L’Ircam nous invite à découvrir une véritable Matrice sonore (Vidéo)

Aimer la musique, c’est, d’abord, être sensible au son. A tous les sons. Au bruit même. Mais dans la vie, l’essentiel du sonore est nuisance. On se protège plus du son qu’on ne l’écoute. Sauf lors d’un concert. Là, soudain, le silence d’abord, ce grand absent de la ville, s’installe. Rupture. Et puis, le son naît. D’une pureté douloureuse, presque, au début, tant il faut convaincre notre cerveau de l’accepter, de le laisser nous pénétrer.

L’expérience sonore peut transporter dans un autre monde plus surement que toute autre. Il suffit de fermer les yeux pour entrer dans l’univers parallèle créé par le compositeur. A quelques imperfections près. Ce monde parallèle n’en est est pas vraiment un. Les limites de la technologie brident le son et, de l’univers rêvé, ne nous parvient que des pans, des bribes, des traversées, parfois, au mieux.

Mais que se passerait-il si ces imperfections disparaissaient ? Si l’autre monde était aussi parfait que celui de la Matrice ? Avec tous ses volumes, ses angles, ses raclements, ses brisures, ses échos et ses étouffements, ses émergences et ses effondrements, ses voix d’un au-delà qui serait bien là ? A portée de la main, au sens propre. Un son qui peut naître au milieu des spectateurs avant de s’évanouir pour ressurgir là-bas, tout près ou au loin. Un son libre dans l’espace tout entier d’une salle. Le compositeur devient alors l’architecte de sa musique.  Il rejoint le sculpteur, autre maître de l’espace. Alors, sans doute, serions-nous vraiment transportés ailleurs, aussi surement qu’avec ce que promet la téléportation.

Bien sûr, il faudra laisser le temps à nos neurones ancestraux d’apprendre à voyager, les oreilles grandes ouvertes, dans ce nouvel espace. “A l’origine, l’audition spatiale servait essentiellement à nous prévenir d’un danger pouvant surgir derrière nous ou hors de notre vue”, rappelle Huges Vinet, directeur de la recherche et développement de l’Ircam. Depuis, les choses ont empiré. Si les risques de danger sont plus faibles, c’est du son lui-même, du bruit, que nous avons appris à nous protéger. Tout un nouveau parcours est donc nécessaire.

Eh bien, un tel voyage initiatique dans une Matrice sonore est désormais possible. Le 29 novembre 2012, le grand public pourra le découvrir dans les entrailles de l’Ircam, à Paris lors de l’inauguration du nouveau système de spatialisation, l’aboutissement d’une dizaine d’années de travail. L’installation est sans doute unique au monde en raison de l’association, dans le même espace, de deux systèmes : le Wave Field Synthesis et l’Ambisonique.

Pour Globule et Télescope, Hugues Vinet présente la nouvelle installation de l’Ircam. Le fondateur des lieux, Pierre Boulez, peut être fier de cette réalisation qui permet de nous projeter dans ce que sera l’univers sonore des salles de concert bientôt, des salles de cinéma demain et de nos voitures et salons, après-demain.

Pour assister à la soirée d’inauguration, le 29 novembre 2012, à 19 heures :
www.ircam.fr/eac.html
Accès gratuit sur réservation au : 01 44 78 12 40
Lieu : Ircam, 1 place Igor-Stravinsky, 75004 Paris – Métro Hôtel de ville, Rambuteau, Les Halles ou Châtelet

Michel Alberganti

lire le billet

François Bon, une science du récit

L’écrivain François Bon raconte les histoires de scientifiques qui travaillent sur le plateau de Saclay, provoque le récit des hasards de vie, des passions de jeunesse et des vocations de chercheurs et fait surgir ce qui donne son humanité à la science. Rencontre à l’occasion des Artsciencefactory Days dont Slate est partenaire, jusqu’au 29 novembre 2012, à Palaiseau.

Sur France Culture, dans l’émission Science Publique que j’ai animée le 23 novembre 2012, François Bon a retrouvé Jean-Michel Frodon, coorganisateur des Artsciencefactory Days, ainsi que deux des scientifiques qu’il a rencontrés sur le plateau de Saclay, Valérie Masson Delmotte et Serge Abiteboul :

—————————————————————————————————————————————

La littérature peut-elle raconter la science ?23.11.2012 – Science publique
La littérature peut-elle raconter la science ?
57 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Les chercheurs peuvent-ils faire connaître leur travail grâce à un récit littéraire ? Science Publique vous propose cette semaine une escapade sur le plateau de Saclay grâce aux rencontres d’un écrivain, François Bon, avec les scientifiques qui travaillent dans les laboratoires du CEA, de Polytechnique ou de l’université d’Orsay. Les textes que François Bon a écrit après ces rencontres …
—————————————————————————————————————————————

Vous pouvez également toujours (re)lire l’article que Slate.fr a consacré à la résidence d’écrivain de François Bon sur le plateau de Saclay :La chambre à bulles, exposée à Orsay (*). Image François Bon. Licence CC BY-NC-SA. * et pas à Saclay comme indiqué dans  une version précédente de la légende de cette photo.

Il fallait oser… François Bon s’est lancé. Il a franchi cette frontière aussi invisible qu’étanche qui sépare deux univers: la littérature et la science. Cet écrivain tourangeau a frappé à la porte des labos sur le plateau de Saclay. Ceux où l’on travaille sur l’astrophysique, l’astronomie, les particules élémentaires, la volcanologie ou les cellules souches. Derrière chaque porte, un chercheur et une rencontre. Un choc de cultures, bien sûr, mais aussi un choc purement humain. Un rapport au monde singulier découvert à travers un rapport humain. Lire la suite…

Michel Alberganti

lire le billet

La Banque mondiale envisage un réchauffement de 4°C en 2100

La prise de conscience du réchauffement climatique pourrait franchir une étape importante avec le rapport publié le 18 novembre 2012 par… la Banque mondiale. Si l’économie s’empare du problème, cela démontre peut-être qu’il a changé d’orbite dans le cerveau mondial. Déjà, les sociétés d’assurance avaient tiré la sonnette d’alarme en raison de l’envolée des coûts engendrés par la multiplication des catastrophes météorologiques comme la tempête Sandy qui a touché les Etats-Unis fin octobre.

Turn down the heat

Intitulé sobrement “Turn down the heat” (Baissons la chaleur), ce rapport scientifique a été réalisé par le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) et par Climate Analytics pour la Banque mondiale. Il répond à la question: “Que serait le monde s’il était plus chaud de 4°C ?” Ces instituts prennent ainsi le relais du GIEC qui, jusqu’à son dernier rapport de 2007, s’attachait à un objectif de réchauffement de 2°C en 2100.  Plus personne, aujourd’hui, ne parie sérieusement sur un tel résultat. Les réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) nécessaires pour l’atteindre sont loin d’être réalisées. Les années passent et c’est toujours à une augmentation mondiale de ces émissions de GES que l’on assiste. Le manque de volontarisme des Etats-Unis et le développement de la Chine font partie des principales raisons de cet échec patent.

Désormais, donc, l’heure n’est plus aux imprécations. Nous entrons dans la période de préparation. Et cette perspective de 4°C en 2100, adoptée par le rapport de la Banque mondiale, paraît raisonnable, voire optimiste. Même si le président du groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, fait mine de persister dans le rêve antérieur :

« Nous pouvons et nous devons éviter une hausse de 4 degrés. Il faut limiter le réchauffement à 2 degrés. Si nous n’agissons pas suffisamment contre le changement climatique, nous risquons de léguer à nos enfants un monde radicalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le changement climatique est l’un des  principaux obstacles auquel se heurtent les efforts de développement, et nous avons la responsabilité morale d’agir pour le bien des générations futures, et en particulier les plus pauvres. »

Déjà 0,8°C

A l’appui de cette thèse, le rapport tente d’imaginer ce que serait une Terre où régnerait une température supérieure de 4°C par rapport à l’ère préindustrielle, c’est à dire vers le milieu du 19e siècle. En raison de la forte accélération du réchauffement à partir des années 1960, nous en sommes aujourd’hui à +O,8 °C en moyenne sur la planète. Le rapport rappelle que la température des océans a augmenté de 0,09°C depuis les années 1950 ce qui a entraîné une acidification des eaux, que le niveau des mers a augmenté de 20 cm par rapport à l’ère préindustrielle et que cette tendance se poursuit au rythme de 3,2 cm par an. Sans parler de la multiplication des canicules, des sécheresses et ouragans et autres tempêtes dévastatrices. Tout indique donc que nous préparons une température moyenne supérieure d’au moins 4°C à celle de l’ère préindustrielle pour 2100.

Impacts sur le développement

Quelles en seront les implications, en particulier sur le développement, facteur important pour la Banque mondiale ? Le rapport détaille plusieurs conséquences graves :

– inondation des villes côtières
– risques accrus pesant sur la production vivrière
– hausse des taux de sous-alimentation et de malnutrition
– aggravation de la sécheresse dans les zones arides et du niveau d’humidité dans les zones humides
– vagues de chaleur sans précédent dans beaucoup de régions, et particulièrement sous les tropiques
-aggravation sensible des pénuries d’eau dans beaucoup de régions
– intensification des cyclones tropicaux
– perte irréversible de la biodiversité, y compris dans les systèmes de récifs coralliens

John Schellnhuber, directeur du PIK, souligne que “les réactions du système terrestre au changement climatique ne sont pas linéaires”. Un point très important car il peut expliquer pourquoi le dépassement des 2°C peut se révéler délicat. Au delà, en effet, une sorte de point de non retour peut être franchi. Il s’agit donc bien d’une cause qui devrait être mondiale. La seule solution passe par “la croissance verte et solidaire”, des mots qui peuvent prêter à sourire à une époque où la course aux profits immédiats semble l’emporter sur toute autres considérations sur l’avenir. Cet avenir que nous nous préparons en accordant 1000 milliards de dollars de subvention à l’exploitation de combustibles fossiles, comme le note le rapport qui précise certaines conséquences climatiques:

  • Les vagues de chaleur extrême qui, dans un monde sans réchauffement climatique, ne devraient survenir qu’une fois toutes les quelques centaines d’années, séviront presque tous les étés dans beaucoup de régions. Leurs incidences ne seront pas réparties uniformément. Les hausses de température les plus importantes devraient survenir en zones terrestres et varier de 4 à 10 °C. On devrait s’attendre à des hausses de 6 °C ou plus des températures mensuelles estivales moyennes dans la région méditerranéenne, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans certaines parties des États-Unis.
  • On observera vraisemblablement une élévation de 0,5 à 1 mètre du niveau moyen des mers d’ici à 2100, et des niveaux plus élevés sont également possibles. Certaines des villes les plus vulnérables à ce phénomène sont situées au Mozambique, à Madagascar, au Mexique, au Venezuela, en Inde, au Bangladesh, en Indonésie, aux Philippines et au Viet Nam.
  • Les régions les plus vulnérables se trouvent en zones tropicales, subtropicales et polaires, où de multiples impacts risquent de s’additionner.
  • L’agriculture, les ressources en eau, la santé humaine, la biodiversité et les services écosystémiques seront vraisemblablement gravement touchés. Ces répercussions pourraient engendrer de vastes déplacements de populations, réduire la sécurité et perturber les systèmes économiques et le commerce.
  • Beaucoup de petits États insulaires risquent de se trouver incapables d’assurer la survie de leurs populations.

Un changement d’ère climatique ?

La nouvelle perspective d’un réchauffement de 4°C nous projette dans un scénario proche de celui d’une changement d’ère climatique. En effet, la dernière période glaciaire se caractérise par une baisse de température de 4,5 à 7°C. On peut donc craindre qu’une augmentation de 4°C de la température moyenne sur Terre n’engendre pas une simple amplification des phénomènes climatiques que nous connaissons aujourd’hui. Nous risquons une véritable rupture avec des dérèglements dont l’ampleur semble difficile à prévoir avec précision. Nul doute qu’ils seront forts désagréables pour une grande partie des habitants de la planète d’ici 2100.

Michel Alberganti

lire le billet

OGM : de l’impossible débat à un embryon de consensus

Même sans illusion, il fallait essayer… Après l’embrasement médiatique provoqué par la publication de l’expérience de Gilles-Eric Séralini, le 19 septembre 2012, les avis donnés par les agences de sécurité sanitaire et les prises de position des académies, comme celles de multiples pétitionnaires, comment ne pas tenter une confrontation ? Rassembler les protagonistes sur un même plateau pour un débat sur France Culture, ce n’était que la suite logique de deux mois d’affrontements indirects.

Le résultat, vendredi 16 novembre entre 14 et 15 heures dans Science Publique, n’a pas dérogé à la règle qui prédomine, en France, depuis la conférence de citoyens sur “l’utilisation des OGM dans l’agriculture et l’alimentation”, précédée par le rapport de Jean-Yves Le Déaut, qui date de… juin 1998. Ni le “débat public sur les OGM” de l’an 2000, ni le débat public sur “les OGM et les essais en champ” de 2002, n’ont changé la donne. Un dialogue dépassionné reste impossible. Pourtant, et l’émission d’aujourd’hui le confirme, une porte de sortie par le haut existe. Mais aucun des deux camps n’est prêt à faire les concessions nécessaires pour la franchir sereinement. Pour cela, il faudrait réunir trois conditions.

1°/ Tirer des leçons positives de l’expérience Séralini

Rationnellement, il est difficile d’admettre que les tumeurs révélées par l’expérience sur des rats pendant 2 ans menée par Gilles-Eric Séralini soient une preuve scientifiquement indiscutable de la dangerosité pour la santé humaine de l’OGM NK603 et du Roundup de Monsanto. Néanmoins, l’opération médiatique réalisée par le biologiste, malgré le regrettable dérapage du Nouvel Observateur titrant “Oui, les OGM sont des poisons”, est une réussite. Incontestable elle. Avec le CRIIGEN et un budget de 3,2 millions d’euros, Gilles-Eric Séralini a atteint ce qui, à l’évidence, était son principal objectif : révéler les failles des procédures actuelles d’évaluation des OGM. Celles-ci sont, au moins, au nombre de trois :
–  Pas d’essais à long terme (2 ans, soit la vie entière des rats)
–  Pas d’indépendance des laboratoires réalisant les essais limités à 90 jours
–  Pas de transparence dans la publication des résultats de ces essais

2°/ Admettre les erreurs du passé

Qu’il s’agisse de la Commission du génie biomoléculaire CGB), créée en 1986, de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), créée en 1999, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) créée en 2002 ou de l’Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement du travail (Anses), créée en 2010 par la fusion de l’AFSSA et de l’AFSSET, aucun de ces multiples organismes n’est parvenu à imposer des règles palliant ces trois défauts.

Les acteurs d’aujourd’hui, Gilles-Eric Séralini ou de Gérard Pascal, ancien directeur scientifique de l’INRA, ont contribué aux travaux de ces plusieurs de ces institutions. Des débats houleux s’y sont déroulés. Mais ils n’ont jamais abouti à l’établissement de normes d’essais satisfaisantes. D’un coté, parfois, leurs avis ont été balayés pour des raisons politiques. L’influence des partis écologistes a conduit à des interdictions d’OGM en France contre l’avis de la CGB, par exemple. De l’autre, l’influence des industriels, Monsanto en tête, même si elle est beaucoup moins apparente, n’en est pas moins certaine.

D’où un blocage total qui a conduit à la situation actuelle. Les scientifiques luttent contre le rejet irrationnel des écologistes qui les poussent à avoir tendance à minimiser les risques. Les opposants aux OGM exploitent cette tendance pour démontrer que les experts ne sont pas indépendants et qu’ils agissent pour le compte des industriels. Chacun s’enferme dans une position caricaturale. Les attaques personnelles fusent et bloquent la possibilité d’un débat serein et rationnel. Toute remise en cause des procédures se traduit par une accusation ad hominem.

3°/ Établir de nouvelles procédures d’évaluation des OGM

Dès le 19 septembre, dans la précipitation qui a suivi la publication de l’expérience Séralini, trois ministères (écologie, santé, agriculture) ont fait la déclaration suivante : “ Le Gouvernement demande aux autorités européennes de renforcer dans les meilleurs délais et de façon significative l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux”. Si elle a pu sembler bien prématurée ce jour là et si l’avis de l’ANSES a invalidé, ensuite, l’expérience Séralini, cette réaction apparaît aujourd’hui comme, paradoxalement,  judicieuse mais insuffisante.

Judicieuse parce que les différentes conclusions de l’affaire, dans les deux camps, convergent effectivement vers une remise en cause de l’évaluation des OGM. Insuffisante parce que l’amélioration qui apparaît indispensable doit être nettement plus que significative. Radicale serait un terme plus juste. De plus, les autorités européennes ne sont pas seules concernées. La France l’est aussi. Et elle pourrait même jouer un rôle moteur dans cette révision en profondeur de l’évaluation des OGM.

Un consensus apparaît

Ce n’est pas le moindre des résultats de l”affaire Séralini que de faire poindre un consensus entre les deux camps. Qu’il s’agisse de l’Anses dans son avis sur l’expérience, du HCB ou d’une personnalité comme Gérard Pascal, tout le monde admet que l’absence d’études à long terme probante n’est pas acceptable. Les hommes consomment des OGM pendant toute leur vie. Pourquoi les expériences sur les rats se limiteraient à trois mois, soit le huitième de leur durée de vie ?

Si un accord existe sur ce point,  il reste à établir des procédures permettant d’apporter une réponse à la question, tout en garantissant l’indépendance des études. L’Anses semble l’organisme le mieux placé pour prendre en charge ces études. Il dispose des laboratoires nécessaires. Il ne lui manque que le financement. Or, la règle actuelle veut que ce soient les industriels qui financent ces études. Aujourd’hui, ce sont eux qui pilotent les expériences et choisissent soit de les réaliser dans leurs propres laboratoires, soit de les confier à des laboratoires privés. Il suffit donc que les industriels donnent ce même argent à l’Anses… Cela paraît presque trop simple. En fait, une difficulté subsiste.

Combien d’évaluations sont nécessaires ?

L’étude de Gilles-Eric Séralini a coûté 3,2 millions d’euros. Pour qu’elle soit scientifiquement recevable, il aurait fallu multiplier le nombre de rats par 5, voire par 7 ou 8. Cela porterait le coût de l’étude à environ 10 millions d’euros. Le résultat permettrait d’évaluer l’impact d’une variété de mais transgénique, le NK603, et d’un insecticide, le Roundup. Mais il existe des dizaines de variétés de plantes génétiquement modifiées. Faut-il les évaluer toutes de la même façon ? Certaines études sur une variété donnent-elles des informations valables sur les autres ? Comment réduire le coût de ces études à des sommes acceptables ? C’est la question que posent certains scientifiques plutôt pro-OGM. Et ce sont aux scientifiques d’apporter une réponse.

Cette interrogation sur la viabilité économique des études d’évaluation des OGM ne concerne néanmoins pas la société elle-même. Ce n’est un problème que pour ceux qui devront financer les études, c’est à dire les industriels… Si le financement des études déclarées nécessaires par les scientifiques s’avère trop élevé pour que les OGM restent économiquement rentables, cela signifiera simplement que ces produits sont inadaptés à la commercialisation.

Avons-nous vraiment besoin des OGM ?

Dans les coulisses de Science Publique, après l’émission, l’un des invités admettait que l’intérêt des OGM pour la société n’est pas clairement établi. Les perspectives affichées par les semenciers telles que la culture sous des climats difficiles, avec des quantités d’eau réduite ou de mauvaise qualité (saumâtres) sont restées à l’état de… perspectives et de promesses pour le futur. Idem pour le discours sur le fait de pouvoir nourrir 9 milliards d’habitants. Pour l’instant, les OGM rapportent… de l’argent aux industriels. C’est la seule certitude. Les gains sur les rendements et sur l’économie des exploitations agricoles sont largement contestés.

Ainsi, aujourd’hui, la réponse à la question simple : Avons-nous vraiment besoin des OGM ? est clairement : Non, pas vraiment.  Pour les accepter, le moins que l’on puisse attendre est d’obtenir une raisonnable certitude de leur absence d’effets néfastes sur la santé humaine. Si l’établissement de cette preuve revient trop cher, tant pis. Nous nous passerons des OGM. Et le débat sera, enfin, clôt.

Michel Alberganti

(Ré)écoutez l’émission Science Publique que j’ai animée le 16 novembre 2012 sur France Culture :

Faut-il considérer les OGM comme des poisons ?16.11.2012 – Science publique
Faut-il considérer les OGM comme des poisons ?
57 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobilevideo

Après la publication par le Nouvel Observateur d’un titre alarmiste le 19 septembre, l’étude réalisée par Gilles Eric Séralini  sur des rats alimentés avec des OGM et de l’insecticide a fait grand bruit. Finalement, les experts ont invalidé ces résultats. Mais le doute est désormais jeté sur l’ensemble des études réalisées sur les OGM. Comment la science sort de cette manipulation ? …
Invités :
Gérard Pascal
, ancien directeur scientifique à l’INRA et expert en sécurité sanitaire des aliments à l’OMS
Jean-Christophe Pagès
, professeur et praticien hospitalier à la Faculté de médecine de Tours et président du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies
Gilles-Eric Séralini
, professeur de Biologie Moléculaire Université de Caen – Laboratoire de Biochimie et Biologie Moléculaire
Joël Spiroux de Vendomois, président du Comité de Recherche et d’Information Indépendant sur le Génie Génétique, le CRIIGEN

 

 

lire le billet

OGM, la contre-attaque : 140 scientifiques défendent Séralini

Le 22 octobre 2012, le verdict de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses), faisant suite à ceux de l’Europe (EFSA) et d’autres autorités nationales (BfR allemand entre autres), a fait l’effet d’un KO scientifique. Au final, l’étude publiée le 19 septembre dans une revue à comité de lecture, n’est pas scientifiquement recevable. Ses conclusions ne peuvent, de ce fait, être acceptées. En matière de toxicité des OGM et du Roundup, tout reste à donc à faire.

Tel est, justement, le raisonnement des 140 scientifiques français signataires d’une lettre ouverte publiée, le 14 novembre, sur lemonde.fr. La voici:

Science & Conscience

Devant l’incroyable levée de boucliers suscitée par la publication de Gilles-Éric Séralini et de son équipe dans le journal Food and Chemical Toxicology, nous, membres de la communauté scientifique, tenons à affirmer les points suivants.

– D’une part, les scientifiques qui se sont exprimés sur ce sujet l’ont fait en leur nom propre et ne peuvent prétendre représenter la communauté scientifique dans son ensemble. Le fait qu’un groupe d’une douzaine de personnes prétendant représenter six académies ait décidé d’un communiqué commun sans débat est contraire au fonctionnement normal de ces institutions et interroge sur la vision de la science et de la technologie (et de leur utilité sociale) ayant présidé à une telle décision (au contraire, par exemple, du débat organisé par l’Académie des Sciences dans le cadre de la polémique sur le changement climatique, à l’issue duquel la responsabilité de l’homme a été avérée). Nous saluons sur ce point la réaction salutaire du seul statisticien de l’Académie des Sciences, Paul Deheuvels.

– D’autre part, le protocole suivi dans cette étude présente des défauts qui font débat au sein de la communauté scientifique. Mais en tout état de cause, disqualifier le protocole suivi dans le cadre de cette étude revient à disqualifier du même coup les données ayant fondé les décisions d’acceptation des OGM par les experts. Il est remarquable de voir ces mêmes experts accepter (même s’ils le critiquent parfois) un protocole expérimental quand il donne des résultats qui vont dans le sens de l’acceptation d’une technique et le démolir aussi ardemment quand les résultats vont dans le sens opposé. Ceci est à notre avis totalement contraire à toute déontologie scientifique. Nous affirmons donc que, si les observations en débat méritent d’être confirmées par des expériences de plus grande ampleur, cela s’applique également aux tests qui ont servi à autoriser toutes les plantes transgéniques actuellement sur le marché. Si toute cette histoire aboutit au moins à ce résultat, elle aura été utile.

Nous sommes profondément choqués de l’image de notre communauté que cette polémique donne aux citoyens. L’expertise des risques pour la santé humaine ou l’environnement est une activité difficile qui doit faire face à de nombreuses incertitudes. Beaucoup des menaces qui pèsent sur notre planète ont été révélées par des scientifiques isolés puis confirmées par des études nombreuses venues de la communauté scientifique. En l’occurrence, il serait bien plus efficace de mettre en oeuvre des recherches sur les risques sanitaires et environnementaux des OGM et des pesticides, d’améliorer les protocoles toxicologiques utilisés pour leur mise sur le marché et de financer une diversité de chercheurs dans ce domaine que de créer des affrontements entre deux camps nourris de préjugés et d’idéologies. Nous pensons que notre communauté doit garder le souvenir d’erreurs passées, concernant l’amiante par exemple.Enfin, nous tenons à assurer à nos concitoyens qu’il existe également, dans la communauté scientifique, un nombre important de chercheurs qui sont convaincus qu’il faut prendre au sérieux les risques associés aux technologies et qui estiment que, si les chercheurs d’une part,et les applications sociales de la science d’autre part, sont par construction liés à des idéologies, des croyances et/ou des intérêts, la démarche scientifique doit, elle, s’efforcer de rester aussi indépendante que possible pour jouer pleinement son rôle dans la société.

Signataires :

Andalo Christophe MC UPS Toulouse
Arnaud-Haond Sophie Chercheuse IFREMER
Atlan Anne CR CNRS
Auclair Daniel DR INRA
Austerlitz Frédéric DR CNRS
Barot Sébastien DR IRD
Bancal Marie-Odile MC AgroParisTech
Becker Nathalie MC MNHN
Bellé Robert Pr UPMC
Bérard Sèverine MC U Montpellier 2
Blondel Jacques DR CNRS
Boëte Christophe CR IRD
Boistard Pierre DR INRA
Bonhomme François DR CNRS
Bonhomme Vincent Institut Français de Pondichéry
Bonnet Timothée Doctorant U Zurich
Bonneuil Christophe CR CNRS
Bonnin Isabelle CR INRA
Bosc Pierre-Marie Chercheur CIRAD
Boudouresque Charles Pr U Aix-Marseille
Bourdineaud Jean-Paul Pr U Bordeaux
Boyen Catherine DR CNRS
Brèthes Daniel DR CNRS
Casas Jérôme Pr U Tours
Cézilly Franck Pr U Bourgogne
Chabert Michèle MC EPHE
Champagnon Jocelyn Post Doc
Charpentier Anne MC U Montpellier 2
Charmantier Anne CR CNRS
Chikhi Lounès DR CNRS
Cochard Hervé DR INRA, Correspondant de l’Académie d’Agriculture
Colas Bruno MC U Paris Diderot
Combes Claude Pr U. Perpignan, Membre de l’Académie des Sciences
Da Lage Jean-Luc DR CNRS
David-Benz Hélène Chercheuse CIRAD
Darlu Pierre DR CNRS
De Decker Sophie Post-Doctorante, NOAA, US
de Foresta Hubert CR IRD
de Reviers Bruno Prof MNHN
Dedeine Franck MC U François Rabelais Tours
Delesalle Bruno MC EPHE
Destombe Christophe Prof UPMC
Devaux Céline MC U. Montpellier2
Djikeussi Eléonore CH Niort
Dorin Bruno Chercheur CIRAD
Dufumier Marc Pr AgroParisTech
Dugue Patrick Chercheur CIRAD
Dulcire Michel Chercheur CIRAD
Dutech Cyril CR INRA
Elias Marianne CR CNRS
Enjalbert Jérôme CR INRA
Fabre Pierre Chercheur CIRAD
Fady Bruno DR INRA
Ferdy Jean-Baptiste Pr U Toulouse 3
Ferrière Régis Pr ENS Ulm
Figuié Muriel Chercheuse CIRAD
Frascaria Nathalie Pr AgroParisTech
Fort Philippe DR CNRS
Gautier Christian Pr U Lyon
Gavotte Laurent MC U Montpellier 2
Gerber Sophie CR INRA
Grandcolas Philippe Prof MNHN
Goldringer Isabelle DR INRA
Gouyon Pierre-Henri Pr MNHN
Hautekeete Nina MC U Lille 1
Heams Thomas MC AgroParisTech
Herbette Stéphane MC U Clermont-Ferrand
Henry Claude Pr Columbia University
Heyer Evelyne Pr MNHN
Hospital Frédéric DR INRA
Huet Sylvie DR INRA
Humbert Jean-François DR INRA
Jeandel Catherine DR CNRS
Jarne Philippe DR CNRS
Joron Mathieu CR CNRS
Juffé Michel Pr PontsParisTech
Kjellberg Finn DR CNRS
Lachièze Rey Marc DR CNRS
Lançon Frédéric Chercheur CIRAD
Laurans Marilyne Chercheuse CIRAD
Laurenti Patrick MC U Diderot
Lavigne Claire DR INRA
Lemeilleur Sylvaine Chercheuse CIRAD
Le Gall Line MC MNHN
Le Moguédec Gilles Chercheur CIRAD
Lévy-Leblond Jean-Marc Pr U Nice
Lipinski Marc DR CNRS
Loeuille Nicolas Pr UPMC
Londe Sylvain Doctorant UPMC
Lorand Isabelle Chirurgienne
Louchart Antoine CR CNRS
Machon Nathalie Pr MNHN
Mallefet Jérôme Pr U Catholique de Louvain
Mariojouls Catherine Pr AgroParistech
Maris Virginie CR CNRS
Mignot Agnès Pr Université Montpellier 2
Millier Claude Pr AgroParisTech
Mirleau Pascal MC U Aix-Marseille
Moulia Catherine Pr U Montpellier 2
Morin Edgar DR CNRS
Nabholz Benoit MC U Montpellier 2
Nicolas Valérie IR INSERM
Nieberding Caroline Pr U Catholique de Louvain
Olivieri Isabelle Pr U Montpellier 2
Paillet Yoan IR IRSTEA
Palka Laurent MC MNHN
Pape Moller Anders DR CNRS
Papy François DR INRA
Pasqualini Vanina Pr U Corse
Petit Éric MC U Rennes 1
Poirier Florence IR U Paris 13
Ponsard Sergine Pr U Toulouse
Potin Philippe DR CNRS
Quilichini Angélique MC détachée CNRS
Raymond Michel DR CNRS
Refrégier Guislaine MC UPS Orsay
Reynaud – Yann Post-Doctorant, NOAA, US
Rognon Xavier MC AgroParisTech
Rousseau Denis-Didier DR CNRS Ulm
Rousset François DR CNRS
Saatkamp Arne MC U Aix-Marseille
Saint-James Emmanuel MC UPMC
Salmona Jordi Doctorant U Lisbonne
Sartor Pierre CR CNRS
Selosse Marc-André Pr U Montpellier 2
Sicard Mathieu MC U Poitiers
Shykoff Jacqui DR CNRS
Testart Jacques DR INSERM
Thomas Mathieu PostDoc INRA
Tully Thomas MC U Paris 4 (CNRS)
Valero Myriam DR CNRS
van Vliet Geert Chercheur CIRAD
Vela Errol MC U Montpellier 2
Velot Christian MC U Psud Orsay
Verlaque Marc CR CNRS
Verrier Etienne Pr AgroParisTech
Volovitch Michel Pr ENS Ulm
Vriz Sophie Pr U Paris Diderot
Warlop François CR GRAB
Weill Mylène DR CNRS

Michel Alberganti

lire le billet

Gaz de schiste: fracturation politique

En matière de gaz de schiste, en France, il faut suivre… Le 14 septembre 2012, tout était interdit. Avec le rapport Gallois, le 5 novembre 2012, la porte de la recherche semblait entrouverte. Mais aussitôt, Jean-Vincent Placé, sénateur EELV, est monté au créneau, invoquant l’accord électoral entre le PS et les Verts (qui ne parle d’ailleurs pas de recherche…). Sans doute dans un souci d’apaisement, Jean-Marc Ayrault a “oublié” le gaz de schiste lors de sa présentation du pacte national. Les services du Premier ministre confirmaient alors que la proposition de Louis Gallois en faveur de la poursuite de la recherche sur le gaz de schiste ne serait pas retenue. (Lire le résumé du chapitre précédent). Placé arrivait alors gagnant…

Mardi 13 novembre 2012 : première conférence de presse de François Hollande. Le Président de la République déclare alors, au sujet de la technique de fracturation hydraulique :

“Tant qu’il n’y aura pas de nouvelles techniques, il n’y aura pas d’exploration et d’exploitation de gaz de schiste en France. Cette technique porte considérablement atteinte à l’environnement. Je le refuse tant que je serai là. La recherche continue. On ne peut pas empêcher la recherche sur d’autres techniques. Aujourd’hui, elle n’a pas abouti. Mais elle n’est pas interdite. Je laisse les chercheurs travailler. Je prendrai mes responsabilités le moment venu.”

Salutaire mise au point

Salutaire mise au point qui remet Jean-Vincent Placé… à sa place. C’est à dire celle d’un sénateur qui, tout Vert soit-il, n’est pas en position de diriger la recherche française. Le silence de Jean-Marc Ayrault, le 6 novembre, avait créé un véritable malaise. Le voilà dissipé par François Hollande. Tant mieux. Désormais, les laboratoire français vont pouvoir démontrer que la France reste un pays d’inventeur !

Cette clarification survient au moment où de multiples signaux conduisent à penser que le dossier du gaz de schiste n’est pas près de se refermer, n’en déplaise à Corinne Lepage qui le rejette en bloc dans les colonnes du Monde.,Le même quotidien reprend les prévisions publiées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport annuel, le World Energy Outlook publié le 12 novembre.

Les Etats-Unis, futurs numéro un mondial du pétrole et du gaz

Les États-Unis deviendront le premier producteur mondial de pétrole, dépassant l’Arabie saoudite, entre 2017 et 2020 et premier producteur de gaz dès 2015 en devançant la Russie. Tout cela grâce aux huiles et gaz de schiste. L’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels est en train de bousculer en profondeur et de façon totalement inattendue l’échiquier énergétique mondial.

Toujours Le Monde, dans un entretien, rapporte l’opinion de Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) :

“La France réduit la part du nucléaire, interdit le gaz de schiste et vise à limiter plus fortement ses émissions de CO2. Ces trois éléments sont-ils compatibles ? Je n’en suis pas sûr. Je crois qu’il est possible d’exploiter proprement le gaz de schiste à condition de fixer un cadre réglementaire très strict aux industriels qui devront faire des investissements technologiques importants. Mais le jeu en vaut la chandelle, car les bénéfices à tirer de cette ressource peuvent être très élevés.”

1000 ans de consommation en Suède

La Suède, pays qui ne fait parti des pays les plus polluants, a découvert que son sous-sol contient pas moins de 1000 années de sa consommation de gaz… La Suède n’exploite pas ce gaz. Pour l’instant, elle explore, malgré l’opposition des Verts qui partagent le pouvoir. D’ici la fin de l’année, le gouvernement suédois se prononcera sur une éventuelle exploitation commerciale. En toute connaissance de cause. Ce qui n’est pas le cas en France puisque les forages d’exploration sont interdits. En France, comme en Suède d’ailleurs, si les Verts persistent dans leur position, une fracturation politique deviendra inéluctable dans la majorité présidentielle.

Michel Alberganti

lire le billet

Les écologistes interdisent jusqu’à la recherche sur le gaz de schiste

Qui décide de la recherche française ? La ministre en charge, Geneviève Fioraso ? L’Agence nationale de la recherche (ANR) ? Le CNRS ? Les Universités ? Les Agences indépendantes ? Les Comités d’éthique ? Le dernier épisode en date du vaudeville français sur le gaz de schiste plaide pour une autre tutelle : les écologistes, plus précisément Europe Ecologie Les Verts. Plus personnellement, semble-t-il, un homme : Jean-Vincent Placé, sénateur qui, à 44 ans, cumule les responsabilités. La dernière en date : avoir contraint le gouvernement à reculer, une fois de plus, sur le gaz de schiste.

Préambule

Avant même la publication du rapport Gallois, Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, réaffirme l’opposition du gouvernement à la fracturation hydraulique mais dit vouloir “réfléchir” à l’exploitation du gaz de schiste, qui “sera certainement sur la table” à l’occasion de la publication du rapport, comprend-t-on. Arnaud Montebourg est alors rejoint par le ministre délégué aux relations  avec le Parlement, Alain Vidalies, qui assure qu’au sein du gouvernement personne ne pense qu’il faut écarter le gaz de schiste “pour l’éternité”, selon l’AFP.

Acte 1

Lundi 5 novembre 2012, Louis Gallois, ancien président l’EADS, après Airbus, la SNCF, Aerospatiale, Snecma et ex directeur de cabinet de Jean-Pierre Chevènement en 1981 avant de devenir directeur général de l’industrie en 1982, remet son très attendu rapport au Premier ministre intitulé “Pacte pour la compétitivité de l’industrie française“.

Au chapitre sur “la priorité à l’investissement, un choc de confiance”, la cinquième proposition est : “mener les recherches sur les techniques d’exploitation du gaz de schiste”. Louis Gallois s’explique ainsi dans son rapport :

“Nous plaidons pour que la recherche sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste soit poursuivie. La France pourrait d’ailleurs prendre l’initiative de proposer avec l’Allemagne à ses partenaires européens un programme sur ce sujet. L’exploitation du gaz de schiste soutient l’amorce de réindustrialisation constatée aux États-Unis (le gaz y est désormais 2 fois et demi moins cher qu’en Europe) et réduit la pression sur sa balance commerciale de manière très significative.”

Acte 2

Jean-Vincent Placé réagit aussitôt en déclarant à l’AFP  :

“Si le Premier ministre reprend ces propositions du rapport Gallois, il y aura une large fracture dans la majorité avec les écologistes. Un revirement du gouvernement serait une violation absolue de l’accord passé (entre) le PS et Europe Écologie-Les Verts”.

Acte 3

Louis Gallois a sans doute l’impression d’avoir été mal compris. Il précise donc sa position, pendant le journal télévisé de France 2 de lundi soir et sur RTL mardi 6 novembre :

“Je n’ai pas dit qu’il fallait poursuivre l’exploration, c’est interdit par la loi. J’ai dit qu’il fallait continuer de travailler sur la technique d’exploration, ça me paraît naturel.”

Acte 4

Mardi 6 novembre, Jean-Marc Ayrault présente le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi qui s’inspire fortement du rapport Gallois mais il ne mentionne même pas le gaz de schiste. Les services du Premier ministre confirment au magazine Le Point que la proposition correspondante de Louis Gallois n’est pas retenue par le gouvernement.

Acte 5

En apparence, le gouvernement se plie aux termes de l’accord pré-électoral entre le PS et EELV. En apparence seulement. Car voici ce que dit le document en question sur ce sujet :

“L’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels (gaz et huiles de schiste) seront interdits, les permis en cours seront abrogés et les importations découragées”.

Epilogue

Il apparaît ainsi que l’interdiction de la recherche sur les techniques d’exploitation ne fait pas partie de l’accord PS-EELV.
Le renoncement du gouvernement sur la proposition de Louis Gallois à propos du gaz de schiste peut paraître anecdotique par rapport aux autres points du “pacte national”. En fait, il ne l’est pas. Il s’agit même d’une grave défaillance du fonctionnement de la majorité présidentielle et d’un signal catastrophique donné en direction de la recherche française.

En effet, voici qu’un parti politique crédité de 2,31% des voix à l’élection présidentielle de mai 2012 et 5,4% des voix au premier tour des législatives suivantes grâce à l’accord conclu avec le PS (63 circonscriptions réservées à EELV), se trouve en position de dicter sa loi au gouvernement. Voilà qu’il étend, de lui-même, les termes de l’accord qui lui a permis d’obtenir 18 députés à l’Assemblée nationale.

L’interdiction de l’exploration et de l’exploitation vaut désormais aussi pour la recherche de nouveaux moyens d’exploitation. Rappelons que le gouvernement fonde le moratoire actuel sur le gaz de schiste sur les dangers présentés par la fracturation hydraulique, seule technologie existant à ce jour. Le rapport Gallois préconise d’en trouver d’autres, mois dangereuses pour l’environnement. Mais non, pas question pour les écologistes. Ces derniers, eux, ne sont pas opposés à une technologie particulière mais bien au gaz de schiste lui-même. Facteur de retard, de leur point de vue, dans le développement des énergies renouvelables en France.

Au moment où la situation économique est si tendue que le gouvernement augmente les impôts et les taxes et où la faiblesse de la compétitivité de l’industrie arrive en tête du diagnostic des experts tels que Louis Gallois, la France se prive de la possibilité d’une ressource qui pourrait jouer un rôle important pour l’aider à traverser cette période difficile. En réduisant la facture énergétique, le gaz de schiste français diminuerait aussi les coûts de production.

Une embellie économique serait le meilleur instrument pour stimuler les investissements dans les énergies renouvelables, dans la transition énergétique. La France, en pointe dans l’exploitation pétrolière, dispose de tous les laboratoires nécessaires pour inventer une nouvelle technologie moins dangereuse que la facturation hydraulique. Ou pour perfectionner cette technique afin d’éviter tous risques de pollution ou de maladie.

Eh bien non. Jean-Vincent Placé en a décidé autrement. Un tel dogmatisme, qui piétine jusqu’au principe de précaution, peut apparaître absurde et mortel pour l’avenir de la France. Comme le note Louis Gallois, même l’Allemagne n’adopte pas une telle ligne. Et la nécessité du lancement d’une recherche européenne commune dans ce domaine, qu’il propose, apparaît comme une évidence.

Est-il supportable que ce soit sans la France ?

Michel Alberganti

lire le billet

Avec le CO2 et le méthane, l’azote du permafrost menace le climat

Pas moins de 44 milliards de tonnes d’azote et 850 milliards de tonnes de carbone seraient stockés dans le permafrost de l’Arctique.  Telle est la nouvelle estimation fournie par l’US Geological Survey et qui a fait l’objet d’une publication dans la revue Geophysical Research Letters du 7 août 2012.  Au cours du prochain siècle, le dégel du permafrost de l’Arctique pourrait relâcher cet azote et ce carbone captifs dans l’atmosphère et accroître ainsi l’effet de serre responsable du réchauffement climatique.

Ces émissions s’ajouteraient à celle du méthane, également emprisonné dans le permafrost de l’Arctique et de l’Antarctique, dont nous avons déjà parlé. En Arctique, la quantité de méthane piégé atteindrait 4 milliards de tonnes, à peu près autant qu’en Antarctique.

Les auteurs de la nouvelle publication de l’US Geological survey notent que les 850 milliards de tonnes de carbone présents dans le permafrost de l’Arctique sont équivalents à la quantité de carbone actuellement présente dans l’atmosphère.

Cette nouvelle donnée devra être prise en compte par le cinquième rapport du GIEC prévu pour 2014.

Michel Alberganti

lire le billet

Peindre les astéroïdes en blanc : une idée pour les détourner de la Terre…

Tandis que les astronomes et autres astrophysiciens s’interrogent sur le meilleur moyen de détourner un astéroïde menaçant la Terre, un diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT) propose une stratégie originale. Nul besoin d’une bombe atomique enfouie par un Bruce Willis, ni de laser de l’espace ou de vaisseau tracteur. Pour Sung Wook Paek, qui travaille dans le département Aéronautique et Astronautique du MIT, de simples bombes de peinture suffiraient. De la peinture blanche… En effet, le chercheur explique que grâce à cette version spatiale du paintball, l’albédo de l’astéroïde serait doublée. Ainsi, l’énergie due à l’impact des bombes de peinture commencerait à dévier l’astéroïde. La pression des photons réfléchis par la surface blanche achèverait le travail !

On se demande pourquoi personne n’avait eu cette idée auparavant… Sans doute parce que ce n’est pas aussi simple. Néanmoins, Sung Wook Paek a reçu le prix du meilleur article technique lors de la compétition “Fais bouger un astéroïde 2012” organisée à Naples en octobre 2012. L’article du jeune chercheur utilise Apophis comme exemple. Cet astéroïde fait partie des géocroiseurs qui pourrait menacer la Terre. Ses prochains passage près de chez nous sont prévus pour 2029, et, surtout, en 2036, où il se rapprochera sensiblement. Avec une masse de 27 mégatonnes pour un diamètre de 270 mètres environ, nul doute que son impact sur Terre aurait des conséquences désastreuses.

5 tonnes de peinture

Sung Wook Paek a utilisé la période de rotation de l’astéroïde, environ 30 heures, pour le calcul du moment de lancement des boules de peinture. Celles-ci seraient envoyées en deux vagues afin d’atteindre les deux faces d’Apophis. Au contact, les boules explosent et déposent sur la surface une couche de peinture de 5 microns d’épaisseur. Cinq tonnes de peintures suffiraient pour couvrir la totalité de la surface d’Apophis. Les boules seraient lancées à partir d’un vaisseau spatial croisant à proximité.

20 ans de délais

D’après les calculs de Sung Wook Paek, il faudrait 20 années d’effets cumulés des rayons solaires sur sa surface blanche pour détourner Apophis de sa trajectoire. Une durée qui n’est pas incompatible avec la fréquence des passages de l’astéroïde près de la Terre. Bien que ce soit raté pour 2029. En revanche, il suffirait d’exécuter le plan de Sung Wook Paek en 2016 pour qu’Apophis soit dévié en 2036. Pour l’instant, toutefois, il semble que les probabilités d’impact soient très faibles pour cette date. Néanmoins, l’opération peinture blanche permettrait de mieux suivre l’évolution d’Apophis dans le système solaire et d’améliorer ainsi la précision du calcul de sa trajectoire.

Bientôt, peut-être, de nouveaux objets célestes seront visibles dans le ciel : les astéroïdes peints en blanc.

Michel Alberganti

A ce sujet, vous pouvez (ré) écouter l’émission Science Publique que j’ai animée le vendredi 26 octobre 2012 sur France Culture :

Espace

26.10.2012 – Science publique
Un astéroïde peut-il provoquer la fin du monde? 57 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobilevideo

La fin du monde, que certains prévoient pour le 21 décembre 2012 à partir d’une interprétation du calendrier maya,pourrait-elle être provoquée par une collision entre un astéroïde géant et la Terre ? Nous en débattons avec nos invités : jean-Pierre Luminet, astrophysicien,Patrick Michel,astrophysicien et David Bancelin, astronome.

 


lire le billet

Procès de L’Aquila : une confusion dans les responsabilités ?

Le 6 avril 2009, un séisme de magnitude 6,3 a fait 309 victimes parmi la population de cette ville italienne d’Aquila dans les Abruzzes.  Un article rédigé par le sismologue Max Wyss, directeur de l’agence mondiale de suivi planétaire et de réduction du risque sismique (WAPMERR), installée à Genève, et publié dans la revue Earth le 26 octobre 2012 éclaire la communication officielle qui a précédé le drame. Elle jette également un nouveau jour sur la sentence prononcée le 22 octobre 2012 par le juge Marco Billi qui a condamné 7 personnes à  6 ans de prison ferme et 7,8 millions d’euros de dommages et intérêts à verser solidairement aux parties civiles. Après la première réaction que peut susciter un tel verdict, il est maintenant possible de préciser les rôles des 7 condamnés dans ce drame. Pour cela, il est important de préciser les fonctions de chacun des “sept de L’Aquila”, comme ils sont désormais appelés :

– Franco Barberi : volcanologue ayant une longue expérience en protection civile

– Enzo Boschi : alors vice-président de l’Institut national de géophysique et de volcanologie (INGV)

– Gian Michele Calvi : président du Centre européen pour la recherche et la formation sur l’ingénierie des tremblements de terre à Pavie

– Bernardo De Bernardinis : alors directeur adjoint du Département de la protection civile, ingénieur en mécanique des fluides

– Mauro Dolce : chef du bureau des risques sismiques au Département national de la protection civile à Rome.

– Claudio Eva : professeur à l’université de Gênes.

– Giulio Selvaggi : directeur de l’INGV

Ces sept personnes faisaient partie de la Commission italienne des risques majeurs chargée d’évaluer les risques d’un séisme important dans la région de L’Aquila. Cette évaluation était motivée par une succession de centaines de séisme de faibles magnitudes survenus dans cette zone au cours du mois de mars 2009. Toute la question était de déterminer si cette série de secousses pouvait annoncer un séisme majeur ou non. La Commission, dirigée par Franco Barberi, comprenait trois véritables sismologues : Enzo Boschi, Claudio Eva et Giulio Selvaggi qui n’était pas un membre effectif de la Commission mais devait y présenter des données sismologiques.

L’article de Max Wyss retrace la chronologie des faits qui se sont déroulé le 31 mars 2009, quelques jours avant le séisme du 6 avril. Pour cela, il distingue trois temps.

Premier acte: les déclarations avant la réunion de la Commission des risques majeurs

Au sein des sept de L’Aquila, Bernardo De Bernardinis joue un rôle particulier. Une heure avant la réunion du 31 mars, il répond à une interview d’une chaîne de télévision locale affirmant que “la situation sismique de L’Aquila est certainement normale et ne présente pas de danger”. Et il aggrave encore son diagnostic en déclarant : “La communauté scientifique continue de m’assurer que, au contraire, la situation est favorable en raison de la décharge continue d’énergie”. Il fait ainsi référence aux centaines de tremblements de terre mineurs du mois de mars. Pour lui, ces phénomènes réduisent le risque d’un séisme majeur en raison de l’affaiblissement des contraintes sismiques qu’ils engendrent.

Pour Max Wyss, cette affirmation est “scientifiquement inexacte”. Le sismologue indique en effet qu’il existe une énorme différence d’énergie entre les petits tremblement de terre et les séismes majeurs. “La déclaration de De Bernardinis reviendrait à dire, à une moindre échelle, que le fait de retirer quelques tonnes d’eau dans la mer pourrait réduire le risque d’un tsunami”, explique-t-il. Pourtant, les propos de Bernardo De Bernardinis sont apparus comme essentiels lors du procès.

Un article paru dans la revue Nature du 14 septembre 2011 témoigne de l’impact de ces déclarations rassurantes sur la population. Elles engendrent alors un énorme soulagement: “Plus il y a de secousses, moins il y a de danger”. Cette assurance va jusqu’à altérer les habitudes locales lors des tremblements de terre. Les habitants de L’Aquila avait en effet coutume de sortir de leur maison pendant les secousses et même, parfois, de passer la nuit dehors. En raison des propos de Bernardo De Bernardinis, certains ont décidé de rester à l’intérieur des maisons ce qui a pu se révéler fatal le 6 avril.

Deuxième acte : la réunion de la Commission des risques majeurs du 31 mars 2009

Pendant que Bernardo De Bernardinis faisait ces déclarations, les trois sismologues devant participer à la réunion de la Commission des risques majeurs étaient… en route pour s’y rendre. Lorsqu’ils sont arrivés, il ont participé à la réunion, sans doute sans connaître les déclarations précédentes. La réunion dura exactement une heure, selon Max Wyss.  Enzo Boschi y déclare : “Il est peu probable qu’un séisme tel que celui de 1703 se produise à court terme, mais la possibilité ne peut être totalement écartée”.  En 1703, un séisme majeur avait tué 3000 personnes à L’Aquila. Claudio Eva, de son coté, déclare que “dans la région sismiquement active de L’Aquila, il n’est pas possible d’affirmer qu’un tremblement de terre ne va pas se produire”. Quant à Giulio Selvaggi, il précise que “bien que certains récents tremblements de terre aient été précédés par de petites secousses, il est également exact que, parfois, de telles séquences n’ont pas conduit à un important séisme”.

Tout est dit. Pour les sismologues, il est impossible à la fois d’être certain qu’un séisme majeur va se produire et d’écarter un tel risque. Cela signifie clairement que la science ne peut se prononcer clairement dans cette situation. Autrement dit, le risque ne peut, en aucun cas, être considéré comme nul.

Troisième acte : les déclarations après cette réunion

Après cette courte réunion de la Commission des risques majeurs, une conférence de presse se tient à L’Aquila. Avec les sismologues ? Non. Ils n’y ont pas été conviés et sont déjà repartis vers Rome. Ils ne sont même pas au courant…  Il semble que Bernardo De Bernardinis n’ait pas souhaité qu’ils soient présents. Il n’a pas, non plus, corrigé ses propos trop optimistes lors de cette conférence de presse. Alors même qu’il venait d’entendre l’avis des sismologues.

Max Wyss note que la cour qui a prononcé le verdict du 22 octobre n’a fait aucune distinction entre les accusés. Il semble pourtant que leurs rôles ne soient pas du tout identiques dans cette affaire.

Michel Alberganti

lire le billet