Quelle est la vitesse de propagation du gène? A partir de quel moment les effets sur la transmission de la maladie se feront-ils sentir? Un bel espoir qui demande à être validé sur le terrain.

Michel Alberganti

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Lémurien, mignon, mais… cannibale

Un lémurien mignon (Microcebus murinus) dans son milieu naturel

Il est mignon au point de porter officiellement ce nom en français. Le Microcebus murinus mérite sans doute ce qualificatif au vu des photos qui le représentent paisiblement perché sur une branche dans son milieu d’origine, la forêt de Kirindy, à l’ouest de Madagascar. Le chercheur Anni Hämäläinen, du département de sociobiologie et d’anthropologie de l’université de Göttingen, en Allemagne, a découvert une autre facette de ce primate dont les yeux globuleux pouvaient peut-être laisser craindre quelques pratiques inquiétantes. Il a publié le 23 mai 2012 un article sur ses travaux dans l’American Journal of Primatology.
C’est en suivant une femelle équipée d’une puce radio que le chercheur a découvert le pot aux roses. Il décrit sa traque à la première personne dans un style rappelant celui du roman noir. Jugez plutôt:

“Dans la soirée du 27 octobre 2010, je suivais cinq individus dont une femelle âgée (ID 374B, née en 2003). Lors d’un observation réalisée à partir de 19h25, l’individu 374B s’était déplacé de 50 mètres par rapport au lieu où elle dormait. Elle se trouvait alors hors de vue dans un fourré de lianes et ne fut aperçue que deux fois pendant son déplacement. L’individu 374B était encore invisible à 20h53 et ne put être localisé qu’à approximativement 30 mètres du lieu de la précédente observation grâce à la réception des signaux radio [provenant de la puce dont il était équipée]. En tentant une nouvelle observation à 21h52, je l’ai découverte à peu près à l’endroit qu’elle occupait une heure auparavant. Mais, cette fois, j’ai pu voir le reflet du collier et me suis approché à 10 mètres de distance. J’ai alors constaté qu’elle était morte et que son corps avait été dévoré par un congénère mâle.

La carcasse était pendue à tête vers le bas, accrochée à une branche située à 1,5 mètre de hauteur. Au moment de la découverte, le corps avait été déchiré et ouvert et les organes vitaux avaient déjà été mangés. La tête avait également été brisée et le cerveau consommé. La mort était récente puisque l’individu avait été repéré en mouvement peu avant et que la raideur cadavérique n’était pas encore apparue. Lorsqu’il a été découvert, le mâle cannibale mordait avec acharnement la moelle épinière saillante et il a continué à se nourrir du corps (colonne vertébrale, cage thoracique et chairs) pendant environ 20 minutes. Après son départ, j’ai recueilli la cadavre et l’ai rapporté au camp où un vétérinaire a pratiqué une autopsie le lendemain matin. Cette autopsie n’a pas apporté d’éléments supplémentaires sur la cause de la mort ou sur l’état de santé de l’animal du fait de l’absence des organes vitaux “.

Cold Case

Anni Hämäläinen note que, si la cause de la mort du lémurien ne peut être déterminée, il est probable qu’il a été victime d’un prédateur, comme le corps accroché à la végétation le laisse penser. Pour autant, le lémurien cannibale n’est guère suspect d’être aussi le meurtrier. En effet, les femelles lémurienes adultes dominent en général les mâles de leur espèce et peuvent les chasser lorsqu’ils s’approchent. Le coupable devrait donc être d’une autre espèce. Mais alors, comment comprendre que le prédateur ait abandonné sa proie ? “La question reste ouverte”, conclue le chercheur qui poursuit ensuite son analyse des possibles prédateurs de la lémurienne mignonne 374B. Encore une affaire classée digne de Cold Case

Le primate le plus proche de l’homme en la matière

Pour Anni Hämäläinen, il s’agit de la première observation d’une pratique cannibale dans cette espèce ainsi que la première communication sur un cannibalisme pratiqué sur un adulte par un primate non humain. En effet, le cannibalisme a été observé chez d’autres primates, comme les chimpanzés, les bonobos, les orang-outans, plusieurs espèces de singes et même chez les gorilles. Mais leur cannibalisme est toujours pratiqué sur des nouveaux-nés ou des jeunes. Jamais sur des adultes. Ainsi, en matière de cannibalisme, le lémurien mignon est le primate le plus proche de l’homme.

Michel Alberganti

 

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Les insectes, dernières victimes du syndrome du lampadaire

Une fois n’est pas coutume, les chercheurs nous pardonnerons un léger sourire. En effet, une équipe de l’université anglaise d’Exeter, dont nous avons récemment rapporté les travaux sur le graphène, vient de publier un article qui laisse légèrement perplexe. Il s’agit en effet d’une version inattendue du fameux syndrome du lampadaire (ou du réverbère suivant l’époque où se situe l’action…). Sous un lampadaire, un homme cherche les clés qu’il a perdues … parce que c’est là qu’il y a de la lumière. Thomas Davies, lui, rend compte dans un article publié le 23 mai 2012 dans la revue Biology Letters, de son étude des populations d’insectes qui se trouvent sous les lampadaires de la ville de Helston. Et il a eu plus de chance que l’homme qui cherche ses clés. Il a en effet trouvé de nombreux insectes sous la lumière ! Étonnant, non ?

Chasse aux insectes

Au cours de trois nuits de chasse, grâce à 28 pièges placés juste sous les lampadaires ou bien hors de la portée de leur lumière, Thomas Davies a attrapé 1194 insectes de 60 espèces différentes. Et il nous confirme ce que nous pressentions: les insectes sont plus nombreux sous la lumière que dans l’obscurité… A son crédit, tout de même, il a aussi découvert que cette différence de population perdure pendant les heures diurnes. Les pièges étant posés au sol, le chercheur a collecté de nombreux représentants d’espèces prédatrices ou charognardes. Il apparaît donc que ces insectes trouvent le coin sous la lumière particulièrement giboyeux et qu’ils ne prennent pas la peine de le quitter pendant la journée, attendant simplement le festin du soir.

Déséquilibre des populations…

Thomas Davies conclue que nos éclairages nocturnes engendrent de véritables déséquilibres dans les populations d’insectes… Une perturbation écologique regrettable, certes… Néanmoins, si l’on considère la quantité d’insectes sur Terre, soit les deux tiers des espèces animales vivantes avec de 3 à 30 millions d’espèces différentes, on peut considérer l’impact des désordres engendrés par les lampadaires comme relativement mineurs. Si l’homme menace de nombreux animaux, les insectes sont sans doute les meilleurs candidats pour lui survivre. Pour autant, il existe bien d’autres bonnes raisons d’éteindre de nombreux éclairages nocturnes, comme la gène qu’ils causent aux astronomes qui tentent d’observer le ciel étoilé et, surtout, l’impérieuse nécessité de faire des économies d’énergie.

Michel Alberganti

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A quoi pensent les chiens ?

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Il ne leur manque que la parole…, dit-on.  Faute de cette possibilité de communication avec l’animal qui est devenu le compagnon de l’homme depuis des temps immémoriaux, 10 000 ou peut-être 30 000 ans, comme savoir ce que les chiens pensent ? La question s’est posée brusquement à Gregory Berns, directeur du Emory Center for Neuropolicy, lorsqu’il a vu les images de l’intervention des forces spéciales de l’équipe Seal dans la cachette de Ben Laden. Un chien de l’US Navy y participait. “J’ai été impressionné lorsque j’ai vu ce que les chiens des miliaires peuvent faire. J’ai alors réalisé que si des chiens peuvent sauter d’un hélicoptère ou d’un avion, nous pourrions certainement les entraîner à entrer dans un scanner d’IRM fonctionnelle (IRMf) afin de découvrir ce à quoi ils pensent”, explique Gregory Berns.

On sait que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle permet de corréler certains signaux (sons, images, activité cérébrale…) avec les zones du cerveau qu’ils activent. On peut alors en déduire des informations sur le type de pensée qu’ils engendrent. Mais avec un chien, toute la difficulté réside dans le dressage permettant de convaincre l’animal de rester allongé dans le tube d’un scanner, immobile malgré le vacarme émis par l’appareil. C’est le défi relevé par Gregory Berns et son équipe.

Callie, une petite chienne de chasse de race Feist de deux ans et McKenzie, un chien de berger Border Collie de trois ans ont été mis à contribution. Tous deux ont été entrainé pendant plusieurs mois à entrer dans un scanner et à rester parfaitement immobile pendant que les chercheurs mesuraient leur activité cérébrale. Un casque les ont protégé du bruit de l’appareil. Callie semble être devenue si impatiente de faire avancer la science qu’elle entre d’elle-même dans le scanner même lorsque ce n’est pas son tour…

 

Callie et Gregory Berns

C’est ainsi que les scientifiques d’Emory sont parvenus à obtenir les toutes premières IRM du cerveau d’un chien. Ils ont alors cherché à déterminer si nos fidèles compagnons ressentent de l’empathie, s’ils savent que leur “maître” est heureux ou malheureux et s’ils comprennent une nombre important de mots de notre langage.

Dans une première expérience, les chiens ont été stimulés à l’aide mouvements de la main. L’un des gestes signifiait que le chien allait recevoir de la nourriture, l’autre qu’il n’allait rien recevoir. La région du cerveau associée à la récompense dans le cerveau humain s’est également activée dans le cerveau des chiens à la suite du premier geste et est restée inerte face au second geste. D’où la mise en évidence d’un lien direct entre les actions de l’homme et la stimulation de cette zone dans le cerveau des chiens. Ils comprennent donc parfaitement leur maître dans ces circonstances. Tout propriétaire de chien en était convaincu sans avoir eu recours à un scanner…

Callie dans le scanner d'entraînement

L’expérience de Gregory Berns vaut donc surtout par la démonstration de la possibilité de placer un chien dans une IRMf sans la moindre atteinte au bien être de l’animal. Ce dernier n’est pas attaché ni endormi. Et il a été entraîné à supporter le casque qui le protège du bruit. Dans ces conditions, les chercheurs ont obtenu que les chiens restent parfaitement immobiles pendant 24 secondes, ce qui leur laisse assez de temps pour réaliser de multiples mesures.

Il leur faut désormais aller plus loin pour sonder les profondeurs du cerveau canin. “Le cerveau des chiens apporte un témoignage de la façon dont l’homme et l’animal ont pu vivre ensemble pendant très longtemps. Il est même possible que les chiens aient pu affecter l’évolution humaine”, estime Gregory Berns. Au delà de la découverte des pensées secrètes de nos compagnons, le cerveau des chiens pourrait nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes. Voilà qui justifie encore plus les recherches dans ce domaine…

Michel Alberganti

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La morsure du rat, champion des rongeurs

Le baiser du rat…

Ceux qui l’ont eu comme animal de compagnie le savent. Le rat est aussi intelligent et affectueux qu’il a mauvaise réputation. Habitant des égouts, vecteur de maladie, martyrisé dans les laboratoires, porteur d’une queue dénudée peu ragoutante et de moustaches chatouillantes, il est l’un des mammifères les plus répandus sur Terre. Preuve de ses performances en matière d’évolution, on le trouve, avec les souris, sur tous les continents en dehors de l’Antarctique. Et il compte plus d’un millier d’espèces, soit près du quart de toutes les espèces de mammifères connus.

 

Reconstruction en 3D des crânes et des muscles des trois rongeurs

Des chercheurs de l’université de Liverpool se sont penchés sur l’une des caractéristiques majeures des rats: leur performance de rongeur. Pour cela, ils ont réalisé une comparaison approfondie entre le rat, l’écureuil et le cochon d’Inde. Leur étude, publiée dans le revue Journal of Anatomy fin 2011, propose une analyse des crane des trois animaux grâce à des modélisations virtuelles.“Depuis l’Éocène, il y a entre 56 et 34 millions d’années, les rongeurs ont adapté leur crânes et les muscles de leur mâchoire, et nous pouvons donc les qualifier d’espèce évolutionniste“, indique Philip Cox, co-auteur de l’étude. “Un sous-ordre des rongeurs, les  Sciuromorphes qui comprennent les écureuils, ont commencé à se sont spécialisés dans le rongeage tandis qu’un autre, les Hystricomorphes, dans lequel on trouve les cochons d’Inde ou cobayes, ont opté pour le mastiquage. Un troisième sous-ordre, les Myomorphes, auquel appartiennent les rats et les souris, se sont adaptés à la fois au rongeage et au mastiquage”. Forts de ce constat, les chercheurs ont comparé les performances de leurs modèles informatiques des trois rongeurs dans les deux catégories: rongeage et mastiquage. “Nous nous attendions à ce que les rats soient plus polyvalents et moins efficaces dans chacune des tâches face aux spécialistes que sont les écureuils et les cochons d’Inde.  Un peu comme l’on ne s’attend pas à ce qu’un nageur de triathlon batte un nageur spécialisé dans le 1500 mètres”, explique un autre auteur, Nathan Jeffery. C’était sous-estimer les Myomorphes ! “Les résultats nous ont montré que la façon dont les muscles des rats se sont adaptés au fil du temps a augmenté leurs capacités au point qu’ils surpassent les écureuils pour le rongeage et les cochons d’Inde pour le mastiquage”,  constate Nathan Jeffery.

Pour les chercheurs, cette découverte explique en partie pourquoi les rats et les souris ont si bien réussi à s’adapter à toutes les circonstances mais aussi pourquoi ils sont aussi destructeurs. Leur comportement alimentaire leur permet de se nourrir efficacement à l’aide d’une très grande variété de matériaux. Un constat instructif à une époque où tant d’espèces sont menacées par les petits changement dans leur environnement provoqués par le réchauffement climatique. Pas de risque que les rats, eux, en soient victimes…

Michel Alberganti

Hystricomorpha
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Manchots : deux fois plus nombreux

Manchot empereur en Antarctique

Exemples d'images utilisées pour le comptage par satellite.

Compter les Manchots empereurs est nettement plus délicat que de compter des moutons ou tout autre animal vivant sous des climats plus tempérés. Les célèbres oiseaux marins, eux, vivent en Antarctique où la température peut descendre à -50°C. C’est dire si l’opération est délicate. Les estimations de leur population variaient, jusqu’à présent entre 270 000 et 350 000.

Peter Fretwell, géographe au British Antarctic Survey, a décidé de prendre de la hauteur pour vérifier ces chiffres. Il a en effet utilisé des images prises par satellite à très haute résolution pour effectuer le comptage. Mais identifier des oiseaux, même s’ils mesurent jusqu’à 1,2 m pour un poids de 20 à 40 kg depuis l’espace n’est pas si facile. Peter Fretwell a donc été conduit à améliorer artificiellement la résolution des images grâce à une technique d’augmentation de la netteté. Ensuite, il a calibré sa méthode d’analyse à l’aide d’images prises par avion et de comptage au sol.

Par chance, le plumage en partie noir des Manchots empereurs se distingue bien sur la neige. Le géographe a facilement identifié les colonies existantes et en a compté 44 sur les côtes de l’Antarctique dont 7 étaient inconnues auparavant.  “Les méthodes que nous avons utilisées constituent une avancée considérable en matière de connaissance de l’écologie de l’Antarctique car elles permettent d’effectuer des recherches en sécurité et avec un très faible impact environnemental tout en estimant la population complète des Manchots”, indique Michelle LaRue, co-auteur de l’étude publiée dans le journal Plos ONE le 13 avril 2012.

Le résultat du comptage dépasse les attentes des chercheurs. “Nous sommes ravis d’voir pu localisé et identifié un aussi grand nombre de Manchots empereurs”, déclare Peter Fretwell. “Nous avons compté 595 000 oiseaux, soit presque le double des estimations précédentes. Il s’agit du premier recensement d’une espèce réalisé depuis l’espace”. De fait, la méthode devrait pouvoir s’adapter au comptage d’autres animaux. “Les implications de ce travail vont plus loin puisque nous disposons désormais d’une méthode économique applicable à d’autres espèces mal connues en Antarctique”, souligne Michelle LaRue.

Cette nouvelle technique pourra se révéler précieuse en cette période de réchauffement climatique affectant de nombreux animaux vivant dans ces régions, dont les Manchots empereurs qui voient leur habitat se réduire en raison de la fonte de la glace qui couvre le continent lors de printemps devenus plus précoces. Du fait de son coût réduit, le comptage par satellite devrait pouvoir être réalisé à intervalles réguliers afin d’analyser l’évolution des populations et mesure ainsi l’impact du changement climatique. La méthode a, toutefois, ses limites puisqu’elle ne fonctionne bien que sur un sol blanc, donc couvert de neige. A moins d’utiliser des images satellites prises en infrarouge. Mais, là encore, l’absence de végétation en Antarctique permet de visualiser plus facilement des animaux qu’au sein de paysages où ils peuvent être masqués par des arbres ou des abris. Le recensement des hommes par satellite se révélera donc nettement plus délicat…

Michel Alberganti

 

 

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