Les idées gâchées de la Famille Katz

Katz

J’attends avec une curiosité particulière les nouveautés de France 2. Si la première chaîne publique parvient à trouver son ton, à prendre un peu de risques, à surprendre, à donner ses lettres de noblesse à un divertissement de qualité – ce qu’elle fait avec Fais pas ci, fais pas ça, par exemple – alors ma foi en un futur sériel plus lumineux pour le paf se renforcera. Elle lance ce soir La Famille Katz, sa nouvelle comédie dramatique. Et voilà ce que j’en pense…

La Famille Katz, comme son titre l’indique, suit les remous familiaux, sentimentaux, professionnels et existentiels d’une famille juive, les Katz, proprio d’une boîte d’équipement de sécurité – alarmes et consorts. On la découvre au moment où Samuel, le père, trépasse dans les bras d’une prostituée, faisant sortir du bois une épouse cachée et une fille étrangère. Comme c’est déjà bien le bordel dans la fratrie, que le grand-père perd la boule, que la fille refuse de grandir, que le fils se noie dans le boulot, que la femme du fils est maniaque et rigide, que… bref, c’est le bordel.

Le bordel, sur le papier, c’est sympa. Sauf quand c’est juste le bordel. Et c’est un des gros soucis de La Famille Katz, qui part dans tous les sens, et imagine assez de personnages et de lignes narratives pour tenir 5 saisons de 13 épisodes, quand elle n’en a que 6 pour une saison. Le babka est un peu bourratif, et ceux qui doivent nous le servir s’agitent dans tous les sens sans parvenir à vraiment nous toucher ou nous faire rire.

Et pourtant, ses ingrédients ne sont pas si écœurants.

Je discutais avec la créatrice de la série, une jeune trentenaire, Thalia Rebinsky, lors du dernier Festival de la Fiction de la Rochelle. Un de ses modèles, me disait-elle, c’est Six Feet Under – même si elle n’a jamais prétendu faire un Six Feet Under français. Autrement dit, un drame humain fort, profond, avec une dose d’humour subtile. Après un pilote plus proche de la grosse comédie française des années 80, plein de rebondissements, de cadavres et d’ex femmes qui sortent des placards, La Famille Katz devait devenir plus sombre, plus émouvante.

De fait, il y a dans les épisodes suivants des choses intéressantes. La folie joyeuse du grand-père, le petit garçon gros qui refuse (un temps) de parler, quelques beaux sentiments, quelques expressions émouvantes de l’incapacité d’aimer ou d’être aimé, et un gentil sens du politiquement incorrect qui ne choquera que ceux qui sont habitués aux productions françaises grand public – mais ça ne fait jamais de mal.

Malheureusement, tout ça est noyé par des vagues d’événements submergeantes, malmené par le flot incessant d’intrigues, et une envie de « folie » qui peine à nous laisser… submerger par l’émotion. Quand émotions il y a, elles sont massacrées par une bande-son intenable, criarde et assommante, qui compromet (voire ruine complètement) toutes les bonnes répliques et les beaux moments, empêche La Famille Katz d’atteindre son but – nous toucher et rendre ses héros attachants, émouvants et drôles.

L’idée originale est là, le sous-texte et les thématiques sont là, mais leur exécution fait de La Famille Katz une nouvelle tentative manquée de France 2.

La Famille Katz, le mercredi à 20h45 sur France 2.

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