Tanguy or not Tanguy

Ce qui est bien avec l’hyperlocal, c’est que des fois votre voisin de palier est un véritable bijou. Vous l’observez et vous pouvez presque en tirer une étude sociologique. D’ailleurs, nous soupçonnons Etienne Chatilliez d’avoir fait un tour dans l’immeuble de la dame aux yeux bleus avant de réaliser son film Tanguy. Tanguy, c’est ce (plus très) jeune homme qui croit pouvoir rester chez ses parents. Un mal qui frappe toute une génération, aujourd’hui trentenaire, selon les spécialistes.

Selon l’Insee, les quadras et les quinquas d’aujourd’hui partaient de chez leurs parents à 21 ans. Aujourd’hui, les études plus longues, la précarité économique et une éducation moins autoritaire repoussent les échéances. La proportion de garçons actifs à dix-huit ans est passée de 81 % en 1954 à 15 % quarante ans plus tard. Statistiquement les filles s’émancipent plus tôt. Christelle, visiblement, non.

Elle vit au quatrième, sur le palier de gauche. A 36 ans, elle coule une vie tranquille avec l’argent que sa mère lui donne régulièrement. A côté de ça, elle a trouvé un investissement rentable : son chat de quatre ans. Racé, Tony est un « birman » et il est recherché par des amoureux des chats prêts à payer jusqu’à 300 euros pour laisser leur chatte passer une après-midi avec le beau mâle de Christelle. Résultat : une portée de petits chatons dodus et une somme tout aussi rondelette dans la poche de Christelle.

Mais Christelle a d’autres rêves. Elle veut être actrice. D’ailleurs elle ne veut pas qu’on la compare à Tanguy, elle a des projets, des idées et sa situation est “temporaire”.  Elle a même commencé il y a dix ans une école de réalisation. Commencé mais pas fini, parce qu’elle préférait se consacrer à son rêve d’actrice. Parmi ses trophées, des images de son dos qu’elle exhibe avec fierté. Elle est très heureuse d’avoir joué les doublures de star – de dos et souvent de loin – dans un récent film à succès. Un triple visionnage des images plus tard, Christelle rentre dans le vif du sujet.

« En fait, tout vient de cet immeuble », lâche-t-elle. En bonne comédienne, elle joue les mystérieuses. En fait, c’est simple, dans sa cage d’escalier, des femmes célibataires il y en a eu plusieurs. Alors si elle est encore seule, la faute n’est pas à chercher de son côté… « Maudit », le mot est lâché. Vous voilà sur un blog dédié à un immeuble pas comme les autres, les chroniques d’un palier « maudit ».

La plupart des femmes ici sont arrivées jeunes dans l’immeuble et sont aujourd’hui beaucoup plus âgées que notre actrice. Elles ont toujours vécu ici. Et toujours seules. Le seul homme de la cage d’escalier, lui, semble épargné. Marié, il vient d’avoir un enfant.

Maudit, l’immeuble l’est aussi pour les chats. D’ailleurs Tony est totalement privé de sortie, depuis qu’un chat de l’immeuble est tombé de la gouttière et s’est retrouvé empalé sur les grilles d’en bas, côté cour.

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