Les BD du mois de février

La Métamorphose, la Mémoire du corps, Pablo… Le mois de février est peut-être plus court que les autres, il n’en est pas moins riche en sorties BD. Voici une petite sélection des albums parus dernièrement et qui m’ont plu.

  • Pablo tome 1, Max Jacob, Birmant et Oubrerie, Dargaud

Julie Birmant et Clément Oubrerie s’attaquent à la vie de Picasso, “Pablo”, par l’intermédiaire de Fernande Olivier, l’une de ses muses lors de sa période rose, qui est notamment représentée dans les Demoiselles d’Avignon. Au début, on se dit, “ouais bon, encore un biopic, on mange quoi ce soir”, et puis finalement on est bien entraîné par le récit. On découvre ou rédecouvre un Picasso arrivant à Paris, mal dégrossi, traversant des phases de succès importantes puis de grands doutes. Cette plongée début de siècle dans l’univers artistique à travers le regard de Fernande de la capitale est plutôt bien vue.

  • Le Jeu Vidéo, Vivès, Delcourt

A chaque fois on se dit qu’on ne va pas parler du dernier Vives car il publie un peu trop souvent, mais, pour le moment, c’est du tout bon. Le Jeu vidéo est un hommage à l’une de ses principales passions. Vivès se concentre sur les jeux de combats principalement et notamment Stree Fighter, mais cette petite série de sketch d’une ou plusieurs pages est un régal pour les amateurs qui y reconnaîtront leurs vies passées ou actuelles. Pour les non joueurs, cela risque de vous passer au-dessus de la tête.

 

  • Une métamorphose iranienne, Neyestani, Ca et là/Arte édition

J’ai consacré un post entier à cet album, un ouvrage très fort pour comprendre l’univers kafkaïen dans lequel sont obligés d’évoluer les Iraniens. Le narrateur, dessinateur de presse, est accusé de tous les maux pour avoir mis dans la bouche d’un cafard discutant avec un enfant un mot d’origine azéri, une ethnie minoritaire. Manifestation, morts, prison, ce qui s’ensuit est un long calvaire édifiant.

 

 

  • Pierre Goldman, Emmanuel Moynot, Futuropolis

La figure du militant d’extrême gauche Pierre Goldman, assassiné en 1979 par un mystérieux groupuscule “Honneur de la Police”, est éminemment romanesque. Il semblait donc logique de lui consacrer une bande-dessinée. Mais là où Emmanuel Moynot est extrêmement intelligent, c’est qu’il n’en rajoute pas dans la dimension “héroïque” du personnage et concentre son travail sur une enquête minutieuse et documentée. Outre une histoire passionnante, la BD est un véritable document qui replonge son lecteur dans une époque particulière, celle des années de plomb en Italie et en Allemagne de l’Ouest. Et un peu en France aussi.

  • La Mémoire du corps, Kim Hanjo, Atrabile

En refermant l’album, j’ai eu le souvenir d’un film coréen sorti il y a pratiquement dix ans maintenant, “La Femme est l’avenir de l’homme”. Entre émanations éthyliques et volutes de fumée, on y évoquait le temps qui passe, les occasions manquées, l’amour qui s’éteint et la mort qui attend tout un chacun. Des thématiques classiques mais abordées avec un regard à la fois épuré et très amer qui donnaient au film une force indéniable. “La Mémoire du corps” de l’auteur coréen Kim Hanjo s’inscrit dans cette même veine à travers huit nouvelles soutenues par un dessin très simple mais une construction complexe, le tout abondemment nourri de références artistiques.

 

  • L’Ostie d’chat, tome 2, Zviane et Iris, Delcourt

On pourrait soupirer à voir se multiplier les éditions en papier de blogs BD plus ou moins réussis. Car il y a des différences fondamentales dans l’écriture entre une BD selon que son média de diffusion soit un blog ou un ouvrage relié, ne serait-ce que parce que la notion de planche n’est pas la même. Oui, mais ça serait aussi ignorer la vertu de diffusion, voire de consécration, que peut avoir une BD papier vis à vis d’un blog. Prenez l’Ostie d’chat, dont le tome 2 vient de sortir. Je ne connaissais pas ce blog tenu par deux auteures québéquoises et c’est grâce à l’édition papier que je me délecte des aventures qui y sont publiées. Celles, complètement foutraques, de Jasmin et Jean-Sébastien, deux célibataires qui se partagent la garde d’un chat. Ecrit à quatre mains, le feuilleton part un peu dans tous les sens mais reste souvent très drôle.

Laureline Karaboudjan

Illustration : extrait de la couverture de Pablo, DR.

Un commentaire pour “Les BD du mois de février”

  1. Ah ben, on ne peut pas commenter de “vieux” billets sur ce blog. Genre, le piratage dans la BD n’est déjà plus d’actualité ou alors il n’y a plus rien à dire…
    Personnellement, je suis contre le piratage en général pour des raisons purement morales: je peux très bien vivre sans le dernier album de Bidule ou sans avoir vu le prochain épisode de la série Machin. Je ne vois pas pourquoi je priverai de droits d’auteur un artiste juste pour me faire plaisir. Un comportement purement nombriliste qui me fait plus penser à de la facilité qu’à une quelconque soif de connaissance.
    Pour ce qui est de la BD, elle n’est pas piratée pour le moment pour une simple et bonne raison: elle n’existe pas sous forme numérique. Une fois que la transition sera faite, ce sera une autre paire de manches. Si le vrai amateur de BD continuera à vouloir acheter un livre, il sera ultra minoritaire (combien de disques vinyles se vendent alors que l’objet est plus beau et le confort d’écoute non égalé ?) vu l’évolution des pratiques de lecture (en France on se rend pas très compte mais aux USA, le livre numérique est en train de progresser à la vitesse grand V).
    Je prédis dans dix ou quinze ans des chiffres de piratage fort différents de ceux annoncés. Et moins d’auteur BD à la sauce franco/belge (à savoir la mise en avant d’un travail graphique et la réalisation d’un album à une ou deux personnes en un an). Un petit métier de plus qui disparaîtra – ce qui ne signifie pas que la BD disparaîtra d’ailleurs.

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