Vers une alimentation multi-facettes?

Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture a publié la semaine dernière un document de travail sur l’évolution de l’alimentation en France, qui tente de faire la synthèse des principales sources disponibles.

Portrait de consommateur
Tout d’abord, l’auteure, Céline Laisney, dresse un panorama des tendances lourdes actuelles… La part du budget alimentaire baisse (même si la dépense absolue augmente). Ce poste de dépense est défavorisé par rapport aux loisirs ou aux nouvelles technologies. Mais c’est aussi parce que les besoins physiques en nourriture sont limités… En même temps, la composition du caddie change. On mange beaucoup moins de pain et de pommes de terre qu’un 1970, et beaucoup plus de légumes. On boit moins de lait frais, mais on engloutit beaucoup plus de yaourts… Mais les inégalités alimentaires subsistent. La part du budget consacrée à l’alimentation reste plus importante chez les ménages les plus pauvres.

Les plats préparés, aliments tout prêts ou surgelés représentent 45% des dépenses alimentaires en 2006. En parallèle, les Français mangent de plus en plus à l’extérieur. Enfin, les lieux d’achat se diversifient, entre supermarchés, hypermarchés, épiceries, supérettes, hard discount, marché…

Malgré tout, le «modèle français résiste», notamment au niveau des horaires (57% des Français sont occupés à manger à 12h30!) et de la convivialité: pour 67% des ménages, le fait de se retrouver ensemble est l’élément le plus important lors du dîner à domicile.

Tendances émergentes
Pour les années à venir, l’auteure prévoit une prolongation de l’«essor des labels». Le bio devrait se démocratiser, «du marché de niche au marché de masse». Cette consommation se fait déjà moins exceptionnelle, puisque 23% des français mangent bio au moins une fois par semaine. En même temps, l’attrait pour le local va se poursuivre.

On pense de plus en plus au bien-être animal. 75% des français sont prêts à payer un peu plus chers leurs œufs s’ils savent que les poules n’ont pas été élevées en cage. Cependant, il y a un «risque de crise de confiance devant la multiplication des labels». Deux tiers des Français pensent qu’il y a trop de labels pour les produits durables… Cela créé des risque de confusion, ou de rejet.

L’alimentation est aussi, selon Céline Laisney, écartelée entre le retour du plaisir de cuisiner et la médicalisation de la nourriture. 94% des français considèrent que se mettre aux fourneaux est une “source de plaisir et d’épanouissement”. Et en parallèle, «l’industrie agroalimentaire multiplie les promesses santé, par le biais notamment des alicaments».

En outre, Céline Laisney souligne une «déstructuration de l’alimentation» chez les jeunes, qui achètent beaucoup plus d’aliments transformés que leurs aînés. Déstructuration accompagnée par les «nouveaux concepts repas», comme les pasta box et Cie…

Cela pourrait amener à une rébellion contre les impératifs écologiques et nutritionnels, voire à une montée de mouvements  «contre-tendance», profastfood ou antibio… L’anti-politiquement correct de la bouffe, en quelque sorte. Autre conséquence envisageable, diamétralement opposée, un essor du végétarianisme.

Multi-facettes
Au final, on voit apparaître «un consommateur à plusieurs facettes, moins prévisible et moins cohérent que par le passé». Nous allons donc vers un «éclatement des modèles» et une sorte de polyalimentation. Car la consommation alimentaire «comme la consommation dans son ensemble, est le résultat de tiraillements entre les aspirations (éthiques, écologiques, etc.) et les contraintes (budgétaires, de temps) des individus. Ceux-ci sont soumis aux injonctions contradictoires de l’industrie agroalimentaire à travers la publicité et le marketing, de l’État à travers les recommandations nutritionnelles, et des professionnels de santé».

Les profils alimentaires se multiplient et ne sont pas figés, car «l’alimentation est au croisement d’aspirations contradictoires». Ces consommateurs plus mystérieux et changeants sont donc qui des «nouveaux défis pour les politiques nutritionnelles et alimentaires qui se mettent en place»…

Photo: knives forks and spoons/ lizjones112 via FlickCC License by

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L’Union européenne fait le ménage dans les allégations de santé

Beaucoup de yaourts, biscuits ou encore boissons sont vendus avec des arguments marketing faisant appel aux bénéfices sur la santé. Ces produits sont censés renforcer les défenses naturelles de l’organisme, retarder le vieillissement de la peau ou favoriser le transit… Le Monde.fr explique que la Commission européenne a adopté une liste d’allégations de santé autorisées et interdites. De quoi y voir plus clair dans le bombardement de messages  parfois trompeurs?

A la demande d’associations de consommateurs, la Commission a donc passé au crible étiquettes, emballages et publicités présentant des messages pouvant prêter à confusion, pour répertorier les allégations «sur la base d’avis scientifiques solides». Ce processus a été lancé en 2008. Les Etats membres ont soumis une liste de 44 000 allégations, que la Commission a réduit à 4600. Toutes n’ont pas encore été examinées, l’examen se poursuit pour  plus de 2000 messages.

Au final, la liste comprend pour l’instant 222 allégations de santé qui seront autorisées dans les 27 pays de l’Union Européenne. Parallèlement, 1600 allégations ont été interdites.

Le site Quoi.info précise par exemple que Kinder va devoir changer l’argument de vente de ses barres chocolatées qui étaient censées aider les enfants à grandir… Pareil pour la boisson aux cranberries Ocean Spray, qui ne pourra plus se vanter de prévenir les infections urinaires.

Autre exemple, les professionnels de la filière laitière utilisent souvent l’argument selon lequel manger 3 produits laitiers par jour aide les enfants et les ados à rester minces. Pour les autorités européennes, l’expression «produits laitiers» est trop large pour que la formule soit recevable. Pareil pour l’Actimel de Danone, composé d’un ferment actif supposé protéger l’organisme. Les preuves de ce bienfait sont jugées pour l’instant insuffisantes.

Les fabricants utilisant des allégations interdites ont maintenant 6 mois pour changer les étiquettes et les pubs. Selon le Monde.fr, la Commission a précisé qu’ “à partir du début du mois de décembre, toutes les allégations qui ne sont pas autorisées ou à l’examen seront interdites”. Dans les pays membres, les autorités chargées de faire respecter la législation «pourront désormais s’appuyer sur une liste unique d’allégations, assorties des conditions de leur utilisation».

Photo: 果汁 超市/ Ben XU via FlickCC License by

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Les deux candidats et l’assiette des Français

Nicolas Sarkozy goûte des produits locaux d’une ferme d’Isserpent, dans le centre de la France, le 25 novembre 2010. REUTERS/Eric Feferberg

Où est l’alimentation dans la campagne et les programmes des deux candidats finalistes à l’élection présidentielle? Bien cachée, pour une thématique qui concerne la vie quotidienne de tous les français. Quels sont les engagements de François Hollande et Nicolas Sarkozy en matière de «bien manger» et de nutrition? Quelle place accordent-ils à la cuisine saine, au bio, à la prévention de l’obésité, à la qualité de la restauration collective, aux circuits courts?

Finalement, pendant cette campagne, un seul thème s’est rapproché de l’alimentation: la viande halal. Mais dans la bouche de Marine Le Pen, il s’agissait plus de parler d’immigration que de bouffe. Hors des détails personnels et des anecdotes de campagne (Hollande fait ses courses tout seul et aime acheter de la compote, Sarkozy a mangé du boudin à Bayonne…), l’alimentation n’a pas fait recette.

D’abord, examinons purement et simplement leurs programmes. Aucun des deux ne s’attarde vraiment sur le sujet. Parmi les propositions de Hollande, la 6ème concerne la défense de l’agriculture française et le soutien à la ruralité. Le candidat affirme là: “Je défendrai un budget européen ambitieux pour l’avenir de l’agriculture dans sa diversité, en particulier l’élevage, dans le cadre de la révision de la politique agricole commune. J’encouragerai la promotion de nouveaux modèles de production et de l’agriculture biologique. Je donnerai aux producteurs les moyens de s’organiser pour rééquilibrer les rapports de force au sein des filières face à la grande distribution.”

Chez Sarkozy, la section du programme intitulée “consolider le renouveau de notre agriculture” parle de “renforcer l’organisation des filières de transformation afin de permettre aux agriculteurs de peser dans la négociation de leurs prix face aux distributeurs”. Pas de précision sur une éventuelle répercussion des prix pour les consommateurs…

Prévention et éducation

Ni Hollande ni Sarkozy n’a pris le temps de répondre aux questions d’Alimentons 2012, qui lance un appel pour faire de l’alimentation une question politique de premier plan et non plus «un enjeu de spéculation commerciale et boursière». Par contre, ils ont bien voulu répondre à l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), qui a posé des questions à tous les candidats, pour éclairer leurs postures concernant l’alimentation et les industries concernées.

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Lutte contre l’obésité: des stratégies de prévention pas toujours efficaces

«Evitez de grignoter entre les repas», «évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré»… Nous sommes exposés à de nombreux messages censés raisonner nos choix alimentaires et lutter contre l’obésité, en réalité pas toujours utiles pour nous faire changer de comportement…
Jeudi dernier, le Fonds français pour l’alimentation et la santé organisait une conférence intitulée «Efficacité des campagnes de prévention de l’obésité: mesure des attitudes et comportements alimentaires». Carolina Werle, prof à l’Ecole de management de Grenoble, présentait ses dernières recherches en marketing social, discipline qui utilise les principes de base du marketing pour la promotion d’idées sociales, comme la lutte anti-tabac par exemple, ou en l’occurrence la prévention de l’obésité. L’objectif, c’est de «changer les comportements, et pas seulement les croyances».

Les campagnes de prévention de l’obésité semblent efficaces puisqu’il est prouvé que les gens mémorisent plutôt bien les messages. Mais il ne suffit pas de connaître les recommandations en vigueur pour les appliquer dans la vie de tous les jours… Carolina Werle s’est donc intéressée aux effets des campagnes de prévention sur les changements dans les choix alimentaires, sur la conséquence concrète en terme de comportement. Ses recherches ont été publiées dans Archives Of Pediatric & adolescent Medicine, Obesity, Appetite, Food Quality & Preference.

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La guerre du sucre est déclarée

«La guerre du sucre est déclarée: chronique d’une défaite annoncée», c’est le titre de la chronique de Jean-Didier Vincent publiée dans l’Express de mercredi dernier. Le professeur Vincent admet que le sucre est une bénédiction, une source d’énergie peu chère pour le corps, mais aussi une malédiction.

Parce que la culture de la canne à sucre a été associée à l’esclavage et aux spéculateurs de tous poils mais aussi parce que «le sucre tue»«l’excès de sucre dans l’alimentation est directement responsable des maladies constituant le syndrome métabolique. Celui-ci est composé d’un diabète résistant à l’insuline, d’une hypertension et de problèmes cardiovasculaires, ainsi que de taux élevés de graisses dans le sang et de stéatose hépatique».

Le chroniqueur précise que l’obésité, touchant plus de 300 millions d’individus, accompagne l’excès de sucre. «Malade de son alimentation, l’Occident exporte sous des emballages rutilants son diabète et ses maladies cardiovasculaires dans les pays en développement» ajoute-t-il. Et de citer un rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation dans la revue Nature de février 2012: «la nourriture inadéquate provoquerait 2,8 millions de décès, un nombre supérieur à celui des victimes de la faim. Contrairement à l’idée reçue, le véritable responsable de cette hécatombe est non pas tant l’excès de mauvaises graisses que le sucre».

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La République de la malbouffe, un régime pas très appétissant

 

« Opacité, obésité, précarité ». Ce serait la devise peu ragoûtante de la République de la malbouffe, dépeinte dans un film plutôt explosif sorti le 1er février : un documentaire qui chronique la bataille de Xavier Denamur – restaurateur dans le Marais à Paris et personnage très cinématographique – contre la malbouffe et le mépris de la restauration traditionnelle. Ses adversaires : les géants de l’agro-alimentaires et leurs amis politiques.

Xavier Denamur a choisi un combat significatif : la baisse de la TVA dans la restauration de 19,6 à 5,5 %, décidée par Nicolas Sarkozy en avril 2009.  Le tout sous la pression d’un « Club TVA », dirigé par Jacques Borel, personnage qui fait rire jaune autant qu’il écoeure.

Le réalisateur Jacques Goldstein s’attache à montrer que cette mesure est largement plus un cadeau accordé aux syndicats patronaux et aux chaînes de restauration rapide qu’une incitation à l’emploi. Et ce grâce à la puissance du lobby agro-alimentaire.

On constate que les prix n’ont pas baissé, et que les quelques embauches et augmentations de salaires sont une miette dans les 3 milliards d’euros par an que représente la baisse de la TVA dans la restauration. D’ailleurs, après la projection de mercredi, Xavier Denamur l’explique clairement : « j’ai financé ce film avec ce que j’ai gagné grâce à la baisse de la TVA ! ». En plus, de nombreux restaurateurs ont reçu un bulletin d’adhésion à l’UMP après la mise en place de la mesure…

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Agriculture bio: les semences de la désobéissance

La réglementation du commerce des semences favorise une agriculture productiviste et gorgée de pesticides. Inadaptée aux enjeux sanitaires et environnementaux, et de plus en plus restrictive, elle finira par pousser les paysans qui veulent «cultiver la biodiversité» à désobéir.

Mauvaise graine

Clé de voûte de l’agriculture, la semence est le tout premier maillon de la chaîne alimentaire. La contrôler, c’est régner sur l’ensemble de la filière agricole et pouvoir jongler avec les marchés de la fertilisation, des produits chimiques et des équipements. Les cadors de l’agroalimentaire l’ont bien compris. Et pour s’assurer que l’agriculture conventionnelle prospère, ils se sont dotés d’un outil imparable: la loi.

En France, seules les variétés inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés peuvent être échangées, gratuitement ou non, en vue de cultures commerciales. Géré par le Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences), le Catalogue a été créé en 1932 pour remettre de l’ordre sur ce marché alors désorganisé. Variétés différentes vendues sous le même nom ou variétés identiques aux appellations variables… Il était nécessaire de clarifier l’offre et d’assurer l’identité de la semence achetée par l’utilisateur.

Au fil des ans, le Catalogue est devenu une pomme de discorde entre les semenciers et les paysans non conventionnels. Pour ces derniers, il n’aurait servi qu’à évincer les variétés paysannes traditionnelles, inadaptées aux cultures intensives, à la mécanisation et aux pesticides. Freinant par ailleurs l’essor de l’agriculture biologique, dont les semences sont fréquemment éliminées par les critères DHS (distinction/homogénéité/stabilité), auxquels elles doivent répondre pour être inscrites et commercialisées légalement.

Selon Guy Kastler, membre de la Confédération paysanne, «une semence industrielle, homogène et stable, ne peut pas s’adapter aux différents territoires sans produits chimiques, contrairement aux semences paysannes, parfaites pour l’agriculture biologique». Pour le ministère de l’Agriculture, le problème ne vient pas des critères du Catalogue, mais du marché morcelé de l’agriculture bio, et des difficultés à rentabiliser son développement.

Gratin de pesticides

«Alors que la France possédait la plus forte diversité de fruits au monde il y a quelques décennies, seulement cinq variétés de pommes sont commercialisées dans l’Hexagone aujourd’hui. Celles qui résistaient naturellement aux aléas climatiques et aux insectes ont été éliminées. Pourtant fragile, la fameuse Golden a été imposée sur le marché. Réclamant une trentaine de pesticides par an, elle représentait une manne financière pour les grands groupes de l’agrochimie», dixit l’ingénieur agronome Claude Bourguignon dans le film de Coline Serreau Solutions locales pour un désordre global.

Gâteaux, produits à base de céréales, légumes et fruits frais ou en conserve… Les pesticides sont présents dans tout ce que nous mangeons, ou presque. Car le Catalogue compte essentiellement des semences «standardisées», destinées aux cultures conventionnelles.

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Tu ne veux pas être amputé? Diminue tes rations

Vous souhaitez éliminer les risques d’être amputé à cause d’un diabète de type 2? Réduisez vos rations de boissons. C’est le message délivré (en anglais et en espagnol) par la campagne publicitaire du Département de la santé de l’Etat de New York qui fustige l’augmentation de la taille des rations de soda et dénonce les conséquences désastreuses que cela peut avoir sur la santé des consommateurs.

Dans le métro new-yorkais, les voyageurs peuvent voir une affiche montrant un homme amputé d’une jambe à cause d’une consommation excessive de boissons sucrées. Cette campagne baptisée «Cut your Risk» avec le slogan «Réduisez vos rations. Réduisez vos risques» s’inscrit dans la lutte contre l’obésité que mène depuis plusieurs années le Département de la santé. Elle dénonce les tailles XXL des rations de nourriture ou de boisson qui sont généralement servies à New York.

«Les rations ont augmenté. La même chose s’est produite avec le diabète de type 2, qui peut entraîner des amputations», titre la publicité. Sur d’autres visuels, on trouve des messages similaires d’avertissement concernant la consommation de grandes barquettes de frites ou de gros hamburgers.

D’autant plus que «les portions proposées sont largement supérieures aux besoins humains», rappelle le commissaire à la santé de New York, Thomas Farley. En effet, un seul menu proposé par des chaîne de restaurant peut satisfaire les besoins énergétiques d’une personne pour la journée entière. Il signale également que ce genre de campagne choc est le seul moyen de sensibiliser la population sur les risques encourus lorsqu’on néglige son alimentation.

Bien que la ville ait fait des progrès dans la lutte contre l’obésité, les chiffres restent inquiétants. La majorité des adultes new-yorkais (57%) et deux enfants sur cinq à l’école élémentaire sont en surpoids ou sont obèses, explique le communiqué de presse. Les conséquences sur la santé sont désastreuses, allant de l’hypertension au diabète de type 2. Ce dernier peut conduire à la cécité, à l’insuffisance rénale voire à l’amputation. En 2006, près de 3.000 New-Yorkais atteints de diabète de type 2 ont été hospitalisés pour des amputations.

Selon ses données, la taille des boissons a été multipliée par 4 depuis cinq décennies et la ration de certains aliments comme les frites a presque triplé.

De leur côté, les producteurs de boissons se sont insurgés contre cette campagne et ont affirmé que la publicité donnait une «fausse image» des boissons gazeuses, rapporte El Mundo.

Photo: la campagne, en espagnol.

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Nutrition et surpoids chez les adolescents: Hors de Dukan, le salut?

Il n’y aura pas d’option minceur au bac. Le ministère de l’Education a rejeté l’étrange proposition du nutritionniste Pierre Dukan, qui voulait que les élèves ayant choisi une option «poids d’équilibre» se voient attribuer des points en plus s’ils réussissaient à conserver un IMC (le poids divisé par la taille en cm au carré) entre 18 et 25 de la seconde à la terminale.

La star du régime avait pourtant tout prévu, proposant dans sa Lettre ouverte au futur président de la République six pesées (!) et six heures de formation à la «nutrition opérationnelle, la cuisine et l’activité physique» sur les trois ans du lycée.

Et pour «éviter toute discrimination», «une progression constante vers le poids d’équilibre (100g par trimestre)» permettrait de gagner des points même à ceux qui ne sont pas dans le sacré Graal de l’IMC entre 18 et 25.

Mais discrimination il y a dans la proposition de Dukan, a répondu le ministère de l’Education, qui estime qu’il fait «de la discrimination physique sans le savoir» et conclut:

«Les problèmes de santé des adolescents sont suffisamment graves et préoccupants pour ne pas être pris à la légère. Le bac non plus. C’est un examen des savoirs et des connaissances, pas un examen de santé!»

Halte au terrorisme pondéral

Le ministère de l’Education n’est pas le seul à juger sévèrement les propositions du nutritionniste. Le docteur Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille et à la tête du groupe de travail de l’Anses qui a publié un rapport sévère sur les régimes –dont celui de Pierre Dukan–, qualifie la dernière sortie de Dukan de «terrorisme pondéral» inquiétant:

«Manifestement ça créerait une discrimination, puisque tous les problèmes de poids ne sont pas liés de façon univoque à un manque de volonté de la part des jeunes.»

Le surpoids et l’obésité, qui sont un réel problème de santé publique notamment chez les jeunes, sont influencés par des facteurs génétiques, sociaux, culturels, économiques, psychologiques, explique le médecin; loin de lui l’idée d’écarter la nécessité d’y trouver une solution mais il refuse la solution miraculoso-simpliste de Dukan:

«Avancer qu’il suffirait de pénaliser ou encourager par quelque chose qui donnerait des points en plus à une épreuve scolaire, c’est tout à fait dramatique.»

Pour Jean-Michel Lecerf, c’est là une obsession sur le poids qui est «terrifiante» parce qu’elle sort complètement du rôle du médecin, «encourage l’uniformisation du poids, stigmatise encore un petit peu plus les gros, et considère que l’idéal minceur est un idéal de vie qui justifie toutes les mesures».

Tout n’est pas à jeter dans l’IMC

L’Indice de Masse Corporelle n’est pas sans ses mérites (c’est son utilisation à la hussarde qui pose problème), il reste LA donnée statistique qui permet aux chercheurs de faire des enquêtes épidémiologiques sur les populations, de pouvoir dire si leur corpulence augmente ou diminue, de comparer les pays entre eux, d’avoir une idée de la proportion de gens en surpoids ou obèses, etc.

Les chercheurs ont pu également observer qu’à partir d’un certain seuil, statistiquement, les risques pour la santé augmentaient ou diminuaient.

Simplement, explique le professeur Bernard Guy-Grand, ancien chef du service nutrition de l’Hôtel Dieu, cette donnée n’a «pas de valeur prévisionnelle à un échelon individuel»: avoir un IMC de 30 (début du seuil de l’obésité) ne veut pas dire que vous allez mourir demain. «On a fixé des seuils fondés sur le risque statistique, mais pour un même IMC tout le monde n’a pas le même risque» d’avoir des problèmes de santé (comme le montrait notamment l’exemple du jeune qui fait du sport et pèse lourd à cause de sa masse musculaire, pas sa masse graisseuse).

«C’est une interprétation médicale physiologique et socio-pathologique complexe, conclut Jean-Michel Lecerf, il ne faut pas le mettre en pâture auprès du grand public en disant soyez entre 18 et 25. C’est comme si on disait, il faut que tous les grands soient moins grands et que tous les petits soient plus grands.»

Les obèses aussi ont un «poids d’équilibre»

S’attacher à l’IMC comme l’alpha et l’oméga de la diététique n’est pas la seule erreur de Dukan. Nommer sa proposition l’option «poids d’équilibre» ne fait pas plus de sens: «Le poids d’équilibre est variable avec les individus», explique Bernard Guy-Grand:

«On peut être à son poids d’équilibre en étant obèse ou mince. C’est un poids stable où on ne prend plus et on ne perd plus de kilos.»

En clair, le poids d’équilibre n’est pas superposable au poids standard d’une population.

Alors que faire pour les jeunes?

Dans son interview au Parisien, Pierre Dukan estimait que sa proposition serait «un bon moyen de sensibiliser les ados à l’équilibre alimentaire» ou d’«éduquer les jeunes à la nutrition».

Si on considère son idée aussi simpliste qu’outrancière, on n’écarte pas pour autant le problème des jeunes obèses ou en surpoids dangereux pour leur santé.

Comme le ministère de l’Education, qui dans sa réponse précisait n’avoir pas attendu le nutritionniste pour «mettre en œuvre un plan santé-bien-être et sport à l’école», Jean-Michel Lecerf note que plusieurs programmes (dont un qui encourage l’activité sportive à l’école, ou les nouvelles directives sur la nourriture à la cantine) sont déjà en œuvre pour tenter d’améliorer la nutrition chez les jeunes.

Son équipe travaille beaucoup sur l’éducation sensorielle (élargir l’horizon alimentaire des enfants, leur donner envie de manger des aliments qu’ils ne connaissent pas…): il a par exemple fait une étude chez des 10-12 ans qui a montré une amélioration dans leur désir de goûter des aliments nouveaux, mais sans modification de leur comportement alimentaire. Il veut désormais refaire l’expérience avec des 8-10 ans, et en y incluant les parents.

Le professeur Bernard-Guy Grand veut quant à lui rappeler que «l’éducation n’est qu’un seul des éléments» pour agir sur le surpoids, et la façon de manger, des Français. «On peut savoir, mais ne pas faire» dit-il, prenant comme exemple le slogan des Cinq fruits et légumes par jour que tout le monde connaît sans l’appliquer.

«Ça ne sert à rien de dire aux gens de manger des légumes si le prix est tel qu’une partie de la population ne peut pas le faire. Ce n’est pas la peine de dire de faire du sport à des gens qui ont trois heures de transport par jour et arrivent épuisés.»

Cécile Dehesdin

Photo: Lose weight now / alancleaver_2000 via FlickCC License by

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L’UE interdit d’affirmer que l’eau empêche la déshydratation


Après trois ans d’étude, l’agence européenne en charge des standards alimentaires a interdit aux fabriquants de bouteilles d’eau d’afficher sur leur produit une étiquette affirmant que «la consommation régulière de quantités significatives d’eau peut réduire le risque de développement d’une déshydratation et une diminution concomitante des performances».

«L’UE maboul dit que vous ne POUVEZ PAS affirmer que boire de l’eau arrête la déshydratation», titre en s’énervant le Daily Mail, «L’UE dit que l’eau n’est pas saine», titre carrément le Sunday Express, tandis qu’un membre du parlement anglais conservateur s’indigne:

«L’euro est en train de brûler, l’Union Européenne est en train d’éclater et pourtant, voilà ce qu’ils font: des responsables très bien payés s’inquiètent à propos des qualités évidentes de l’eau et essayent de nous enlever le droit de dire ce qui est clairement vrai.»

Sur son blog scientifique du Guardian, Martin Robbins calme tout ce beau monde et donne un peu de perspective sur cette polémique qui ne devrait probablement pas en être une: les seuls députés interviewés sont des eurosceptiques, les professeurs interviewés sont ceux qui ont soumis le cas de l’eau et de la déshydratation [PDF] à l’agence européenne en charge des standards alimentaires (EFSA), deux scientifiques allemands qui conseillent l’industrie agro-alimentaire sur sa publicité et qui ont soumis ce cas pour tester les lois européennes sur les allégations de santé des aliments.

Mais Martin Robbins explique que boire de l’eau n’empêche pas la déshydratation:

«Si je bois une bouteille d’eau en courant dans un désert sous un soleil brûlant, je serai quand même déshydraté, et si je bois plusieurs bouteilles d’eau aujourd’hui, ça ne m’empêchera pas d’être déshydraté demain. La clé c’est de boire suffisamment d’eau quand on en a besoin, et aucune bouteille d’eau ne permet ça sauf si vous l’avez en perfusion.»

D’autant que la déshydratation n’est pas synonyme de manque d’eau ou de soif, et que d’autres éléments entrent en compte, comme les électrolytes.

Surtout, rappelle Robbins, la décision de l’EFSA ne concerne que ce cas très particulier, et n’interdit absolument pas de dire que l’eau est bonne pour la santé ou aide à rester hydraté.

Photo: Water bottle in the Airport/ Leo Newball Jr. via Flickr CC License By

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