Mort dans l’après-midi


Ce n’est pas un simple footballeur qui s’en est allé hier après-midi.

C’est aussi, c’est surtout la disparition d’un poète, d’un visionnaire, d’un esthète, d’un esprit libre, d’un architecte, d’un génie, d’un funambule, d’un footballeur hors-norme, inclassable, incassable, la quintessence même de ce qu’on appelle tout simplement la classe.

L’élégance inouïe d’un manieur de ballon qui ne payait pas de mine, efflanqué, maigre presque malingre mais capable de doubles accélérations fulgurantes qui suppliciaient le défenseur adverse, à la recherche d’un ballon déjà passé derrière son dos.

Un magicien. Un vrai. Toujours authentique. Toujours dans le vrai. Une vision de jeu périphérique. Stratosphérique. Qui avait tout compris aux sortilèges du foot. Qui ensorcelait le ballon. Le captivait. Le distribuait comme d’autres distribuent des hosties.

Tout devenait simple avec Cruyff.

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Il trouvait toujours une solution même face aux défenses les plus hermétiques du continent. Il avait la fluidité en lui, cette grâce inouïe presque enfantine de l’artiste capable de précéder son époque et en même temps d’annoncer ce qui serait l’avenir même de son sport.

Rimbaldien.

Il avait un temps d’avance.

Sur tout.

La façon de se coiffer, la façon de se comporter sur un terrain, la façon d’habiter son sport, la façon de s’entraîner et aussi la passion de transmettre.

Il puait le football.

Sur un terrain, il était partout. En défense, au milieu, en attaque. Un chef d’orchestre. Un virtuose. Un fanfaron. Un gamin. Il a complexifié le football en le rendant simple comme un penalty tiré à deux. Il a réinventé le football. Il a fait voler en éclats le catenaccio pour imposer la vision d’un jeu qui serait tout à la fois une ode à la liberté et à l’insouciance et une manière d’être au monde.

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Il n’a peut-être jamais gagné de Coupe du monde mais c’est sans importance.

Il était au-dessus des trophées et autres récompenses.


Il était le football.

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Des antidépresseurs pour les terroristes


Après mûre réflexion, je ne vois qu’une solution, une seule, pour éradiquer le terrorisme et mettre fin à ces carnages à répétition, c’est le lâchage de tonnes d’antidépresseurs sur Molenbeek et sa région.

Une opération de grande envergure intitulée, Molécule contre Terrorisme.

Un plan Marshall de la reconquête de soi.

Du Prozac, du Zoloft, de l’Effexor, du Deroxat, du Laroxil, de l’Anafranil déversés à grands flots dans les rues des communes belges.

Des antidépresseurs à s’en faire éclater de joie le cerveau.

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Des capteurs de sérotonine de la dernière génération capables de réduire à néant les chagrins existentiels de nos terroristes favoris qui, las de vivre, désespérant de trouver un sens à leurs existences moribondes, pris au piège de leurs propres contradictions, enfermés dans des logiques mortifères, confient à la mort le soin d’abréger leurs souffrances.

Deux pilules au saut du lit, une poignée à l’heure du déjeuner, quelques cachets avant le coucher et, hop houba hop, en l’espace de quelques semaines, ces aficionados de la terreur urbaine en auront fini avec cet amour de la mort qui hante leurs vies.

Résultat garanti.

Oubliées ces pulsions suicidaires, envolé ce désir d’en finir avec la vie, éradiqué ce besoin maladif de propager la terreur afin de légitimer une mort à laquelle ils ne savent ou ne peuvent se soustraire.

Bien vite, ils retrouveront confiance en l’avenir, redécouvriront les simples joies de l’existence – manger, boire, baiser, s’engueuler avec son voisin, descendre les poubelles, balancer de la mie de pain aux pigeons – renoueront avec cet appétit de l’éternelle jeunesse désireuse de mordre dans la vie à pleines dents.

Les terroristes sont de grands dépressifs qui s’ignorent.

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Regardez bien leurs visages : ils sont amorphes, leurs yeux disent la mélancolie de leurs humeurs, leurs bouches, la fatigue de vivre une existence blafarde qu’aucun jeu vidéo ne parvient plus à égayer.

Ils sont arrivés au bout de leur chemin, ces gens-là.

A force de vivre dans un pays où le ciel est si bas qu’un canal s’est pendu et où des diables en pierre décrochent les nuages, ils ont épuisé en eux toute velléité de renouer avec leur lumière intérieure.

A nous de les aider.

Terroriste, si tu me lis, apprends qu’il existe désormais de petits pilules très bien foutues, remplies d’expédients chimiques autrement puissants que tes bombes d’opérette, à même d’aider ton cerveau à chasser ces idées noires qui te pourrissent l’existence (et la nôtre par la même occasion), à le dépolluer de toutes ces fantaisies mortifères, à lui redonner sa vigueur et son enthousiasme d’antan.


Bouffe des antidépresseurs à volonté, tu verras, tu vas t’en sortir, t’es pas tout seul Jef.

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Paris est éternel, hélas !


D’humeur suicidaire, j’ai décidé l’autre jour de revenir en Terre de France, juste pour quelques jours, histoire de revoir la famille, saluer une poignée d’anciens camarades, administrer une raclée bien sentie à quelques détracteurs sévissant sur ce blog, nouer des contacts, en enterrer d’autres, consacrer des amitiés naissantes et prendre le pouls de la capitale.

Hier, encore en pleine déconfiture mentale, plongé dans les affres du décalage horaire qui transforme le temps en une vaste partie de mikado, les yeux ensommeillés et l’esprit tuméfié par ces changements d’horaires à répétition, je suis retourné sur les lieux de mon enfance et de mon adolescence.

L’appartement où j’avais vécu avec mes parents.

La rue où j’avais grandi.

Le quartier où je n’avais pas accompli les cent mille coups.

Le décor familier de mes années adolescentes que je n’avais pas revu depuis des lustres.

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Lentement, j’ai remonté l’avenue du Général Leclerc, le cinéma Gaumont de la place d’Alésia se trouvait en travaux, on était samedi, il faisait frisquet; lugubre, les arbres décharnés lançaient des suppliques muettes vers le ciel moribond, l’hiver touchait à sa fin, c’était Paris, ce Paris que j’avais fui des années auparavant et que je retrouvais intact, immuable, figé dans cette posture d’éternité propre aux cités de la Vieille Europe.

Rien ou presque n’avait changé.

Des commerces et officines que déjà à mon époque je considérais appartenir à la préhistoire étaient toujours là, avec leurs mêmes devantures vieillottes, leurs mêmes enseignes antiques annonçant ici la présence d’une mercerie, là d’un pressing, plus loin d’une boulangerie désormais tenue par une personne d’origine asiatique, ce qui n’a pas manqué de me surprendre.

Longtemps, je suis resté devant la porte de notre ancien immeuble.

Elle non plus n’avait pas changé.

En bois massif, imposante, elle se dressait devant moi telle une sentinelle de ma jeunesse, prompte à me réduire en poussière si d’aventure j’osais franchir son seuil.

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J’ai levé les yeux vers le deuxième étage, à l’endroit précis où nous avions habité pendant si longtemps, où j’avais des heures durant rêvé, posté au balcon de ma chambre, à des départs impossibles et à des ailleurs toujours possibles, où les années avaient passé dans le lent et paisible écoulement de l’enfance puis de l’adolescence quand j’allais dans la vie, indéterminé, inachevé, tourmenté, égaré dans une existence qui me débordait de toutes parts.

Je me suis demandé si l’appartement était resté en état, si la chambre de mon frère et moi se trouvait toujours au même endroit ou si les nouveaux locataires s’étaient décidés à la transformer en un bureau, un sauna ou en une salle d’attente, si l’ordonnancement des pièces était toujours le même, si la salle de bains jouxtait encore la cuisine, si la chambre de mes parents était toujours celle se situant aux confins de l’appartement, juste après la salle à manger.

Je n’étais pas nostalgique simplement amusé de me retrouver ici, moi qui désormais vivait à des milliers de kilomètres de là.

J’ai traîné dans les rues adjacentes mais là aussi rien n’avait vraiment changé et j’ai fini par me dire que rien ne changerait jamais, que ces rues là étaient maintenant bien trop vieilles, bien trop enchâssées dans les coursives du temps pour se transformer, qu’un siècle, dix siècles pourraient passer sans que jamais elles ne changent d’un iota, qu’elles se tiendraient ainsi, intemporelles, jusqu’à la nuit des temps, plus fortes et inexpugnables que le temps lui-même.

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Elles respiraient la mort, non pas la mort qui serait la fin de tout, mais la mort tranquille, souveraine, posée, une mort chloroforme et hypnotique où si les êtres étaient amenés à changer, les lieux eux ne bougeraient jamais et continueraient à tenir leur rang aussi longtemps que la vie perdurerait en cette paisible retraite.


Je m’en suis allé, j’ai retrouvé l’agitation de l’avenue, et mentalement, j’ai compté le nombre de jours qui me restait avant de retrouver le nouveau monde.

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Paris champion : un petit pas pour le PSG, un grand pas pour le football

 

Paris est champion.

On est content pour eux.

Comme quoi, le travail finit toujours par payer.

C’est tout de même émouvant cette histoire d’un club perdu il y a encore quelques saisons pour le football et qui soudain, suite à une intervention d’un prince des mille et une nuits, se retrouve au firmament du football hexagonal voire même continental.

C’est comme un homme qui aurait perdu l’usage de ses jambes, et qui soudain, après s’être octroyé un lavement à l’eau de Lourdes, se remettrait à galoper comme un pur-sang afghan.

On en verserait presque une larme d’émotion.

Que de chemin parcouru en l’espace de quelques années.

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Que de travail, d’abnégation, de force de caractère, de volonté acharnée, d’humilité, de sacrifices, de don de soi, de remise en cause, d’efforts, de courage, oui monsieur de courage a-t-il fallu pour arriver à pareil résultat.

Une vraie leçon de vie.

Comme quoi dans l’existence, rien n’est jamais vraiment perdu, il suffit d’un rien pour que l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux renaisse à la vie et nous donne du blé du meilleur avril venu d’un pays où il ne pleut pas.

Un conte de fées qu’on lira encore dans deux siècles pour dire aux gamins du futur que dans la vie, quand tu t’accroches, même si au départ, tu n’as rien pour toi, même si Dame Nature ne t’as pas gâté, même si t’es con comme un balai, pauvre comme job, vêtu comme un as de pique, doué pour rien et rien dans le slibard, eh bien, si tu crois en ton étoile, si tu y crois vraiment, tu finiras toujours par réaliser tes rêves les plus fous. Toujours.

Paris c’est magique, gamin.

La vie est magique, petit.

Le football est magique, bonhomme.

Magique.

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Car, franchement, ce n’était pas gagné d’avance cette affaire-là.

Rien, absolument rien ne te garantissait qu’en achetant et les meilleurs joueurs du monde et en les mettant dans les meilleures dispositions et en étant le seul à être capable d’agir de la sorte, tu finisses par remporter la mise.

Tu eus pu te planter.

Une épidémie d’Ebola ou de Zita ou de Rika Zaraï dans ton effectif, un tsunami soudain de la Seine emportant le Parc des Princes jusqu’à Rouen voire même au Havre, la libération anticipée de Charles Manson, un obus de la seconde guerre qui pète au passage de ton bus, une invasion de sauterelles, la Tour Eiffel qui pique du nez et s’abat sur tes meilleurs joueurs en train précisément à ce moment-là de dîner dans un restaurant du Trocadéro, et paf ! du jour au lendemain, tu te retrouves en bas de l’échelle à récurer les fonds de culotte du classement.

Faut pas croire ce que disent les mauvaises langues, l’argent ne fait pas tout.

C’est bien beau d’aligner des vedettes et de les faire jouer contre des clampins qui confondent le foot avec du bilboquet, si tu n’y mets pas un peu du tien, si tu te contentes de jouer à la baballe, si par malheur tu arrives à en oublier les fondamentaux, t’auras beau faire, mais ton titre de champion, faudra attendre le joli mois de mai pour renifler son parfum.

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On ne le dit pas assez mais le sport de haut niveau, c’est avant tout une affaire de mental et de physique.

T’as beau être riche à en crever, il faut encore que la tête et les jambes suivent et qu’au niveau technico-tactique tu sois raccord.

Sinon, tu fais du surplace et tu te retrouves comme un con, un soir du côté de Guingamp ou de Saint-Etienne, à pleurer sur tes adversaires infidèles qui échangent leurs vertus contre une pièce en or dans le son déchiré de ballons rances qui dansent dans tes filets ruisselants en se frottant le cuir sur la panse de ton gardien.

Paris champion, c’est à peu près aussi prévisible que de gagner les 24 heures du Mans à bord de ton bolide quand les autres concurrents enfilent les tours de circuit à bord d’une rosalie tirée par des chevaux de trait atteints de la maladie de la vache folle.


Au fond, mon prof de gym avait raison : le sport, comme école de la vie, on a jamais trouvé rien de mieux.

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À l’heure d’Internet, impossible d’échapper à la laideur du monde


Il faudrait pouvoir vivre sans rien savoir du monde, sans jamais lui accorder la moindre importance, sans lui prêter une quelconque attention, retiré dans notre chambre à soi, entouré de ceux qu’on aime, de quelques livres, de musique, d’amis, d’un chat roulé en boule et de la fumée de ses rêves appolinairiens.

Et surtout sans Internet.

C’est douloureux Internet à force.

C’est une lucarne sur un monde dont rien absolument rien ne nous échappe, ni la veulerie des hommes, ni les outrages commis ici et là, ni la litanie des malheurs qui à chaque heure essaiment ses drames avec la régularité d’un horloger.

Nul moyen d’y échapper.

A chaque heure, en un flux continu, sans qu’il soit possible de se soustraire à sa domination, Internet nous dévoile les mêmes horreurs, les mêmes tragédies collectives ou individuelles, les mêmes crimes, les mêmes souillures, les mêmes renoncements, les mêmes appétences pour tout ce qui dégrade, abîme, détruit.

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Ce qui, à la longue, malgré notre bonne volonté, notre envie de prolonger notre enfance, notre besoin effréné de croire, nous font désespérer chaque jour un peu plus de l’humanité.

De cette humanité qui n’apprend jamais rien de rien, recommence exactement les mêmes erreurs qu’hier, reproduit les mêmes folies d’un temps assassin qui n’épargne ni nos cœurs ni nos âmes, étrangle nos espérances, rend caduque toute aspiration de voir ce monde-là s’amender et devenir enfin raisonnable.

Puis comme si ce n’était pas assez, comme si ce déluge de mauvaises nouvelles déversées par Internet ne suffisait pas, il faut encore au bas de chaque article ou dépêche, se coltiner désormais les commentaires des uns et des autres où éclatent la parfaite et splendide et abyssale et indestructible bêtise humaine, la jalousie, la mesquinerie, le chant ignoble des petits propagateurs de la haine quotidienne, les invectives, les a-priori, les égoïsmes, les triomphantes déclarations des crétins de tout bord qui se prennent pour les maîtres du monde et tiennent à nous le faire savoir.

Et cette double confrontation finit par nous épuiser.

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Ce n’est point la faute à Internet, c’est juste que l’accès que nous avons désormais en continu aux pulsations du monde ne nous laisse aucune chance de lui échapper et nous condamne à le regarder sans artifice, les yeux dans les yeux, dans un impitoyable face-à-face qui nous laisse exsangues de tout espoir.

Il est plus ardu d’être optimiste à l’heure d’Internet.

Il est plus compliqué d’être naïf.

Il est plus difficile de se nourrir d’illusions.

Internet, avec son effet démultiplicateur, veille à ce que jamais nous ne puissions baisser la garde ; il nous admoneste de contempler le monde dans toute sa repoussante laideur, il ne nous épargne rien, il dépose à chaque matin recommencé son petit tas de chiures avec lequel il nous faut composer.

Il nous fatigue. Nous écœure. Nous donne le tournis.

Ne nous laisse jamais en paix et nous plonge au cœur des ténèbres.

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Et nous force à puiser au plus profond de nous-mêmes afin de trouver l’énergie nécessaire pour continuer nos batailles individuelles, travailler à rendre ce monde meilleur et plus vivable, tendre une main secourable à ceux encore plus mal lotis que nous, aller de l’avant tout en étant convaincu de l’inanité de notre démarche.

Le monde n’allait pas mieux avant Internet.


Il était juste invisible.


Et en un sens c’était bien plus confortable.

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Ma visite dans un café à chats


L’époque est aux chats.

Impossible d’y échapper.

C’est ainsi que l’autre dimanche, au lieu de batifoler avec madame ou de jouer au curling avec le curé de la paroisse ou de poser nu pour le catalogue de la concierge de l’immeuble, je me suis retrouvé à déguster un chocolat chaud dans un café à chats.

Oui un café à chats.

C’est tellement tendance qu’il faut réserver à l’avance pour être sûr de ne pas être éconduit comme un vulgaire vendeur d’encyclopédies essayant de refourguer sa cargaison à des chômeurs désabusés.

L’endroit situé au centre-ville est hyper sécurisé.

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Il faut passer par des tas de sas, jurer sur l’honneur de ne pas déranger Sa Majesté le chat si ce dernier venait à roupiller, éviter de lui grattouiller le ventre, ne pas lui refiler en douce des bonbons et autres confiseries, ne point lui tordre la queue ni s’amuser à lui allonger les moustaches, se montrer le moins brusque possible dans ses déplacements, ne pas courir après lui ni essayer de lui donner une douche, ne pas élever la voix, ne pas se moquer de sa couleur de poil, respecter son humeur du moment et s’engager à ne pas porter plainte si d’aventure il vous éborgnait d’un coup de griffe.

Après avoir dit “je le jure”, j’ai été autorisé avec une quinzaine d’autres convives à rentrer dans le chat des chats.

Éparpillés un peu partout à travers le café, les félins ont fait mine de ne pas m’apercevoir.

Certains dormaient dans leurs corbeilles, d’autres glissaient sur le parquet et se faufilaient silencieux et gracieux entre les tables, une paire de chats tigrés disputait une partie d’échecs endiablée, un autre dansait avec son ombre, deux trônaient en-haut d’une bibliothèque et dissertaient des avantages d’un régime de croquettes sans gluten, la plupart somnolaient comme des fumeurs de haschich en rêvant à des adoptions prochaines.

Un encore essayait les griffoirs les uns après les autres comme s’il se livrait à une enquête comparative pour Soixante millions de consommateurs.

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Les clients ont voulu jouer avec eux – des baguettes avec des plumes à leur bout étaient gracieusement mises à disposition par la patronne de l’établissement – mais les chats épuisés par une semaine de dur labeur réagissaient à peine  à leurs sollicitations ou alors ils se contentaient de suivre du regard la trajectoire du bâton sans même daigner lever une patte.

J’ai essayé d’entamer la conversation avec l’un d’eux, je voulais juste savoir s’il se plaisait en ce lieu improbable, mais il m’a commandé de la fermer : il était debout depuis midi, il n’avait pas arrêté d’être emmerdé par des consommateurs voulant absolument le prendre en photo, il n’en pouvait plus de prendre la pose, il avait besoin d’une pause.

Je l’ai laissé tranquille.

A un moment, j’ai eu envie de pisser, je me suis rendu aux toilettes mais à la place des cuvettes habituelles, il n’y avait que des bacs à litière : assurément je m’étais trompé de porte, j’ai vite quitté les lieux avant de prendre un avertissement pour conduite déplacée et violation de domicile.

Visiblement les chats avaient l’air heureux d’être là, en ce lieu qui tenait tout autant du zoo que du boudoir : ils se laissaient dorloter par les clients sans moufeter, ils devaient savoir qu’avec un peu de chance, l’un d’entre eux le ramènerait chez lui et qu’il pourrait bientôt disposer d’un appartement à lui tout seul.

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A force de les regarder se pavaner de la sorte, par une association d’idée qui n’a pas manqué de me surprendre, je me suis dit que je devrais ouvrir un café à Juifs.

Je m’en ferais livrer quelques specimens d’Israël, j’en disposerais un à chaque table, on pourrait converser avec lui, jouer avec ses papillotes, lui demander d’enlever sa Kippa, de la remettre, de l’enlever à nouveau ; à chaque question posée il répondrait par une question, ce serait, ai-je songé, le meilleur moyen de lutter contre l’antisémitisme quand on finirait par s’apercevoir qu’ils ne sont pas si différents qu’on le prétend.

Au bout d’une heure, je suis rentré chez moi, mon chat m’attendait, il m’a demandé où j’étais encore passé, je n’ai pas osé lui avouer mon expédition en terre féline, il aurait pu se méprendre, s’imaginer des choses, penser que je voulais l’échanger contre un chat du café ou que j’étais las de lui ou pire encore que je le trompais en cachette.


Pour me faire pardonner, je lui ai servi une double portion de croquettes, je l’ai laissé à ses agapes, je me suis enfermé dans mon bureau et j’ai commencé à recruter sur internet des chats d’ascendance juive.

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A lire aussi : http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2014/09/22/le-chat-est-un-juif-comme-les-autres/

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Les primaires américaines ? Plus palpitant que la nouvelle saison de House of Cards


Proximité oblige, je bouffe de la politique américaine en ce moment.

A haute-dose.

Pour tout dire, entre la saison des primaires et les nouveaux épisodes de House of Cards, je ne sais plus où ranger ma bannière étoilée.

Tout juste si je ne finis pas par confondre Kevin Spacey avec Donald Trump, Hillary Clinton avec Claire Underwood, à mélanger les intrigues entre elles, à ne plus trop savoir qui joue à la comédie du pouvoir tant le spectacle offert par les différents prétendants à la primaire, notamment républicaine, pourrait figurer dans le catalogue de n’importe quel studio hollywoodien.

Il faut bien comprendre que les élections américaines sont avant tout un immense show, une sorte de parade un peu folle et baroque où, de villes en hameaux, de salles de réunions en maisons de retraite, de gymnases en préaux d’école, les candidats retrouvent ce goût brûlant et abrupt de la démocratie directe quand il s’agit de convaincre presque un par un chaque électeur de voter pour lui.

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Quelque chose qui relève tout à la fois de la mise à nu, du don de soi, de l’abjuration, de la prédication, de l’incantation, de l’art de soulever le cœur des gens tout en prenant soin de toujours parler à leurs âmes.

Un mélange de professionnalisme et de rusticité qui laisse pantois et dubitatif l’observateur européen, peu habitué à ces joutes électorales où un candidat a le devoir d’aller à la rencontre du pays profond, patelin après patelin, dans une ambiance aussi folklorique que pastorale, tout en évoquant du haut de son estrade Dieu et son représentant sur terre, le dollar. 

Avant de venir ferrailler avec ses adversaires sous les sunlights télévisuels et de s’affronter dans des débats hauts en couleur qui tiennent tout autant des jeux du cirque, du stand up comedy, de la roue de la fortune et du Jour du Seigneur.

Il fallait les voir l’autre soir blablater du côté de Détroit, juste après le Super Tuesday, dans un combat sanglant digne d’une finale d’Intervilles.

Ce fut sublime.

Ce fut grotesque.

Ce fut tragique.

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Ce fut un de ces moments où l’Amérique apparut dans tout ce qu’elle peut avoir de pire et de meilleur (si, si), de démesuré et de grandiose, de fascinant et de révulsant, de régressif et de troupier.

Une sorte de parade, de fête foraine de la politique où chacun des candidats eut droit à son quart d’heure de gloire dans une foire d’empoigne si peu structurée qu’on eut grand-peine à se faire entendre, le débat se polarisant autour de l’abominable Trump, sublimement arrogant, tour à tour cuistre, rugueux, cinglant, comique, clownesque, tout à fait capable d’affirmer tout et son contraire sans jamais se départir d’une assurance qui en dit long sur sa conviction d’être l’homme de la situation.

Si bien que le soir venu, en découvrant les premiers épisodes quelques peu mollassons de House of Cards, série toujours aussi peu convaincante quand elle s’attarde à décrire les tourments intérieurs de ses personnages pris dans une sorte de comédie du pouvoir qui se voudrait shakespearienne mais qui s’avère être la plupart du temps seulement boulevardière, en une apoplexie des sentiments dont on a grand-peine à se convaincre du bien-fondé et de la véracité, on se surprit à regretter ce bon vieux Donald en pleine prise de tête avec ses poursuivants.

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House of Cards excelle quand elle laisse à découvrir les envers du décor présidentiel, à décortiquer les rouages de la politique américaine, dans cet apprentissage de l’exercice du pouvoir où à tout instant il faut ruser avec la morale afin de se trouver une place au soleil.


Une place tant convoitée par les concurrents aux primaires qu’il va falloir un sérieux coup de vis dans la suite de House of Cards pour qu’elle puisse concurrencer en intérêt et en intensité cette campagne électorale digne de figurer comme l’une des meilleures séries du moment.

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Lisez Steve Toltz et rien d’autre


Parfois je me souviens que je suis un écrivain.

Et qu’un écrivain c’est censé donner des conseils de lecture à la meute de lecteurs abrutis qui galopent de livres en livres à la recherche d’un chef-d’œuvre introuvable.

C’est tout de même le seul domaine, hormis l’art de paresser ou d’essayer de soutirer de l’argent à son éditeur, ou de passer des journées à papoter avec soi-même, où il peut se vanter d’avoir quelques compétences, voire même une certaine, même si toute relative, légitimité.

Puisqu’à part lire, un écrivain est la plupart du temps un bon à rien, un parasite qui s’abrite derrière son statut de prosateur à la petite semaine pour flemmarder à la maison, tourner en rond dans son bureau et rechercher l’inspiration en matant des quadruples pénétrations anales sur un site réservé aux grandes personnes.

Et à lire.

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Évidemment comme il est jaloux comme pas un, la plupart du temps, il boude ses contemporains, surtout ceux qui ont du succès, qu’il juge, selon son humeur, à chier, illisible, prétentieux, pédant, raseur, poseur, merdique, chichiteux, circoncis de la plume, amputé du cerveau, un sous-sous-sous Hemingway qui déjà lui-même écrivait comme un cochon neurasthénique.

C’est dire que lorsqu’il vous conseille d’acheter tel ou tel bouquin et que ledit bouquin n’est pas un classique d’un auteur russe trépassé depuis trois siècles, ni un inédit d’un auteur mongol connu de lui seul, vous pouvez en toute confiance courir chez votre libraire favori acheter le livre chaudement recommandé par Monsieur l’écrivain en personne.

Quand on me demande, t’aurais pas un bon livre à me conseiller, généralement en un premier temps, je dis que non, en un deuxième temps, ”Essaye Shakespeare. C’est inégal mais ça tient la route”, en un troisième temps, ” Je ne lis plus, je relis”, en un quatrième temps, ”Aucune idée, quand j’écris je ne lis pas”, en un cinquième temps, ” Je ne travaille pas chez Amazon”, en un sixième temps, ”La Bible ou le Capital ou le Petit Livre rouge ou le Programme commun”, et enfin, si je ne me suis pas  encore pris un coup de boule, je postillonne, ”Steve Toltz, Une partie du tout.”

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Qui ? Steve Toltz. C’est qui ? Un écrivain. Quel genre ? Moi en mieux.

Hier Steve faisait la une du Monde des livres.

Évidemment ça m’a un peu énervé parce que moi je n’ai jamais fait la une du Monde des livres mais j’ai quand même été content pour lui. Parce que s’il y a bien un fils de pute d’écrivain qui mérite de figurer en une du Monde des livres, c’est bien lui.

Faut que je vous raconte Steve.

Un jour, ma fiancée est rentrée à la maison avec des livres. Vu qu’elle était libraire, ce n’était pas étonnant. J’ai parcouru le tas, à chier, illisible (voir plus haut) jusqu’à tomber sur ce qui n’était pas encore un livre mais un jeu d’épreuves, sans couverture, sans rien, avec seulement le titre et le nom de l’auteur : “Une partie du tout” de Steve Toltz. Traduit de l’australien.

Inconnu au bataillon.

Plus de huit cents pages.

Le jour d’après, je ne sais plus pourquoi ni comment, j’ai commencé à le lire. Quand je l’ai fini, sonné, conquis, étourdi, amoureux, je suis allé demandé à Google c’était qui ce petit con qui avait écrit ce chef-d’œuvre absolu ?

Capture steve

Et là j’ai appris que le Steve en question était juif – ça, avec un génie pareil, je m’en serais douté – qu’il avait vécu à New-York, à Barcelone, à Vancouver – à ce moment, j’ai senti comme un début d’érection – et qu’il habitait désormais à Paris.

Et là, j’ai fait un truc que je n’avais jamais fait que je ne referai plus jamais, je suis allé sur son site personnel, j’ai récupéré son adresse mail, et comme un abruti de fan, je me suis fendu d’un petit mot pour lui dire que son livre n’était pas trop mauvais.

Quelques jours après il est venu dîner à la maison et bon le reste ne vous concerne pas (non, malgré son envie pressante, il n’y a rien eu de sexuel entre nous. Avec ma fiancée non plus)

Son deuxième roman, celui qui fait la une du Monde des livres, putain tout cela parce qu’il est australien tandis que moi…, vient de sortir sous le titre “Vivant, où est ta victoire ?”

Je l’ai lu cet automne mais en anglais.

Je n’ai pas tout compris mais ce que j’ai compris c’est que Steve lui avait tout compris à la littérature.


Alors, et c’est un conseil que je vous donne, commencez à lire “Une partie du tout” puis enchaînez avec “Vivant, où est ta victoire ?”


En fait ce n’est pas un conseil, c’est un ordre.

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En attendant la baisse du chômage (version Samuel Beckett)


Bureau de l’Elysée, avec calculatrice.

Après-midi.

François, assis sur une chaise, s’essaie à des prévisions. Il s’y acharne des deux mains, en ahanant. Il s’arrête, à bout de forces, se repose en haletant, recommence. Même résultat.

Entre Manuel.

                                                                               François

Rien à faire.

                                                                               Manuel

Je commence à le croire. J’ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant, Manuel, sois raisonnable, tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais le combat.

                                                                             Francois

Et si on se repentait ?

                                                                             Manuel

De quoi ?

                                                                             François

Eh bien… On n’aurait pas besoin d’entrer dans les détails.

                                                                             Manuel

D’avoir échoué ?

                                                                            François

Les électeurs sont des cons. Représentons-nous.

Godot-mise-en-scène

                                                                          Manuel

On ne peut pas.

                                                                          François

Pourquoi ?

                                                                           Manuel

On attend… la baisse du chômage

                                                                          François

Tu es sûr ?

                                                                           Manuel

Quoi ?

                                                                           François

Qu’il faut attendre ?

                                                                           Manuel

On s’est trompé dans les prévisions.

                                                                           François

Elle aurait dû déjà baisser.

                                                                           Manuel

On n’a pas dit ferme qu’elle baisserait.

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                                                                        François

Et si elle ne baisse pas ?

                                                                        Manuel

Nous attendrons le mois prochain.

                                                                        François

Et puis le mois suivant.   

                                                                        Manuel

Peut-être.

                                                                        François

Et ainsi de suite.

                                                                        Manuel

C’est à dire…

                                                                        François

Jusqu’à ce qu’elle baisse ?

                                                                        Manuel

Tu es impitoyable.

                                                                        François

Nous l’avions déjà prévue pour l’année dernière

                                                                        Manuel

Ah non là tu te goures

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                                                                              François

Qu’est ce que nous avons fait l’année dernière pour qu’elle baisse ?

                                                                              Manuel

Ce que nous avons fait l’année dernière pour qu’elle baisse ?

                                                                             François

Oui

                                                                              Manuel

Ma foi… Pour jeter le doute, à toi le pompon.

                                                                            François

Pour moi, nous avons fait l’essentiel.

                                                                            Manuel

Tu es sûr de tes prévisions ?

                                                                             François

Je ne dis pas ça.

                                                                             Manuel

Alors ?

                                                                            François

Ça n’empêche pas. Tu es sûr que c’était pour cette année ?

                                                                            Manuel

Quoi ?

                                                                            François

Qu’elle allait baisser ?

                                                                            Manuel

On a dit 2016. Il me semble.

                                                                            François

Après le Bataclan.

nombre de demandeurs d'emploi en janvier 2014

nombre de demandeurs d’emploi en janvier 2014

                                                                           

                                                                         Manuel

J’ai dû le noter.

                                                                         François

Mais quel mois en 2016 ? Et sommes-nous en 2016 ? Ne serait-on pas en 2017 ? En 2018 ? En 2021 ?

                                                                         Manuel

Ce n’est pas possible.

                                                                         François

Ou en 2014.

                                                                         Manuel

Comment faire ?

                                                                         François

Si elle n’a pas baissé en 2015, tu penses bien qu’elle ne baissera pas en 2016.

                                                                         Manuel

Mais tu dis qu’elle aurait dû baisser en 2015 ?

                                                                         François

Je peux me tromper. Taisons-nous un peu.

                                                                                                                                                                                                                           (Extrait tiré et à peine modifié de En attendant Godot de Samuel Beckett)

                                                                                                                                                                                                                   Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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