Le style patine

Oksana Domnina and Maxim Shabalin

Oksana Domnina et Maxim Shabalin

Photo Grigory Dukor/Reuters

Anti-mode, kitsch, clinquant, le costume du patinage artistique a des codes particulièrement brillants renforcés par le choix de couleurs flamboyantes. Au rayon des fêtes et attrapes virevoltent ces costumes tapageurs sous les glaces de la rampe.

Un costume

Pas simplement anecdotique, la tenue influence la perception de la performance des patineurs.Après une ère de sobriété sportive jusque dans les années 60 est arrivé ensuite le bling bling avec l’éclat des paillettes étincelant sur la glace : tenue de soirée pour carnaval de Rio.Le règlement précise, mais dans un flou artistique de subjectivité, que « le vêtement doit être  modeste, digne et approprié pour une compétition… Il ne doit être ni voyant ni théâtral, mais peut refléter la musique choisie. » Un tempo disco peut ainsi impliquer une surcharge de paillettes… Demeure une certaine latitude qui incite à opter pour des tenues à caractère décoratif, mais en évitant les excès théâtraux d’il y a quelques années. Si les costumes originaux suscitent l’enthousiasme des spectateurs, ils se heurtent à la réticence du jury qui refuse de voir son attention cannibalisée par le vêtement. Le jury a d’ailleurs la possibilité de pénaliser en arguant de l’allure sportive et du bon goût (vaste programme !).

Toujours extensibles (Saint Lycra veille sur les patineurs) les tissus empêchent que le costume ne fasse des plis inélégants.

Une clause concernant les accessoires inappropriés permet aussi de défalquer un point de la note. En principe les décorations doivent être inamovibles, faire corps avec le costume, d’où la prolifération de frangouilles qui pendouillent. Les colliers semblent tolérés à Vancouver alors que la présence annoncée d’un bracelet souvenir porté par l’australienne Cheltzie Lee a suscité un embryon de polémique.

Elle

Le costume de patineuse a des codes assez définis. La longueur de la partie jupe de dos devrait couvrir les fesses tandis que la partie de devant ne devrait pas dépasser plus de la moitié de la cuisse. Mais si la silhouette au féminin est plus courte dans le programme court, elle peut être plus longue pour le libre. Si la jupette est aujourd’hui quasi incontournable, elle ne fut adoptée que dans les années 30, popularisée par la norvégienne Sonja Henie. Dans les années 60 avec Peggy Fleming, la tenue est sobre et élégante, en phase également  avec la mode de l’époque qui vire au mini.

En matière de peau, les effets de tissus chair doivent être mesurés et ne doivent pas suggérer une nudité excessive. De nombreux costumes jouent beaucoup sur cette esquisse d’un corps qui se dévoile faussement et pudiquement.

Le port du pantalon est autorisé depuis la saison 2005-2006. Là, le costume de patineuse a une longueur d’avance sur la législation française toujours en vigueur qui indique que « toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation… ”

Classique, la « jupe de patineuse », courte, évasée et froncée à la taille a aussi droit de cité dans les garde-robes.

Alaïa a créé une magnifique silhouette de jupes et de robes qui fait songer aux patineuses. Cette jupe de patineuse sera sans doute « tendance » l’hiver prochain.

Lui

Au masculin, le port des collants est interdit chez les hommes (ne pas mouler de façon excessive les formes du corps !) et le pantalon doit être long. Les costumes sans manches sont maintenant permis. Si le costume noir a une certaine élégance, l’option petit gilet, parfois strassé, transforme vite la silhouette en garçon de café. Dans le programme court à Vancouver la plupart des patineurs étaient en noir, mais avec des paillettes ou des broderies même rouges (le Japonais Daisuke Takahashi). L’Américain Evan Lisacek (médaille d’or) avait travaillé le noir dans un style un peu troubadour et avait ajouté des plumes à ses mains à demi gantées.

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Evan Lysacek

Photo David Gray/Reuters

Eux

Les duos en couleurs se répondent avec les mêmes codes écrits au féminin et au masculin pour symboliser leur unisson (qui se retrouve dans les règles du patinage où ils ne doivent pas trop se séparer). La plupart du temps, les costumes masculins sont dans un registre de plus de sobriété et d’élégance où figure un noir majeur qui se coordonne dans les détails aux codes couleurs de la tenue de sa partenaire.

Des paillettes au costume

La plupart du temps, les paillettes sont présentes, elles signifient l’apparat, mais au final, ce décorum peut sembler excessif. De la tenue de soirée au costume, il n’y a qu’un pas qu’ont franchi de nombreux patineurs. Philippe Candeloro en est le chantre. Il s’est fait remarquer par ses choix d’avatars. Il mit en scène Le parrain aux jeux olympiques de 1994 et le style mousquetaire (D’Artagnan) en 1998. Il s’essaya aussi à Conan Le barbare, Lucky Luke ou même Napoléon. Brian Joubert, nouvelle star du patinage français, a proposé une réinterprétation de James Bond avec une main revolver. Son personnage d’espion n’a pas froid aux yeux avec ses tenues noir smoking où figure parfois un 007 brodé.

Au féminin, les tenues sont souvent plus colorées voire bariolées. Surya Bonaly a souvent privilégié des costumes haut en couleurs, n’hésitant pas à opter pour des imprimés panthère rugissants, étonnants dans la jungle du patinage.

Oksana Domnina et Maxim Shabalin, duo de patineurs russes, ont mis au point une danse tribale adaptée à un costume inspiré de la culture aborigène. Un résultat ethnique étonnant mêlant impression de tatouages et végétaux chlorophylle. Pas du goût du gouvernement australien (l’ethnique est probablement politiquement incorrect), le costume s’est néanmoins affiché à Vancouver dans une version “allégée” (moins d’éléments décoratifs, un ton plus clair)  mais toujours très mal perçue. Heureusement que les sex shops n’ont pas protesté quand le duo a osé le vinyle ou encore la protection des mineurs quand, sous l’uniforme d’écolière, s’affichaient coquinement culotte blanche et socquettes.

Un poil de fourrure

Quand dans les années 30 Sonja Hennie a popularisé la jupe courte, elle la portait souvent ourlée d’une bande de fourrure (sans oublier les manches et le col). Une origine scandinave et l’appartenance à une famille de fourreurs ont ainsi joué un rôle majeur dans l’histoire du costume des patineuses au XXème siècle !

Dans les années 60 la fourrure est encore un peu présente même si Peggy Fleming opte pour la simplicité. Quand en 1968 elle obtient la médaille d’or à Grenoble, la médaille de bronze revient à Hana Maskova dont la jupe est ourlée de fourrure.

Mais aujourd’hui la fourrure, la vraie, a de nombreux détracteurs qui souvent manifestent au moment des défilés de couture. Plusieurs patineuses ont pris fait et cause pour PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) dont Surya Bonaly qui a mené une campagne façon bébé phoque :  Pas de violence sur la glace.

Pour Vancouver, le patineur américain Johnny Weir a reçu des menaces et s’est senti obligé de renoncer au port de vraie fourrure sur son costume, elle sera remplacée par de la fausse. Mais il précise : « Je ne change pas pour plaire aux activistes, mais pour protéger l’intégrité des jeux olympiques » ou encore : « Je ne veux pas que quelque chose d’aussi idiot qu’un costume nuise à mes chances de médaille… ».

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Johnny Weir

Photo John Gress/Reuters

Oui, le costume peut avoir quelque chose d’idiot dans ce qu’il évoque, dans ce qu’il suggère. Mais il joue un rôle capital dans la perception de ce qui est, au patinage, aussi un spectacle. Entre technique et « show », il y a deux mondes qui ne s’entendent pas parfaitement. Ainsi est née une idée qui fera peut-être son chemin : avoir deux compétitions différentes (Philippe Candeloro, commentateur à Vancouver, soutient cette voie et déplore la prépondérance de la seule technique). Cette option laisserait peut-être plus de champ à la créativité, mais on aimerait voir les costumes un peu dépoussiérés de leur bling bling démodé et caricatural et que les paillettes restent au vestiaire.

Et pourquoi pas des créations de mode au service du patinage ?

2 commentaires pour “Le style patine”

  1. interessant !

  2. Beaucoup d’informations

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