Bien manger en Nouvelle-Zélande: du fast-food à l’assiette «gourmet»

Des moutons néo-zélandais / Maud Descamps

Cinquième épisode du tour du monde du bien manger de Maud Descamps

J’avais connu le pire à Dunedin dans le sud du pays, mais mon parcours gustatif en Nouvelle-Zélande s’est sensiblement amélioré au fil des jours pour atteindre le pur plaisir à Napier, région viticole où l’on sait recevoir le voyageur.

Il faudra des années pour que la Nouvelle-Zélande devienne un pays hautement gastronomique. Les scories d’une mauvaise cuisine british souillent encore trop souvent les assiettes, vous poussant à vous demander si le chef du pub dans lequel vous avez atterri après avoir tourné en vain dans les rues de Dunedin vous en veut personnellement.

D’abord il y a la serveuse qui vous rappelle que la cuisine ferme dans dix minutes. Mais il n’est que 20h20! Inutile de contester, ici on mange tôt. Vient ensuite la carte, variée certes, mais les prix affichés réduisent sensiblement le choix. Alors ce sera saucisses-purée avec oignons caramélisés. Au moins on limite les risques…

Quatre petits baleineaux

Arrive alors l’assiette, longuement attendue en sirotant une bière blonde maison pas trop mauvaise. Quatre gigantesques saucisses –genre andouillettes– échouées tels quatre petits baleineaux sur une mer de purée industrielle gisent devant moi. Rien qu’à les observer je n’ai déjà plus faim. Faut-il les secourir?

Je plonge ma fourchette dans la masse dense et ferme et commence à découper avec précision une tranche de mon «festin». La première bouchée est douloureuse. Puis il y a la purée et enfin la bière qui aident à avancer. Mais en milieu de course je cale. Mon corps dit non.

La serveuse débarrasse l’assiette. Mon corps se sent mieux. La serveuse m’apporte l’addition et une petite boite en polystyrène. Je l’ouvre, curieuse. Surprise! Les trois petits baleineaux que j’avais osé abandonner sont là, posés sur quelques restes de purée et d’oignons. La culpabilité me gagne… lorsque je fais glisser la boîte dans la poubelle postée à la sortie du pub.

Burgers, donuts et maoris

Je décide d’attendre d’être à Auckland, capitale économique du pays, pour retenter l’expérience. Si les cartes affichent désormais toutes sortes de cuisines du monde dans les multiples restaurants du centre, les fast-foods semblent tout de même avoir gagné la partie. Difficile de discerner les façades de Queen street, dans le centre-ville, cachées derrières les enseignes lumineuses qui se chevauchent presque.

Derrières les immenses vitres, ce sont surtout des ados –maoris dans plus de 70% des cas– qui passent commande au caissier guère plus âgé qu’eux. Plus de la moitié des jeunes que je vois est en surpoids. Pas vraiment une surprise dans un pays où l’obésité touche jusqu’à 25% des enfants et jusqu’à 44% de adultes maoris. Une population plus encline à la prise de poids et plus touchée par la pauvreté.

«La plupart de mes patients sont maoris, quasiment tous sont en surpoids et présentent des problèmes de diabète. On constate surtout, et comme dans n’importe quel pays industrialisé, une mauvaise alimentation liée directement à la paupérisation d’une catégorie de la population», m’explique Jason, un jeune médecin généraliste qui quitte Auckland pour s’installer du côté de Napier, sur la côte est.

Mouton midi et soir

C’est à Napier, capitale de l’art déco, que cette balade gustative prend enfin du corps. Duncan Mc Lean, éleveur à Hawkes Bay, est  à peine surpris par mon expérience malheureuse. «Il y a quinze ans, il n’y avait même pas de pizza en Nouvelle-Zélande. Moi j’ai grandi avec la viande de mouton qu’on mangeait midi et soir accompagnée de pommes de terre», se rappelle mon ami fermier. «Aujourd’hui on trouve un peu de tout dans les restaurants à condition d’y mettre le prix», précise-t-il. Pas évident en effet de trouver un plat convenable à moins de 25 dollars australiens (19 euros).

J’oublie alors l’expérience de Dunedin et des baleineaux et prend place autour de la grande table en bois de Duncan et Eleonor, son épouse. D’abord on débouche une bouteille de merlot du vignoble voisin, puis Eleonor sort quelques côtelettes d’agneau grillées au four et des tranches de chevreuil accompagnées de pommes de terre et de haricots. «Voilà un repas typique», me lance l’institutrice en découpant la viande rosée.

L’agneau fond sur ma langue tandis que le chevreuil se couperait presque avec une fourchette. Duncan me ressert du vin. La France n’est pas très loin, à la seule différence qu’ici l’agneau est bien meilleur!

Maud Descamps

La journaliste globe-trotteuse Maud Descamps a entamé un tour du monde d’un an au mois de septembre. En plus de sa chronique un samedi sur deux dans les Carnets du monde sur Europe 1, elle raconte pour Quand l’appétit va ses découvertes culinaires au fur et à mesure de son périple. Passionnée de cuisine et de bonne bouffe, Maud a éduqué son palais du côté de Lille pendant vingt ans, avant d’aller l’affiner dans le sud-ouest, à Toulouse, puis en Australie. Suivez-là sur twitter!

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