Pollution : l’appel au civisme, une nouvelle forme d’expression démocratique selon Erick Orblin

Selon Erick Orblin, fonctionnaire territorial, l’appel au civisme pour gérer au mieux les pics de pollution tels qu’en a connu Paris dernièrement, est une nouvelle forme d’expression démocratique.

C’est peut-être la troisième fois que la maire de Paris demande au gouvernement de mettre en place une circulation alternée afin de contenir et maîtriser les effets néfastes de la pollution sur la capitale.

C’est sans doute la troisième fois que le gouvernement en charge lui aussi de l’intérêt général mais avec une compétence plus étendue que le territoire parisien exprime sa réticence sinon sa réserve en raison « d’intérêts supérieurs » ou d’une certaine lenteur pour prendre sa décision.

Il est effectivement plus difficile pour l’Etat de mobiliser ses services notamment répressifs pour mettre en place une régulation et un contrôle  efficaces.

Il lui faut aussi prendre  en considération tous les aspects d’ordre public prévus de longue date comme les visites protocolaires, les défilés et les manifestations sociales, politiques ou sportives.

Or, comme l’état  psychologique des agents de la force publique n’est pas au plus haut  ces derniers jours avec une charge de travail sans doute excessive, particulièrement en raison du plan vigipirate, il est difficile, voire impossible, de mettre en place des dispositifs de régulation et de contrôle adaptés.

Appeler  l’Etat à sa responsabilité « écologique » est certes louable mais ne peut être qu’un coup d’épée dans l’eau. D’autant qu’en tergiversant et en gagnant du temps la météo d’ici là aura sans doute eu raison du nuage de pollution !

Il y a pourtant une solution plus ambitieuse et plus novatrice que celle de vouloir régler ce problème de santé publique par un appel au pouvoir régalien comme si les communes étaient encore placées sous l’autorité de l’Etat, que la décentralisation n’avait pas été engagée et que la raison publique n’avait pas évolué.

Est-ce à dire que la maire de Paris veuille transférer la responsabilité confiée par ses concitoyens au gouvernement comme s’il s’agissait de son autorité de tutelle ? Non, évidemment, mais elle est peut-être prisonnière d’un mode de décision  politico-administratif qui appartient  encore au 20ème siècle.

A l’heure où les médias sont omniprésents, que les moyens de communication sont d’une grande fluidité (internet, facebook, twitter, etc.) et que son autorité n’est pas contestée, on peut se demander pourquoi elle se contente de demander une autorisation à l’Etat quand elle peut s’adresser directement au public.

Les habitants de Paris et de la région parisienne ne sont pas idiots, ils ont conscience de la situation et leur raison peut les conduire sans doute à adopter une démarche vertueuse sans avoir besoin de les menacer d’une sanction.

C’est pourquoi, le sujet se prête particulièrement bien à l’expression d’une démocratie directe, plus efficace et plus transparente.

La maire de Paris peut appeler les Parisiens et les Franciliens à exprimer leur civisme en pratiquant eux-mêmes une circulation automobile alternée, de leur propre initiative.

Cette idée de partage de l’espace public ne devrait pas leur déplaire d’autant qu’il réduirait la pollution tout en facilitant la circulation. Peut importe que le mouvement soit généralement suivi pourvu qu’il soit enclenché.

Une interdiction régalienne pourra être demandée dans le même temps pour ensuite être mise en œuvre sous la responsabilité de l’Etat si la nécessité l’impose.

Il est quasiment certain qu’un tel appel à la raison serait entendu.

Certains diront sans doute que le besoin de se déplacer doit ouvrir la porte à un transport de substitution mais l’alternative au transport automobile avec la gratuité des transports publics est sans doute un faux problème. En, effet le coût d’un déplacement en voiture est sans nul doute plus onéreux que deux billets de transport, même au prix fort.

Il faut donc oser, préparer une intervention radio et télévision et demander aux Parisiens et aux Franciliens de prendre leur destin en main. Ils sont capables de le faire. Un contrôle social sera sans doute plus efficace que celui des forces de police. L’autorité municipale en sera grandie et il n’y pas grand risque à défendre les nobles causes.

Erick ORBLIN

Fonctionnaire territorial

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La protection de la nature : à quel prix ?

Sans titre1               © by Marc Eliot

Autrefois déifiée, la nature, désormais menacée, tend à se financiariser. Parce que la nature ne possède pas de valeur économique intrinsèque, la pollution de l’environnement a longtemps représenté des « externalités » résultant de nos activités tant personnelles que professionnelles, oubliées dans nos analyses de risques et prises de décisions. Pourtant, la destruction des écosystèmes a un coût tant environnemental que social, économique et humain. Désormais, l’internalisation de ces enjeux passe par une triple initiative de financiarisation : de la nature, des causes du changement climatique (les émissions de carbone) et de ses conséquences.

Quel coût carbone ?

La financiarisation de la nature et le financement de l’adaptation au changement climatique sont pourtant sujets de controverses. C’est ainsi que lors du dernier Forum économique de Davos, la question du coût carbone fut de nouveau érigée en priorité par les chefs de gouvernements, à quelques mois maintenant de la 21ème Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris.

Des chercheurs de l’Université de Stanford ont récemment publié un rapport mettant en évidence 4 façons d’évaluer le coût du carbone : via son prix sur le marché, sa valeur tutélaire, son coût social ou le coût des mesures d’atténuation nécessaires suite aux variations que les émissions seraient susceptibles d’entraîner sur le climat.

La méthode approuvée par la Banque Mondiale est la suivante : « on identifie les « coûts externes » des émissions, c’est-à-dire les coûts supportés par la collectivité de manière indirecte (pertes de récolte et frais de santé découlant des vagues de chaleur et des épisodes de sécheresse, dommages causés aux biens par les inondations et l’élévation du niveau de la mer, etc.), puis on associe ces coûts à ceux qui en sont à l’origine en établissant un prix pour le carbone. » Le coût carbone doit ainsi permettre d’afficher un « signal-prix » clair tout en étant reconnu par l’ensemble des acteurs de sorte à inciter les prises de décisions globales en faveur de la limitation des émissions de dioxide de carbone et de gaz à effets de serre de manière plus générale. Une fois déterminé et accepté de tous, ce coût peut servir à la mise en place d’un marché carbone, système d’échange de droits d’émissions de CO2, ou à la mise en place d’une taxe sur les émissions de CO2.

Une difficile internalisation du coût carbone à l’échelle mondiale

La reconnaissance d’un coût carbone unique à l’échelle mondiale semble pourtant compromise du fait des désaccords entre Pays du Nord et Pays du Sud sur la question de la responsabilité des pays au développement plus précoce, mais également au niveau national. En 2013, suite à la révision des estimations du coût social du carbone, les élus républicains américains avaient attaqué le mode de calcul choisi et le manque d’explication de la hausse de ce coût.

En Europe, les disparités nationales en matière de fiscalité environnementale sont toujours présentes et le marché de permis européen (ETS) rencontre certains dysfonctionnements. Le nombre de quotas en circulation, souvent attaqué, expliquerait l’inefficacité relative du mécanisme. Selon l’économiste Christian de Perthuis « en Europe, la crise est un des facteurs de l’affaiblissement de ce marché, mais la cause principale de l’échec de l’ETS est politique : il n’y a pas d’engagement politique fort en faveur du marché carbone européen. Or, ce qui fait le prix, c’est la rareté. Et la sur-allocation des quotas a compromis le mécanisme ».

Alice Pauthier

Sources : Arte, euractiv.fr, bulletins-electroniques.com, actu-environnement.com, news.stanford.edu, Rapport du Sénat, Rapport de la commission présidée par Alain Quinet La Documentation française

 

 

 

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Quelle assurance face aux risques climatiques ?

 

 

Le dernier rapport du Giec publié en novembre dernier est sans équivoque : le changement climatique est désormais une réalité aux conséquences observables. Alors que la question du financement des mesures d’adaptation et de l’indemnisation en cas de catastrophe naturelle est  au cœur des débats internationaux, un acteur pourrait jouer un rôle majeur : les compagnies d’assurance. Le changement climatique peut sembler, à première vue, être une opportunité pour le secteur, mais la récurrence et la fréquence des risques extrêmes contribuent à rendre l’assurance du risque climatique elle-même plus aléatoire.  Une question se pose alors : les compagnies d’assurance seront-elles capables de nous assurer ?

Assurer le changement climatique dans les pays en développement

Le changement climatique se manifesterait – en matière de catastrophes naturelles – par une modification de la récurrence et de l’intensité des extrêmes chauds plus significatives que celles des extrêmes froids à court terme et serait plus manifeste dans les pays du Sud que dans les pays du Nord.

À ce constat scientifique s’en ajoute un autre : la demande mondiale d’assurance croît désormais proportionnellement au développement des pays du Sud et aux changements des conditions météorologiques. Bien que souvent considérée comme un bien de luxe dans les pays où les populations ont un revenu fluctuant et où une large part du salaire est dédiée à la satisfaction de besoins primaires, l’assurance est pourtant un moyen efficace de s’adapter à de nouvelles conditions climatiques et météorologiques et peut, dans certains cas, réduire la variabilité des revenus d’une catégorie de la population : les agriculteurs.

Aujourd’hui, l’un des principaux enjeux du secteur est ainsi la recherche de nouveaux types de couverture, notamment pour les pays d’Afrique subsaharienne contraints de se développer en faisant face à des « anomalies climatiques » toujours plus fréquentes. Un nouveau moyen consiste en la mise en place d’ « assurances paramétriques ». Le système est simple : le contrat est établi sur la base d’un seuil de déclenchement « paramétrique » qui donne lieu à une indemnisation quasi automatique dès lors que, par exemple, la température ou les précipitations dépassent ce seuil, sans qu’il soit nécessaire d’évaluer les pertes. Cela permet en théorie une accélération des démarches mais le système doit encore faire ses preuves en termes de viabilité pour les assureurs.

Le marché financier, assurance ultime pour les risques extrêmes ?

Le changement climatique vient également mettre en exergue une spécificité des risques climatiques : ils sont en théorie inassurables, car difficilement modélisables.

En cas de risque climatique extrême dans une zone où le taux de pénétration de l’assurance est élevé, les compagnies d’assurance doivent avoir les liquidités suffisantes pour indemniser les assurés. Elles s’assurent ainsi également au travers de compagnies de réassurance ou via des partenariats avec les États. L’ouragan Andrew (1992) avait cependant témoigné de la difficulté d’anticiper les coûts d’un phénomène extrême et du risque de faillite encouru.

Compagnies d’assurance et de réassurance se sont donc tournées vers le marché financier qui répondait remarquablement bien aux exigences de l’assurance des risques aléatoires et extrêmes car plus flexible que la réassurance classique qui induisait des risques de crédit. C’est ainsi que, dans les années 90, s’est développé un marché alors balbutiant : le marché des « cat bonds » ou obligations catastrophes.

De manière générale, l’obligation « catastrophe » fonctionne comme toute obligation financière dans le sens où les investisseurs achètent l’obligation en fonction de sa valeur nominale et la compagnie d’assurance les rembourse de façon régulière via des coupons. Si l’aléa pour lequel l’obligation a été souscrite ne se produit pas dans le délai prévu (5 ans maximum), l’investisseur voit son investissement fructifier ; en revanche, si la catastrophe a lieu, le versement des coupons s’interrompt et l’investisseur peut même, dans certains cas, perdre tout ou partie de la valeur nominale de son investissement. Ce système permet donc aux assureurs et réassureurs d’avoir accès à des actifs très liquides de façon quasi automatique.

Pour reprendre les propos de Christophe Fritsch, responsable de la gestion des instruments adossés à des contrats d’assurance chez Axa Investment Managers, l’obligation « catastrophe » est « un instrument qui transfère le risque de catastrophe des assureurs, réassureurs et corporates vers les marchés de capitaux. C’est de la désintermédiation du risque d’assurance. » Cette protection des marchés financiers reste cependant encore récente et exposée à des risques mal connus.

Alice Pauthier

Sources : Les Echos, Giec

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2004 – 2014 : De la Révolution Orange à EuroMaïdan, 10 ans de tensions énergétiques en Europe.

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Pour une analyse exhaustive de la vocation du projet South Stream il faut revenir 10 ans plus tôt presque jour pour jour avant l’annonce de la fin du projet par Vladimir Poutine, le 1er décembre dernier. La morale, s’il y en a une, est que l’Histoire se répète inéluctablement.

En effet, en novembre 2004 à Kiev, le peuple se soulève contre ce qui apparaît comme étant un trucage un mois durant suite à l’annonce de la victoire de Viktor Ianoukovitch, résolument pro-russe, au second tour des présidentielles. Les protestations prennent une telle ampleur que la Cour Suprême ukrainienne et les partis en présence conviennent d’un « troisième tour » et décident d’un nouveau vote portant au pouvoir la coalition de Viktor Iouchtchenko et de Ioulia Timochenko, marquant la victoire des idéaux pro-occidentaux dans un pays partagé entre Ouest et Est. Les troubles demeurent dans la vie politique du pays et le président en place n’a de cesse de dénoncer les manœuvres de Moscou pour le déstabiliser. En septembre 2005, Ioulia Timochenko est limogée de son poste de premier ministre, le président Iouchtchenko met ainsi fin à la coalition au pouvoir. Quelques temps plus tard, au 1er de l’an 2006, Gazprom coupe le gaz en direction de l’Ukraine en raison de leur conflit sur le prix du gaz, l’entreprise semi-publique voulant multiplier les tarifs par 4 et se rapprocher ainsi du prix du marché. L’approvisionnement de pays européens est compromis alors que l’hiver 2005-2006 est l’un des plus froids jamais enregistré. Un accord est finalement trouvé 3 jours plus tard entre Kiev et Moscou mais le mal est fait et l’idée d’un autre tracé d’approvisionnement émerge en Europe… L’Union européenne ne veut plus souffrir à l’avenir des troubles entre la Russie et son ancienne République Soviétique.

Le projet South Stream, mesure de rétorsion du Kremlin

C’est ainsi que les travaux du pipeline, qui doit faire 2380 km à terme, commencent en décembre 2012 et continuent doucement mais surement pour être en service en 2015. Au début de l’année 2014, l’optimisme reste de mise quant au projet et ce malgré une hausse de 45% du prix du projet porté à 46 milliards d’euros. Une somme que Gazprom consent à débourser pour la poursuite des travaux et la rénovation du réseau gazier existant.

Entre temps, la situation politique toujours explosive conduit à un jeu de chaises musicales spectaculaire : en août 2006 Victor Iouchtchenko devient le Premier ministre de son ancien rival, avantage pro-russe. Cette coopération ne dure pas non plus et en septembre 2007 lors de législatives anticipées, l’égérie de la révolution Orange est de nouveau nommée Premier ministre, retour à l’Ouest. Le prochain scrutin, les présidentielles de 2010, consacre le retour au sommet de l’Etat de Iouchtchenko qui place peu de temps après l’un de ses proches à la Primature à la place de Timochenko, qui sera emprisonnée en octobre 2011 pour corruption. Une éviction de son opposante dénoncée par la communauté internationale et surtout l’Union européenne.

Le nouveau président qui a les faveurs de son grand voisin obtient une réduction de près de 30% du prix du gaz. Pendant ce temps la poursuite du gazoduc va bon train, la Bulgarie et la Serbie ayant déjà achevé la réalisation du raccordement au pipeline en 2013. Toutefois, un retournement subvient : la Commission européenne statue en décembre de la même année que les accords conclus entre les 6 pays membres de l’U.E. et la Russie seraient contraires au droit européen.

Fin 2013 : mort programmée du gazoduc

En décembre 2013, peu de temps après que l’ex-président Ianoukovitch ait refusé de signer un accord d’association avec l’UE, la Commission européenne indique que les accords passés entre 6 pays européens et la Russie étaient contraire au droit européen. Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l’énergie de l’époque, affirmait que Gazprom ne pouvait à la fois posséder ses propres ressources et son réseau de transmission. Moscou refuse de renégocier ces accords et le projet est gelé malgré les protestations des gouvernements italien, hongrois, serbe, croate et bulgare qui se résignent petit à petit face aux pressions de l’exécutif européen. Les autorités russes font également un recours auprès de l’OMC pour attaquer la législation européenne sur l’énergie – notamment le troisième paquet énergétique-.

La confrontation devient de plus en plus marquée à mesure que le conflit en Ukraine se propage. A partir de juin 2014 on révèle que le blocage est désormais politique dans la mesure où les entreprises russes sont sous le coup de sanctions financières de la part des Etats-Unis et de l’Union européenne. D’autre part, les européens ne veulent pas marginaliser l’Ukraine qui pourrait se retrouver totalement privée de gaz si South Stream venait à être achevé, or les Vingt-Huit ne veulent pas abandonner l’europhile Petro Porochenko nouvellement élu pour ne pas compromettre leur crédibilité diplomatique.

En réalité, l’opposition de l’U.E au projet qui était censé lui servir est indéniablement liée aux évènements en Ukraine. Tout bon observateur pourrait remarquer que la question du monopole de Gazprom sur l’oléoduc n’avait pas été évoquée auparavant. Le géant énergétique russe qui finance la majorité du projet ne veut pas se soumettre à la législation européenne et « quémander » une exception, l’heure étant aux rapports de force et à l’affirmation de la « Nouvelle Russie ».

D’autres facteurs sont également en travers de l’achèvement de South Stream : parallèlement à ce gazoduc, le projet de Corridor Sud dénommant deux tracés éventuels, gazoducs Nabucco, passant par la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche, et Trans-Adriatic Pipeline, passant par la Turquie, la Grèce, l’Albanie et l’Italie, qui achemine une moindre quantité de gaz d’Azerbaïdjan. Le dernier tracé, validé en juillet 2013, au détriment de Nabucco et la Commission européenne se félicite de l’accord du consortium pour assurer son approvisionnement énergétique.

Le 1er décembre 2014, Vladimir Poutine en visite officielle en Turquie annonce qu’il met fin au projet South Stream en raison des blocages de la Commission européenne qui « trainait les pieds ». Il annonce ainsi vouloir diversifier les débouchés du gaz russe vers la Turquie, avec laquelle il signe un nouvel accord de livraison moyennant une ristourne de 6%, et l’Asie dont la consommation est exponentielle. Le projet de South Stream qui est née d’intentions politiques, en rendant souhaitable de construire un gazoduc sous-marin au lieu de passer par l’Ukraine, s’est achevé de la même manière. Gazprom arrête les frais à 5 milliards d’euros d’investissement. Point final le 30 décembre 2014 lorsque Gazprom rachète les parts de ses anciens partenaires : EDF (15%), Eni (20%) et Wintershall (15%) pour clore le sujet. South Stream aura incarné les soubresauts politiques de la révolution orange en 2004 à la révolution d’EuroMaïdan en 2014 à travers le prisme d’une Europe en recomposition énergétique qui diversifie ses sources énergétique et consomme ainsi moins de gaz.

Moussa Koné / Crédits photo : Marc Lagneau

sources :

http://www.dw.de/south-stream-pipeline-quarrels/a-17302072

http://www.naturalgaseurope.com/gazprom-raises-full-cost-south-stream-over-56-billion

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/moscou-renonce-a-construire-le-gazoduc-south-stream-vers-le-sud-de-l-europe_1627934.html

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/07/la-chantier-du-gazoduc-south-stream-qui-doit-relier-la-russie-a-l-ue-est-lance_1801750_3234.html

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L’extrême droite et l’environnement

Le docteur en sciences politiques et historien des idées Stéphane François, dans son livre « L’Écologie politique : une vision du monde réactionnaire ? », analyse les notions de retour à la terre, de nostalgie, de technophobie et d’antilibéralisme, comme des notions partagées par les écologistes et les « réactionnaires ».

Bien que l’extrême droite française ne se revendique que rarement « écologiste », existe-t-il une idéologie de l’environnement chez ses partisans?

Hormis la nostalgie des campagnes paysannes françaises et la détestation de l’idéologie progressiste des lumières, peu d’écrits par des auteurs engagés à droite, se penchent sur l’écologie. Il faut noter cependant le livre du politologue et journaliste Alain de Benoist publié en 2007, intitulé « Demain la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’au bout ». Dans ce livre, l’auteur s’appuie sur un constat malthusien pour penser une décroissance non liée à un égalitarisme social.

En pratique cependant on voit un relai de plus en plus grand par l’internet d’extrême droite des réflexions environnementales de tous horizons. Le bloc identitaire et le Projet apache par exemple  se réclament sur leurs sites de « l’écologie » et de « l’anti-mondialisme ». Ils justifient leur radicalité et leur violence par l’impératif environnemental auxquels ils opposent « un idéal de ré-enracinement et de relocalisation économique, avec notamment l’objectif de réduire des importations exotiques particulièrement polluantes ». Dans le même sens, le Mouvement d’action sociale, d’inspiration fasciste, entend « préserver notre environnement, la richesse des pays et des terroirs, promouvoir une écologie organique qui rende à notre terre sa fonction sacrée et développer le micro-crédit social, les sociétés d’entraides mutuelles, les Amap, les systèmes d’échanges locaux ».

Sur une autre ligne, l’association nationaliste Égalité et réconciliation relaie des articles de l’humaniste Pierre Rabhi, des vidéos sur la permaculture ou l’agriculture bio.  L’association politique se finance même par une boutique bio en ligne – aubonsens.fr - qui vend des huiles de soins biologiques et des plats préparés bios aux cotés des bérets français 100% pure laine. Parallèlement certaines mouvances pratiquent un syncrétisme intéressant avec l’extrême gauche en adoptant certaines de leurs pratiques en même temps que leurs idées de décroissance. C’est le cas de l’AFU ou du Lys Noir qui se marginalisent et distribuent des Samizdats, journaux auto édités de style clandestin et dissident.

L’extrême droite lie de plus en plus la notion de sauvegarde de la terre à celle de l’identité ce qui ne plait pas aux tenants de l’écologie sociale. A titre d’exemple, le site Decroissance.org dénonce « une tentative de récupération tout à fait inamicale sur les milieux anti productivistes et anticonsuméristes pour passer en contrebande leurs thèses néo-malthusiennes, eugénistes, racialistes ». Le meilleur exemple illustrant ces propos est sans doute le candidat néonazi allemand Hans-Gunther Laimer. En accord avec le slogan de ses affiches : « Défendre l’environnement = Défendre la mère-patrie », il organise des journées portes ouvertes dans son  potager bio de Bavière.

L’extrême droite prend de plus en plus possession des problématiques environnementales qu’elle combine avec les questions d’identité et de frontières. Certains de ses détracteurs dénoncent une stratégie récente d’« infiltration » et de « diffusion des idées en douce » parfaitement combinée avec une stratégie de dédiabolisation. Cependant, il s’agit d’une tendance qui ne se manifeste pas ouvertement en France ou il y a peu d’actes concrets et où, au contraire de l’Allemagne, les partis politiques de l’extrême droite ne se sont pas vraiment emparés de ces problématiques. Ce n’est sans doute qu’une question de temps, à moins que l’épineuse question du nucléaire ne complique  la donne aux nationalistes français.

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La Rhétorique de la transition énergétique

voiture_electrique_nucleaire_grandSégolène Royal l’a annoncé, le gouvernement s’apprête à lancer en « procédure accélérée » le projet de loi dit de « la transition énergétique pour la croissance verte » qui passera le 1er octobre à l’Assemblée nationale. La première mesure d’avenir de la France pour ce millénaire aurait pu se faire sous nos yeux en  réduisant – pour de vrai – la part du nucléaire dans le mix électrique national  de 75% à 50%  d’ici 2025. Et ce gouvernement aurait pu au fond avoir une once de vision d’avenir ou même une once de scrupule pour ses électeurs écologistes. Mais inutile de se réjouir : pas une seule centrale nucléaire ne sera fermée.

Pour atteindre les objectifs des promesses de campagnes (réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire), des dizaines de milliers d’éoliennes subventionnées seront construites et fonctionneront à plein régime aux côtés des centrales nucléaires. Mais en construisant 100 à 150% de moyens de production énergétique supplémentaires dans un pays où la population augmente assez peu, ne risquons-nous pas d’augmenter la surproduction d’une énergie non stockable? Les industriels de l’énergie ont bien sûr réfléchi à cette question avant nous. Ils ont même proposé un accord astucieux au gouvernement : un accord gagnant-gagnant … pour le gouvernement et les industries, qui consistera à augmenter de 100 à 150% la consommation électrique en France.

La clé de cet accord : la voiture électrique, cet engin qui ne pollue pas, en tout cas de façon visible. Car si le gouvernement développe la voiture électrique pour donner un nouveau sens au secteur nucléaire, cela veut dire que celle-ci produit directement des déchets nucléaires indestructibles et nocifs pour des millions d’années en plus de contribuer au pillage des mines d’uranium du Niger et d’émettre des gaz à effet de serre au cours du transport de ce minerai.

Par le biais de la loi dite “de transition énergétique”, le gouvernement s’apprête non seulement à offrir des dizaines de milliards aux industriels de l’automobile électrique mais également des privilèges uniques aux seuls CSP+ utilisant le système de véhicule électrique. En effet, les utilisateurs du réseau électrique bénéficient déjà à Paris de places de parking gratuites et réservées ainsi que de pleins de leur batteries aux frais de la collectivité. Si vous soutenez malgré tout la voiture électrique (dans son état d’avancement actuel), une étude de l’Ademe montre que celle-ci n’est pour le moment pas plus vertueuse que la voiture thermique et cela même concernant les émissions de CO2. On attendra donc que l’État regarde vers de vrais projets d’avenir comme peut être les moteurs à air comprimé.

Faire croire à un geste environnemental en maintenant le nucléaire et en subventionnant l’augmentation de la consommation d’énergie, c’est le tour de force unique qu’aura réussi à réaliser le gouvernement socialiste. « De toutes façons sur le papier nous aurons atteint la part de 75% à 50%  de nucléaire dans le mix électrique national » pensent-ils bien trop fort.

Hormis le nucléaire on remarque également que la réforme du code minier et le projet de loi sur la biodiversité semblent passer à la trappe. Mais enfin, tout n’est pas à jeter dans ce projet de loi : si l’essentiel de celui-ci a un gout amer de trahison, on salue tout de même le projet de normes pour la construction d’édifices publics à « énergie positive » et les quelques points concernant la préservation des terres agricoles et les ressources en eau. Quelle drôle de chose que ce mot « transition énergétique » qui sonne comme le mot « révolution » et qui comme en 1789 ne changera au fond que les apparences. Comme le disait le comte de Lampedusa dans le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Sources :

http://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/geopolitique-de-l-energie-thematique_89429/nucleaire-solaire-le-gouvernement-francais-sait-il-vraiment-ce-qu-il-veut-article_287937/

http://blogs.mediapart.fr/edition/nucleaire-lenjeu-en-vaut-il-la-chandelle-pour-lhumanite/article/100914/voiture-electrique-nucleaire-bluecub-retire

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/20131204trib000799310/le-vehicule-electrique-pas-si-ecologique-que-ca-.html

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Une autre histoire du développement durable

 

Si l’écologie s’impose dans les préoccupations politiques depuis les années 70, on aura tendance à croire qu’avant cela elle n’est que l’apanage de scientifiques illuminés ou de théologiens amoureux de la nature. Mais quand on se penche sur l’histoire, il existe déjà avant l’ère du pétrole, une pensée intimement liée au développement durable : la pensée du long terme.

Vers 1700, le royaume de France est un géant démographique à tel point qu’un Européen sur quatre est un Français. La puissance française consomme de plus en plus de ressources. Après les guerres de religions et la fronde, les préoccupations du gouvernement depuis près d’un siècle sont au centralisme et à la préservation de l’unité du pays. Les « réformations », mots équivalents aux réaménagements actuels se font rares. C’est dans ce contexte troublé que la demande de bois a insidieusement grimpé. Principale matière première et principale source d’énergie, le bois est un peu l’équivalent du pétrole à notre époque avec l’essence et le plastique. Avec le défrichage, la surexploitation, la contrebande et le relâchement de l’administration des forêts, celles-ci sont décimées quantitativement et qualitativement. Les grands chaines propices à la fabrication des navires se font tellement rare que l’on doit en importer d’Europe du nord et de l’est. Les dirigeants français font face à une situation qui ne nous est pas inconnue à notre époque: faire rebondir la croissance après la fin d’une période de prédation des ressources naturelles.

Mais comment un gouvernement qu’on aurait tendance à imaginer comme archaïque a-t-il pu rebondir?

Dans cette situation de crise politique, où le déficit commercial voire même la dépendance énergétique approchaient lentement, la réponse est trouvée par un ministre ingénieux. En 1661, c’est Colbert, ministre de Louis XIV qui, réalisant les dangers pour la France entreprit « la grande réformation ». Il redressa la gestion administrative des forêts et lança des opérations massives de replantage d’arbres. La gestion administrative renforcée permis de redresser le pays à moyen terme et le replantage d’arbre permettait de prévenir plus de 200 années de besoins en bois. Louis XIV,  qui avait tout intérêt à transmettre « l’entreprise familiale » à son descendant lui apporta son soutien.  La longévité ministérielle et l’appui royal dont il bénéficia lui permit de mener sa politique jusqu’au bout. Ces réformes furent un franc succès : par-delà la Révolution elles inspirèrent le code forestier moderne de 1827 et la marine royale fut ressuscitée dès 1670 en n’utilisant plus guère que des bois français.

L’ancêtre du grenelle de l’environnement ?

La définition Wikipédia du Grenelle de l’environnement explique qu’il s’agit d’ « un ensemble de rencontres politiques organisées en France, visant à prendre des décisions à long terme en matière d’environnement et de développement durable, en particulier pour restaurer la biodiversité et de schémas régionaux de cohérence écologique, tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre et en améliorant l’efficience énergétique. » Si les décisions de Colbert n’ont pas cet apanage démocratique de « rencontre politique » on voit que les préoccupations environnementales de l’époque sont englobées de la même façon dans une volonté de réforme.

En ce qui concerne les résultats, si on en croit le « bilan du grenelle » publié par une dizaine d’associations impliquées dans le processus (dont les incontournables Greenpeace, WWF et la LPO) il y aurait une absence d’application concrète des mesures et l’abandon des « mesures efficaces ». Le volontarisme et la continuité gouvernementale qui ont fait le succès des reformes environnementales du XVII eme siècle semblent avoir fait cruellement défaut en 2007.

L’homme qui a planté des arbres  en prévoyant leur consommation trois siècles à l’avance s’étonnerait surement de voir les bénéficiaires de ses politiques dans une telle impasse. Et ironie du sort, les seuls mouvements politiques adoptant un semblant de réflexion long-termiste pensent arborer un concept révolutionnaire.

Source: La grande reformation des forêts royales sous Colbert (1661-1680) par M.Deveze

documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/33607/AEF_1962_19_2_169.pdf?sequence=1

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