50% de nucléaire ? A ce rythme, plutôt en 2066 qu’en 2025

En 2011, la France exploitait 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales. Grâce à une puissance installée de 63,1 GW, la production d’électricité d’origine nucléaire a atteint 423,5 milliards de KWh représentant 77,7% de l’électricité consommée l’an dernier. En 2012, la France aura besoin de 9254 tonnes d’uranium pour alimenter ses réacteurs nucléaires.

Fessenheim: 2,3% de l’électricité nucléaire

Lors de sa campagne présidentielle, François Hollande a fixé l’objectif de ramener la part du nucléaire dans le mix électrique de 75% à 50% à l’horizon 2025. Le 14 septembre, il a annoncé sa décision de fermer la centrale de centrale de Fessenheim en 2016. Cette centrale, construite à partir de 1971 a été raccordée au réseau en 1978. La puissance installée de ses deux réacteurs est de 1760 MW. Sa production annuelle moyenne atteint 10 milliards de KWh, soit 2,3% de l’électricité nucléaire française.

Sortie du nucléaire… dans 150 ans

Pour passer de 75% (ce qui est en dessous du chiffre actuel de 77,7% mais admettons…), à 50%, il faut donc réduire de 25% la part du nucléaire dans le mix énergétique. Admettons également que la production française d’électricité reste constante au cours de prochaines décennies (la crise économique nous y aidera un certains temps) à environ 545 milliards de KWh. La part du nucléaire, si elle était bien de 75%, atteindrait 409 milliards de KWh. Pour la faire passer à 50%, il faut la réduire d’un tiers, soit de 136 milliards de KWh. Cela représente la  production de 13,6 centrales de Fessenheim. S’il faut quatre ans pour fermer une telle centrale, nous aurons atteint l’objectif fixé par François Hollande dans 54 ans, soit en 2066. Et non en 2025… Au même rythme, la sortie du nucléaire de la France ne se produirait qu’au bout d’environ 150 ans, c’est à dire aux alentours de 2162, année électorale…

Au delà d’un second mandat

Sauf erreur de calcul que vous ne manquerez pas de relever, et, il est vrai, à d’importantes approximations près, il semble bien que le rythme imprimé par François Hollande à la réduction du nucléaire dans le mix électrique français ne soit pas suffisant pour atteindre son objectif. Il faut noter qu’avec une certaine prudence, l’année 2025 retenue se situe au delà de la fin de son second et dernier mandat, s’il est réélu en 2017.

Fermeture de Fessenheim : pourquoi attendre 4 ans ?

Dans ce contexte, on peut s’étonner de la satisfaction affichée par nombre d’écologistes après les annonces du 14 septembre. A l’exception de Greenpeace qui déclarait, dès le 13 septembre: “La centrale de Fessenheim pourrait être fermée très rapidement. En 2011, elle n’a contribué qu’à 1,3% de la production nette d’électricité nationale”. Et l’organisation de s’inquiéter des déclarations au Sénat de Delphine Batho, ministre de l’écologie, affirmant que les travaux prévus à Fessenheim seraient bien réalisés. “Quel signal le gouvernement peut-il envoyer en investissant des millions d’euros dans une centrale qu’il a promis de fermer dans le quinquennat ?” s’interroge Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

50% en 2066 ? Pas sûr… Que les adeptes du nucléaire se rassurent. La France n’est pas le Japon qui affiche un objectif de sortie du nucléaire en 30 ans.

Michel Alberganti

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L’excitation sexuelle atténue nos sensations de dégoût

Le sexe a longtemps été considéré comme “sale”. Et nombre de pratiques sont encore, parfois, qualifiées de repoussantes, dégradantes ou dégoutantes. Pourtant, il semble que ces jugements, émis en général à froid, ne correspondent pas forcément aux sensations à chaud, c’est à dire sous l’emprise d’une excitation sexuelle. L’étude publiée le 12 septembre 2012 dans la revue PLoS One par Charmaine Borg et Peter J. de Jong, du département de psychologie clinique et de psychothérapie expérimentale de l’université de Groningen, aux Pays-Bas, s’attache à montrer que les sensations de dégoût s’atténuent sous l’effet de l’excitation sexuelle chez les femmes, comme chez les hommes.

Stimulants du dégoût ou dégoût des stimulants

“La salive, la sueur, le sperme et les odeurs corporelles comptent parmi les plus forts stimulants du dégoût”, notent-ils. Et de se demander, dans ces conditions, comment les gens parviennent à ressentir le moindre plaisir dans la relation sexuelle. Pour répondre à cette interrogation fondamentale, puisqu’elle est à la base même de l’acte permettant à l’être humain de se reproduire et dont le moteur est fondé sur la recherche du plaisir, les chercheurs sont partis d’une hypothèse : “l’engagement sexuel pourrait réduire temporairement les sensations de dégoût engendrées par certaines stimulations”. Par ailleurs, ils se sont demandé si la relation sexuelle n’atténue pas l’hésitation à réellement agir face à ces stimulations.

90 femmes, trois groupes

Pour répondre à ces questions, Charmaine Borg et Peter J. de Jong ont réalisé une expérience à l’aide d’un groupe de 90 femmes en bonne santé affectées au hasard à trois groupes : celui des femmes excitées sexuellement, celui des femmes excitées non sexuellement et celui du groupe de contrôle neutre, des femmes non excitées du tout. Des films ont été utilisés pour induire ces trois états (érotique pour le premier groupe, sportif pour le second et touristique pour le troisième). L’ensemble des participantes ont ensuite effectué des tâches comportementales sexuelles, comme la lubrification d’un vibromasseur avec les mains, ou non sexuelles comme la boisson dans un verre de jus de fruit contenant un gros insecte. Le tout pour mesurer l’impact de l’excitation sexuelle sur les réactions de dégoût et les comportements d’évitement des tâches demandées. Ces dernières ne manquaient pas de piment…

Fort Boyard…

Autres exemples : retirer un papier toilette souillé d’un bocal et l’y remettre, manger un morceau d’un biscuit posé à coté d’un ver vivant, tenir un pansement utilisé sur une blessure pendant 5 secondes, frotter une brosse à dent usagée sur sa joue pendant 5 secondes, enfoncer une aiguille dans un œil de vache …  Plus sexe mais tout aussi dégoutant : enfoncer son doigt dans un bol de préservatifs usagés et toucher chacun d’eux, sortir d’un sac et serrer dans ses bras une chemise portée par un pédophile pendant un viol, lire et dire à haute voix: “j’étais si excitée de l’avoir (le chien) en moi”…

Des chercheurs pudiques

Il faut donc reconnaître que les chercheurs n’y sont donc pas allés de main morte. A leur décharge, les tests étaient truqués lorsque nécessaire et possible. Ainsi, la chemise du supposé pédophile était neuve et propre, tout comme la brosse à dents ou les préservatifs. En revanche, le ver était bien vivant et l’œil de vache bien réel, mais les participantes n’avaient, en fait, qu’à le toucher avec le bout de l’aiguille. Néanmoins, les chercheurs ont préféré exclure le détail des épreuves du corps de leur publication et le renvoyer en annexe. Les 16 tâches devaient être effectuées par ensembles de 2, chacun suivi par un clip de 2 minutes destiné à entretenir l’état d’excitation de chacun des trois groupes de femmes.

Résultats

Les chercheurs ont été récompensés de leur peine. Il ont trouvé exactement ce qu’ils imaginaient. D’abord, les femmes du groupe sexuellement excité ont jugé les stimulations à caractère sexuel comme significativement moins dégoutantes que les femmes non excitées et celles du groupe des femmes excitées non sexuellement. En revanche, les jugements de degré de dégoût ont été similaires pour les trois groupes vis à vis des stimulations non sexuelles. Ensuite, pour l’ensemble des tâches sexuelles et non sexuelles, c’est le groupe sexuellement excité qui a effectué le plus grand nombre d’entre elles. Ces résultats corroborent ceux obtenus lors d’une étude précédente avec des hommes, malgré quelques différences dans la procédure de l’expérience.

Vive les préliminaires

Les chercheurs peuvent ainsi confirmer que l’excitation sexuelle, agissant sur la perception subjective du dégoût ainsi que sur les réactions d’évitement des situations induisant ce dégoût, “facilite l’engagement dans une relation sexuelle satisfaisante. En revanche, si l’un des deux partenaires ne parvient pas à cet état d’excitation, cela peut poser problème”. Sur le plan thérapeutique, cette étude peut conduire à aller chercher du coté d’un manque d’excitation sexuelle les problèmes rencontrés par certains couples. Une façon de justifier pleinement le rôle des préliminaires qui ont justement pour objet d’induire cet état d’excitation sexuelle permettant d”éviter les réactions de dégoût ultérieures. Moralité: une fois de plus, on constate que la nature est bien faite et qu’elle a pensé à tout…

Michel Alberganti

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Energie nucléaire: la France ferme Fessenheim, le Japon ferme tout

Coup dur pour les inconditionnels de l’énergie nucléaire. Dix huit mois après la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais a annoncé, vendredi 14 septembre 2012, sa nouvelle stratégie énergétique : « réaliser une société qui ne dépend plus de l’énergie nucléaire dans les années 2030 ». A terme, le Japon ne prévoit de conserver que son surgénérateur de Monju en l’utilisant pour le traitement des déchets nucléaires.

Le même jour, quelques heures auparavant, François Hollande avait annoncé, en ouverture de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, que la centrale nucléaire de Fessenheim «sera fermée à la fin de l’année 2016», quelques mois avant l’expiration de son mandat. Ce calendrier semble satisfaire les écologistes, ravis, par ailleurs, de la décision d’enterrer l’exploration et, a fortiori, l’exploitation du gaz de schiste en France.

Pression populaire

Le parallèle avec le Japon est instructif. Dix huit mois après la catastrophe de Fukushima, le gouvernement de Yoshihiko Noda était soumis à une forte pression populaire. Il faut dire que le Japon l’avait échappé belle en mars 2011 lorsque la centrale de Fukushima-Daiichi a été dévastée par le tsunami et que des explosions ont projeté un nuage de particules radioactives dans l’atmosphère. Tokyo, située à 220 km au sud-ouest, n’a été épargnée que grâce à une direction favorable des vents. Depuis, l’exploitant Tepco, largement convaincu d’incompétence, lutte pour contrôler la centrale. Encore aujourd’hui, le réacteur N°4 et sa piscine contenant 264 tonnes de barres de combustible hautement radioactives reste un danger permanent.

Épée de Damoclès

Pour rassurer une population traumatisée par l’épée de Damoclès de Fukushima et, sans doute aussi, par la mémoire des bombes atomiques de la seconde guerre mondiale, le gouvernement a donc fini par prendre une décision courageuse. Pour la première fois, l’une des premières économies mondiales planifie sa sortie du nucléaire. Le Japon se donne moins de 30 ans pour y parvenir. Un délai qui semble raisonnable si l’on considère que le nucléaire fournissait 29% de la production électrique du pays en 2010.

Après le séisme du 11 mars 2011, tous les réacteurs japonais sont progressivement mis à l’arrêt. En mai 2012, plus aucun ne fonctionne et le Japon est alors sorti du nucléaire en… 14 mois. Mais cette situation n’est guère tenable économiquement et, en juin 2012, Yoshihiko Noda annonce la remise en service de deux réacteurs dans la centrale d’Ohi, dans l’ouest du Japon. Mais le mois suivant, en juillet dernier, les manifestations anti-nucléaires rassemblent des dizaines de milliers de Japonais à Tokyo.

600 milliards de dollars

C’est donc bien sous la pression de l’opinion publique japonaise que le gouvernement nippon a décidé de s’engager dans une sortie du nucléaire. Il y a une semaine, les discussions du cabinet du premier ministre Yoshihiko Noda laissaient pourtant entendre que le coût d’une telle stratégie s’élèverait à plus de 600 milliards de dollars. En face de ce coût, le Japon a pesé le risque d’un nouveau tremblement de terre majeur de magnitude 8 au cours des prochaines décennies. D’après les scientifiques, ce risque est évalué à 87% dans la région du Tokai, à 200 km au sud-ouest de Tokyo, pour les 30 prochaines années.

En prenant la décision de sortir définitivement du nucléaire avant 2040, le Japon se met en situation de devoir impérativement développer ses ressources en énergies renouvelables. Sans ces dernières, les importations de pétrole et de gaz pour compenser les 30% de son électricité nucléaire pèseront de façon insupportable sur son économie.

5ème mondial dans le solaire

Avant de se mettre ainsi le couteau sous la gorge, le Japon occupait une place loin d’être ridicule dans l’industrie du solaire. Il se place en 5ème position mondiale en terme de surface de panneaux photovoltaïques installés, avec 5 GW en 2011, contre 2,8 GW en France. Cinq entreprises nippones (contre 400 en Chine…) fabriquent de tels panneaux. En 2009, le gouvernement a fixé comme objectif de parvenir à 28 GW en 2020 et à 53 GW en 2030. Il est très probable que ces chiffres seront revus à la hausse après la décision du 14 septembre. Le solaire devra contribuer à compenser le nucléaire. Avec 54 réacteurs, ce dernier représentait près de 30% de sa production d’électricité et il était prévu que cette part monte à 40%. En 2010, le Japon disposait de 282 GW de puissance électrique installée. Le solaire représentait donc moins de 2%.  Mais l’objectif 2030 l’aurait fait passer à près de 20%, à puissance installée égale.

Pas de difficultés insurmontables pour le Japon

On voit donc que les ordres de grandeur ne présentent pas de difficultés insurmontables. Si l’on ajoute les 2,3 GW d’électricité éolienne nippone en 2010, le Japon dispose d’environ 7,5 GW d’électricité renouvelable. En trente ans, il lui faut multiplier ce chiffre par 4 pour compenser son électricité nucléaire. Cela semble très loin d’être impossible si l’on ajoute à cela l’impact des économies d’énergie. Certaines régions ont réduit de 15% leur consommation après le tsunami de mars 2011. Ainsi, la situation du Japon ne semble pas catastrophique. On connaît les capacités industrielles de ce pays et ses facultés de réaction dans l’adversité. La décision du gouvernement pourrait provoquer un électrochoc salutaire et un élan important vers le développement des énergies renouvelables.

Fessenheim: moins que le solaire

La situation de la France est bien différente. Avec nos 58 réacteurs, nous produisons 74% de notre électricité grâce à nos centrales nucléaires. La fermeture de Fessenheim (1,8 GW) représentera une perte inférieure à 3% des 63 GW nucléaires installés en France. A titre de comparaison, le solaire représentait, fin 2011, 2,8 GW de puissance installée et l’éolien 6,8 GW. Certes, la part de l’ensemble des énergies renouvelables dans la production française d’électricité n’était que de 12% en 2009 ce qui nous classait à la 13ème place européenne… Et le rapport sur l’éolien et le photovoltaïque remis au gouvernement le 13 septembre 2012 risque de ne pas provoquer d’enthousiasme démesuré. Les experts y déclarent: “ces contraintes interdisent d’envisager que les énergies éolienne et photovoltaïque, à elles seules, permettent la diminution de 75 % à 50 % du nucléaire dans le mix électrique français à l’horizon de 2025”. Voilà donc l’objectif affiché par François Hollande lors de la campagne présidentielle habillé pour l’hivers.

Pas de couteau sous la gorge en France

Contrairement au Japon sous la menace permanente de tremblements de terre dévastateurs, la France n’a pas le couteau sous la gorge. Grâce au nucléaire, elle bénéficie même d’un luxe mortel pour les énergies renouvelables. Le phénomène mine depuis 30 ans tout développement important d’une économie verte en France. Les deux décisions que François Hollande vient de prendre le 14 septembre, fermer Fessenheim et interdire le gaz de schiste, va lui permettre de satisfaire les écologistes à peu de frais politique. Coté économique, la France devra se contenter de l’espoir de devenir la spécialiste du démantèlement des centrales nucléaires. Un domaine dans lequel il lui reste toutefois à faire ses preuves. Aucune centrale nucléaire n’a été complètement démantelée sur son territoire à ce jour. Coté énergies renouvelables, nous pourrons continuer à tranquillement caracoler en queue de peloton. Pendant que le Japon se retrousse les manches pour sortir du nucléaire.

Michel Alberganti

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Gaz de schiste: l’abstention l’emporte sur la précaution

En ouverture de la conférence sur l’environnement, François Hollande a annoncé ses décisions concernant l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste en France:

«J’ai demandé à Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, de prononcer sans attendre le rejet de sept demandes de permis déposées auprès de l’État et qui ont légitimement suscité l’inquiétude dans plusieurs régions (…) S’agissant de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, telle sera ma ligne de conduite tout au long de mon quinquennat. (…) Dans l’état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd’hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l’environnement.»

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Le président de la République a ajouté que«le gaz de schiste soulève bien des questions»,et il a dit «entendre les arguments économiques et les considérations souvent exagérées sur les gisements».

Ainsi, François Hollande cède aux arguments des écologistes. La France rejoint la Bulgarie et la Roumanie, les pays européens qui ont décidé d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste.

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Curiosity peut-il ensemencer Mars ?

Dans quelques millions ou milliards d’années, des martiens dénicheront peut-être un étrange tas de ferraille au fond d’une crevasse. Auront-ils alors les moyens d’investigation leur permettant de comprendre qu’il s’agit là du vaisseau porteur de leurs plus lointains ancêtres ? Nous n’en sommes pas là… Pourtant, le rover Curiosity, car c’est lui dont on il s’agit, est bien soupçonné de constituer un potentiel géniteur de la vie sur Mars. Soit tout le contraire de sa mission qui vise à détecter des traces de vie passée sur la planète rouge.

Plus sérieusement, ce risque pourrait se traduire, d’ici quelques années, par la découverte, lors d’une future mission martienne, d’une vie martienne… issue de la Terre. Outre les considérations éthiques qui prônent d’éviter de polluer l’espace et ses planètes, une contamination de Mars compliquerait la tâche de son exploration. Il faudrait en effet déterminer si les découvertes sont bien d’origine purement martiennes.

L’affaire a été soulevée par un article paru dans le Los Angeles Times du 9 septembre. Le journaliste Louis Sahagun attaque fort en priant pour que Curiosity ne trouve pas d’eau sur Mars, ce qui a peu de chance de se produire dans cette région de la planète. Mais si c’était le cas… “Les outils de forage de Curiosity sont peut-être contaminés par des microbes terrestres. Si c’est le cas et si ces forets touchent de l’eau, les organismes pourraient survivre”, écrit-il. Le journaliste explique ensuite que ces forets, destinés à percer des trous dans la roche martienne afin d’en analyser la composition chimique, devaient être stérilisés et confinés dans une boite étanche ne devant pas être ouverte avant l’arrivée sur Mars. Cette procédure a été modifiée lorsque les ingénieurs de la Nasa ont émis une crainte : un atterrissage brutal pourrait endommager le système de perçage ce qui risquerait de rendre impossible le montage des forets dans leur mandrin. Que faire ?

Les opérations de perçage sont vitales pour la mission de Curiosity de recherche de traces de vie… Les ingénieurs ont donc décidé de monter, sur Terre, l’un des forets dans la perceuse et de l’y laisser. En cas de choc rendant impossible l’introduction d’un foret, il y en aurait au moins un en place et il pourrait réaliser quelques trous. Oui, mais… ce foret n’est donc pas stérile. Outre les débats internes à la Nasa entre les ingénieurs et les spécialistes de la protection des planètes, le risque pris pose une question simple: des organismes terriens pourraient-ils avoir survécu au voyage dans l’espace ?

Selon le Los Angeles Times qui cite des sources officielles, pas moins de 250 000 spores de bactéries pourraient se trouver sur Curiosity après l’atterrissage. Ils devraient tous être détruits par les conditions qui règnent sur le site du cratère Gale (pression, température, rayonnement UV, atmosphère de CO2 presque pur…). Néanmoins, les biologistes ont appris que des organismes vivant sur Terre pouvaient résister à des conditions extrêmes dans l’espace.  Cette année, mentionne le Los Angeles Times, Andrew Schuerger, spécialiste de la survie des micro-organismes terriens dans l’environnement martien, a découvert une espèce de bactérie, Bacillus subtilis, capable de survivre à certaines des conditions qui règnent sur la planète touge.

Pour éviter tout risque de contamination, la Nasa est donc condamnée à éviter à tout prix de trouver de l’eau avec Curiosity. Un comble après avoir si longtemps traqué la présence de cette eau sur Mars. Même si la zone d’exploration semble particulièrement sèche, le risque ne peut être totalement écarté. Pas plus que celui d’une bactérie qui aurait résisté à tout et serait toujours là, blottie au creux du foret avec lequel Curiosity s’apprête à pénétrer dans la roche de Mars…

Michel Alberganti

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Un tissu antivol qui localise les intrusions au centimètre près

Pendant que le chauffeur dort dans la cabine de son poids-lourd, un voleur taillade la bâche du camion pour s’y introduire et dérober son changement. Scène classique des parkings d’autoroutes… Demain, au tout premier coup de canif, une alarme réveillera le chauffeur qui pourra ainsi sauver sa cargaison. Comment ? Grâce au tissu intelligent antivol mis au point par l’institut Fraunhofer pour la fiabilité et la microintégration, IZM, à Berlin.

Intégré au tissage

Pour obtenir ce résultat qui apporte, ce qui est assez rare, un nouveau système original d’antivol peu onéreux et efficace, les chercheurs allemands ont collaboré avec l’université technique de Berlin et l’entreprise ETTLIN, un fabricant de textile d’Ettlingen qui a déposé un brevet pour protéger cette innovation. Cette dernière utilise un fin treillis de fils conducteurs intégrés au tissage. La liaison avec le calculateur associé assure une détection du point de rupture de la matrice de fils avec une précision de l’ordre du centimètre. Pour obtenir le même résultat, il fallait jusqu’à présent faire appel à un coûteux réseau de fibres optiques.

Résistant à tout

Le faible coût du système est important dans la mesure où de grandes surfaces de tissu antivol peuvent être nécessaire. Son prix de revient est limité grâce à l’utilisation de composants standards comme des fils conducteurs revêtu d’argent et un contrôleur électronique robuste. Autre avantage, le fil conducteur peut être incorporé au processus de tissage polyester de l’industrie textile. D’où une production de rames de tissus qui peuvent être retaillées aux dimensions nécessaires, à partir de 1 m2. De plus, le nouveau tissu anti-intrusion résiste à toutes les conditions climatiques, de -40 à + 85°C. Il peut même être lavé à la machine à 40°C.

Pas d’électrocution

Erik Simon, le chef du projet chez IZM, envisage une multitude d’applications. Au delà de la bâche de camion, il estime que le tissu est adapté à la protection de grandes surfaces comme les toits où il peut être placé sous les tuiles ou les ardoises. Il pourrait également protéger les salles de musée, les bijouteries ou les salles des coffres de banques. Il s’intègre aussi aux sols, au béton des murs. Pas question, pour autant, d’électrocuter les voleurs. “L’intensité du courant qui circule dans le tissu est si faible qu’elle ne présente pas de danger pour les hommes ou les animaux”, précise Erik Simon.

Michel Alberganti

 

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L’effet placebo fonctionne aussi sans passer par la conscience

Avec l’effet placebo, on va de surprise en surprise. On a d’abord cru qu’il fallait que tous les protagonistes croient profondément à l’efficacité d’un  produit ou d’un traitement pour que le patient en bénéficie. C’est à dire qu’il soit soigné malgré l’absence de tout principe actif. D’où les précautions prises pendant les essais en double aveugle pour tester l’efficacité d’un nouveau médicament. Le médecin prescripteur ne devait surtout pas savoir s’il prescrivait la nouvelle molécule ou un placebo.

Inutiles mensonges

Ensuite, on a découvert que tous ces mensonges ne servaient à rien. Et même que, lorsque le patient sait qu’il prend un placebo, l’effet positif se produit quand même. Difficile à comprendre. Le cerveau, la conscience, ne jouerait donc aucun rôle. Ce que l’on sait, dans ce cas que l’on absorbe une pilule de sucre ou de vitamine, n’agirait pas sur les réactions du corps… Ce dernier recevrait donc un autre message. Et il réagirait en fonction d’une information erronée pour déclencher des mécanismes contribuant à la guérison. Des mécanismes qui ne se seraient pas activés sans ce processus improbable. Le corps aurait besoin d’un subterfuge, même grossier et cousu de fils blanc, pour décider de se soigner. Dans la mesure de ses possibilités, certes. Mais reconnaissez que l’on nage en plein mystère. Et qu’il s’agit de l’une des histoires les plus extraordinaires que l’organisme humain nous ait donné à découvrir. D’autant qu’il fonctionne dans les deux sens. A l’effet placebo, positif, répond l’effet nocebo, négatif.

Sans être au courant…

Cette histoire ne s’arrête pas là. Des chercheurs viennent d’en écrire un nouveau chapitre en découvrant que les effets placebo et nocebo n’ont tout simplement pas besoin de passer par la conscience pour agir. Ils lèvent sans doute ainsi un coin essentiel du voile pour tenter de comprendre les précédentes étapes. “Une personne peut avoir une réponse placebo ou nocebo même si elle n’est pas au courant d’une quelconque suggestion d’amélioration ou anticipation de détérioration”, affirme Karin Jensen, de l’hôpital Massachusetts General et de la Harvard Medical School, auteur principal de l’article paru dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) du 10 septembre 2012.

Conscience court-circuitée

Pour parvenir à cette affirmation assez incroyable, les chercheurs n’ont pas hésité à mettre en doute l’un des fondements de l’explication de l’effet placebo. Malgré les précédentes découvertes, il restait établi que ce phénomène fonctionnait grâce à une sorte de projection mentale du patient liée à l’espérance d’une guérison ou à la crainte d’une aggravation de sa maladie. Les chercheurs sont néanmoins partis d’une autre découverte, récente, concernant les mécanismes de récompenses ou de punition chez l’être humain. Certains travaux montrent que ces réactions pouvaient se produire très rapidement, sans que les patients aient besoin de consciemment enregistrer leurs stimulations dans leur cerveau. La neuro-imagerie a montré que certaines structures du cerveau, comme le striatum et l’amygdale, peuvent traiter des stimuli avant même qu’ils parviennent à la conscience. Elles peuvent ainsi avoir des effets directs sur la cognition et le comportement de l’individu. Tout se passe alors comme si la conscience était court-circuitée… Un tel phénomène peut-il se produire avec l’effet placebo ?

Deux expériences

Pour répondre à cette question, Karin Jensen et son collègue Jian Kong ont réalisé deux expériences avec 40 volontaires en bonne santé (24 femmes, 16 hommes, âge moyen de 23 ans). Dans la première, les chercheurs ont appliqué une source de chaleur sur le bras des participants tout en leur montrant des images de visages humains masculins sur un écran d’ordinateur. La première image était associée à une faible douleur de brûlure et la seconde image à une forte douleur. Les participants devaient ensuite noter leurs sensations de douleur sur une échelle de 0 à 100, 0 correspondant à une absence totale de douleur et 100 à la douleur la plus forte imaginable. Les patients ne savaient pas que la chaleur qui leur était appliquée restait rigoureusement la même au cours de l’expérience. Comme on pouvait le prévoir, la douleur ressentie s’est trouvée liée à l’association avec les images. Les participants ont noté, en moyenne, leur niveau de douleur à 19 lorsque les images montraient des visages associés à de faibles douleurs (effet placebo) et à 53 lorsque les images étaient associées à de fortes douleurs (effet nocebo). Jusque-là, rien de bouleversant. Juste la confirmation de l’effet placebo classique.

Images invisibles

Dans une seconde expérience, les participants ont reçu la même stimulation sous forme de chaleur. Les images ont également été projetées sur l’écran d’ordinateur mais, cette fois, d’une façon si brève que le cerveau ne pouvait les reconnaître consciemment. Après cette succession de flashes, les participants ont noté leur niveau de douleur : 25 de moyenne en réponse aux visages associés à une faible douleur et 44 pour les visages associés à une forte douleur. Les effets placebo et nocebo se sont donc produits de façon similaire malgré l’absence de conscience de l’association visage-douleur.

Nouvelle voie

Ted Kaptchuk, directeur du Program in Placebo Studies (PiPS) au Beth Israel Deaconess Medical Center/Harvard Medical School, coauteur de l’article, déclare : “Ce n’est pas ce que les patients pensent qu’il va se produire, c’est ce que le cerveau non conscient anticipe, malgré l’absence de toute pensée consciente, qui influence le résultat. Ce mécanisme est automatique, rapide et puissant. Il ne dépend pas des délibérations mentales et du jugement. Ces découvertes ouvrent une voie entièrement nouvelle vers la compréhension de l’effet placebo et des rituels de la médecine”.

Michel Alberganti

 

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Eolien : autant en apporte le vent

Publiée le 9 septembre 2012 dans la revue Nature Climate Change, une nouvelle étude affirme que l’éolien pourrait, théoriquement, couvrir l’ensemble des besoins énergétiques de la planète. Selon Kate Marvel du laboratoire national Lawrence Livermore qui a dirigé les travaux de l’équipe, 400 térawatts pourraient être obtenus grâce aux éoliennes sur terre et en mer tandis que l’éolien d’altitude aurait une capacité de 1800 terrawatts. Or, l’humanité consomme aujourd’hui 18 terrawatts. Ainsi, le vent terrestre couvrirait 20 fois ces besoins et le vent d’altitude 100 fois. De quoi faire réfléchir ceux qui considèrent l’énergie éolienne comme tout juste capable d’apporter, comme le solaire, un appoint aux énergies “sérieuses” que sont le pétrole, le charbon et le nucléaire.

Recherche de l’optimum

Il faut néanmoins préciser que ces chiffres représentent le potentiel géophysique de cette source d’énergie renouvelable et propre. Ils ne tiennent pas compte des limitations technologiques ou économiques. Il ne s’agit donc que d’un gisement. Pas de la ressource réellement exploitable. L’étude s’est concentrée sur la recherche de l’optimum d’exploitation possible du vent. En effet, trop d’éoliennes finiraient par ralentir les courants aériens, phénomène de saturation qui conduit à la définition d’un maximum de la ressource.

Peu d’impacts sur le climat

Les chercheurs ont également tenté d’évaluer les effets sur le climat de la Terre d’une exploitation massive de l’énergie éolienne. Selon eux, l’impact de l’extraction d’une quantité d’énergie égale à la consommation de l’humanité serait minime, dans la mesure ou les turbines seraient réparties et non concentrées dans certaines régions. D’après leurs calculs, une telle exploitation ferait varier la température du globe d’environ 0,1°C et affecterait 1% des précipitations. En conclusion, Ken Caldera, co-auteur de l’étude et membre de l’institution Carnegie à Washington, estime que “les facteurs limitant l’exploitation de l’énergie éolienne seront économiques, technologiques et politiques mais non géophysiques”.


Courants-jets

En 2009, Ken Caldera avait déjà publié, avec Cristina Archer dans la revue Energies, un article dédié au potentiel des vents de haute altitude. Les chercheurs s’étaient alors penchés sur les fameux courants-jets, les fameux jet streams, qui circulent dans l’atmosphère à des altitudes comprises en 6 et 15 km. Il en avait déduit de forts potentiels sans donner la méthode pour exploiter ces véritables rivières aériennes. Comment installer une turbine à ces altitudes et récupérer le courant électrique produit ? Mystère… Moins ambitieux mais plus réalistes, de nombreux projets visent l’exploitation du vent à moyenne altitude, c’est à dire à quelques centaines de mètres de la terre. Il s’agit de se dégager de l’effet de ralentissement du vent que provoque sa friction sur le sol afin d’exploiter un flux plus fort et plus régulier. Mais, là encore, comment faire ?

Cerf-volant et yo-yo

Une société italienne, Kite Gen Research fondée en 2007 à Chieri, près de Turin, détient une vingtaine de brevets pour une solution originale: le cerf-volant (kite en anglais). Son idée essentielle réside dans le fait de conserver sur terre toute la partie lourde et encombrante de l’installation, c’est à dire la turbine. Cette dernière tourne grâce au déplacement ascensionnel du cerf-volant qui entraîne un câble. Le problème, c’est qu’il faut faire redescendre le cerf-volant au bout d’un certain temps… Pour cela, le système rompt la portance de l’aile volante de plusieurs dizaines de m2 en exerçant une traction sur l’un des câbles. le cerf-volant se met, en quelque sorte, en torche, ce qui facilite sa descente. Ensuite, il suffit de rétablir la portance pour que l’ascension reprenne. Et ainsi de suite, dans un mouvement qui rappelle celui du yo-yo. De essais du système ont été réalisé au début de 2012. Certains problèmes restent à résoudre, semble-t-il mais Kite Gen mise sur des installations de 3 MW par cerf-volant et envisage de vastes carrousels sur terre et sur mer pour rassembler des dizaines de systèmes sur un même site. Un jour, peut-être, notre courant électrique sera produit par des cerf-volants… Nul doute que l’idée devrait séduire la Chine…

Michel Alberganti

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Baclofène : un Mediator à l’envers

Débattre du baclofène n’est pas une sinécure. Même lorsque tout le monde est d’accord sur l’efficacité de ce médicament contre l’alcoolisme. Nous en avons fait l’expérience lors de l’émission Science Publique du vendredi 7 septembre sur France Culture. Parmi les invités, Jean-Yves Nau, bien connu sur Slate.fr où il écrit les articles médicaux dont le dernier sur cette affaire en dénonçait le scandale, nous avait apporté les chiffres inédits établis par la firme Celtipharm, spécialisée dans le recueil et le traitement de l’information sur la commercialisation des médicaments. Révélées sur son blog à l’EHESP, ces données démontrent que le baclofène est largement prescrit en dehors de son indication officielle, c’est à dire le traitement de certaines maladies neurologiques comme la sclérose en plaques. Ainsi, sa consommation aurait augmenté de 30% au cours des 12 derniers mois. Sur les 45 000 patients qui ont pris du baclofène en août 2012, 11 000 l’aurait utilisé pour traiter leur alcoolisme.

Les médecins hors la loi

Le problème : le baclofène n’est pas reconnu par les institutions, l’Assurance maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex Afssaps), pour le traitement de l’alcoolisme. Son autorisation de mise sur le marché (AMM) ne concerne toujours que son indication initiale. Ainsi, en toute rigueur, les médecins qui prescrivent du baclofène contre l’alcoolisme devrait indiquer “hors AMM” sur leur ordonnance ce qui rendrait impossible le remboursement par la sécurité sociale. Beaucoup ne le font pas, ce qui est une faute, afin de ne pas pénaliser leur patient. Un essai en double aveugle est en cours qui pourrait conduire à une révision de l’AMM. En effet, aujourd’hui, l’efficacité du baclofène n’est pas reconnue officiellement. L’information sur ses résultats, si remarquables soient-ils, ne circule que de bouche à oreille et de sites Internet en blogs.

La découverte d’Olivier Ameisen

La situation : le recours au baclofène pour soigner l’alcoolisme a été découvert par un médecin, Olivier Ameisen, qui a fait connaître sa propre expérience de sevrage par ce moyen dans un livre publié en 2008 (Le dernier verre, Denoël). Depuis, Olivier Ameisen mène campagne de façon passionnée pour diffuser cette information et la pratique du sevrage alcoolique à l’aide du baclofène. Le problème réside, de sa part, dans une fougue souvent non maîtrisée et qui a rendu le dialogue difficile pendant l’émission Science Publique. Deux autres participants, Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l’université René Descartes et William Lowenstein, addictologue et directeur général de la clinique Montevideo, ont souvent eu du mal à s’exprimer alors même qu’ils apportaient des témoignages de leurs pratiques médicales allant tout à fait dans le sens de la croisade d’Oliver Ameisen. Ce dernier s’appuie sur le fait que l’alcool provoque, selon lui, 45 000 morts prématurées en France chaque année et qu’il est donc urgent d’agir.

Huit ans après…

Après le scandale du Médiator, nous assistons donc à une affaire similaire mais symétrique. Au lieu de présenter un danger pour les patients, le baclofène pourrait les soigner. Dans les deux cas, toutefois, les institutions restent muettes. Pas plus qu’elles n’ont pris assez tôt (euphémisme) la décision de retirer le Mediator de la vente, elles se révèlent incapables de prendre parti clairement en faveur du baclofène. Olivier Ameisen a publié sa découverte dans un journal international d’alcoologie en 2004 et son livre en 2008. Ainsi, huit ans après la révélation de l’étonnante efficacité du baclofène, personne n’est capable de dire quelle est la dose efficace contre l’acoolisme, ni quel est le taux de patients sur lesquels le traitement est efficace, ni s’il faut prendre ce médicament à vie. Tout repose sur l’empirisme de la pratique médicale.

Le silence des institutions

A une époque où de plus en plus de médicaments sont déremboursés au motif d’une trop faible efficacité découverte des années après leur mise sur le marché, voici donc la situation inverse: un médicament efficace de notoriété publique parmi les médecins mais non remboursé. On en arrive forcément à douter des institutions. D’autant qu’elles ne souhaitent pas s’expliquer. Invitée à Science Publique, l’ANSM n’a pas pu ou voulu y participer. Une attitude qui se répand de plus en plus, peut-être sous l’influence des services de communication. Lorsqu’une situation est embarrassante, les protagonistes s’abstiennent d’en débattre publiquement. C’est pratique. Mais est-ce vraiment démocratique ?

Michel Alberganti

Vous pouvez (ré)écouter l’émission :

France Culture – 07.09.2012 – Science publique :

Alcoolisme: faut-il prescrire du baclofène ?

avec:

Olivier Ameisen,  cardiologue, addictologue, professeur à l’Université de l’Etat de New York
Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l’université René Descartes et responsable du service psychiatrie à l’hôpital Tarnier  à Paris
William Lowenstein, addictologue, directeur général de la clinique Montevideo, à Boulogne-Billancourt, spécialisée dans la recherche et le traitement des dépendances,
Jean-Yves Nau, médecin et journaliste à Slate.fr

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Portrait d’un couple… de galaxies

Cette nouvelle image prise par le télescope Hubble de la Nasa et de l’ESA fait partie de ces photos qui font rêver. Au moment où les sondes Voyager poursuivent leur voyage sans retour pour sortir du système solaire, voici Arp 116, un couple formé par deux galaxies. L’une, ellipse géante baptisée Messier 60 et l’autre, sa petite compagne, en forme de spirale, NGC 4647. La première est extrêmement brillante. La troisième plus brillante de l’amas de galaxies Virgo qui en compte plus de 1300. Elle est aussi beaucoup plus grande que sa voisine. Et elle dispose d’une masse d’étoiles nettement plus importante. Sa couleur légèrement dorée est due au nombre important d’étoiles anciennes, froides et rouges qu’elle contient. NGC 4647, elle, comporte des étoiles plus jeunes et chaudes qui lui donne sa teinte bleutée.

Pas d’étoiles engendrées

Pour les astronomes, la grande question est de savoir si ces deux galaxies entretiennent une quelconque relation. Leur proximité plaide pour des interactions… Bien qu’elles donnent l’impression de se superposer, vu de la Terre, l’absence de formation de nouvelles étoiles dans la zone de recouvrement plaide pour des relations platoniques. Lorsque des galaxies interagissent, leurs mutuelles forces de gravité agissent sur les nuages de gaz, un peu comme les marées que la Lune engendre sur Terre. Le désordre provoqué conduit les nuages de gaz à s’effondrer sur eux-mêmes et à créer brusquement de nouvelles étoiles.

De vraies voisines

Rien de tout cela ne s’est produit au sein du couple Arp 116. Néanmoins, l’analyse détaillée des images d’Hubble suggère l’apparition de mouvements de marée entre les deux galaxies. Premières approches… Même si elles ne sont pas encore assez près l’une de l’autre pour interagir vraiment,  Messier 60 et NGC 4647 sont donc probablement de vraies voisines. Cela signifierait que nous les observons bien à la même échelle ce qui permet de les comparer et d’observer leurs différences en termes de tailles, de structures et de couleurs. Un superbe exemple, donc, de ce qui distingue une galaxie elliptique d’une galaxie spirale. Avec, comme toujours face à de telles images, cette sensation de l’immensité de l’espace qui nous entoure et des objets célestes qui y vivent leur vie.

Michel Alberganti

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