5 bonnes raisons de regarder Borgen

Il va falloir être efficace. Dans 2 heures, ce post sera légèrement « old », comme on dit. Alors, avant qu’il ne soit trop tard, je me fends d’un petit post pour vous pousser, fort, dans le dos, pour vous tirer par les pieds s’il le faut, et vous inciter à aller regarder la saison 2 de Borgen, qui débute ce soir à 20h50 sur Arte. J’insiste, même si les médias français, tous en cœur, ont chanté en ce jeudi les louanges de cette formidable série danoise, une de ces séries qui font tellement de bien à notre intelligence, et dont on s’empresse d’oublier les rares défauts tant elle flatte notre plaisir sériephile. Le temps pour moi de vous rappeler que Borgen suit le quotidien (intime et public) mouvementé de Birgitte Nyborg, la Première ministre danoise, de Kasper, son « spin-doctor », de Katrine, une journaliste politique, et d’autres personnages secondaires qui gravitent autour d’eux, et je vous invite donc chaudement à allumer votre télé sur Arte ce soir, parce que…

Parce que Borgen provoque ce frisson démocratique que seule The West Wing avait su provoquer par le passé.
Evidemment, il faut avoir une prédisposition pour la chose publique, être du genre à s’intéresser aux débats d’idées et aux affaires diplomatiques, mais si le mot « politique » ne vous fait pas fuir, Borgen vous passionnera forcément. Sans oser aller aussi loin dans les considérations techniques qu’A la Maison Blanche, elle sait rendre compréhensible des questions complexes, économiques et sociétales, et faire de leur discussion des moments dramatiques captivants. Mieux, quand ses héros prennent la parole, s’emportent, quand on sent dans leur regard leur passion, on vibre au son des idées, des convictions, des idéaux – une sensation unique, qui nous comble intellectuellement et émotionnellement.

Parce que Borgen est universelle.
Ses auteurs et ses comédiens ont beau s’étonner que plus de 60 pays s’enthousiasment pour une série qu’ils pensent très danoise – le système gouvernemental du pays étant il est vrai spécifique – Borgen a un talent bluffant pour rebondir sur des questions d’actualité tout à fait valables chez nous ou dans les autres grandes démocraties occidentales : la place de l’écologie en temps de crise, la présence des troupes en Afghanistan, les réformes du système de santé, l’immigration, les intérêts économiques dans les pays d’Afrique en guerre, la montée de l’extrême droite… Comme dans The West Wing, le système est différent, ses rouages ne sont pas forcément les mêmes, mais les idées et les problématiques nous concernent aussi. Ce qui explique, en partie, le succès de la série à travers le monde.

Parce que la politique, la communication et le journalisme, c’est un vrai thriller.
Birgitte Nyborg va-t-elle réussir à faire passer sa nouvelle loi sur le système de santé ? L’opposition va-t-elle lui mettre des bâtons dans les roues ? A moins que ce ne soit ses alliés du parti travailliste ? Katrine va-t-elle trouver l’origine des photos mettant en scène dans une posture compromettante un homme politique de premier plan ? Kasper pourra-t-il gérer une erreur de communication ? Le suspense est omniprésent dans la série, en équilibre parfait avec l’émotion provoquée par les questions intimes (voir paragraphe suivant) et l’excitation des questions politiques (voir premier paragraphe). Quand, en fin de saison, Birgitte tente de jouer les médiatrices entre les deux moitiés d’un pays africain en guerre, on entre carrément dans le thriller, avec rebondissements en série. Du vrai, du bon divertissement.

Parce que Birgitte, Katrine, Kasper, Hanne et les autres sont touchants.
Une bonne série, c’est d’abord de bons personnages. Si je devais me faire tatouer un truc professionnel sur la fesse gauche, ce serait ça. Les scénaristes de Borgen ne l’ont pas oublié, et il y a là au moins une demi-douzaine de héros formidablement dessinés, attachants. Birgitte, bien entendu, femme de caractère, passionnée, belle, forte mais fragile, emportée par sa charge, incapable de trouver le bon équilibre avec sa vie intime (remarquable Sidse Babett Knudsen), Kasper, son spin-doctor aux larges épaules, qui semble refuser de se poser sentimentalement, et dont on découvre le terrible passé dans cette saison 2 (excellent Pilou Asbaek, cousin barbu et danois de Joshua Jackson), Katrine, la journaliste star travaillée par sa déontologie (ok, je suis amoureux de Birgitte Sørensen, qui incarne ici une sorte de fantasme du journaliste)… mais aussi Hanne Holm, journaliste en fin de carrière, alcolo mais qui possède toujours le feu sacré, Bent, le mentor de Birgitte, vieil homme captivant, figure du sage, Amir, le ministre de l’environnement… Oui, Borgen a ce qu’il faut de bons personnages pour tenir la route !

Parce que la VF de Borgen est bonne !
Vous ne me verrez pas écrire ça souvent, mais la VF de cette série est excellente. Je la regarde depuis le début dans la langue de Molière, après pourtant avoir écouté l’original, et je n’en souffre pas. Evidemment, on perd un peu d’exotisme, mais les voix sont justes, les textes précis, le boulot indéniablement soigné. Voyez dans le dernier Télérama, un petit papier revient sur cette VF. Comme Arte propose la VM, qui peut se plaindre ?

Borgen, saison 2, 20h45 (pour ne pas rater le début) sur Arte, le jeudi soir.

Un commentaire pour “5 bonnes raisons de regarder Borgen”

  1. Pierre,

    Je n’ai pas vu cette deuxième saison, mais je ne peux qu’abonder dans ton sens tant la première m’avait enthousiasmée. Je me suis fendue d’un post analyse/bilan de la première saison sur mon blog. Il est vrai qu’étant femme, journaliste et passionnée de politique, je suis la cible toute désignée. Je me suis prise d’amitié pour Birgit et Katrine, pour les idéaux qu’elles défendent et la fraîcheur qu’elles apportent à leurs fonctions respectives. Et tu as raison à propos de la VF : d’ordinaire je la supporte pas, mais là c’est un bonheur tellement les dialogues sont bien écrits. Bref, j’ai hâte de me plonger dans cette suite et conseille à tout le monde de s’y mettre !

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Le Mag Séries

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Journaliste spécialiste des séries télévisées, je collabore avec Télérama, Le Mouv', Le Mag Séries et L'Optimum.



Crédit photo : Christophe Abramowitcz, Radio France

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