WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre vieillissent

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Les grandes associations environnementales vieillissent. Une occasion pour le militantisme écologiste de faire la fête en cette année 2011. Trois de ses pionniers célèbrent en effet leurs anniversaires. Alors que WWF atteint la cinquantaine, Greenpeace et les Amis de la Terre soufflent quant à elles leurs quarantièmes bougies. L’occasion rêvée de revenir sur leurs histoires, leurs combats et leurs plus belles victoires, mais aussi de s’interroger sur la voix à prendre pour promouvoir au mieux la défense de l’environnement. Bien que leurs chemins se soient croisés, ces ONG ont usé de modes d’actions bien distincts quoi qu’en réalité complémentaires. La plus âgée d’entre elles, WWF a ainsi choisi le dialogue « institutionnalisé », quand ses consœurs plus jeunes ont opté pour la dénonciation, par le biais de coups médiatiques pour Greenpeace, et au travers de publications documentées pour les Amis de la Terre. Ces modes opératoires, qui les caractérisent fortement, ne sont pas exclusifs, bien entendu. WWF met fréquemment en scène des milliers de pandas – son logo – en papier mâché (recyclé, on l’espère), pour attirer l’attention du passant sur tel ou tel sujet. Par ailleurs, les Amis de la Terre organisent des remises de prix symboliques pour dénoncer tel ou tel comportement de telle grande entreprise (Prix Pinocchio). Greenpeace parfois, se calme, et interpelle le gouvernement via ses campagnes sans forcément entrer par effraction à l’assemblée nationale…

 

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WWF – l’influence par le dialogue :

WWF a été officiellement fondé le 11 septembre 1961. L’organisation a alors affiché comme objectifs prioritaires la protection de toutes ressources naturelles, ainsi que la préservation de la faune et de la flore sauvage. L’une des voies qu’elle a choisies pour les atteindre a consisté à conclure des accords en faveur de la protection de l’environnement en partenariat avec les gouvernements. Mais en réalité, elle s’est investie plus loin sur le terrain, en s’érigeant comme un véritable acteur de la gouvernance environnementale, voire en s’imposant parfois comme le « conseiller et le prestataire de services des Etats », notamment en Afrique.

Le choix d’un tel mode d’action peut s’expliquer par la personnalité de ses membres fondateurs, et l’importance de leurs réseaux respectifs. Sir Julian Sorell Huxley, est ainsi premier secrétaire général de l’UNESCO et co-fondateur de l’UICN (Union mondiale pour la nature) lorsqu’il impulse le processus de création du WWF. Il a été rejoint par l’homme d’affaire britannique Victor Stolan et les ornithologues Max Nicholson et Peter Scott. Ces quatre personnalités ont alors permis à l’organisation, dès sa création, d’être particulièrement bien insérée dans les hautes sphères décisionnelles comme au sein du monde scientifique.

L’ONG a confirmé par la suite ce choix au sortir du Sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro en 1992. A partir de ce moment, elle a cherché en effet à se rapprocher du monde des affaires, afin de pousser les entreprises à s’engager, grâce à des politiques de développement durable, en faveur de la protection de l’environnement.

 

© Jiri Rezac / Greenpeace

Greenpeace – une volonté farouche de mobiliser l’opinion par des coups d’éclat médiatiques :

L’histoire de Greenpeace débute sur la côte Ouest du Canada, à Vancouver, en 1971. Sa naissance est due à l’indignation provoquée par l’impact sur la faune présente au large de l’Alaska des essais nucléaires américains sur l’île d’Amchitka. Barbara Stowe racontait ainsi à l’AFP combien son père, Irving Stowe, l’un des artisans de la fondation de l’ONG, avait été marqué par l’image des loutres de mer « rejetées par les vagues sur le rivage, mortes, les tympans crevés par les explosions ».

Irving Stowe a alors fondé avec deux autres militants pacifistes, Paul Cote et Jim Bohlen, le mouvement « don’t make a wave », dont le nom fait référence à la crainte d’un tsunami engendré par les essais nucléaires. Ce comité a envoyé en septembre 1971 un navire baptisé du nom de Greenpeace au plus près de la zone des essais. Bien que stoppée par les gardes côtes américain, il a gagné là son premier combat grâce à la médiatisation de l’évènement, qui conduit les Etats-Unis à abandonner les essais nucléaires dès 1972 sous la pression d’une opinion publique sensibilisée… l’ONG fût née.

Lors de cette première campagne, plusieurs journalistes militants étaient présents à bord de l’embarcation, afin de retranscrire les évènements. Cette volonté d’agir pour la préservation de l’environnement en frappant par de véritables coups médiatiques est devenue la véritable signature de l’ONG. Elle lui permet de cultiver l’image d’une association d’ « écowarriors », au service de la planète.

 

foei.org

 

Les Amis de la Terre – un objectif, alerter l’opinion par des publications :

Cette ONG qui se décrit elle-même comme un « réseau écologiste mondial », fédère près de cinq mille associations locales de protection de l’environnement, réparties dans soixante-seize pays. Elle a été fondée en 1971 à Roslagen en Suède, par un groupe d’activistes français, suédois, britanniques et américains. Ses principaux chevaux de bataille restent aujourd’hui encore la protection des forêts et de la biodiversité, la sécurité alimentaire, et la mise en cause de la responsabilité des acteurs financiers publics et privés dans le soutien à des projets néfastes pour l’environnement.

Comme le rappellent ses militants, sa « première mission […] fut d’informer et d’alerter sur les questions d’environnemen». Pour se faire, elle a régulièrement produit dossiers, enquêtes et rapports documentés à destination de deux types de publics. Au profit des institutions, d’autres ONG ou associations, afin d’alimenter le débat sur un enjeu précis ou de faire part de son expertise sur un sujet tout d’abord. A l’attention du grand public ensuite, dans l’optique de sensibiliser le plus grand nombre, grâce à leur diffusion dans les médias.

 

En France – une opinion publique favorable au dialogue :

C’est le Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’IFOP qui l’a révèlé au terme d’une étude menée en 2009. Celle-ci nous apprend que 78% des personnes interrogées jugent efficace la création de partenariats entre les ONG et les entreprises, sur le long terme, sur des projets communs de protection de l’environnement. Ces mêmes personnes sont moins nombreuses à se prononcer en faveur de l’efficacité de la dénonciation publique des mauvaises pratiques des entreprises – 68% – ou encore de celle de l’influence des consommateurs en vue de les amener au boycott d’une marque peu respectueuse de l’environnement – 55%.

L’un des exemples de partenariat ONG – entreprise les plus parlants à ce jour en France est celui conclu par WWF et l’enseigne Castorama. Engagé en 2006, il poursuit deux objectifs principaux : élargir son offre de produits plus respectueux de l’environnement et réduire ses impacts directs. Appuyée par l’expertise de l’organisation, l’enseigne acquiert désormais pour 71% de ses stocks, du bois tropical labélisé FSC, c’est-à-dire auprès d’exploitations forestières gérées durablement, selon les chiffres de l’année 2010. Dans le même temps, elle a réduit la surface de son linéaire herbicide de 50%.

Ce dialogue ainsi instauré permet un changement de fond dans la gouvernance des entreprises, qui sont alors progressivement sensibilisées aux impératifs de protection de l’environnement, et guidées pour les atteindre. Mais il peut être la source d’effets indésirables. Ces partenariats peuvent en effet se révéler n’être pour les entreprises, qu’un moyen de rendre leur image plus responsable et plus verte qu’elle ne l’est en réalité. Elles risquent alors d’être accusées de « Greenwashing », jugement plutôt néfaste pour leur image.

Ce dernier point permet de prendre conscience de la complémentarité des modes d’actions de ces trois ONG, puisque ceux-ci peuvent avoir un caractère supplétif. En effet, face à leurs pressions, les entreprises et gouvernements adoptent différentes postures auxquelles il convient de s’adapter. Alors que certains se révèlent réceptif au dialogue, ne demandant qu’à être éclairés pour améliorer leurs pratiques, d’autres ne décident d’agir qu’une fois leur image ou leur responsabilité mise en cause. Cela a été successivement le cas d’Unilever, Kraft et Nestlé, groupes mis en cause par Greenpeace en mars 2010 pour leurs liens avec Sinar Mas, compagnie Indonésienne impliqué dans une déforestation et pratiques illégales pour la production d’huile de palme…

Fondée sur des modes d’actions différents, ces ONG travaillent en réseau, ensemble parfois, dans des contextes similaires, que ce soit lors de conférences internationales ou d’évènements nationaux. Les campagnes de nos candidats à l’élection présidentielle de 2012 sont d’ores et déjà assorties de campagnes d’ONG qui espèrent contraindre ces derniers à prendre position sur des problématiques énergétiques et environnementales. Greenpeace a lancé son “Stress Test des candidats à la présidentielle“…

Toutefois, elle vieillissent donc, ces ONG, mais restent alertes, chacune ayant un rôle dans les rouages du système de gouvernance environnementale actuel…doivent-elles continuer ainsi où doivent-elles laisser place à une nouvelle génération d’associations qui redonnerait une impulsion favorable à l’environnement, au sens large? Mettre les (ONG) seniors sur la touche reviendrait à se priver de leur expérience, ce serait sans doute une erreur…Mais les seniors doivent composer avec la jeunesse. A quand de nouvelles associations dont les activités changeraient la donne, permettraient un nouvel éclairage, des progrès plus rapides ?

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