La revanche des roux

Sur-représentés en BD, les roux y sont également plus valorisés que dans la vraie vie.

Le saviez-vous? Paul Scholes, le joueur de Manchester United, a décidé de prendre sa retraite. Bon, moi je ne le savais pas, mais je l’ai appris grâce à un article de Plat du Pied Sécurité , le blog de foot de Slate. Et, voyez-vous, bien que je ne suive pas spécialement le foot, ça m’a touchée. Car tout l’article se concentre moins sur les crampons de l’anglais que… sur la couleur de ses cheveux. Avec cette assertion pour le moins rapide : “les roux ne sont pas sexys“. Le hasard de la vie faisant que je suis moi-même rousse, cette phrase m’a fait rire tellement elle est fausse. Mais dans les commentaires, des gens bien plus furieux que moi ont animé le débat. Je vous passe tous les développements mais à un moment, l’auteur de l’article finit par en appeler à mes lumières (?) concernant les roux en bande-dessinée. Dont acte.

Si dans la vraie vie, nous ne sommes pas très bien servis en tant que roux, il en va tout autrement en BD. A commencer par les effectifs. Alors que les roux et rousses ne représenteraient qu’entre 1 et 2% de la population mondiale, on en trouve une tripotée dans les aventures dessinées. Une rafale d’exemples ? Obélix, Spirou, Boule (le copain de Bill), le sergent Chesterfield (des Tuniques Bleues), Jérôme K Bloche, Shanks le Roux (du manga One Piece), Lanfeust, Soda, Mortimer… Et chez les filles, citons par exemple Mélusine, Nadia (la copine de Titeuf) et, bien sûr, Laureline (la compagne de Valérian). Il est évidemment impossible de faire un décompte précis de la proportion de roux comparés aux blonds et aux bruns (sans parler des héros aux cheveux bleux ou verts) dans l’univers de la bande dessinée, mais ils semble bien qu’ils soient bien plus visibles que dans le monde réel.

La fascination du orange

Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre cette invasion de cheveux de feu en BD. La teinte rousse des cheveux, couleur chaude par excellence, est très graphique. Couché sur le papier, un héros roux aura une présence souvent plus forte qu’un équivalent blond ou brun, parce que le orange de ses cheveux attirera plus le regard. Un roux en BD, ça pète, tout simplement. Il est par ailleurs intéressant de noter la largeur de la palette chromatique à disposition des dessinateurs de BD pour représenter la rousseur. Comme le roux est la couleur de transition entre les deux pôles que sont le brun et le blond, de nombreuses déclinaisons sont possibles : depuis les cheveux cuivrés, limite violets, d’un Soda jusqu’au quasi-blond vénitien de Nadia, en passant par le orange carotte de Chesterfield ou de Spirou. Le blond et le brun offrent une gamme de possibilités nettement moins étendue.

Notons pour l’anecdote que cette fascination du roux dépasse les frontières de la BD et peut s’appliquer aux arts graphiques en général. Est-ce pour cela que la photo la plus chère du monde, un cliché de Cindy Sherman vendu aux enchères le 11 mai dernier à New York pour la bagatelle de 2,76 millions d’euros, est un hommage à la rousseur, avec son orange omniprésent ?

Sexy-rouquins

Non seulement les roux sont sur-représentés en bande-dessinée, mais ils ont également très souvent un rôle valorisant. Quand très peu de méchants de BD sont roux (peut-être que j’occulte inconsciemment, auquel cas vous me rafraîchirez la mémoire dans les commentaires), on ne compte plus ceux qui tiennent la tête d’affiche des séries dans des rôles positifs et variés. Mortimer est un scientifique de génie, Matt Murdoch (alias Daredevil) un avocat de talent doublé d’un super-héros redoutable en dépit de sa cécité.

Et, contrairement aux clichés qui collent aux roux, certains sont plus que craquants en BD. Prenons Spirou, Shanks le Roux, Lanfeust ou Soda par exemple, soit, dans l’ordre d’apparition, un aventurier, un pirate, un héro, et un flic qui fait croire à sa mère que c’est un gentil prêtre. Difficile de faire plus sexy pour gagner sa croûte non? De tous, c’est sans doute Spirou qui est le plus célèbre. Il a en quelque sorte légitimé l’idée qu’un héros puisse être roux. Après lui, le boulevard était ouvert. Shanks est une réincarnation de Barbe Rousse dans One Piece. Beau gosse, toutes les filles (dont moi) ont un peu le béguin pour lui. Lanfeust est un peu niais, mais il sauve le monde, puis la galaxie. C’est important, il ne faut pas l’oublier. Quant à Soda, il aime sa maman et porte les Ray-Ban comme personne. Chez les filles, je pourrais déblatérer longtemps sur Laureline, mon homonyme qui parcourt l’espace-temps avec Valérian. Mais une recherche Google images sera bien plus éloquente qu’un inutile paragraphe.

Tout ceci ne doit pas faire oublier que dans la vraie vie, être roux peut tout de même être mal vécu. C’est ce que veut nous raconter Fabrice Erre dans Le Roux, une des seules BD à ma connaissance à aborder cette question frontalement. A travers le personnage de Pierre Leroux, qui comme son nom l’indique a les cheveux oranges, c’est tout le sujet du droit à la différence qui est évoqué. Le héros rouquin, lassé des moqueries, décide de se faire le porte-parole des roux et de revendiquer fièrement sa couleur de cheveux. Quitte à blâmer ses semblables qui s’éloignent du droit chemin. Ou comment on peut devenir intolérant à vouloir trop combattre l’intolérance au point de tomber dans l’affirmation identitaire.

Laureline Karaboudjan

PS: Tintin est-il roux?

Tout tintinophile s’est déjà posé la question: le reporter belge est-il blond ou roux? Selon le site Rousseur.org, notre journaliste préféré est roux. «Des doutes ? Dans plusieurs BD, il apparaît clairement roux même si ce n’est pas flagrant», y explique-t-on de façon un peu nébuleuse. En tous cas, la question est sujette à de grands débats sur YahooAnswer.

Effectivement, selon les albums il est plutôt roux ou blond, question de rendus d’impression sans doute. Mais pour les adaptations en dessin animé, les auteurs avaient plutôt choisi le roux. Ce qui semble d’ailleurs être le cas également pour le film de Jackson et Spielberg (dont la bande-annonce est sortie récemment et m’inquiète grandement). Du coup, je suis perturbée. Je l’avoue, pour moi, il avait toujours été blond. Cela correspondait plus à son profil idéologique et les conséquences néfastes que cela a pu impliquer aux époques les plus sombres de notre histoire. Je termine ma chronique sur les roux avec un point Godwin. Et oui.

Illustration : DR.

Bonus track (trouvée ici) :

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Noël: des BD pour toute la famille (et même le chien)

Petite sélection pour ceux qui ne savent pas quoi acheter.

Je sais pas si vous avez remarqué, mais il paraît que c’est Noël. Il y a des lampions partout, la neige fait la une des JT et des foules hystériques envahissent les grands magasins à la recherche du cadeau idéal, tel les zombies de Walking Dead à la recherche de chair fraîche. D’ailleurs, vous en faîtes probablement partie, tout comme moi. Sauf que cette année, je ne m’attaque qu’aux librairies de bande-dessinée. Et je compte bien trouver des albums pour toute ma famille. Bref, vous l’avez compris, vous n’échapperez pas à la traditionnelle liste de conseils pour Noël. Le tout à travers quelques archétypes que vous reconnaîtrez peut-être dans votre entourage. Précision: je ne conseille que des BD sorties cette année.

Pour votre grand-père

S’il est plutôt Pervers Pépère

Malgré son âge avancé, il est resté très jeune dans sa tête. Peut-être un peu trop. En tous cas, il aime la BD, surtout quand il y a de belles pépées. Heureusement que la BD érotique est de nouveau en plein boum.

Le classique: Le Déclic (en couleur), Milo Manara, Drugstore
La BD qu’on était bien content de piquer dans les étagères du père d’une copine. Ultra-classique et connue, la colorisation redonne un coup de jeune. A avoir si vous ne la possédez pas encore.

L’inattendu: Les Recueils Fripons, Collectif, Les Humanoïdes Associées
Au début des années 90, des grands noms de la bande dessinée comme Gibrat ou Baru se sont essayés à la nouvelle érotique pour les HA. Réédition en trois tomes de ces petites histoires.

Mon coup de coeur: Coney Island Baby, Nine Antico, L’Association
Retour en BD sur l’histoire de Playboy et de Deepthroat, deux phénomènes cultes de la pornographie (attention: ça ne parle que de cul mais ce n’est pas très érotique).

S’il est plutôt Père Castor

Les “bandéssinées”, il aime bien, mais disons qu’il en est resté à Tintin (si ses parents étaient gaullistes), Placid et Muzo (si ses parents étaient communistes) ou Astérix (tous les autres). Mais même certaines nouveautés sont délicieusement classiques dans leur style. D’ailleurs, j’ai pas fait exprès, mais mes trois conseils sont des BD historiques que j’ai beaucoup aimé. Tant mieux, ça lui rappellera sa jeunesse…

Le classique: Il était une fois en France, Aux armes citoyens, Nurry et Vallée, Glénat
On traverse toute la Seconde Guerre Mondiale à travers le destin d’un homme tour à tour collabo et résistant, tout en étant juif. Une fresque impressionnante de maîtrise historique et scénaristique.

L’inattendu: Matteo Deuxième époque, Gibrat, Futuropolis
La suite des aventures de Matteo, l’anarchiste romantique du début du XXème siècle qui part s’engager dans les tourments de la révolution russe. Le dessin élégant de Gibrat sert une histoire romanesque, voire un peu naïve, mais portée par un véritable souffle.

Mon coup de coeur: Commando Colonial, Le fort de Thélème, Brüno et Appollo, Dargaud
Quand un mauricien et un réunionnais s’engagent comme agents secrets dans la France libre, ça donne une des meilleures séries de BD en cours, servie par un dessin simple et agréable. Le troisième tome nous la rejoue Lawrence d’Arabie et Eden perdu au fond du désert. Tout simplement génial.

Pour votre grand-mère

Si elle est plutôt Soeur Marie-Thérèse

Vous avez une mamie rock’n roll et vous avez bien de la chance. Mais attention parce qu’elle est du genre exigeante niveau BD: faut que ça déménage, qu’il y ait du sang et de l’humour. Du polar au gore, elle adore lire tout ça en écoutant AC/DC à fond.

Le classique: Rockabilly Zombie Superstar T2, Lou et Nikopek, Ankama
Des zombies, des bananes et des rouflaquettes, du rock et des rednecks: la série mélange, à la manière de Tarantino au cinéma, toutes sortes de références pulp pour créer un univers décoiffant.

L’inattendu: La mort de Staline, Nury et Robin, Dargaud
Derrière cette BD historique se cache en fait un excellent polar dont les protagonistes ne sont autres au Béria, Khrouchtchev ou Molotov. D’autant plus glaçant que tout est véridique. 

Mon coup de coeur: La position du Tireur Couché, Tardi, Futuropolis
Tardi qui reprend Manchette. On l’avait déjà vu avec Le Petit Bleu de la Côte, mais ça ne cesse d’être un enchantement. Comme quoi, les têtes de rayons de la Fnac sont parfois justifiées…

Si elle est plutôt Laureline Karaboudjan

C’est bien simple, votre grand-mère est une esthète de la bande-dessinée, qu’elle lit comme elle dévore Proust. Car pour elle, le neuvième art est comparable à la littérature, et si le fond est essentiel, elle est très attentive à la forme. Évidemment, elle a probablement déjà tout lu, mais au pire, elle ira échanger votre cadeau contre un ouvrage de théorie narrative de la BD.

Le classique: Asterios Polyp, David Mazzucchelli, Casterman
De l’avis général, elle devrait remporter le Grand Prix d’Angoulème le mois prochain. Devancez la mode et offrez cet exercice de style narratif audacieux et réussi autour de la figure d’un professeur d’architecture. La bande-dessinée aborde des thématiques philosophiques classiques mais avec une maîtrise formelle impressionnante.

L’inattendu: Château de Sable, Peeters et Levy, Atrabile
Bon, ce n’est pas si inattendu que ça, on commence à le connaître Peeters. A chaque fois c’est excellent, même quand il tente l’exercice difficile du huis-clos. C’est philo, glauque et sexy comme j’aime.

Mon coup de coeur: Les Derniers Jours d’un Immortel, Wehlmann et de Bonneval, Futuropolis
De l’excellente science-fiction, philosophico-poétique sans être chiante, un brin tordue pour être gênante. La meilleure BD de l’année, peut-être.

Pour votre mère

Si elle est plutôt Yoko Tsuno

Vieille routière de la BD, elle a été biberonée aux grandes séries d’aventures franco-belge: Blake et Mortimer, Jérôme K Jérôme Bloche voire Michel Vaillant n’ont aucun secret pour elle. Le défi, c’est de parvenir encore à l’étonner.

Le classique: Blacksad, l’enfer, le silence, Canales et Guarnido, Dargaud
De mon avis personnel et de lecteurs proches de moi, le moins bon de tout les Blacksad, mais peut-être qu’on en attendait un petit peu trop. Ca reste une bonne BD et c’est à avoir si la personne a déjà les premiers.

L’inattendu: L’OuvreTemps, Mézières et Christin, Dargaud
La fin de Valérian et Laureline, j’étais obligée de le mentionner. C’est pas au niveau des meilleurs albums de la série, mais c’est tout de même une BD agréable à lire. 

Mon coup de coeur: Panique en Atlantique, Trondheim et Parme, Dupuis
Dur de passer après les deux derniers Spirou par et les deux auteurs ont été pas mal critiqués pour l’apparente facilité du scénario et des dessins. Pourtant, si l’on s’y attarde un minimum, c’est un excellent hommage à Spirou et Fantasio, très rondement mené.

Si elle est plutôt Pénélope Jolicoeur

La BD a priori, c’est pas trop son truc, mais elle aime beaucoup les dessins dans ELLE. En fait, de Pénélope Bagieu à Aurélia Aurita, elle adore la BD girly, celle qu’on peut lire en attendant que sèche le vernis à ongles avant une séance de shopping. Ca vous exaspère, mais si ça peut lui faire plaisir…

Le classique: Cadavre exquis, Bagieu, Gallimard
On dit qu’un auteur est grand s’il est capable de terminer admirablement ses livres, puisque les commencer est assez facile. A ce niveau là, Pénélope Bagieu est encore loin d’être grande, puisque son Cadavre exquis termine un peu en eau de boudin. Pour le reste de la BD, c’est bien, voire parfois pas mal du tout et il est incontestable qu’au fil de ses albums, Pénélope Bagieu s’améliore. Bientôt tout le monde aura oublié que c’était une blogueuse.

L’inattendu: La Comtesse, Picault, Les Requins Marteaux
Un petit bijou érotique sans paroles. Les amours d’une comtesse, entre devoirs conjugaux et amants fougueux.

Mon coup de coeur: La Parenthèse, Durand, Delcourt
Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de cette BD cette année, sans conteste l’une des meilleurs. «Ce récit est une bataille contre l’adversité», raconte l’auteure qui est tombée à 20 ans gravement malade et raconte ce périple dont on a peur de ne pas revenir. Fort, émouvant sans être larmoyant.

Pour votre père

S’il est plutôt Largo Winch

Parce qu’il est cadre dans le privé, expert comptable ou je ne sais quoi, votre père fait toujours un peu trop sérieux et ne lit des BD que très épisodiquement. Et encore, c’est pour lire des trucs qui lui rappellent un peu le boulot inconsciemment: Largo Winch ou IR$ plus pour la finance que pour l’action ou alors du reportage en bande-dessinée moins pour voyager que se tenir au courant de l’état du monde.

Le classique: Gaza 1956, Joe Sacco, Futuropolis
Joe Sacco s’est fait une spécialité du journalisme en bande-dessinée dans les zones de conflits. Dans son dernier ouvrage, il raconte le massacre de 275 personnes en 1956 dans la bande de Gaza à travers de nombreux témoignages et une narration et un dessin toujours appropriés. Classique, mais excellent.

L’inattendu: La Droite ! Petites trahisons entre amis, Ploquin, Boisserie et Gros, 12Bis
Un journaliste d’investigation qui s’associe à un scénariste et un dessinateur pour retracer 60 ans d’histoire de la droite. Le tout à travers un personnage central forcément passionnant: Charles Pasqua, entre affaires et politique, faiseur de carrières, détricoteur de destins. Si papa vote UMP, il va adorer. S’il vote à gauche aussi. 

Mon coup de coeur: Quai d’Orsay, Blain et Lanzac, Dargaud
Vous allez lui retourner la tête à votre père. Vous la jouez cool, “tiens papounet une BD sur de Villepin“, il pense lire sur une BD politique satirique classique et là il tombe sur l’immense talent des deux auteurs qui créent un nouveau genre, une fiction politique moderne plus vraie que nature. Les séries françaises n’arrivent pas à égaler leurs homologues américaines dans leur capacité à traiter l’histoire du temps présente. La BD francophone, oui.

S’il est plutôt Hyacinthe de Cavallère

Très porté BD, il a lu beaucoup de choses et il faut parvenir à lui fournir des albums de qualité. Mais attention, il ne faut pas que ça soit ennuyeux: s’il aime autant la bande-dessinée, c’est pour ses fondamentaux: de l’aventure, de l’action, de l’évasion… Son idéal pourrait être la série Donjon de Sfar et Trondheim. Du coup il faut lui trouver à la fois des albums qui racontent une histoire mais qui sont aussi bien écrits et bien dessinés avec plusieurs niveaux de lecture.

Le classique: La Voie du Rige, Le Tendre, Loisel et Maillé, Dargaud
En terme de combat épique, celui qui vous pousse à la fin de lecture à vous lever, à aller à la fenêtre et à regarder, pensif, les étoiles à travers la vitre, on fait difficilement mieux que la Quête de l’Oiseau du Temps dont la Voie du Rige est le dernier album sorti.

L’inattendu: Toxic, Burns, Cornélius
Charles Burns s’attaque à une trilogie très étrange où un héros partageant la houppette de Tintin se promène dans un monde où il croise, par exemple, des champignons géants rouges et blanc. Cette promenade onirique, remplie de références à Hergé mais aussi à Burroughs, ravira les fans de BD comme elle déroutera les autres.

Mon coup de coeur: Pour l’empire, Les Femmes, Merwan et Vivès, Dargaud
Le deuxième tome de la série écrite et dessinée à quatre mains par Merwan et Bastien Vivès confronte les soldats de l’Empire à un drôle d’adversaire: des amazones. Des combats bien-sûr, mais aussi de grandes questions comme les rapports entre sexes, la sexualité et l’amour, la violence et la mort. Du grand art, en attendant l’ultime tome de la série.

Pour votre petit frère

S’il est plutôt Lanfeust

S’il lit de la bande-dessinée, c’est avant tout pour l’aventure. Mondes médiévaux-fantastiques ou univers de science-fiction, peu importe tant qu’il y a de la baston, des héros charismatiques et de belles princesses à sauver. Bref, il faut lui en mettre plein la vue parce que sinon, votre cadeau a toutes les chances de prendre la poussière entre son livre de biologie et son cahier de maths.

Le classique: Cixi de Troy, l’ombre ténébreuse, Arleston et Vatine, Soleil
Après avoir terminé les aventures de Lanfeust, l’avoir envoyé dans les étoiles ou continuer de s’amuser avec les trolls du monde de Troy, Arleston consacre une série à la sulfureuse Cixi. Le deuxième tome vient justement de sortir et si votre petit frère est fan de l’univers, il n’y a pas de raisons que ça lui déplaise.

L’inattendu: Trois Christs, Mangin et Bajram, Soleil
Au premier abord, c’est un album de plus qui explore la thématique bien connue du complot mystico-religieux. Mais en fait, à travers  trois histoires différentes autour du Suaire du Christ racontées avec sensiblement les mêmes cases et les mêmes dialogues réorganises, les auteurs montrent que la vérité est relative, dans une démarche proche de l’OuBaPo. Une manière de rendre votre petit-frère adulte. 

Mon coup de coeur: La Zone, Stalner, Glénat
Angleterre, 2067. Le pays est en ruines. 48 ans auparavant, 95% de la population a péri dans diverses catastrophes et depuis, plus rien n’est comme avant. Thématique post-apocalyptique classique, mais l’esthétique et la bonne construction de l’ouvrage le font sortir du lot.

S’il est plutôt Spiderman

Rien à y faire, la BD franco-belge ne mérite même pas un regard de sa part. Votre petit frère ne jure que par les comics, seules vraies bande-dessinées à ses yeux. Ce n’est pas très grave, il aura tout le temps d’apprécier le génie de Larcenet ou de Franquin en grandissant. Et puis, ce ne sont heureusement pas les bons comics qui manquent.

Le classique: Walking Dead 12, Adlard et Moore, Delcourt
Un mec se réveille après avoit été dans le coma. Il y a des zombies, il court, il les tue. L’horreur n’aura jamais de fin, blabla, vous connaissez le topo. Ultra-efficace.

L’inattendu: Martha Washington, Miller et Gibbons, Delcourt
Martha Washington est une vieille série, qui date des années 90, mais Delcourt l’édite cette année en France. Bonne suprise de se plonger dans ces Etats-Unis apocalyptiques que je ne connaissais pas. Le déclin de l’empire américain en avant-première.

Mon coup de coeur: Incognito, Brubaker et Phillips, Delcourt
Dur de vivre comme un pusillanime petit greffier quand on a été un super-méchant. Mais une étape peut-être nécessaire pour repasser du bon côté. Sombre et mordant, le meilleur comics que j’ai lu cette année.

Pour votre petite soeur

Si elle est plutôt Sailormoon

Rien à y faire, la BD franco-belge ne mérite même pas un regard de sa part. Votre petite soeur ne jure que par les mangas, seules vraies bande-dessinées à ses yeux. Ce n’est pas très grave, elle aura tout le temps d’apprécier le talent d’Hergé ou de Baru en grandissant. Et puis, ce ne sont heureusement pas les bons mangas qui manquent..

Le classique: Ashita no joe – Tomorrow’s Joe, Chiba et Takamori, Glénat
L’histoire d’une petite frappe boxeur, l’un des grands classiques du manga japonais, ici réédité.

L’inattendu: Dossier A, Osamu et Garaku, Delcourt
Dans la grande tradition des mangas policiers qui poussent le lecteur à résoudre pratiquement l’énigme en même temps que le détective, Dossier A se fait une bonne place. De l’ésotérisme et l’énigme de l’Atlantide comme terrain de jeu.

Mon coup de coeur: Le Voyage de Kuro, Kiyuduki, Kana
Le cheminement d’une voyageuse étrange, entre dessins ultra-mignons et scènes parfois tragiques. Bien plus qu’un simple “manga pour filles”.

Si elle est plutôt Aya de Yopougon

Toute en rondeurs et en couleurs, c’est ainsi que votre petite soeur aime la BD. Et puis, pourquoi toujours des drames et de la violence? La bande-dessinée a ce charme de pouvoir rendre extraordinaires ou drôles des scènes quotidiennes, depuis la banlieue de Cédric jusqu’à l’Abidjan d’Aya.

Le classique: Aya de Yopougon 6, Arbouet et Oubrerie, Gallimard
Alors que la Côte d’Ivoire se déchire, qu’il est bon de se réfugier dans l’univers d’Aya, qui retranscrit à merveille l’ambiance de l’Abidjan des 1980’s sans tomber dans les clichés ou la carte postale. Le dernier tome vient de sortir, il devrait être promis au même succès que ses prédécesseurs.

L’inattendu: La Carotte aux Etoiles, Lejonc, Murat et Riff Reb’s, La Gouttière
C’est l’histoire d’un lapin savant qui invente une fusée qu’il baptise logiquement «Carotte aux étoiles». Mais -les lecteurs de l’Affaire Tournesol le savent bien- comme toute invention révolutionnaire, elle attire diverses convoitises. «On se demande s’il est bon qu’un rêve se transforme en argent» se demande le héros de cette très belle BD, vrai conte philosophique coloré.

Mon coup de coeur: Alerte aux Zorkons, Vehlmann et Chivard, Dupuis
J’avais un peu laché la série principale de Spirou et Fantasio, les derniers épisodes étant de mon point de vue assez faibles. Et puis j’ai été agréablement surprise par ce dernier épisode, qui donne un nouveau coup de fouet à la série. Le titre de l’album était au départ, Il y a des monstres à Champignac, et cela veut tout dire sur ce qui vous attend…

Pour votre chien

Le Chat acte XVI, Gelluck, Casterman
Chaque année , peu avant les fêtes, c’est la même chose, un album du Chat squatte les présentoirs de la Fnac. Et à chaque Noël, on en retrouve un au pied du sapin. Offrez le à votre chien, tout le monde pourra lui piquer.

Laureline Karaboudjan

Illustration : Joyeux Noël Oncle Picsou, DR.

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