Pollution : l’appel au civisme, une nouvelle forme d’expression démocratique selon Erick Orblin

Selon Erick Orblin, fonctionnaire territorial, l’appel au civisme pour gérer au mieux les pics de pollution tels qu’en a connu Paris dernièrement, est une nouvelle forme d’expression démocratique.

C’est peut-être la troisième fois que la maire de Paris demande au gouvernement de mettre en place une circulation alternée afin de contenir et maîtriser les effets néfastes de la pollution sur la capitale.

C’est sans doute la troisième fois que le gouvernement en charge lui aussi de l’intérêt général mais avec une compétence plus étendue que le territoire parisien exprime sa réticence sinon sa réserve en raison « d’intérêts supérieurs » ou d’une certaine lenteur pour prendre sa décision.

Il est effectivement plus difficile pour l’Etat de mobiliser ses services notamment répressifs pour mettre en place une régulation et un contrôle  efficaces.

Il lui faut aussi prendre  en considération tous les aspects d’ordre public prévus de longue date comme les visites protocolaires, les défilés et les manifestations sociales, politiques ou sportives.

Or, comme l’état  psychologique des agents de la force publique n’est pas au plus haut  ces derniers jours avec une charge de travail sans doute excessive, particulièrement en raison du plan vigipirate, il est difficile, voire impossible, de mettre en place des dispositifs de régulation et de contrôle adaptés.

Appeler  l’Etat à sa responsabilité « écologique » est certes louable mais ne peut être qu’un coup d’épée dans l’eau. D’autant qu’en tergiversant et en gagnant du temps la météo d’ici là aura sans doute eu raison du nuage de pollution !

Il y a pourtant une solution plus ambitieuse et plus novatrice que celle de vouloir régler ce problème de santé publique par un appel au pouvoir régalien comme si les communes étaient encore placées sous l’autorité de l’Etat, que la décentralisation n’avait pas été engagée et que la raison publique n’avait pas évolué.

Est-ce à dire que la maire de Paris veuille transférer la responsabilité confiée par ses concitoyens au gouvernement comme s’il s’agissait de son autorité de tutelle ? Non, évidemment, mais elle est peut-être prisonnière d’un mode de décision  politico-administratif qui appartient  encore au 20ème siècle.

A l’heure où les médias sont omniprésents, que les moyens de communication sont d’une grande fluidité (internet, facebook, twitter, etc.) et que son autorité n’est pas contestée, on peut se demander pourquoi elle se contente de demander une autorisation à l’Etat quand elle peut s’adresser directement au public.

Les habitants de Paris et de la région parisienne ne sont pas idiots, ils ont conscience de la situation et leur raison peut les conduire sans doute à adopter une démarche vertueuse sans avoir besoin de les menacer d’une sanction.

C’est pourquoi, le sujet se prête particulièrement bien à l’expression d’une démocratie directe, plus efficace et plus transparente.

La maire de Paris peut appeler les Parisiens et les Franciliens à exprimer leur civisme en pratiquant eux-mêmes une circulation automobile alternée, de leur propre initiative.

Cette idée de partage de l’espace public ne devrait pas leur déplaire d’autant qu’il réduirait la pollution tout en facilitant la circulation. Peut importe que le mouvement soit généralement suivi pourvu qu’il soit enclenché.

Une interdiction régalienne pourra être demandée dans le même temps pour ensuite être mise en œuvre sous la responsabilité de l’Etat si la nécessité l’impose.

Il est quasiment certain qu’un tel appel à la raison serait entendu.

Certains diront sans doute que le besoin de se déplacer doit ouvrir la porte à un transport de substitution mais l’alternative au transport automobile avec la gratuité des transports publics est sans doute un faux problème. En, effet le coût d’un déplacement en voiture est sans nul doute plus onéreux que deux billets de transport, même au prix fort.

Il faut donc oser, préparer une intervention radio et télévision et demander aux Parisiens et aux Franciliens de prendre leur destin en main. Ils sont capables de le faire. Un contrôle social sera sans doute plus efficace que celui des forces de police. L’autorité municipale en sera grandie et il n’y pas grand risque à défendre les nobles causes.

Erick ORBLIN

Fonctionnaire territorial

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