Mais c’est qui Taylor Swift ?!

                                                                                                                                                                                                                                                                  J’étais donc entrain de baguenauder mon humeur toujours aussi chagrine le long de cette merveilleuse autoroute de la communication nommée Internet quand, au hasard d’un quelconque site d’actualité, je lus de mes yeux lus que selon le magazine américain Fortune Taylor Swift était la femme la plus influente au monde.

Moi qui jusqu’ici pensait que c’était ma mère, je restai ahuri par la lecture de cette nouvelle qui, je le sentis de suite, allait changer radicalement le cours de ma pauvre vie.

C’est que je n’avais aucune, mais alors aucune idée de qui pouvait bien être cette Taylor Swift.

Je ne peux pas affirmer que son nom m’était irréductiblement étranger, je l’avais certainement déjà croisé lors d’une lecture fortuite mais pour autant j’aurais été bien incapable de dire à quelle activité s’adonnait  Taylor : j’aurais hésité entre actrice d’une série pour adolescents attardés, mannequin anorexique, chanteuse à crochet, directrice de la communication chez Yahoo ou Google, starlette d’une émission de la téléréalité albanaise, suffragette pointant le bout de ses seins chez les Femen, Première Ministre d’un pays nordique, la Norvège ou la Finlande par exemple.

Il faut dire que, pareillement, j’aurais grand mal à reconnaître Rihanna si d’aventure je la croisais dans une allée de mon supermarché favori, que tout Mister Saga que je suis je pourrais fort bien avoir Lady Gaga comme voisine de palier sans même le savoir et réciproquement, je tiens à le préciser, ou que Lana Del Rey pourrait me demander en mariage sans que je soupçonne une seule seconde que notre nuit de noces se passerait sous une nuée de caméras.

Cependant, à contrario, pour une raison que je ne m’explique pas, je sais parfaitement qui est Miley Cyrus.

C’est étrange tout de même la vie me disais-je, perdu dans mes réflexions teintées de métaphysique pop art.

Miley, oui, Taylor, non.

Justin Bieber oui, Chris Brown  non.

Jean Echenoz oui, Guillaume Musso non.

Bref, désireux tout de même d’en savoir plus sur cette demoiselle dont l’influence supplantait celle de ma mère qui, quand bien même repose-t-elle six pieds sous terre, continue à diriger le cours de mon existence, je m’en fus farfouiller dans ce grand trou du cul que représente internet afin de dépuceler mes connaissances swiftiennes qui jusqu’alors étaient, il faut bien en convenir, plus que lilliputiennes.

Je n’allai pas bien loin.

Sa page Wikipédia était encore plus longue que celle consacrée à Platon.

J’appris cependant l’essentiel : elle chantait, la Taylor de ces messieurs dames.

Et pas qu’un peu.

Plus de quarante millions de personnes avaient déjà acheté un de ses disques.

C’est à ce moment précis que je ressentis une grande et profonde vague de tristesse m’envahir. Une sourde mélancolie. Un désespoir moisi. Une désespérance rance.

Qu’est-ce donc qui n’allait pas chez moi ?

Comment pouvais-je prétendre à vivre parmi mes semblables, à écrire même parfois sur eux, à les côtoyer dans leurs activités quotidiennes tout en ignorant un fait aussi essentiel que selon toutes probabilités ils avaient déjà écouté sur leur walkman des ritournelles signées Taylor Swift ?

Comment ?

Comment avais-je pu vivre dans une ignorance si crasse, comment avais-je pu passer à côté d’un tel phénomène, comment pouvais-je prétendre décrypter le monde qui m’entourait si je passais à côté de personnalités aussi présentes dans le vaste champ de la modernité ?

Soudain j’eus honte.

Je me sentis vieux comme Hérode.

Je me répétais la promesse rimbaldienne, il faut être absolument moderne, que je n’avais su tenir.

J’avais échoué dans les grandes largeurs.

Le monde me rejetait.

Je n’appartenais plus au genre humain.

Par paresse, par vantardise intellectuelle, par souci puéril de me différencier, j’avais emprunté des sentiers qui ne m’avaient mené nulle part, en un désert aride où je cheminerais encore quelques années sans jamais croiser personne, exclu parmi les exclus, réprouvé parmi les réprouvés, influencé par personne d’autre que moi-même.

Et ma défunte mère.

Triste sort.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici: https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Et pourquoi pas un chien policier dans le cockpit ?

                                                                                                                                                                                                                                                       Selon toute vraisemblance, on ne découvrira jamais ce qui s’est véritablement passé dans le cockpit du vol Barcelone/Düsseldorf.

Malgré tous les efforts déployés, on ne parviendra jamais à comprendre ce qui a bien pu amener Andreas Lubitz à commettre son geste insensé (dans l’exacte mesure où la thèse du suicide viendrait à se confirmer).

On pourra s’essayer à ébaucher des explications, bâtir des constructions intellectuelles plus ou moins pertinentes, interpeller les plus grandes sommités médicales, interroger l’entourage du co-pilote, fouiller son passé, convoquer ses anciens camarades d’école, scruter son emploi du temps, le mystère demeurera peu ou prou entier.

On découvrira peut-être, un jour prochain, le comment de toute cette affaire mais on se heurtera toujours à la question du pourquoi.

Pourquoi un homme décide-t-il d’emmener ainsi de la sorte cent quarante-neuf personnes vers une mort assurée ?

Quelles pensées mortifères a-t-il pu éprouver pour verser dans une folie si destructrice, à quelles pulsions d’une intensité si ravageuse a-t-il pu céder pour s’en aller percuter de la sorte la falaise d’une montagne à bord de son avion, sans que jamais l’absolue horreur d’une telle éventualité ne l’amène à reconsidérer son geste et à interrompre ce processus criminel ?

Dans quels impossibles tourments son cerveau se débattait-il pour que sa perception de la réalité soit si altérée qu’elle l’amène à se conduire avec une détermination si implacable qu’elle semble se situer au-delà du champ humain ?

Il est fort probable qu’à tous ces questionnements ô combien légitimes, on ne saura apporter de réponse entièrement satisfaisante : toujours il nous manquera une partie du puzzle qui pourrait d’une manière ou d’une autre nous éclairer sur ce comportement si singulier.

On dira bouffées délirantes, on dira accès de mélancolie sauvage, on dira troubles bipolaires avancés, on dira état paroxystique culminant dans une crise d’angoisse sidérante, on dira ébranlement soudain du psychisme en proie à des hallucinations sévères, on dira schizophrénie souterraine se révélant au grand jour, on dira irruption de voix intérieures incontrôlables…

On dira tout et son contraire pour ne pas avouer qu’on ne sait pas.

Que, malgré tous les salutaires progrès réalisés dans les sciences cognitives, dans la connaissance du fonctionnement du cerveau, dans la compréhension  de l’âme humaine, l’homme demeure, envers et contre tout, cet être d’une radicale étrangeté qui restera jusqu’à la nuit des temps un mystère complet.

La science ne peut pas tout.

On aura beau obliger les pilotes à passer des batteries de tests, à les évaluer sous toutes les coutures, à les coucher sur tous les divans du monde, on éradiquera jamais la possibilité de voir l’un d’entre eux sombrer dans la folie la plus échevelée.  

Il suffit de voir combien tout ce qui touche encore le domaine du sommeil et des rêves demeure une science parcellaire, balbutiante, lacunaire, incapable d’établir ou d’interpréter les véritables agissements du cerveau plongés dans cette nuit éphémère recommencée tous les soirs où la vie se continue en empruntant des sentiers si déconcertants.

Aussi, la décision des compagnies aériennes de rendre obligatoire la présence de deux personnes dans le cockpit est tout à la fois compréhensible et en même temps d’une vacuité rare.

Il arrivera forcément un jour ou l’autre un cas où l’on découvrira, tout aussi ahuris que nous le sommes aujourd’hui, que c’est précisément cette promiscuité forcée qui aura permis l’établissement d’une synergie négative entre les trois individus, capable de les mener à agir d’une manière totalement inconsidérée, les trois s’encourageant dans leur délire commun pour finir par former au final un trio infernal à même de provoquer une catastrophe sans précédent.

Ou alors, que le fait de se retrouver un court moment à trois dans une cabine de pilotage aura permis à deux comparses mal intentionnés de réunir leurs forces pour se débarrasser plus aisément du troisième, et permettre de la sorte la réalisation de leur funeste destin.

Ou bien encore un tout autre cas de figure auquel personne n’avait jamais songé. Une hôtesse malveillante. Un steward enragé. Un chef de cabine défoncé.

Que décidera-t-on alors dans la précipitation ?

L’obligation de voyager avec un chien policier capable de ramener à la raison nos pilotes qui montreraient des troubles du comportement évidents ?

Jusqu’au jour où c’est le chien en personne qui succombera à un inexplicable accès de folie canine et finira par détourner l’avion pour l’amener à s’écraser sur un chenil.

                                                                                                                                                                                                                                                        Florilège d’hypothèses absurdes tentant juste à prouver que l’homme étant un fou qui s’ignore, on ne s’épargnera jamais le risque d’une imprévisible sortie de route. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici: https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

La mort par procuration

                                                                                                                                                                                                                                                        Rien ne nous désarme autant qu’une catastrophe aérienne.

Elle nous frappe au plus profond de nous-même, elle nous afflige, elle nous déstabilise et devant l’effroi qui nous saisit, confrontés à une pareille tragédie, voilà que nous pleurons ces morts dont la seconde avant le drame nous ignorions tout.

Le temps de quelques heures ou de quelques jours, nous nous sentons solidaires de la douleur des familles qui nous sont pourtant complètement inconnues, nous sympathisons avec elles et c’est spontanément que nous leur adressons par la pensée des sincères condoléances, pleurant sur le sort de ces malheureux voyageurs dont nous savons si peu.

Ni leurs noms ni leurs visages.

Cependant, si nous réagissons avec une telle intensité, ce n’est pas tant dans un réel souci d’attendrir la douleur des proches, ce n’est pas tant que nous éprouvons une peine réelle pour eux, mais bel et bien parce que d’une certaine manière, sans même parfois nous en rendre compte, nous éprouvons cette étrange impression d’avoir frôlé la mort de près.

Comme si physiquement nous avions échappé au pire par miracle.

Très exactement comme quand nous passons en voiture devant les carcasses de véhicules accidentés gisant sur le bitume, ressentant alors comme une peur rétrospective d’avoir échappé de peu à un drame qui aurait pu fort bien nous coûter la vie.

Le fait que l’accident se soit produit entre deux villes européennes dont le nom nous est familier, à bord d’un avion qui offre à priori toutes les garanties de sécurité, que nous avons possiblement déjà emprunté lors d’un de nos voyages, un avion s’abîmant en une région connue de nous, renforce d’une manière systémique ce sentiment d’identification qui nous a tous saisis en apprenant la nouvelle de la catastrophe.

Nous ou l’un de nos proches aurait pu être dans cet avion, nous nous sommes dit.

C’est bien sur cette mort virtuelle, la nôtre ou celle de nos enfants ou de nos parents ou de nos amis que nous pleurons.

Cette mort par procuration.

Le même accident qui se serait produit dans les mêmes circonstances, avec le même bilan humain, impliquant le même avion voire les mêmes passagers quelque part dans une province reculée du Bangladesh ou d’Indonésie n’aurait provoqué chez nous qu’un intérêt des plus relatifs bien vite dissipé.

Non pas que nous serions par principe insensibles à ces morts tout aussi effroyables mais bien plus parce que la possibilité que nous ayons pu être l’un d’entre eux eût été des plus réduites.

Il en va de même avec les attentats.

Certains, au nom d’un humanisme universel, se sont offusqués peut-être à juste titre de nos emballements émotionnels lors des attaques de janvier dernier, comparés à notre atroce indifférence devant des drames similaires qui secouaient au même moment le Nigeria où une fillette de dix ans était forcée à se faire exploser au milieu d’une foule.

Oui reconnaissons-le, nous avons des indignations et des émotions sélectives.

Nous n’avons pas à nous blâmer pour cela.

Nos capacités compassionnelles ne sont pas infinies.

Nous ne pouvons pas pleurer sur tous les damnés de la terre, ou bien alors nous passerions nos vies dans un deuil perpétuel.

La tragédie du vol Barcelone-Düsseldorf provoque chez nous comme un stress post-traumatique.

Nous avons survécu à un événement auquel nous n’avons pas participé mais que nous aurions pu fort bien vivre.

                                                                                                                                                                                                                                                      Aujourd’hui nous sommes tous des rescapés.                                                           

                                                                                                                                                                                                                                                   Lire aussi : http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2014/03/27/mourir-en-avion-ou-langoisse-de-la-mort-absolue/

 

Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Jean Rochefort, Ô jeunesse ennemie

                                                                                                                                                                                                                                                       Soudain une rumeur qui enfle, enfle, enfle.

Une vidéo.

A voir.

De toute urgence.

Jean Rochefort revisite Madame Bovary en parlant comme un jeune et tu vas voir c’est à crever de rire. Hilarant à s’en fendre l’estomac. Drôle mais drôle, tu ne peux pas savoir.

Je veux savoir. Je vais voir.

Je regarde.

Une première fois. Une deuxième. Une troisième.

Je ne ris pas.

Je me dis ce n’est pas possible, tu réagis comme un vieux con parce qu’on ose s’en prendre à ce roman que tu aimes tant, qu’on ose toucher à Flaubert, cet auteur qui compte tellement pour toi, tu n’as aucun humour, tu n’es qu’un vieux machin tout rabougri qui par principe n’aime rien tant que détester ce que les gens apprécient.

Pour se différencier.

Je regarde à nouveau.

Je tends l’oreille, j’écarquille mes yeux, j’essaye, je veux rire cette fois, c’est si bon de rire, je n’y arrive pas, je trouve la prestation de Rochefort pathétique, misérable, mauvaise, fausse, à côté de la plaque, désuète.

Tout sonne faux.

Le texte, les mimiques de l’acteur, son interprétation.

Je pense à la vieillesse. A ce qui m’attend.

En même  temps je me dis qu’il a bien dû se marrer le Rochefort et que c’est là l’essentiel.

Tu repenses à l’acteur qu’il a été, qu’il continue à être, sa voix onctueuse, son élégance toute anglaise, son sens inné de la dérision, sa faconde, son phrasé, la pétulance de son regard, son effronterie, sa capacité à ne jamais se prendre au sérieux, son détachement, sa drôlerie, sa gourmandise à feindre des colères surjouées.

Ses rôles cultes dans les films d’Yves Robert que tu revois toujours avec un grand plaisir.

Tu éprouves de la peine maintenant.

Pour lui, pour toi, pour Flaubert, pour Emma, pour ceux qui ont ri, pour ceux qui n’ont pas ri.

Tu sais bien que tu ne devrais pas mais tu ne peux pas t’en empêcher.

Que ce n’est qu’une boutade. Une de plus. Un cabotinage bien innocent somme toute.

N’empêche.

Tu fais le rapprochement avec Clint Eastwood quand il s’était mis à déblatérer contre Obama en parlant à une chaise vide.

Ce même sentiment de malaise que tu avais ressenti alors.

Ce décalage entre ce qu’a été un homme et ce qu’il est devenu.

Et en même temps tu les comprends.

Ils sont arrivés à un âge où l’on peut enfin se foutre de tout.

Par plaisir ou par provocation.

Redevenir un sale gosse.

Perdre tout sens des convenances.

Et s’en foutre radicalement et royalement.

Vieux, vieux, vieux et con à la fois.

Ce doit être le paradis.

Le vrai.

Tu aimerais avoir atteint cet âge où tu réalises que ta vie est derrière toi, que tu as tout raté, que tu n’as jamais rien compris à rien mais maintenant que tu es au bout du chemin, de tout cela, tu n’as plus à t’en soucier, tu sais la vanité des choses, les combats perdus d’avance, le goût de la solitude triomphante. Tu peux leur dire d’aller se faire foutre. A tous. A la vie. A la mort. Au temps. A Dieu.

Tu n’as pas ri mais au fond ce n’est pas bien grave.

L’important c’est que lui ait ri. Qu’il ait passé un bon moment. Peut-être qu’ils ne sont plus nombreux maintenant.

Quand aux autres qui se sont bien marrés, tu préfères ne rien en penser.

                                                                                                                                                                                                                                                              C’est mieux ainsi.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Un bureau pour un royaume

                                                                                                                                                                                                                                             On doit appeler cela un cas d’école.

Un président d’une grande institution de la République qui, à peine nommé, débarque dans son nouveau bureau et manque de s’évanouir en découvrant les goûts de chiottes de son prédécesseur.

La moquette hideuse, le bureau repoussant de laideur, le fauteuil en berne, les chaises mal foutues, les peintures à dégueuler, la boiserie qui part en couille, la corbeille déglinguée, le porte-document fatigué, le repose-téléphone tout pourri, les trombones à vomir, les stylos rapiécés, le bloc-notes immonde.

“Pas possible de bosser dans un environnement pareil, ce n’est pas un bureau, c’est une cahute d’Emmaüs votre truc, changez-moi tout ça bordel, on se croirait dans une succursale du Crédit Agricole de Mourmelon, j’ai été nommé Président de Radio France, pas directeur du Lycée Pierre Perret à Trifouillis-les-Oies.”

Bien Monsieur le Président.

Le président en question se nomme Mathieu Gallet et il est en charge de Radio France depuis mai 2014.

Pour cent mille euros, il s’est offert un bureau tout neuf.

Il faut dire que celui laissé par son prédécesseur était bougrement ancien : il datait tout de même de 2013 et on n’imagine pas à quelle vitesse le bureau d’un haut commis de l’État se détériore, victime de mauvais traitements infligés par le maître de céans affairé du matin au soir à taper du poing dessus pour se plaindre du manque de moyens mis à sa disposition pour mener à bien son importantissime mission.

Pour sa défense Monsieur Gallet a avancé que le seul coût de la réparation des boiseries, un trésor national paraît-il d’une valeur inestimable et apparemment en grand danger, s’élèverait à 70 000 euros.

Admettons, admettons.

Reste 30 000 euros.

Et là je m’interroge.

Il se trouve que l’année dernière moi aussi, suite à ma nomination en tant que nouveau locataire de ma nouvelle adresse, j’ai dû remplacer en intégralité mon bureau, l’ancien dépositaire des lieux ayant eu l’incroyable indélicatesse d’emporter le sien avec lui.

Si bien que par un beau matin d’octobre, j’ai dû me résoudre à me rendre dans un grand hangar suédois, situé en périphérie de la ville, d’où j’en suis reparti avec une magnifique planche en bois recouverte d’un vernis noir du plus bel effet, de deux tréteaux rouges et d’une chaise ergonomique à roulettes capable de parcourir la distance bureau/cuisine en moins de trois secondes.

J’en ai été quitte pour débourser la royale et astronomique somme de 200 euros, à laquelle j’ai dû rajouter une dizaine d’euros consacrés à l’achat de harengs marinés et de saumon fumé, éléments de la première importance sans lesquels mon bureau aurait manqué singulièrement de cachet.

J’avoue, concernant le hareng, j’ai toujours eu des goûts de luxe.

Bref, j’ai beau chercher, je me demande comment diable le Mathieu s’est débrouillé pour dénicher un bureau et quelques chaises capables de coûter 30 000 euros.

Il s’est fourni au Ikea du Château de Versailles ou quoi ?  Il carbure au caviar de harengs ?

C’est que je viens de regarder sur le site du géant suédois, le prix maximum proposé est de 799 euros, somme pour laquelle vous avez droit à un bureau Bekant en plaqué bouleau de couleur blanche ou grise de 160cm sur 110cm, garantie dix ans, proposant un plateau de forme ergonomique qui  “soulage la tension dans les avant-bras et les poignets quand vous écrivez tandis que le passe-câbles sous le plateau de table vous aide à garder votre bureau net et ordonné et offrant la possibilité de travailler en station assise ou debout ”.

C’est pas beau ça, Mathieu ?

Pile-poil ce que tu cherchais, non ?

Certes, je te l’accorde, et c’est là toute l’astuce et l’explication d’un coût si modeste, il faut le monter soi-même.

Mais bon, ne me dis pas que parmi les 4000 troufions qui travaillent pour toi, tu ne vas pas en trouver un capable de te filer un coup de main ?

Ils sont en grève tu dis ?

Parce que tu veux instaurer un plan drastique d’économies qu’ils refusent obstinément ?!!!

                                                                                                                                                                                                                                    Ah les rats.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Horreur, j’étais sexiste et je ne le savais pas !

                                                                                                                                                                                                                                               C’est ce week-end que j’ai eu la révélation d’en être un.

Un pur, un vrai, un dur.

Des amis, des lecteurs, des lectrices et quelques écrivains bien plus estimables que moi m’ont averti, scandalisés et encore tout retournés par leur lecture, que mon dernier post était affreusement sexiste.

Effectivement, évoquant l’exemple d’une ville qui viendrait à se séparer de ses librairies, j’écrivais qu’elle deviendrait alors ” une femme vulgaire, sans mystère, sans charme et sans trouble qui se laisse dénuder et tripoter par des grosses mains suintantes de billets de banque froissés en gloussant des rires hystériques.

Tandis que je rapprochais la librairie ”d’une jeune fille timide qui joue de son ombrelle et attend, languide et rêveuse, que vous fassiez le premier pas.”

Quel crime n’avais-je pas commis là.

Funeste, erreur funeste que tu as produite là Stabilovitsch.

C’est que j’avais oublié que de nos jours toute référence au sexe prétendument faible ne pouvait être taxé que de sexiste.

L’usage de toute métaphore renvoyant de près ou de loin à l’image de la femme ne saurait être dorénavant tolérée sous peine de tomber sous les fourches caudines des féministes et des hommes qui les soutiennent.

D’ailleurs admettons une bonne fois pour toutes que la femme en tant que telle n’existe plus.

Elle a disparu.

Il faut l’oublier.

Si elle est différente de l’homme, elle n’en demeure pas moins son égal, ce que personne de sain d’esprit ne saurait contester, et à ce titre, elle ne saurait être comparée à une image qui la renverrait à sa seule condition de femme.

Personnellement, je n’ai toujours pas compris la subtilité du raisonnement mais c’est normal, étant donné que je suis un sexiste enragé qui se réjouit de savoir  que les hommes gagnent plus d’argent que les femmes, pense que la pratique du rugby féminin devrait valoir la déchéance nationale, s’insurge de voir le principe de parité gagner nos institutions.

Un affreux macho.

Un mâle mal dégrossi, prisonnier de stéréotypes archétypiques transmis par ma grand-mère et par ma mère, lesquelles étaient des victimes qui s’ignoraient puisqu’elles passaient des heures à la cuisine à préparer le couscous pendant que mon père lui jouait tranquillement au échec.

On ne se refait pas.

C’est que de nos jours, tout comportement est à-même d’être taxé de sexiste.

Vous osez offrir des fleurs à une femme ? Mais malheureux rendez-vous compte, c’est un affront inadmissible que vous faites-là à la gente féminine.

Puisque de toute évidence, fort de vos siècles et de vos millénaires de domination masculine, plein de préjugés archaïques, en agissant de la sorte,  vous subodorez que la femme puisse s’émouvoir de recevoir un bouquet de fleurs, lequel étant synonyme d’invitation à la rêverie, ou de révérence à la beauté, ou manifestation d’un idéal de pureté, manifeste de votre part une manière délibérée de la renvoyer à des clichés la stigmatisant et la rabaissant.

Idem pour un bijou.

Ou tout autre présent susceptible de vouloir ramener la femme en des temps ancestraux où elle n’avait pas le droit à la parole, période bénie dont vous êtes sans le savoir incurablement nostalgique.

Offrez-lui donc des cacahuètes, c’est plus convenable.

Cependant, si toutefois la demoiselle, magnanime jusqu’au bout des ongles, (oui je sais pas besoin de prévenir la Licra c’est un propos atrocement sexiste) ne vous balance pas à la tronche du mufle que vous êtes votre infâme bouquet de roses, ne pensez pas pour autant que la partie soit gagnée.

Encore faudrait-il, au moment de régler l’addition, éviter l’outrage suprême de proposer de la payer dans son intégralité (l’addition hein pas la femme) honteuse et scélérate et infâmante proposition qui pourrait fort bien vous valoir une litanie de reproches.

Sache donc triple buse de goujat que tu es, que sans même en avoir conscience, si jamais tu t’aventurais à agir de la sorte, tu lui signifierais ton postulat qu’étant un être inférieur de toute éternité, inapte à toute sorte de travail, réduite seulement à attendre l’obole d’un mâle généreux, vivant dans le seul périmètre de sa cuisine et de son placard à balais, elle n’a évidemment pas les moyens de s’offrir un restaurant.

Évidemment.

Du coup, mieux vaut rester planqué chez soi à bouffer en tête à tête une conserve de cassoulet avec son chat, c’est beaucoup plus sûr.

                                                                                                                                                                                                                                              Maintenant si votre chat est une chatte, je ne réponds plus de rien. (lamentable)

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

La sauvegarde des librairies, le dernier combat à mener

                                                                                                                                                                                                                                                            Selon une récente étude, en l’espace de quatre ans, 83 librairies parisiennes auraient mis la clé sous la porte, soit près de de 10 % de l’ensemble des espaces dédiés au domaine du livre.

C’est beaucoup, beaucoup trop, même si comparé à d’autres villes de la même envergure, Paris s’en sort plutôt bien.

Je n’ai vraiment pas un goût immodéré pour la capitale de la Gaule, vieille dame fatiguée atteinte d’une vilaine et incurable attaque de goutte, mais s’il y a bien une chose que l’exilé en sa lointaine retraite regrette, c’est cette floraison de librairies en tous genres égayant les rues et les avenues de l’antique cité.

Tant il est vrai que tous les amazones du monde, aussi avenantes soient-elles avec leurs jambes parfaitement musclées et leurs torses puissants, ne remplaceront jamais les charmes si particuliers d’une librairie de quartier.

Je ne connais encore personne qui, fréquentant des sites de commerce en ligne, ont pu succomber à cette sorte d’exquise ivresse quand, entrant dans ces boutiques discrètes où sommeillent des milliers de livres, vous succombez au doux vertige d’être entouré d’une myriade d’ouvrages qui ont tous des histoires à vous conter, des secrets à vous révéler, des aventures à vous dévoiler.

Quand soudain votre cœur palpite un peu plus fort en tombant par hasard sur un livre qui pour une raison inconnue – son titre, sa couverture, son format –  vous interpelle, vous trouble, vous émeut au plus profond de vous : le moment où vous vous saisissez de lui, où vous le respirez, où vous tournez ses pages, lisez sa quatrième de couverture, déflorez ses replis intimes, cette conversation interdite qui s’instaure alors entre lui et vous, ces regards de connivence que vous échangez sans mots dire, cet instant de grâce où vous vous laissez séduire et décidez sur un coup de tête de l’adopter.

Ces minutes ou ces heures passées à flâner dans les allées d’une librairie, cette succession d’attouchements discrets, de clins d’œil complices, de flirts équivoques.

Cette rencontre inopinée avec un livre avec qui vous avez vécu, voilà des années maintenant, une histoire d’amour brûlante avant de le délaisser pour goûter à d’autres plaisirs tout aussi charnels.

Ces retrouvailles avec un auteur dont vous étiez sans nouvelles depuis trop longtemps et qui soudain, sorti des limbes, se rappelle à votre bon souvenir sous la forme d’un livre que vous vous empressez d’acheter afin de poursuivre la conversation entamée des années auparavant.

Autant d’attendrissements du cœur et de l’âme qu’Amazon et consorts n’autoriseront jamais.

La plupart du temps, vous débarquez en ces lieux inhospitaliers avec déjà en tête ce que vous voulez très précisément, vous n’avez pas de temps à perdre ; en trois clics l’affaire est pliée, l’échange conclu, les fiançailles consommées et ne reste plus qu’à attendre le prochain passage du facteur.

C’est froid, clinique, déshumanisé à souhait.

Efficace, pratique et parfois même moins coûteux.

Une simple transaction entre deux partenaires soucieux de rentabiliser au maximum l’emploi du temps de leur journée.

Comme un cinq à sept expédié dans une chambre aseptisée d’un hôtel sans charme.

Une ville qui se dépouille de ses lieux culturels, laisse ses librairies, ses disquaires, ses cinémas devenir des magasins de chaussures ou de vêtements, abandonne ses bouquinistes au profit de marchands de glaces ou de crêpes, n’est plus vraiment une ville.

C’est une simple vitrine.

Un tiroir caisse géant.

Une femme vulgaire, sans mystère, sans charme et sans trouble qui se laisse dénuder et tripoter par des grosses mains suintantes de billets de banque froissés en gloussant des rires hystériques.

Une librairie, c’est une jeune fille timide qui joue de son ombrelle et attend, languide et rêveuse, que vous fassiez le premier pas.

Sans elles, sans leur présence discrète mais rassurante, les villes du monde entier finissent toutes par se ressembler : partout les mêmes boutiques, les mêmes enseignes, les mêmes marques et au final les mêmes consommateurs prêts à dépenser les mêmes fortunes pour acquérir les mêmes biens dont ils n’ont nul besoin.

Il faut préserver les libraires. Coûte que coûte. Rentables ou pas.

                                                                                                                                                                                                                                                 C’est un enjeu de civilisation.

                                                                                                                                                                                                                                                Le dernier combat à mener avant d’être dévoré par une société de consommation implacable dans son désir à jamais rassasié de nous dominer pour toujours mieux nous asservir et nous avilir.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Des morts pour rien

                                                                                                                                                                                                                                                           Alors bien sûr s’incliner avant tout devant la douleur des proches, saluer la mémoire de ces sportifs qui sont parvenus à l’olympe de leur discipline, les remercier pour la joie qu’ils nous ont donnée, pour avoir su égayer notre quotidien, pour nous avoir permis le temps d’une course, d’un combat, d’une traversée, de redevenir des enfants émerveillés par la réalisation de prouesses hors du commun.

Et en même temps penser combien ces morts tragiques, ces morts absurdes, ces morts sanglantes restent frappées d’une insondable bêtise, d’une désespérante fatuité, d’une désolante inanité.

S’offusquer que des champions de cette trempe puissent se compromettre dans des émissions dépassant les bornes de l’entendement, puissent consentir à apparaître dans de tels spectacles de télé-stupidité où ils sont livrés en pâture au regard torve de millions de téléspectateurs se délectant de faux exploits, d’aventures tronquées, de récits tout sauf authentiques.

De ces émissions racoleuses, putassières, fausses de bout en bout où le voyeurisme est de mise, où l’on n’hésite pas pour quelques milliers d’euros à se livrer à des exercices pitoyables de clown télévisuel, à se vautrer dans la vulgarité la plus crasse, à se dévoyer à coups d’exploits tronqués dans le seul but d’affoler le prix des écrans publicitaires afin d’espérer en empocher des dividendes sonnants et trébuchants.

La recherche d’une gloire qui cette fois n’a plus rien d’olympique ou de transatlantique mais qui empeste les sordides calculs financiers, les éventuelles retombées médiatiques, les possibles retour en grâce auprès de sponsors toujours à l’affût de têtes d’affiche, ce besoin de retrouver la lumière de l’audimat sans laquelle on a l’impression de dépérir, de ne plus exister, de n’être plus rien.

Constater aussi, à travers une tragédie aussi brutale que banale, l’abaissement de nos sociétés, l’affaissement de nos valeurs quand un journal du soir prétendu de référence se permet de mettre en une un tel fait divers.

Quand un Président de la République, par bêtise ou par cynisme, on ne sait trop, se risque à saluer la mémoire de ces sportifs qui ”aujourd’hui sont morts parce qu’ils voulaient là encore repousser les frontières, faire connaître des exploits, des pays, des régions, et être capable de donner l’exemple”.

Cette confusion des genres désormais devenue quotidienne où l’on mélange tout avec tout, où le sublime côtoie la médiocrité la plus échevélée, où tout se vaut, où plus personne n’est plus à même de hiérarchiser la portée d’un événement, où chacun ressent le besoin d’exprimer des sentiments à coups de tweets dont tout le monde se contrefout, où un Prix Nobel de littérature a autant de valeur qu’une Miss France.

L’infinie connerie de la société du spectacle qui nous abîme tant et à laquelle pourtant nous participons tous plus ou moins.

Le voyeurisme à tous les étages.

Ce désir irrépressible de prouver que nous aussi nous existons.

D’afficher nos goûts et nos dégoûts sur tous les supports possibles engendrés par le monde moderne.

Cette envie presque désespérée d’être aimé par le plus grand nombre.

Nos vies exhibées.

Partout.

Sans plus aucune pudeur ou retenue.

Se servir de pareilles tragédies pour essayer de lutter contre ces fleuves de boue qui déboulent de partout et menacent de nous emporter dans leurs flots pestilentiels.

Prendre son téléviseur et le balancer dans la poubelle.

Résister.

Sortir au grand air et tâcher de vivre.

Sans compromissions. La tête haute.

Émerveillés par le spectacle toujours recommencé de la vie, de la vraie vie qui attend seulement qu’on la saisisse pour exister à travers nos existences personnelles.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                             La vie bon sang. 

                                                                                                                                                                                                                                                         Loin des artifices et des faux-semblants.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Laisse tomber Manuel, le Front National c’est plus fort que toi

                                                                                                                                                                                                                                                             Quand un Premier Ministre de la République en appelle aux intellectuels pour jouer aux pompiers de services, c’est que la situation est désespérée.

Et de toute évidence elle l’est.

Manuel Valls aura beau se fendre de déclarations fracassantes, avertir du danger qui s’avance, prévenir du désastre à venir, dire son angoisse devant l’inéluctable en train de se produire, rien n’y changera.

La France, ou plutôt une certaine France, a une envie irrésistible et irréfrenée de Front National.

Un besoin même.

Un désir si profond qu’il plonge dans les racines même du pays, dans sa psyché la plus intime et la moins accessible à la raison, dans les eaux fangeuses de son identité soi-disant menacée, où macèrent depuis trop longtemps maintenant des envies de revanche, des rêves de grandeur retrouvée, des fantasmes d’une nation débarrassée de tout ce qui ne lui ressemblerait pas.

Comme un goût de se précipiter bille en tête dans le vide, un appel vers une autre vie qui retentirait des accents d’une marche funèbre.

C’est une maladie mentale le Front national et, confronté à une volonté si acharnée de se défenestrer, d’attenter à sa propre vie, d’épouser une destinée vouée au désastre, il est fort à craindre que rien, absolument rien, ne puisse entraver un mécanisme aussi mortifère.

Ni les mises en garde, ni les apostrophes, ni les appels au bon sens.

Ce n’est pas un caprice d’enfant gâté, le vote Front National.

C’est une conviction quasi mystique, que seul ce parti parviendra à sauver le pays d’un naufrage qui n’existe pas.

A le prévenir de dangers imaginaires.

A le protéger d’un péril inexistant.

Et quand un individu parvient à se persuader qu’il se retrouve effectivement  en danger de mort imminente, qu’il n’existe qu’un seul moyen pour parvenir à se sauver de cet anéantissement programmé, il devient alors sourd à tout raisonnement, et les supplications pour l’extirper des mirages de cette angoisse existentielle se heurteront à une pensée désormais atteinte de démence paranoïaque.

Il sombre dans la nuit noire de sa croyance irrationnelle et nul ne parviendra à le ramener à la lumière.

Il faudra qu’il vive dans sa chair la conséquence de sa déréliction pour s’apercevoir de sa fatale erreur.

Ce n’est pas qu’il faille baisser les bras, accepter l’inacceptable, se résoudre à l’impensable mais juste savoir qu’en grande partie le combat est perdu d’avance.

On ne peut pas lutter contre une idéologie capable de convaincre un électeur, bien souvent pourvu d’un intellect frustre et limité, que son pays est en proie à une immigration de masse qui désire égorger ses filles et ses compagnes.

Et qui lui assure que seule la mise en pratique de mesures spectaculaires parviendra à endiguer ces flots de barbares s’apprêtant à venir le scalper.

On ne peut pas guérir un malade qui ne veut pas guérir. Qui s’enferme dans sa maladie. Qui chérit sa démence.

Toute la meilleure bonne volonté du monde se fracasse contre les murs de la bêtise nourrie de croyances irrationelles.

Quand le simple recours à une élémentaire équation mathématique – que serait six millions de supposés islamo-fascistes face à une population de soixante millions d’âmes – ne rencontre qu’une moue dubitative et la certitude qu’ils sont bien plus nombreux que cela, qu’ils se reproduisent à toute vitesse, qu’aujourd’hui estimés à six millions, ils deviendront demain dix, vingt, trente millions.

Quand un habitant d’une tranquille ville de province confesse que jamais il n’a eu maille à partir avec un étranger mais que tout de même, il sent que le danger se rapproche, qu’il rôde, qu’il sourd et qu’il faut agir.

Alors, confronté à ces fantasmagories moyenâgeuses, à ces délires granguignolesques, à ces illusions identitaires, le démocrate ne peut plus grand-chose hormis prendre des mesures contraires aux valeurs  mêmes de la République – interdiction, répression arbitraire, mise hors-la loi des fauteurs de trouble – autant de décisions inacceptables et de toutes les façons désormais inapplicables.

                                                                                                                                                                                                                                                   Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et pourtant être fermement décidés à les changer, écrivait Scott Fitzgerald. 

                                                                                                                                                                                                                                                 C’est un discours de désespoir absolu mais c’est le seul qu’il nous reste désormais pour affronter le vent mauvais de l’Histoire.

                                                                                                                                                                                                                                                   En espérant que ces nuages furieux ne balayent par tout sur leur passage.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Les détecteurs de fumée débarquent, bienvenue en enfer

                                                                                                                                                                                                                                                            A partir du 8 mars, fini de rire.

A quelques exceptions près toutes les habitations de l’hexagone devront posséder un détecteur de fumée.

Une sorte de coupole blanchâtre qu’on plaque au cul du plafond et qui se met à hurler des complaintes stridentes dès que le moindre soupçon de fumée suspecte se permet de venir chatouiller ses capteurs aussi sensibles qu’un sonar de sous-marin nucléaire.

N’importe qui a déjà vécu en Amérique du Nord sait l’enfer de cohabiter avec un mouchard pareil.

C’est pire que d’avoir Belle-maman à demeure.

Ou de se taper du soir au matin les vocalises du clébard d’à-côté.

A partir du jour où vous installez ce petit rapporteur, ce délateur zélé, ce gestapiste sourcilleux, votre vie se transforme très vite en un véritable enfer.

Surtout à l’heure de cuisiner.

Quand vous êtes tout à votre affaire de bichonner un amour de steak ou une merveille de papillote de saumon et que soudain, venue des tréfonds de l’appartement, retentit sans crier gare une sonnerie capable de bousiller à tout jamais vos conduits auditifs et de réveiller, toutes confessions confondues, les morts du cimetière municipal.

Alors la panique.

Les regards interloqués échangés entre époux.

C’est toi qui cries comme ça ? 

Le chat qui se met à quadrupler de volume et, sans demander son reste, s’en va s’enfermer à triple tour dans le placard à balais.

La Belle-maman qui augmente le son de la télé parce qu’elle n’entend même plus la dernière répartie de son animateur favori.

La réunion de famille, qui se tient à l’endroit même où siège la capsule en pleine crise de tachycardie, les yeux levés vers l’étrange soucoupe qui clignote de toutes les couleurs comme si elle s’apprêtait à décoller pour la lune, le recours au mégaphone pour lui enjoindre de la mettre en sourdine, les insultes lui intimant l’ordre de la fermer ; évidement en pure perte.

Le tabouret sur lequel on grimpe, tout en se bouchant les oreilles afin de tenter de raisonner la machine infernale, le torchon qu’on agite sous son nez pour lui permettre de respirer plus librement, les fenêtres ouvertes en grand afin de s’assurer que tout le quartier est au courant de vos mésaventures ménagères, le ventilo qu’on ressort du placard à balais où désormais le chat a trouvé refuge dans le tuyau de l’aspirateur.

Qu’on met deux heures à remonter parce qu’on est en plein hiver et que ma foi son intérêt demeure en cette saison froide des plus relatifs.

Les pales qui s’agitent et brassent frénétiquement des coulées d’air, tandis que Madame continue à agiter son torchon en des gestes de plus en plus précipités, de plus en plus affolés, de plus en plus saccadés, comme un pantomime qui ne se contrôle plus, et que Belle-maman débarque en demandant si c’est bientôt prêt, le journal de vingt heures étant sur le point de commencer.

Les voisins furieux qui tambourinent à la porte et aboient c’est pas fini tout ce boucan, il y a le fiston qui demain a un examen de maths de plus grande importance.

Le miracle qui finit par se produire.

Le silence.

Le soulagement.

Le retour à la normale jusqu’au moment où, pas encore vraiment rassasié, le détecteur s’offre un dernier tour de piste comme un ultime rappel avant de se retirer de la scène.

Le steak qui entre-temps a refroidi et qu’on ose même plus réchauffer de peur de réveiller l’autre cinglé.

Le saumon qui s’est suicidé et gît au beau milieu de sa papillote défaite.

Le chat qui n’arrive plus à ressortir de l’aspirateur.

Belle-maman qui a appelé les services sociaux pour se plaindre des comportements de son gendre.

La petite famille affamée en route pour le Buffalo Grill du centre commercial, mais qui affiche évidemment complet et ressemble désormais à ces hangars de fortune où, lors des grandes catastrophes naturelles les familles sans logis viennent trouver refuge et nourriture.

                                                                                                                                                                                                                                          Jusqu’au jour où, en douce, on émascule le lanceur d’alerte en bouchant ses artères.

                                                                                                                                                                                                                                                        Les Les charmes trépidants de la vie moderne.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est  par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet