Filles faciles : la faute des parents ?

Dans le monde animal, l’inégalité sexuelle entre mâles et femelles est intrinsèque à la reproduction. Les premiers ont toute liberté d’aller déposer leur semence à chaque fois que l’on voudra d’eux, sans trop se soucier de la suite en général : en multipliant les aventures, ils multiplient les chances de transmettre leurs gènes, ce qui semble être une de leurs priorités dans la vie (le fameux instinct de reproduction). C’est a priori différent pour les femelles qui, une fois inséminées, ne peuvent plus répandre leurs gamètes aux quatre vents. Il n’empêche que les cas de polyandrie sont nombreux, chez les insectes, les batraciens et même les mammifères. Ainsi, si l’on met de côté le cas un peu particulier d’Homo sapiens, on peut citer l’exemple de dame putois qui s’accouple souvent avec plusieurs mâles (pas en même temps…).

Sur le plan évolutif, ce comportement tient du mystère car le bénéfice que la femelle peut en tirer n’est pas évident à mettre en lumière (si l’on part du principe que la plupart des espèces animales ne font pas cela pour le plaisir). On peut même parier que, lorsqu’un seul accouplement suffit à féconder la femelle, celle-ci a tout à perdre sur le plan énergétique à rejouer plusieurs fois à la bête à deux dos, surtout qu’elle est d’ordinaire dessous : en théorie, elle a mieux à faire de ses calories que de les dépenser en d’inutiles galipettes. Néanmoins, ce comportement existe et il doit bien avoir une raison, si ce n’est plusieurs.

Une étude européenne publiée le 23 septembre dans Science semble avoir trouvé au moins une explication. Ses auteurs sont partis de l’hypothèse selon laquelle, dans les populations animales présentant un fort taux de consanguinité, les femelles devraient multiplier les accouplements pour être sûres de trouver des mâles dont les gènes seraient suffisamment différents des leurs pour assurer une descendance viable. En effet, une trop grande proximité génétique augmente la probabilité pour que des caractéristiques délétères s’expriment. Dans leur étude, ces chercheurs ont donc créé des lignées consanguines d’un petit insecte, le tribolion rouge de la farine, qui sert souvent de modèle aux généticiens. Ils ont tout d’abord vérifié deux choses. Primo, que, dans les populations normales utilisées pour le contrôle, le nombre de partenaires des femelles (un ou plusieurs) était sans conséquence significative sur le succès reproductif. Secundo, que le poids de la consanguinité était avéré. Par rapport à leurs congénères des populations normales, les femelles des populations consanguines qui ne s’accouplaient qu’une fois présentaient bien un succès reproductif nettement affaibli.

Restait donc à s’intéresser à la dernière catégorie d’insectes : les femelles des populations consanguines pratiquant la polyandrie. Et là, les chercheurs n’ont pas été déçus : tous les indicateurs qu’ils surveillaient se sont mis à clignoter. Ces dames tribolion se sont transformées en véritables marathoniennes du sexe, allant jusqu’à y consacrer près de 40 % de leur temps soit le double de ce qui a été mesuré pour les femelles des populations de contrôle. Non seulement le temps de récupération des “consanguines” entre deux copulations étaient drastiquement réduit, mais les actes sexuels en eux-mêmes étaient plus longs, histoire d’augmenter le transfert de gamètes… Et pour ce qui est du nombre de partenaires, il montait à 17 en moyenne contre 12 pour les “filles faciles” du groupe témoin. Grâce à toute cette activité, les femelles de la population à forte consanguinité ont obtenu un succès reproductif équivalent à celles, monogames ou polygames, de la population normale. La polyandrie permet donc à la femelle de sélectionner un mâle dont les caractéristiques génétiques sont le plus compatibles avec son propre génome.

Reste à savoir ce qui conduit ces insectes à adopter ce comportement. La consanguinité a-t-elle, au fil des générations (15 en l’occurrence), rapidement sélectionné des individus à forte constitution et gros appétit sexuel ? Ou existe-t-il, dans ces populations, une alarme secrète, génétique ou épigénétique, qui pousse les femelles à multiplier les accouplements pour compenser le handicap de la consanguinité ? Quoi qu’il en soit, rien ne prouve que l’exemple des tribolions puisse être transposé à l’espèce humaine. Alors, si votre épouse vous apprend qu’elle vous a trompé avec tous vos copains de l’équipe de rugby, ne commencez pas à suspecter vos beaux-parents d’avoir fait un mariage consanguin…

Pierre Barthélémy

10 commentaires pour “Filles faciles : la faute des parents ?”

  1. .

    À cent ou deux cent dollars néo-zélandais le joueur, ça fait pour la femelle soi-disant volage un petit pactole qui pourrait expliquer l’avarice possible du mâle officiel.

    Mais heureusement pour la bonne entente des couples bien formés, une femme, ça se marie plus facilement avec un homme riche et généreux qu’avec un homme pauvre obligé d’être radin par définition et risquant donc d’être cocufié à une vitesse plus élevée que celle d’un neutrino.

    .

  2. […] Filles faciles : la faute des parents ? […]

  3. Mince alors… :-)
    il y a une chose que je ne comprends pas… comment
    se produit la fécondation chez les dames tribolion ?
    j’ai la question en tete mais faute de connaitre les mots pour l’embryologie des insectes, cela reste au stade ” larvaire” dans mon cerveau( du genre ” ovule” tribolion, plus “spermatozoide ” tribolion consanguin = mort de la cellule résultante ? d’où multiplication des partenaires pour avoir quelques descendants OK ? )

  4. N’était-ce pas possible d’expliquer la même chose, sans employer la locution “filles faciles”, qui n’a aucun sens , si ce n’est misogyne? On peut faire de la vulgarisation, sans être vulgaire, c’est triste de ne pas arriver à dépasser ses préjugés dans l’emploi de son vocabulaire.

  5. @cvdb : parce que tu serais venu(e) lire l’article s’il s’était intitulé “A la recherche des causes de la polyandrie chez les coléoptères ” ? Assez d’hypocrisie : on n’attire pas les mouches avec du vinaigre et ce politiquement correct du langage est pénible : on ne dit plus vieux mais 3e ou 4e âge, on ne dit plus sourd mais malentendant, on ne dit plus con mais mal comprenant.

  6. @cvdb, pourquoi trouves-tu l’expression “filles faciles” vulgaire ou insultante ? Mépriserais-tu “les filles qui ne font pas de manières ni pour leurs hauts ni pour leur bas” (filles faciles de goldman) ?

  7. @cvdb : et que faut-il dire pour éviter l’expression “filles faciles” ? Filles de moeurs légères ? Filles papillons ? Hôtesses ? Filles au sens poussé de l’hospitalité ? Humains de sexe féminin intéressés par le changement fréquent de partenaires sexuels ? Individus polyandres de l’espèce Homo sapiens au double chromosome X ? Bien sûr que les mots sont chargés de préjugés, mais il faudrait peut-être arrêter de voir le mal partout parce que la novlangue du politiquement correct nous les brise menu menu (je précise que je suis une femme)…

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  9. Ce n’est pas tant une question de vulgarité que de poids des préjugés qui pensent à la place du lecteur. L’expression “Fille facile” suppose que la femelle attend les propositions du mâle et se laisse attendrir sans difficulté. Cela occulte une question intéressante : qui prend l’initiative des rapports sexuels dans le cas évoqué ? Les mâles ou les femelles ? Et s’il ne s’agissait pas de “filles faciles” mais de filles entreprenantes ? Déterminées ? De plus, s’il n’y a aucun plaisir chez les coléoptères, quel est l’intérêt des femelles sinon celui du plus grand bien de l’espèce ? Filles dévouées ? Martyres de la république des insectes ? Soldates inconnues engrossées au champ d’honneur ?

  10. et c’est reparti.. au lieu de voir tout ce qu’apporte l’article, certains ne s’attachent qu’à de menus détails sémantiques, ce qui nous les brise menu menu effectivement…

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