ONG environnementales : associations de malfaiteurs ?

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Entreprises et organisations environnementales se retrouvent souvent dans une opposition manichéenne. Le bras armé du marché total contre le courage d’une société civile qui agit par le nombre est une de ces fables qui agitent l’imagination. Pourtant, tout n’est pas si rose dans le monde associatif, et notamment parmi les associations écologistes. La légitimité qu’elles tirent de leur combat désintéressé n’est pas nécessairement fondée.

Le 24 juin 2013, Canal+ diffusait un numéro de Special Investigation intitulé « Charity business : les dérives de l’humanitaire » dénonçant les dérives d’associations humanitaires ayant fait de la solidarité un véritable marché à conquérir, avec les arnaques que cela comporte. Parallèlement, le gouvernement, sur la question de la transition énergétique, est complètement inaudible. La lenteur du débat inquiète alors que, pour la première fois depuis au moins 40 ans, le temps énergétique s’est accéléré avec la révolution des gaz de schiste. Les ONG le savent pourtant, mais ne dénoncent pas l’inaction et ne communiquent que peu sur le sujet. Alors que les associations humanitaires se trouvent durement critiquées, les organisations environnementales, qui se montrent incapables de peser sur le débat politique de manière positive, sont épargnées. D’où la question : les organisations environnementales sont-elles réellement les insoupçonnables porte-paroles de l’écologie ?

Recherche fausse association pour lobby effectif, l’exemple des frères Koch

Il y a tout d’abord la longue histoire des intrusions du secteur privé dans un secteur associatif de façade. Les associations n’ont alors rien d’indépendant, rien de civil, rien d’écologiste (mais agissant dans le spectre de l’associatif environnemental, elles valent le coup d’être mentionnées) et rien de vraiment convaincant à proposer. L’exemple le plus symptomatique concerne les frères Koch, milliardaires souriants et texans qui, au beau milieu de leur ranch, possèdent les fonds de Greenwashing[1] les plus importants et les moins discrets du monde. Le New Yorker exposait il y a trois ans les tromperies et le lobbying, derrière une façade civile, auxquels s’adonne la fratrie. Ainsi, le groupe Americans for Prosperity, qui lance chaque année une « croisade » contre l’Agence de protection environnementale américaine (EPA), est présidé par David Koch, lui même régulièrement poursuivi par l’EPA pour les dégâts que son entreprise inflige à la nature. Il avait notamment écopé d’une amende de 35 millions de dollars pour des rejets illégaux de déchets toxiques directement dans des sources d’eau du Minnesota.

Mais Americans for Progress n’est qu’un amuse-bouche. Voilà plus de 35 ans que les frères Koch multiplient les initiatives du genre : création de l’influent think tank[2] libertaire Cato Institute, création de Citizens for a Sound Economy, association de « citoyens » militant contre la régulation étatique (qui ferait passer les enragés du Tea Party pour des communistes et qui a, à l’occasion, été littéralement loué à d’autres lobbies comme Philip Morris[3]), financement du Mercatus Center à l’université George Mason –qui dispense à plusieurs centaines d’élèves la sagesse économique dérégulatrice des frères Koch-, lancement de Concerned Citizens for the Environment –qui, ironiquement, ne comptait aucun citoyen adhérent dans ses rangs et produisait pourtant foule d’analyses contredisant la réalité des pluies acides[4]-, création de l’American Energy Alliance pour tuer dans l’œuf la taxe sur les énergies fossiles voulue par le Président Clinton, financement du parti républicain lors des élections de 1996, démantèlement médiatique du travail du GIEC par plusieurs instituts qu’ils financent dont le Competitive Entreprise Institute, incursion de spécialistes payés par la fratrie au sommet mondial de l’environnement de Copenhague… La liste est longue, le financement cumulé des frères Koch du lobbying anti-climatique étant supérieur à celui d’ExxonMobil. Peuvent être rajoutés, entre autres, la Heritage Foundation, le Manhattan Institute, la Foundation for Research on Economics and the Environment, le Pacific Research Institute et la Tax Foundation.[5]

Des personnalités extrêmement médiatisées et des sponsorings d’entreprise empêchent de penser qu’il s’agit d’un mal purement américain.

En France, cette dérive est la plus évidente et la moins efficace car trop visible et basée sur un courant libertaire qui y a encore relativement peu d’emprise. Mais ne croyez pas que l’Hexagone soit à l’abri du greenwashing. De nombreux soupçons pèsent sur les superstars franchouillardes de l’environnement que sont Yann Arthus-Bertrand (qui dirige la fondation Good Planet) et Nicolas Hulot (de l’association éponyme), par exemple.

La campagne 10 : 10 de Good Planet a par exemple été vivement critiquée. Il s’agissait d’inviter tous les acteurs du réchauffement climatique –du citoyen à la multinationale- à réduire leurs émissions de 10% durant l’année 2010. De nombreuses entreprises ont rejoint l’action et s’en sont publiquement félicitées, afin de se donner une image « verte ». Sauf que l’initiative n’était absolument pas contraignante, qu’elle ne comportait pas de système d’évaluation et que les mesures prises tournaient parfois au ridicule. L’essentiel était ailleurs : pour les entreprises, il fallait participer à cette « campagne de communication massive ».

Il en va de même pour Nicolas Hulot dont la fondation est financée par de grands groupes : EDF, Ibis hôtel, L’Oréal, TF1 pour ne citer qu’eux. Si certains ne sont pas choqués qu’une entreprise puisse financer une association environnementale à telle hauteur, d’autres feront les gros yeux pour au moins deux raisons. D’une part, il est difficile de concevoir que les associations environnementalistes puissent se permettre d’exercer leur rôle de façon impartiale et de fustiger l’action de leurs mécènes (c’est cracher dans la main qui vous nourrit). L’attitude de la Nature Conservancy, l’une des plus grandes associations écologistes au monde, lors de la fuite de pétrole géante dans le Golfe du Mexique causée par une plateforme BP avait notamment étonné plus d’un militant. Le silence de l’association s’expliquait alors par le fait qu’elle avait reçu plus de 10 millions USD de dons de la part de BP à travers les ans. En cherchant rapidement sur internet, on s’aperçoit d’ailleurs que les intérêts personnels pèsent clairement dans la balance : la rémunération moyenne à la fondation Goodplanet est de 4024€ par mois et celle de la Fondation Nicolas Hulot est à 3931€ par mois, bien au-delà des salaires moyens à Paris qui tournent autour de 2700€ mensuels.

http://images.ted.com - Notez la moustache, apanage de José Bové, servant de caution écologique

Le deuxième problème qui se pose est sans doute plus fondamental puisqu’il tient à la base idéologique même de l’environnementalisme. Cette dernière n’est pas construite autour du « consommer mieux » que représente l’économie verte, promue par bon nombre d’acteurs économiques et qui constitue toujours une croissance continue qui ruinerait la planète. La plupart des idéologies écologistes reposent sur un changement des paradigmes économiques, sociétaux et de consommation. Le monde ne peut alors s’imaginer sans un futur où l’homme a changé son rapport même avec la nature au lieu de la commercialiser. Là où le bas blesse, c’est que les entreprises qui financent les fondations environnementalistes sont les champions du capitalisme que combat l’écologie. Accepter les financements –qui relèvent de tout sauf de l’altruisme-, devient symbole d’acceptation voire de confluence avec un système qui n’est pourtant pas viable pour la planète.

Le mal venu de l’intérieur : Greenpeance ou l’ONG qui s’était auto-corrompue.

Il ne faut néanmoins pas voir la main du big business partout dans le monde associatif. Certaines ONG n’ont rien à se reprocher, d’autres n’ont pas besoin de cela pour basculer dans les dérives. Une étude réalisée par « un anarchiste du CRAN » intitulée « Greenpeace, ou la dépossession des luttes écologistes » jette une lumière intéressante sur l’évolution d’une initiative foncièrement sincère à la base en « appareil associatif » gérant ses intérêts comme le ferait une multinationale.

Greenpeace est née en 1971, imaginez la scène : une bande de hippies sur un Zodiac interviennent sur les côtés canadiennes pour empêcher la réalisation d’essais nucléaires américains. Si l’action échoue, le groupe n’en reste pas là et allie les coups d’éclats militants à des techniques journalistiques avancées qui les font connaître du grand public et font croître leur réputation. Seulement, les années passant, l’ONG s’éloigne du vrai mouvement militant pour rentrer dans une organisation digne d’une multinationale. Avec l’explosion du Rainbow Warrior par les services secrets français, les revenus des dons augmentent et Greenpeace se professionnalise. Quand Mac Taggart, ancien entrepreneur, arrive à la présidence de l’association en 1979, c’est le début de la dérive. Greenpeace adopte des techniques managériales de plus en plus poussées : on investit dans la communication, on embauche des responsables non-militants mais au CV fourni, on vend des produits « écolos » pour faire grimper les recettes… Là encore, certains n’y trouveront rien à redire. Mais les associations militantes s’appuient généralement sur une organisation horizontale tandis que Greenpeace a délaissé ses adhérents au profit d’une organisation en pyramide qui profite à un pouvoir centralisé autour du bureau de Greenpeace International d’Amsterdam, ce dernier brassant des centaines de millions d’euros. Cette organisation a pour effet de « déposséder » les militants des luttes écologistes. La direction de l’association met en avant les groupes locaux via sa communication dans un « rite de valorisation publique de l’engagement bénévole » servant à « maintenir l’image d’une association proche des gens, ancrée sur le territoire et imbriquée dans les luttes sociales »[6].

A propos de luttes sociales, on s’amusera également de l’enrôlement de travailleurs précaires pour la récolte de dons. A ceux qui croyaient naïvement que les gens en k-way colorés qui les agressaient dans la rue, armés d’un sourire bien trop gros pour être vrai et d’un « Bonjouuuuuuuuur, vous connaissez Greenpeace ? », étaient des militants écolos purs et durs, il est impossible de se tromper plus. Ce ne sont ni plus ni moins que des étudiants sans le sous, intérimaires ou débauchés par des cabinets spécialisés dans la récolte de dons (si si, ça existe. Greenpeace n’y a pas recours car elle a internalisé cette fonction, mais le WWF par exemple n’hésite pas), payés au lance-pierre, formés aux techniques commerciales et avec des objectifs de signatures bien établis par leur hiérarchie. Pour un groupe censé contribuer à la définition du développement durable, alliance de politiques sociales et environnementales, c’est un peu limite. Pascal Husting, directeur de l’association de 2005 à 2011, se félicitait même d’avoir licencié des militants qui ne s’étaient pas adaptés à la professionnalisation et que « aucun recours devant le conseil des prud’hommes n’a été gagné ».[7]

En grattant un peu plus le vernis, on s’aperçoit donc que tout n’est pas tout rose, même pour des écologistes qui ne tirent par leurs revenus des entreprises. Dans Qui a tué l’écologie, Fabrice Nicolino délivrait sans doute la charge la plus violente contre les associations environnementales, tirant à vue sur tout ce qui bougeait. Alors que tout le monde ne voyait chez WWF que le gentil petit panda (en réalité affreusement agressif), peu se sont efforcés de remonter aux origines de l’association créée en 1961 « par des nobles britanniques dont la motivation était de pouvoir continuer à chasser le grand gibier sauvage en Afrique ». Son système de financement a été monté par Anton Rupert, multimillionnaire sud-africain membre de la Broederbond, club d’hommes riches et influents qui ont tout tenté pour laisser l’Afrique du Sud dans les méandres de l’apartheid.

Le passé est derrière nous ? Peut-être, à ceci près que « le WWF est si proche des intérêts des transnationales qu’elle a accepté de siéger dans des tables rondes avec les industries les pires de la planète pour créer des labels industriels soutenables, sur le soja, les biocarburants ou encore l’huile de palme ».[8]

De la légitimation économique à la légitimation politique. Le pas, franchi, du grenelle de l’environnement.

Au vu de tout ça, on ne s’étonnera guère de l’instrumentalisation politique des associations écologistes. Il y a bien sûr le badaud Hulot, que les hommes politiques français aiment à trimballer de photographe en photographe ; à tel point que dans la cour de l’Elysée, les gardes républicains ne s’étonneraient guère de voir atterrir un ULM ou une montgolfière made in Ushaïa nature. Mais l’œil avisé ne s’y laisse pas prendre ; alors le gouvernement Sarkozy a réuni toutes les associations « vertes » dans ce grand coup médiatique que fut le grenelle de l’environnement pour achever de convaincre les sceptiques. Les associations devenaient alors un faire-valoir écologique à des mesures pro-business. Agnès Sinaï expliquait dans le Monde diplomatique de novembre 2008 que « entre les propositions initiales et le texte final de la « loi d’accélération de la mutation environnementale » (sic) débattue au parlement, les ONG se sont vu confisquer le processus. Instrumentalisées au service d’un système de décision dans lequel elles n’auront pas le dernier mot, elles sont devenues les témoins passifs d’arbitrages technocratiques pris en réunions interministérielles par des hauts fonctionnaires et des acteurs économiques, pollueurs et bétonneurs d’hier et d’aujourd’hui ». Sauf qu’il est un peu trop facile de désigner les associations comme des victimes et non pas comme des complices avisés.

http://www.econov.eu/

Depuis le Millemium Ecosystem Assesment lancé par le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan en 2001, la sphère écologiste sait que les initiatives gouvernementales ne se structurent qu’autour du « business vert », considéré comme un moteur de croissance. Il est compréhensible que le grenelle de l’environnement aurait pu être, pour elles, un moyen de prêcher autre chose que cette fuite en avant; mais elles auraient dû voir que « ce montage ne sert en réalité qu’à accréditer et préparer des mesures de subventionnement du business ». Surtout que le gouvernement avait invité toutes les associations, sauf celles qui abordaient des thèmes polémiques (OGM, publicité, nucléaire, décroissance, nanotechnologies, toxicité chimique…) et étaient susceptibles de râler, aux côtés de syndicats ouvertement anti-écologie. Le débat était donc clos avant même d’avoir commencé et les marges de négociation des associations étaient nulles. Aucun intérêt de participer donc à une opération de communication délibérée et sans enjeux, si ce n’est gratter quelques subventions.

Comme le montrait le « Charity business : les dérives de l’humanitaire », les associations ne sont pas toutes les avocats altruistes d’une planète victime des déprédations du capitalisme qu’elles annoncent être et beaucoup, si ce n’est presque toutes, ont cédé aux sirènes du gain financier. L’associatif est devenu un business reposant sur les dons des particuliers mais également sur la vente d’une légitimité écologique perdue par les entreprises et les politiques : elles créent des labels verts pour la commercialisation de certains produits, affichent leurs sponsors contre des mécénats juteux, certifient des entreprises et participent à des actions gouvernementales pour décrocher des subventions. Ainsi, France nature environnement fonctionne à 65% sur des financements publics tandis que « Friends of the Earth est généreusement subventionnée par la Fondation Rockefeller (1.427.500 dollars de 1994 à 2001 et plus ensuite) et la Fondation Turner (425.000 dollars de 1996 à 2002) ».[9] Comment, dans ce cas, ne pas douter de l’indépendance et de la vocation purement écologiste de ces associations ?

 

Florian Tetu


[1] Le Greenwashing consiste à donner une image « verte » à quelque chose qui ne l’est pas ou, dans le cas des frères Koch, communiquer sur un déni de réalité écologique et climatique.

[2] Un temps appelés en France « laboratoires d’idées », les think tanks sont des instituts d’analyse qui ont pour but d’offrir des pistes de réflexion alternatives et d’influencer les gouvernants ainsi que les citoyens.

[7] Le Nouvel Economiste, 8 décembre 2010.

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WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre vieillissent

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Les grandes associations environnementales vieillissent. Une occasion pour le militantisme écologiste de faire la fête en cette année 2011. Trois de ses pionniers célèbrent en effet leurs anniversaires. Alors que WWF atteint la cinquantaine, Greenpeace et les Amis de la Terre soufflent quant à elles leurs quarantièmes bougies. L’occasion rêvée de revenir sur leurs histoires, leurs combats et leurs plus belles victoires, mais aussi de s’interroger sur la voix à prendre pour promouvoir au mieux la défense de l’environnement. Bien que leurs chemins se soient croisés, ces ONG ont usé de modes d’actions bien distincts quoi qu’en réalité complémentaires. La plus âgée d’entre elles, WWF a ainsi choisi le dialogue « institutionnalisé », quand ses consœurs plus jeunes ont opté pour la dénonciation, par le biais de coups médiatiques pour Greenpeace, et au travers de publications documentées pour les Amis de la Terre. Ces modes opératoires, qui les caractérisent fortement, ne sont pas exclusifs, bien entendu. WWF met fréquemment en scène des milliers de pandas – son logo – en papier mâché (recyclé, on l’espère), pour attirer l’attention du passant sur tel ou tel sujet. Par ailleurs, les Amis de la Terre organisent des remises de prix symboliques pour dénoncer tel ou tel comportement de telle grande entreprise (Prix Pinocchio). Greenpeace parfois, se calme, et interpelle le gouvernement via ses campagnes sans forcément entrer par effraction à l’assemblée nationale…

 

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WWF – l’influence par le dialogue :

WWF a été officiellement fondé le 11 septembre 1961. L’organisation a alors affiché comme objectifs prioritaires la protection de toutes ressources naturelles, ainsi que la préservation de la faune et de la flore sauvage. L’une des voies qu’elle a choisies pour les atteindre a consisté à conclure des accords en faveur de la protection de l’environnement en partenariat avec les gouvernements. Mais en réalité, elle s’est investie plus loin sur le terrain, en s’érigeant comme un véritable acteur de la gouvernance environnementale, voire en s’imposant parfois comme le « conseiller et le prestataire de services des Etats », notamment en Afrique.

Le choix d’un tel mode d’action peut s’expliquer par la personnalité de ses membres fondateurs, et l’importance de leurs réseaux respectifs. Sir Julian Sorell Huxley, est ainsi premier secrétaire général de l’UNESCO et co-fondateur de l’UICN (Union mondiale pour la nature) lorsqu’il impulse le processus de création du WWF. Il a été rejoint par l’homme d’affaire britannique Victor Stolan et les ornithologues Max Nicholson et Peter Scott. Ces quatre personnalités ont alors permis à l’organisation, dès sa création, d’être particulièrement bien insérée dans les hautes sphères décisionnelles comme au sein du monde scientifique.

L’ONG a confirmé par la suite ce choix au sortir du Sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro en 1992. A partir de ce moment, elle a cherché en effet à se rapprocher du monde des affaires, afin de pousser les entreprises à s’engager, grâce à des politiques de développement durable, en faveur de la protection de l’environnement.

 

© Jiri Rezac / Greenpeace

Greenpeace – une volonté farouche de mobiliser l’opinion par des coups d’éclat médiatiques :

L’histoire de Greenpeace débute sur la côte Ouest du Canada, à Vancouver, en 1971. Sa naissance est due à l’indignation provoquée par l’impact sur la faune présente au large de l’Alaska des essais nucléaires américains sur l’île d’Amchitka. Barbara Stowe racontait ainsi à l’AFP combien son père, Irving Stowe, l’un des artisans de la fondation de l’ONG, avait été marqué par l’image des loutres de mer « rejetées par les vagues sur le rivage, mortes, les tympans crevés par les explosions ».

Irving Stowe a alors fondé avec deux autres militants pacifistes, Paul Cote et Jim Bohlen, le mouvement « don’t make a wave », dont le nom fait référence à la crainte d’un tsunami engendré par les essais nucléaires. Ce comité a envoyé en septembre 1971 un navire baptisé du nom de Greenpeace au plus près de la zone des essais. Bien que stoppée par les gardes côtes américain, il a gagné là son premier combat grâce à la médiatisation de l’évènement, qui conduit les Etats-Unis à abandonner les essais nucléaires dès 1972 sous la pression d’une opinion publique sensibilisée… l’ONG fût née.

Lors de cette première campagne, plusieurs journalistes militants étaient présents à bord de l’embarcation, afin de retranscrire les évènements. Cette volonté d’agir pour la préservation de l’environnement en frappant par de véritables coups médiatiques est devenue la véritable signature de l’ONG. Elle lui permet de cultiver l’image d’une association d’ « écowarriors », au service de la planète.

 

foei.org

 

Les Amis de la Terre – un objectif, alerter l’opinion par des publications :

Cette ONG qui se décrit elle-même comme un « réseau écologiste mondial », fédère près de cinq mille associations locales de protection de l’environnement, réparties dans soixante-seize pays. Elle a été fondée en 1971 à Roslagen en Suède, par un groupe d’activistes français, suédois, britanniques et américains. Ses principaux chevaux de bataille restent aujourd’hui encore la protection des forêts et de la biodiversité, la sécurité alimentaire, et la mise en cause de la responsabilité des acteurs financiers publics et privés dans le soutien à des projets néfastes pour l’environnement.

Comme le rappellent ses militants, sa « première mission […] fut d’informer et d’alerter sur les questions d’environnemen». Pour se faire, elle a régulièrement produit dossiers, enquêtes et rapports documentés à destination de deux types de publics. Au profit des institutions, d’autres ONG ou associations, afin d’alimenter le débat sur un enjeu précis ou de faire part de son expertise sur un sujet tout d’abord. A l’attention du grand public ensuite, dans l’optique de sensibiliser le plus grand nombre, grâce à leur diffusion dans les médias.

 

En France – une opinion publique favorable au dialogue :

C’est le Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’IFOP qui l’a révèlé au terme d’une étude menée en 2009. Celle-ci nous apprend que 78% des personnes interrogées jugent efficace la création de partenariats entre les ONG et les entreprises, sur le long terme, sur des projets communs de protection de l’environnement. Ces mêmes personnes sont moins nombreuses à se prononcer en faveur de l’efficacité de la dénonciation publique des mauvaises pratiques des entreprises – 68% – ou encore de celle de l’influence des consommateurs en vue de les amener au boycott d’une marque peu respectueuse de l’environnement – 55%.

L’un des exemples de partenariat ONG – entreprise les plus parlants à ce jour en France est celui conclu par WWF et l’enseigne Castorama. Engagé en 2006, il poursuit deux objectifs principaux : élargir son offre de produits plus respectueux de l’environnement et réduire ses impacts directs. Appuyée par l’expertise de l’organisation, l’enseigne acquiert désormais pour 71% de ses stocks, du bois tropical labélisé FSC, c’est-à-dire auprès d’exploitations forestières gérées durablement, selon les chiffres de l’année 2010. Dans le même temps, elle a réduit la surface de son linéaire herbicide de 50%.

Ce dialogue ainsi instauré permet un changement de fond dans la gouvernance des entreprises, qui sont alors progressivement sensibilisées aux impératifs de protection de l’environnement, et guidées pour les atteindre. Mais il peut être la source d’effets indésirables. Ces partenariats peuvent en effet se révéler n’être pour les entreprises, qu’un moyen de rendre leur image plus responsable et plus verte qu’elle ne l’est en réalité. Elles risquent alors d’être accusées de « Greenwashing », jugement plutôt néfaste pour leur image.

Ce dernier point permet de prendre conscience de la complémentarité des modes d’actions de ces trois ONG, puisque ceux-ci peuvent avoir un caractère supplétif. En effet, face à leurs pressions, les entreprises et gouvernements adoptent différentes postures auxquelles il convient de s’adapter. Alors que certains se révèlent réceptif au dialogue, ne demandant qu’à être éclairés pour améliorer leurs pratiques, d’autres ne décident d’agir qu’une fois leur image ou leur responsabilité mise en cause. Cela a été successivement le cas d’Unilever, Kraft et Nestlé, groupes mis en cause par Greenpeace en mars 2010 pour leurs liens avec Sinar Mas, compagnie Indonésienne impliqué dans une déforestation et pratiques illégales pour la production d’huile de palme…

Fondée sur des modes d’actions différents, ces ONG travaillent en réseau, ensemble parfois, dans des contextes similaires, que ce soit lors de conférences internationales ou d’évènements nationaux. Les campagnes de nos candidats à l’élection présidentielle de 2012 sont d’ores et déjà assorties de campagnes d’ONG qui espèrent contraindre ces derniers à prendre position sur des problématiques énergétiques et environnementales. Greenpeace a lancé son “Stress Test des candidats à la présidentielle“…

Toutefois, elle vieillissent donc, ces ONG, mais restent alertes, chacune ayant un rôle dans les rouages du système de gouvernance environnementale actuel…doivent-elles continuer ainsi où doivent-elles laisser place à une nouvelle génération d’associations qui redonnerait une impulsion favorable à l’environnement, au sens large? Mettre les (ONG) seniors sur la touche reviendrait à se priver de leur expérience, ce serait sans doute une erreur…Mais les seniors doivent composer avec la jeunesse. A quand de nouvelles associations dont les activités changeraient la donne, permettraient un nouvel éclairage, des progrès plus rapides ?

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