Aylan Kurdi n’est pas mort noyé, nous l’avons assassiné


Je ne suis pas du genre à brocarder nos hommes et femmes politiques.

J’exècre cette manière que bon nombre d’entre nous avons de vilipender à tout-va, de les rendre responsable de tous les maux de la terre, de les mettre tous dans le même sac en les traitant d’arrivistes, d’affairistes, de magouilleurs à la petite semaine.

Surtout quand ces commentaires viennent de la part de gens assis et rassis qui, de leur vie, ne font rien, n’entreprennent rien, ne tentent rien et restent le cul engoncé dans leur canapé à attendre que d’autres se bougent pour eux, tout en se permettant de les critiquer si par malheur on en vient à les bousculer dans le train-train de leurs petites mesquines habitudes.

Pour autant, quand ces mêmes politiques manquent à leurs devoirs, se comportent comme des épiciers, oublient l’essence même de leur rôle, se vautrent dans les parfums du populisme, détricotent leur sens moral pour des  calculs électoraux,  c’est à mon tour de les vouer aux gémonies.

Il faut le dire et le répéter : l’attitude de nos gouvernants face à la crise des réfugiés ou des migrants a été d’une nullité aussi navrante que constante.

Il aura fallu la photo d’un malheureux gosse échoué ou plutôt assassiné sur une plage turque, assassiné par vos manquements à la simple solidarité humaine, assassiné par votre aveuglement à ne point prendre en considération leurs épouvantables situations, assassiné par vos égoïsmes et vos replis identitaires, pour qu’enfin vous vous décidiez à réagir.

Vous avez tellement eu peur de froisser un électorat qui, aveuglé par sa propre bêtise, en vient à professer des âneries monumentales, que vous en avez oublié le fondement même de toute morale sans laquelle toute existence humaine se perd dans le néant de sa propre futilité.

Le nez sur les sondages d’opinion, devinant que la population n’était pas prête à entendre des discours prônant l’accueil de ces damnés de la terre, essayant de ménager les susceptibilités des uns et des autres, vous avez fini par vous perdre dans des circonvolutions verbales, des postures hypocrites, indignes de votre statut.

Vous saviez exactement ce qui se passait, vous étiez au courant de l’enfer que vivaient ces réfugiés, vous connaissiez leur désespoir et leur fragilité, mais, vous vous êtes montrés incapables de vous hisser à la hauteur de l’enjeu.

Il a fallu que l’exemple vienne de l’autre côté du Rhin, que Madame Merkel vous mette devant vos propres responsabilités, que survienne l’assassinat de cet enfant pour que vous vous décidiez à réagir.

Et encore.

C’est dans ces heures où le genre humain vacille, où se nouent les tragédies les plus effroyables, où des mers se transforment en cimetières marins, que nous vous attendons au tournant, que nous avons besoin de vous, impuissants que nous sommes, à un simple niveau individuel, d’entreprendre une démarche qui fasse sens.

Que vous preniez la parole afin de vous élever au-dessus de la marée mugissante de l’opinion obnubilée par ses intérêts personnels, pour dire, avec vos mots à vous, pas ceux de vos communicants ou d’autres collaborateurs, des mots venus des tréfonds de votre âme et de votre cœur, la vérité de cette tragédie se déroulant devant nos portes.

Sans calculs, ni faux-semblants.

Sans tenter de ménager la chèvre et le chou.

Sans penser aux possibles conséquences électorales.

Dire haut et fort que ce n’est pas en accueillant dix mille, cent mille personnes que du jour au lendemain notre nation va sombrer dans le chaos.

Que notre pays est bien assez fort pour porter assistance à ces gens qui n’ont plus rien sans pour autant chambouler nos équilibres.

Que non ces réfugiés ne sont pas des criminels en puissance mais des familles tentant par tous les moyens d’échapper à leur sort funeste.

Que vous arrêtiez pour une fois d’employer des formules creuses, des mots vides de sens, des promesses à l’emporte-pièce, et deveniez des hommes d’État capables de tenir un discours allant à l’encontre des sentiments répandus dans la population.

C’est l’essence même de votre rôle dans nos sociétés démocratiques.


Que vous soyez des hommes.


Tout simplement.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                               Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

20 commentaires pour “Aylan Kurdi n’est pas mort noyé, nous l’avons assassiné”

  1. Merci

  2. Je suis arrivé par le plus pur des hasards sur votre blog.
    Mais je tenais à vous dire BRAVO pour votre texte ou presque tout est dit !

  3. Et le juif apatride, toujours prompt à donner des leçons de morale depuis son exil doré canadien, qu’a-t-il fait pour sauver ce garçon ?

  4. Entièrement d’accord avec vous.

  5. M. Sagalovotisch, je ne suis pas tout le temps d’accord avec vous, il m’arrive aussi parfois de vous “brocarder”, mais là, je vous dis simplement merci. Merci de résumer en un texte ce que nous sommes des millions je pense à attendre, en vain malheureusement.

  6. ça fait du bien de faire pleurer dans les chaumières ?
    pourtant je ne pleurerais pas ! bien sûr ce petit garçon mort c’est horrible mais cette invasion de migrants (dont certains seront des chevaux de Troie !) vers une vie facile l’est tout autant !
    Tu vas en faire quoi de cette marée humaine envoyée par l’EI pour déstabiliser l’occident et faire instaurer au plus vite cette satanée charia ? tu sembles impatient de te mettre 6x par jour le cul en l’air ?
    Oui il y a des réfugiés mais pourquoi ils ne vont pas chez leurs frères en Arabie, en Jordanie etc ? hein ?
    Allez, continuez à pleurer sur ces images virales ! y en a qui s’en réjouissent vraiment !

  7. Merci mille fois

  8. Je suis d’accord. L’homme politique, le meneur d’opinion ne doit pas attendre de savoir ce que veulent les gens, il doit voir la lumière au bout des tunnels, et prendre sa direction alors même que les autres ne la voient pas.
    Je me nourrirai de cette page pour mon site et mes idées d’une autre politique
    Merci

    le pic

  9. Il fut un temps où vous fûtes plus pointilleux sur la récupération des images http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2012/11/16/libe-hamas/
    En revanche pour ce qui est des titres, toujours aussi raccoleur.

  10. Merci d’avoir parlé à la place de cet enfant !!!

  11. Du coup ça me donne envie de relire Primo Levi.

  12. @bourgeois : “L’homme politique, le meneur d’opinion ne doit pas attendre de savoir ce que veulent les gens, il doit voir la lumière au bout des tunnels, et prendre sa direction alors même que les autres ne la voient pas.”

    Oui en gros, tu trouves que la démocratie c’est pas une très bonne idée vu que tes idées sont meilleures que celles des autres. Le même raisonnement que celui des tyrans. Merci pour cette brillante analyse : c’est vrai que c’est tellement mieux de se laisser guider par quelqu’un qui voit “la lumière alors que les autres ne la voient pas” (sans vouloir atteindre le point Godwin, ça peut vite mener à des idéologies peu glorieuses…même quand ça part de bons sentiments)

  13. Acquiescement général, avec nuances.

    Que vous moquiez peu nos politiques, soit – les qualifier avec grande rudesse et un lexique agressif, voire grossier, ne relevant pas de la même démarche.

    Mais, si les « circonlocutions verbales » (sorte d’ouate destinée à amortir les inéluctables désagréments, coups et avanies que n’éviteront pas les citoyens) sont d’un usage fréquent chez les gouvernants, il faut cependant reconnaître qu’ils ne peuvent, en démocratie, se comporter en tyranneaux violentant non « l’opinion publique », mais leur peuple ? Or, ni les sondages, ni les rares manifestations de rue – très fluettes ! – en France, ne purent donner aux politiques nous gouvernant l’impression (même floue) qu’une majorité de Français auraient approuvé que leur gouvernement, même dans l’urgence, accueille sur le territoire national une quantité, pourtant minime en soi, de femmes et d’hommes provenant d’où ils provenaient et demandant l’asile. Comme atermoyer, rudoyer n’est pas une pratique efficace.

    Vous objectez en réponse, que dans de tragiques circonstances, nos politiques sont « incapables de [se] hisser à la hauteur de l’enjeu ». Quand l’enjeu est strictement national, l’affirmation est douteuse – et parfois inexacte. Dans l’Union européenne, vingt-huit pays membres ne partageant pas tous, loin s’en faut, la même conception de l’asile, de l’immigration économique, en outre dépourvus d’une politique des migrations et d’immigration sur le territoire de l’Union, pensez-vous que la prise de décision collective, et individuelle, des gouvernants s’en trouve facilitée ?

    Pour finir (par seul souci de relative brièveté), votre « impuissants que nous sommes » ne laisse pas pantois, mais étonne. La foule des pro- et anti-mariage civil consenti aux homosexuels s’est souventes fois déployée. L’on n’a pas vu pareilles ni si massives marches pour les réfugiés. On n’en pas vu, pour tout dire. Seuls les cul-de-jatte (et encore) peuvent invoquer, en démocratie, leur impuissance à défiler pour demander le respect d’un droit humain. Les citoyens d’une République démocratique ne sont-ils pas les mandants des gouvernants et des législateurs ?

    D’accord avec vous pour l’indignation, et pour la leçon de morale – à condition qu’elle soit adressée aussi bien aux mandataires qu’aux mandants. Sans oublier que morale et indignation ne seront au mieux que des catalyseurs. Car force est d’admettre que le vaccin, prémunissant contre les « Plus jamais çà ! » non bafoués, est fort efficace.

  14. Cette vision humaniste et mondialiste n’est ni partagée par les politiques ni par moi. Leur mission primordiale est la défense des intérêts nationaux ; l’humanisme mondialiste c’est l’exact contraire. L’un est à l’autre ce que le nord est au sud : en bonne intelligence on ne peut pas ramer dans les deux sens à la fois.

  15. L’Europe n’est fautif de rien. Si les immigrés au lieu de fuir faisaient face à leur propre histoire, tout serait différent.

  16. Petite démagogie facile. Non nous ne l’avons pas tué.
    ses photos me font le même effet qu’à tout le monde mais je refuse une culpabilisation chevrotante
    OUI il est impossible d’accueillir 100 000 personnes à ce propos

    son Borat de papa l’a tué en l’embarquant sur un bateau de la mort pour poursuivre la chimère de son rêve Américain

    ce bambin était en sécurité en Turquie

  17. Une nation qui a peur est une nation qui va mourir, et cette France ci n’a même plus d’ADN, elle a perdue toute raison de faire partie de sa propre histoire qu’elle vient de souiller.., mais ne nous cachons Laurent, il faut le dire, tout cela n’est que Racisme et Xénophobie… s’ ils eut été des réfugiés blonds avec leurs compagnes aux yeux bleus et leurs progénitures, et leurs sorts auraient été tout autre !

  18. NON, nous ne l’avons pas assassiné, le père de ce garçon, un adulte consentant et conscient a seul et librement décidé et entrepris une traversée qu’il savait très dangereuse, l’Europe ne l’a ni obligé, ni incité et elle ne pouvait le savoir car par définition l’immigration clandestine est justement clandestine et se fait à nos corps défendants.

    L’Europe ne peut pas et ne doit pas être partout, c’est cette mentalité qui est porteuse de désespoir au contraire car empêchant les autres nations de prendre en charge leur destin au profit d’un assistanat ruineux et stérile.

    Nous ne sommes pas coupable de cette mort et exhiber des photos misérabilistes et pleurnichardes n’y changera rien, pas plus que des guerres, du trafic de drogue, du terrorisme, nous en sommes victimes au contraire.

    C’est trop facile cette culpabilisation permanente, il faut arrêter d’infantiliser ces peuples qui sont aussi intelligents et responsables que nous le sommes.

    Sous le sceau hypocrite de l’autocritique, je vous soupçonne de véhiculer vicieusement une idéologie bêtement anti occidentale et haineuse que se feront un plaisir de relayer et d’exploiter les jihadistes et les extrémistes de tout bord, nourrissant d’autres comportements irresponsables et destructeurs et sources d’autres drames.

  19. Bravo pour votre article. Je suis d’accord : nous sommes responsables de la mort de cet enfant et de tous les autres (enfants ou adultes trop malheur dans leurs pays). Ils ne quittent pas leur pays de gaieté de cœur. Les adultes sont conscients des risques mais ils savent aussi qu’ils peuvent avoir une vie meilleure au bout de ce chemin périlleux. Alors que s’ils restent chez eux, ils n’y aura aucune amélioration. Qu’attendent nos chers politiques pour agir ?

  20. Merci pour votre commentaire ,il et vrai que l’on entent toute chose d’horreur a la radio (je n’ai pas la télévision )mais on ne prend conscience du malheur de certaines personnes qu’avec des images choc et cette photos ma réellement choqué et 1 mois et demi après je ne m’en suis toujours pas remis et j”ai pris conscience que nous Français avons réellement de la chance de vivre dans un pays en paix et de manière très confortable peut être trop confortable et effectivement devant le malheur des autres on ferme les yeux ,pire certain rejette cette misère de peur de perdre un peu de leur confort ,je ne jamais parti de ces gens là et pourtant moi aussi je me sent coupable

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