50% de nucléaire ? A ce rythme, plutôt en 2066 qu’en 2025

En 2011, la France exploitait 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales. Grâce à une puissance installée de 63,1 GW, la production d’électricité d’origine nucléaire a atteint 423,5 milliards de KWh représentant 77,7% de l’électricité consommée l’an dernier. En 2012, la France aura besoin de 9254 tonnes d’uranium pour alimenter ses réacteurs nucléaires.

Fessenheim: 2,3% de l’électricité nucléaire

Lors de sa campagne présidentielle, François Hollande a fixé l’objectif de ramener la part du nucléaire dans le mix électrique de 75% à 50% à l’horizon 2025. Le 14 septembre, il a annoncé sa décision de fermer la centrale de centrale de Fessenheim en 2016. Cette centrale, construite à partir de 1971 a été raccordée au réseau en 1978. La puissance installée de ses deux réacteurs est de 1760 MW. Sa production annuelle moyenne atteint 10 milliards de KWh, soit 2,3% de l’électricité nucléaire française.

Sortie du nucléaire… dans 150 ans

Pour passer de 75% (ce qui est en dessous du chiffre actuel de 77,7% mais admettons…), à 50%, il faut donc réduire de 25% la part du nucléaire dans le mix énergétique. Admettons également que la production française d’électricité reste constante au cours de prochaines décennies (la crise économique nous y aidera un certains temps) à environ 545 milliards de KWh. La part du nucléaire, si elle était bien de 75%, atteindrait 409 milliards de KWh. Pour la faire passer à 50%, il faut la réduire d’un tiers, soit de 136 milliards de KWh. Cela représente la  production de 13,6 centrales de Fessenheim. S’il faut quatre ans pour fermer une telle centrale, nous aurons atteint l’objectif fixé par François Hollande dans 54 ans, soit en 2066. Et non en 2025… Au même rythme, la sortie du nucléaire de la France ne se produirait qu’au bout d’environ 150 ans, c’est à dire aux alentours de 2162, année électorale…

Au delà d’un second mandat

Sauf erreur de calcul que vous ne manquerez pas de relever, et, il est vrai, à d’importantes approximations près, il semble bien que le rythme imprimé par François Hollande à la réduction du nucléaire dans le mix électrique français ne soit pas suffisant pour atteindre son objectif. Il faut noter qu’avec une certaine prudence, l’année 2025 retenue se situe au delà de la fin de son second et dernier mandat, s’il est réélu en 2017.

Fermeture de Fessenheim : pourquoi attendre 4 ans ?

Dans ce contexte, on peut s’étonner de la satisfaction affichée par nombre d’écologistes après les annonces du 14 septembre. A l’exception de Greenpeace qui déclarait, dès le 13 septembre: “La centrale de Fessenheim pourrait être fermée très rapidement. En 2011, elle n’a contribué qu’à 1,3% de la production nette d’électricité nationale”. Et l’organisation de s’inquiéter des déclarations au Sénat de Delphine Batho, ministre de l’écologie, affirmant que les travaux prévus à Fessenheim seraient bien réalisés. “Quel signal le gouvernement peut-il envoyer en investissant des millions d’euros dans une centrale qu’il a promis de fermer dans le quinquennat ?” s’interroge Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

50% en 2066 ? Pas sûr… Que les adeptes du nucléaire se rassurent. La France n’est pas le Japon qui affiche un objectif de sortie du nucléaire en 30 ans.

Michel Alberganti

7 commentaires pour “50% de nucléaire ? A ce rythme, plutôt en 2066 qu’en 2025”

  1. Et alors? Le Japon va brûler du gaz et du charbon, brillante solution. Il n’existe aucune solution permettant d’assurer l’alimentation en énergie d’une société moderne sans passer par des énergies fossiles ou nucléaires. Cout, fluence, emprise au sol, utilisation d’élément rare (néodyme dans éolienne, platine dans pile à hydrogène, indium dans les cellules PV), ressources limités (biomasses, reliefs et cours d’eau) ces éléments disqualifies d’office un recours au ENR au delà d’une proportion de 5 à 70% selon la densité de population, le relief et le climat. Tenter d’aller au delà de ce potentiel naturel c’est foncer dans un mur, ce que les Japonais et les Allemands vont bientôt expérimenter (deux nations ayants déjà fait de lourdes erreurs collectives par le passé).

  2. Et si dans vos calculs “approximatifs” vous intégriez le fait que la part globale de l’électricité dans le mix-énergétique pourrait augmenter significativement : substitution de gaz et pétrole par électricité dans les véhicules et le logement?
    Dès lors, à volume constant de production d’origine nucléaire, sa part va naturellement tendre vers 50%.
    Il faut pour cela développer les EnR (photovoltaïque, éolien, hydraulique, …).
    Je vous invite, ainsi que tous les militants de Greenpeace, à mettre à disposition des entreprises du secteur des énergies renouvelables, vos bouts de terrain afin d’y implanter des éoliennes et des panneaux solaires.
    Le fait d’avoir dans son jardin un mât surmonté d’un logo Mercedes pourrait devenir un référentiel de bonne citoyenneté!

  3. Une bien piêtre analyse, la fermeture “anticipé de fessenheim de deux ans ne veux pas dire que les fermetures ne se feront pas à un rythme plus soutenu par la suite. De nombreuses centrales auront atteint le cap fatidique des 40 ans d’ancienneté d’ici 2025, ce calcul d’une fermeture tout les 4 ans ne rime à rien. De plus comme dis plus haut, si les objectifs de développements de la voiture électriques sont atteint, la conso électrique du pays va sensiblement augmenté et pas stagner.

  4. Trois réacteurs de 900 MW chacun sont devenus disponibles en juin 2012 avec la fermeture de l’usine d’enrichissement d’uranium Georges Besse I au Tricastin.

    Cette usine consommait à elle seule presque toute la production d’électricité de trois des quatre réacteurs nucléaires du Tricastin. Réacteurs bien trop âgés au demeurant puisque, conçus pour une durée de vie de trente ans, ils ont déjà dépassé cet âge [ http://energeia.voila.net/nucle/france_58_reacteurs.htm ].

    La nouvelle usine d’enrichissement de l’uranium consomme cinquante fois moins, la technique archaïque (et française) de la diffusion gazeuse ayant été remplacée par celle des centrifugeuses (hollandaise, allemande et britannique).

    Pour conclure, les deux réacteurs de Fessenheim (900 MW chacun) peuvent être arrêtés dès maintenant sans problème pour notre production d’électricité.

  5. En effet à ce rythme, on aura 50% de nucléaire dans à peu près 150 ans, et en tout cas certainement pas en 2025.

    Mais vous oubliez une composante de l’équation, qui va nous aussi nous faire passer de 77% à 0% en trente ans : le fait qu’une de ces centrales va nous claquer au nez un de ces jours, inéluctablement.

    Les japonais l’ont compris, les allemands aussi, mais nous les français, on est tellement plus intelligents, pensez donc.

    A votre avis, une fois que les japonais et les allemands auront conçu des alternatives sans aucun risque générant un maximum de courant, et qu’ils se feront un maximum d’argent en revendant cette technologie dans le monde, vous croyez qu’on va en vendre beaucoup, de nos centrales ?

    Ce n’est pas pour rien qu’allemands et japonais sont beaucoup plus riches que nous ; que ça vous plaise ou non, c’est parce qu’ils sont infiniment plus malins et plus ingénieux dans leur industrie. On sera encore à notre préhistoire nucléaire qu’eux auront acquis une avancée technologique irrattrapable. Eux, ils se bougent, et nous, on fait quoi ?

  6. […] America a dix ans globule et télescope 50% de nucléaire? Plutôt en 2066 qu’en 2025 Bercy backstage Oui, Montebourg aide les […]

  7. “…une fois que les japonais et les allemands auront conçu…”
    D’accord avec vous sur le fait qu’ils ne les ont pas encore conçues.

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