Passage de flambeau sur le blog

La présidentielle s’approchant, je délaisse malheureusement de plus en plus Quand l’appétit va. Mais on a beau élire un(e) président(e) dans quelques mois, on n’arrête pas pour autant de se poser des questions sur la façon de remplir nos assiettes… Je suis donc très contente de pouvoir passer le relais de ce blog à Lucie de la Héronnière, dont le nom ne devrait pas vous être complètement inconnu si vous lisez régulièrement ce blog. Merci de m’avoir suivie et lue et d’avoir fait part de votre expérience ou de vos questions. A bientôt sur Slate.fr, ou, qui sait, sur ce blog en tant qu’invitée!

Cécile Dehesdin

Je laisse Lucie se présenter dans ses mots:

Journaliste très intéressée par le contenu de mon assiette, je vais donc prendre le relais sur ce blog. Vous avez déjà pu me lire ici à propos du Restaurant universitaire et de la street food. J’ai aussi écrit un livre de recettes pour étudiants, après avoir vérifié dans les kitchenettes grenobloises que les étudiants n’étaient pas tant que ça des amateurs de junk food

J’en profiterai pour donner au blog une tournure un peu plus bloguesque, avec des formats variés: des «Lu, vu, entendu» et des articles de fond, mais aussi des interviews, chroniques, critiques, reportages ici et là.

«Quand l’appétit va» traitera toujours de «bien manger», de nos manières d’engloutir tout un tas de choses, du mieux qu’on peut… Cette thématique est très vaste à explorer: parce que parler de nos manières de (bien ou pas) manger permet de parler d’agriculture, de règles sociales, de convivialité, de marketing, de croyances, de consommation, de politiques…

Vous lirez donc des articles à propos de food trucks, d’orthorexie, d’huile de palme, de burgers, de packaging, de locavores, de légumes oubliés. Mais aussi d’alimentation dans les programmes des candidats, de bouquins intéressants, de marketing fou, de nutrition latino, de sociologie végétarienne et de plein d’autres choses encore.

N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, suggestions, ou interrogations existentielles concernant vos assiettes.

A bientôt !

Lucie de la Héronnière

Photo: So Yummy, Mr. Uncooked Potato Dives Right into It / skippyjon via Flickr CC License By

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En France, McDonald’s n’est plus un fast-food

McDo est-il toujours un fast-food? Pas pour Eleanor Beardsley, qui écrit sur The Salt, blog fooding de NPR, que c’est d’ailleurs toute «la beauté du McDonald’s en France». On y lit, on y pianote sur son ordinateur, on y passe du temps entre amis. L’Américaine explique que si la France est le deuxième marché de McDonald’s, c’est la conséquence de la francisation effrénée d’un concept ultra-américain.

Nous vous l’avions expliqué en novembre 2011. En France, contrairement aux Etats-Unis, «la fréquentation des fast-foods se fera davantage aux heures de pointe (déjeuner/dîner) (…) et une logique de partage prime. Autant de temps sera consacré à la dégustation de la nourriture qu’à sa digestion et au partage de moments avec les personnes avec qui vous allez au fast-food».

Alors McDo étudie particulièrement l’architecture de ses restaurants français, comme l’explique cet article du Chicago Tribune, et met en place de nouvelles méthodes de vente qui rapprochent de plus en plus le fast-food du restaurant traditionnel. La Dépêche revient par exemple sur la mise à niveau inédite d’un Mc Donald’s dans lequel le service à table est désormais disponible. Les bornes de commande électroniques répondent aussi de cette exigence de confort: on y prend plus son temps qu’au comptoir.

Une étude menée à l’université de Pennsylvanie revient sur d’autres méthodes utilisées pour séduire le consommateur français. Parmi elles, une image verte inédite, jusque sur le logo (le seul au monde à avoir un fond vert), une architecture en bois, ou des informations sur le gaz à effet de serre produit par les camions de livraison. En France, contrairement aux fast-foods traditionnels, McDo se veut aussi sain (nombre de calories affiché, fruits dans les menus, traçabilité des viandes et produits français). Une communication accélérée depuis l’affaire Bové au McDo de Millau en 1999, explique l’étude.

Et les chiffres de McDonald’s France n’ont jamais été aussi bons. Les Echos rapportent une accélération des ventes françaises au dernier trimestre 2011 (hausse de 10,8% des ventes en Europe en décembre) qui permettront à la compagnie américaine d’ouvrir 1.300 nouveaux restaurants dans le monde en 2012.

Pour Eleanor Beardsley le summum de la francisation du McDo réside dans le McCafé, tenus par le groupe Holder qui gère aussi les fameuses pâtisseries Ladurée. Comme aux Etats-Unis, «les adolescents français aiment traîner au MacDo, explique-t-elle. Seulement, ils le font dans le café plutôt que sur le parking».

photo: Department 56 Mcdonald’s Sign / Lunchbox photography via Flickr CC License By

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Apprendre aux bébés à manger sain

Ñammmm!!!, Gonzalo Merat via Flickr, CC-Licence-by

Manger sainement s’apprend dès la naissance. «Nos régimes alimentaires ne sont pas sains, ça, on le sait», commence Brian Mossop sur le Scientific American. De récentes études ont montré par exemple que plus de la moitié de la nourriture pour bébés trouvée en supermarché contient trop de calories venant de sucres simples, et 12% de cette nourriture est trop salée. Selon Brian Mossop, nous pourrions peut-être apprendre très tôt à aimer les nourritures saines, quel que soit leur goût.

Le goût pour la saveur sucrée vient, selon lui, de l’évolution, car les choses sucrées donnent plus d’énergie. En revanche, par habitude, nous considérons la nourriture amère ou aigre comme mauvaise:

«Alors que nous développions une préférence innée pour les choses douces ou sucrées qui nous fournissaient de l’énergie, notre réaction aux autres goûts s’est développée pour nous protéger. Un goût amer signale souvent qu’une nourriture est toxique ou empoisonnée, un goût aigre peut nous faire soupçonner que quelque chose a fermenté ou s’est gâté, deux des aversion créées par l’évolution pour permettre aux cueilleurs de manger des choses naturelles sans être malade.»

Or, plusieurs études tendent à prouver que l’on peut être habitué très tôt (avant six mois) à manger de la nourriture saine, quel que soit son goût. Le plaisir pour les choses amères est en effet contrôlé par un gène qui s’active entre le cinquième et sixième mois. Selon Gary Beauchamp, un biopsychologue et expert en chimie des sens interrogé par Brian Mossop:

«Si l’on nourrit un bébé avec [une formule à base de caséine un peu amère et aigre, mais savoureuse] avant qu’il ou qu’elle ait quatre mois, la plupart l’accepte avec plaisir. Ils semblent l’aimer. Mais si vous commencez à le nourrir à cinq ou six mois, il est déjà trop tard

Brian Mossop commente:

«À cet âge là, la fenêtre d’influence s’est déjà fermée, et manger la solution de caséine ne procure absolument aucun plaisir».

C’est la preuve qu’il existe bien une période, très tôt dans la vie de l’enfant, pendant laquelle il peut accepter et apprendre à aimer (pour la vie) des saveurs qui lui sembleront autrement âcres, qu’elles soient présentes dans des aliments sains ou non.

Gary Beauchamp travaille en collaboration avec Wendy Sue Swanson, une pédiatre à l’hôpital pour enfants de Seattle, qui est de son avis. Elle recommande aux parents d’offrir aux enfants des fruits frais, et de la nourriture non transformée, et de leur apprendre «à chercher à boire de l’eau quand ils ont soif, et non des sodas ou des jus de fruits».

C.L.

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