Mc Queen is dead… Vive sa mode

mcqueen

Diplômé de l’école Saint Martin’s de Londres en 1992, Alexander Mc Queen est très vite devenu un nom majeur de la scène londonienne de la «jeune» génération. Il disparaît aujourd’hui à 40 ans à la veille de la présentation à Paris de sa collection automne-hiver 2010.

Qualifié à ses débuts de «bad boy» de la mode (comment oublier sa silhouette de dos avec son pantalon très très taille basse dégringolant sur les fesses, ce bumster qu’à ses débuts il affectionnait tant!). Son allure un peu provoc en fin de défilé, son port du kilt, ses éclats de diamants aux oreilles n’ont été qu’un jeu d’apparence qui l’a amusé et puis il s’est assagi, a reçu le titre de Commander of the British Empire et s’est même mis au costume.

C’est ce costume qui lui a donné les rudiments de son art puisqu’il a appris le métier à Savile Row, le quartier des tailleurs de Londres où le sur-mesure est encore de mise. La légende raconte qu’il cousait dans les costumes qui passaient par ses mains «Mc Queen was there», un de ces tags aurait même été posé dans un vêtement du prince Charles! Se sont succédés des apprentissages variés auprès de Roméo Gigli, Koji Tatsuno… et un diplôme à Saint Martin’s en 1992.

Dès le début ses collections ont été signées d’une maîtrise de la coupe absolue. Son univers personnel s’est créé avec fantaisie dans un style souvent baroque, exubérant voire extravagant, nouant des fils d’inspiration venant de l’histoire, de l’art (dans mes archives sommeille un merveilleux manteau vert au motif de peinture Renaissance)…

La vraie richesse d’Alexander Mc Queen (né Lee et fils de chauffeur de taxi) est un immense talent. Il a beaucoup contribué à relancer la mode en Grande-Bretagne par ses défilés souvent fantasques, mais aussi de purs moments de poésie. Le podium s’est une fois terminé par une pièce d’eau que ses mannequins entravés dans des silhouettes complexes (cadres de bois?) traversaient lentement. Un défilé magnifique s’est terminé en «action painting» avec un robot jetant des taches de peinture sur une robe virginale; un final vertigineux, époustouflant. S’il a aussi fait défiler Aimee Mullins, un mannequin aux jambes amputées portant des prothèses de bois sculptées, ce n’était pas par provocation, mais pour mieux découvrir la beauté partout sans frontières, sans a priori, loin du politiquement correct. Björk a souvent était habillée par Mc Queen (la pochette d’Homogenic) et de mémorables séances photos avec Nick Knight ont immortalisé la chanteuse en vêtements d’inspiration japonaise.

A partir de 1996, le créateur fut aussi en charge de Givenchy pendant quelques saisons (je me souviens de lui embarquant dans l’Eurostar avec des sacs remplis de livres d’art qu’il décrivait avec gourmandise comme des sources d’inspiration précieuses). Des fortunes diverses saluèrent ses collections, mais j’épinglerai une superbe couture extravagante et animalière.

Le créateur a eu aussi l’occasion d’avoir des parfums à son nom, le premier s’appelait Kingdom et le second My Queen, étoiles filantes d’un marché encombré, mais beau souvenir de la reine impériale, superbement habillée par Mc Queen.

Soutenu par l’excentrique Isabella Blow (suicidée il y a 3 ans), Alexander Mc Queen est devenu un grand nom de la mode et a pu développer sa griffe après son rachat par le groupe Gucci en 2000.

Depuis que le créateur présentait à Paris, c’était un des défilés les plus courus de la saison parce que le style était toujours intéressant et que la présentation était un vrai show (une belle façon de communiquer quand on n’est pas trop «annonceur»). Un défilé façon «On achève bien les chevaux», un travail sur les hologrammes, un autre où les mannequins se déplaçaient comme dans un jeu d’échecs sont autant de moment d’exception d’une belle carrière. Sans oublier l’hommage au style de Kim Novak, la belle héroïne hitchcockienne à qui il dédia un sac: le Novak.

Nommé quatre fois Créateur britannique de l’année en moins de dix ans, Alexander Mc Queen va manquer à la mode.

Il écrivait, paraît-il, sur twitter (très affecté par le décès de sa mère) «life must go on».

Too bad !

5 commentaires pour “Mc Queen is dead… Vive sa mode”

  1. La mort est la seule chose qui reste toujours à la mode, alors essaies enfin de bien dormir, camarade.

  2. Très bel hommage…McQueen était un grand artiste et il manquera beaucoup au monde, pas seulement de la mode et de l’art…

  3. je lui avais fait un pot au feu, il y a quinze ans. Il découvrait les os à moelle. Alex vient de faire un choix. On lui en veut sacrément. Mais les limites qu’il a franchies époustouflent et effareront encore. Ce n’est pas fini, et elle est bien, cette persistance rétinienne. RIP me mate !

  4. Merci pour ce tres bel hommage et pour ce blog qui fait la mode!

  5. […] Schilling (plume acérée bien connue des services de la mode et du journalisme associé), sur L’Anti Blogue, elle, sait nourrir de chair et de sensibilité et de fougue le déroulé d’une vie […]

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