Personnalités versus Personnes

blushmore1

L’exposition Dysfashional et plus récemment les vitrines de Colette ont montré le Mount Blushmore. Petite visite guidée d’un haut lieu de mode parodique où les effigies de Washington, Jefferson, Roosevelt et Lincoln sculptées dans la pierre ont été remplacées par quatre icônes fashion. Le tourisme façon carte postale rend un hommage kitsch (écriture de LED sur verre par Cyril Duval, Item Idem) à quatre incontournables de la mode que nul ne peut aujourd’hui ignorer : Karl Lagerfeld, Anna Wintour, John Galliano et Donatella Versace (il y a encore six ans Tom Ford aurait sans doute figuré dans le quatuor). Si ce choix mélange curieusement sur un même plan création, stylisme et presse, il privilégie des personnages médiatiques, (re)connus par la culture pop(ulaire) plus pour leur image personnelle que par leurs créations. Les arbres ont caché la forêt.

A l’opposé se découvre aujourd’hui au Grand Palais une forêt d’anonymes, héros de l’installation Monumenta 2010, Personnes de Christian Boltanski. Mot d’étymologie étrusque, victime puis masque en passant par le subterfuge d’Ulysse, Personne en anglais souligne la négation du corps (no body). Omniprésents, les vêtements chez Boltanski figurent les humains en trace fantôme tandis que son exposition souligne absence et mort. Dans la grande nef, un amoncellement pyramidal est mis en action avec une grue qui prend et rejette au hasard les pièces d’une gigantesque garde-robe façon déchetterie. Epars, rangés dans un désordre ordonné, des centaines de vêtements colorés, chiffonnés, fripés, négligés trament le parcours. L’obsessionnelle de mode que je suis n’a pu s’empêcher de traquer la pièce signée, griffée et est tombée sur un gilet Dolce & Gabbana égaré dans la foule des anonymes.

Des paillettes de la mode aux fripes usagées, les vêtements trament la vie humaine, finissent en bûcher des vanités (même si ceux de Personnes seront recyclés).

MONUMENTA8bis

Les commentaires sont fermés !

« »