Du bonheur d’être asocial

 

Hier soir, ma compagne était encore de sortie, invitée par une de ces amies à participer à je-ne-sais quelle entreprise de socialisation avec d’autres adeptes de la communication en groupe.

Je suis donc resté seul à la maison à papoter avec mon chat, à m’engraisser d’une modeste salade accompagnée d’une tranche de saumon fumé, à achever ma lecture d’un roman quelconque ; à dix heures tapantes, j’étais au lit, à dix heures et cinq minutes, je rejoignais le monde du sommeil.

C’est que je suis irréductiblement asocial.

M’aventurer dans une soirée où je ne connaîtrais personne et où personne ne me connaîtrait possède à mes yeux autant d’attrait qu’une séance de flagellation administrée en public par une flopée de moines trappistes.

J’ai une sainte horreur de ces dîners fastidieux où chacun, avant de passer à table, se doit, lors de conciliabules secrets et interminables, réciter d’une voix faussement exaltée son identité, son pedigree, l’emploi du temps de ses journées, la nature de sa relation avec les hôtes, l’endroit où il a garé sa voiture, son numéro d’assuré social, son taux d’imposition et le prénom de sa grand-mère maternelle.

Tout cet atroce et laborieux cérémonial visant à briser la glace afin que chacun puisse savoir à qui il a affaire.

Où je ne parviens, en guise d’auto-présentation, à n’afficher qu’un sourire ahuri, lequel sourire ne me quittera pas durant les longues heures qui me séparent du retour à la maison.

Un sourire crispé, de circonstance, impavide, idiot, figé, indolent, niais et tout à fait hors de propos, que j’offre à tout-va, quel que soit le sujet dont les autres invités débattent, incapable que je suis d’articuler le début d’une argumentation tant je me sens étranger à tout ce carnaval de réparties échangées tout autour de la table, soit que le sujet abordé ne m’intéresse pas, soit que je trouve tout à fait superflu et inutile de condescendre à expliciter mon point de vue sur la question traitée, sachant que mes dires seront confus et inappropriés.

En silence je souffre le martyr.

Je boulotte des miettes de pain.

Je joue au petit soldat avec la salière et le poivrier.

Je repositionne à l’infini mon assiette afin d’être certain qu’elle se trouve bien à équidistance du bord de la table et du chapelet de verres que je prends soin d’aligner avec une méticulosité maniaque.

Je vérifie le nombre de pointes que possède ma fourchette, le calcul exact de dents affleurant à la surface de mon couteau, la distance supposée entre mon verre et la carafe d’eau, le nom du viticulteur affiché sur la bouteille de vin, la provenance de l’eau gazeuse, le nom de la montagne dont sa source a jailli, le taux de calcium recensé par 100 ml.

En guise de divertissement, afin de ne pas apparaître comme totalement désœuvré, je gratouille mes joues, je tournicote à l’intérieur de mes oreilles, je recoiffe le haut de mes sourcils, je tambourine le bas de mon menton, je rajuste mes testicules, j’admire le parfait arrondi de mes ongles, je joue à la toupie avec le filament du dernier cheveu qui me reste, j’astique mes cavités nasales tout en me perdant dans la contemplation du plafond.

Si par malheur, un impétueux invité se risque à me poser une question directe, je pars d’un grand rire gêné, je hoche bêtement de la tête et je marmonne une réponse indéchiffrable tout en me précipitant vers mon verre d’eau que j’avale goutte après goutte ; une fois le danger passé, je me rehausse sur ma chaise en priant que mon supplice prenne bientôt fin.

C’est que je ne saisis pas bien l’intérêt de communiquer avec une personne que je suis à peu près certain de ne jamais revoir, dont par ailleurs je me contrefous de connaître son opinion sur la disparition programmée des services postaux ou de son avis sur la qualité des repas servis lors de son dernier vol transatlantique ou de sa position toute tranchée sur l’affaire ukrainienne.

Tout ce florilège de bavardages inconséquents auquel je ne prête qu’une oreille discrète, bien plus concerné et inquiet que je suis de savoir l’évolution des scores de la dernière journée de Championnat que, par la faute de ce repas à la noix auquel on m’a forcé de venir, je suis en train de manquer.

C’est tout à la fois un mélange de timidité, allié, avouons-le sans détour, à un abject complexe de supériorité.

La certitude de perdre mon temps, de savoir qu’en ce moment même je pourrais être en train de lire, de dormir, de réfléchir sur la possibilité de voir Saint-Etienne l’année prochaine en Ligue des Champions, d’être chez moi, tranquille, les mâchoires au repos, pas rasé, pas lavé, affalé sur mon canapé occupé à ne rien faire.

Si bien qu’on finit par ne plus jamais m’inviter ce qui ne manque pas à chaque fois de me scandaliser.

 

Je suis décidément un type impossible.

 

( Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true )

23 commentaires pour “Du bonheur d’être asocial”

  1. Allez, détournons un distique de Paul Valéry : « Ô récompense après une soirée/ Qu’un long regard sur le calme du pieu ! » [« Le Cimetière marin », v. 5-6]

    Souvent, les virulents de la plume sont grands timides. Asociaux, pas vraiment ; ils redoutent cette mise en foule qu’est la soirée où on les invite. Et même… évite : insigne indifférence aggravant le « supplice » de l’ego. « Quoi ?! Ils me convient et je suis transparent !? » Mais s’ils l’avisent, lui parlent, aïe, aïe, aïe ! Enfin, le genre Jean-Jacques Rousseau. Celui des « Confessions ». Langue (ou plutôt, plume) bien pendue ; mais angoissé par l’inconnu, crainte du contact contraint, de la conversation obligée, de la panne verbale et, peut-être, du fard qu’on va piquer.

    Des grandes souffrances naissent les grandes œuvres, et d’abord les blogs qui consolent les lecteurs timides.

    Ô « type impossible », merci. Et courage : Saint-Étienne n’est qu’à trois points du troisième. Promesse de bonheur pour l’asocial devant l’écran.

  2. Dépression : pétez un coup + prozac + sélectionnez des amis plus intéressants, ça devrait s’arranger très vite. La clé c’est de vivre. Ni subir, ni se retirer : vivre !

  3. Ça dépend, parfois on trouve des gens avec qui on partage certains centres d’intérêts et puis il y a ceux qui essayent de nous refourguer le blabla tout droit sortie de leur claque merde et dont on a rien à foutre. Que ceux là s’occupent de leur trou de bal et aillent se faire enculer. Quant à la timidité, quelle niaiserie! “La vie est vaste, étant ivre d’absence, Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.”

  4. Le truc infaillible pour éclairer ce genre de soirée c’est de conter les croustillantes anecdotes du temps où je bossais dans une banque du sperme, de demander à chacun quelles sont ses pratiques bdsm préférées ^^ Ambiance assurée :)

  5. La réponse d’Ollllive (je n’ai pas compté les L vous ne m’en voudrez pas?) c’est typique de la plupart des gens qui s’imaginent qu’être introverti c’est forcément être un gros refoulé mal dans sa peau et si possible dépressif…

    Si je vous disais qu’il y a plein d’introvertis qui le vivent très bien, qui se sentent peinards loin de la foule, des gens, du cinéma qu’on se joue tous au nom de la norme en vigueur, qui ont des amis intéressants mais n’éprouvent pas le besoin de les voir tous les 4 matins, et qui n’ont pas plus besoin de Prozac ou de péter un coup que vous :-) L’extraversion est une caractéristique, mais au nom de quoi devrait-elle être la norme absolue en dehors de quoi on est un dépressif profond?

    Vivre, oui je suis d’accord avec vous sur ce point, mais vivre en conformité avec nos propres aspirations, pas avec ce qu’on croit que la société voudrait nous voir être. Là oui, c’est la clé du bien-être, ne plus se sentir prisonnier du regard réprobateur ou parfois moqueur de tous ces grands extravertis qui ont décidé que leur compréhension du monde était LE canon ^^

  6. Moi, j’suis la j’dis rien, je peux pas remettre mes couilles place j’en ai pas, alors je me palpe la poitrine, j’sais bien que j’suis pas sous la douche mais j’ai l’air moins con que la petasse qui n’arrete pas de se remettre du rouge a levres tout en tirant sur sa jupe qu’est trop courte, elle avait qu’a mettre un pantalon apres tout. Il me reste des cheveux mais ils sont courts et meme quand j’essaye de me coiffer ca ressemble toujours a pas grand chose. Pis quand tout l’monde est bourre, j’en vais, je propose a personne de le/la reconduire, j’aime pas qu’on gerbe sur mes sieges de bagnole. Ben ouais… j’ai rien ecoute de ce qui se raconte parce que les histoires de boulot des autres j’m'en cogne, je bosse pas de toute facon…. j’sors une fois par an mais c’est encore une fois de trop. J’viens de mettre le chat a la porte parce que lui aussi me les casse. Pizza biere et creme glacee, toute seule sur mon canap en lisant le blog d’un mec qu’est pas mieux mais pas pire que moi…. (pis y a pas d’accents sur mon clavier et je m’en fous si ca rend la lecture difficile, c’est votre probleme pas le mien)

  7. Ressens exactement la même chose .
    Pourquoi aller s’emmerder à faire des risettes à des gens qu’on ne reverra jamais ? Et même à leur lécher la pomme ! Cette manie bien française de faire la bise à des gens qu’on ne connait pas et dont on se fout , sous prétexte qu’on se retrouve dans une soirée . Oui, c’est insupportable . Question : pourquoi le supporte t-on ?

  8. oui, autant faire comme si c’était reflechi et volontaire

    impayable.

    !!

    hahahaaahha

    le fan club de rombières larguées s’élargit…
    reste plus qu’à les rencontrer!

    ouais, je sais : là, j’exagere.

  9. Vous êtes un homme étrange… Effectivement vous pratiquez avec art la provocation, et votre ton insolent et prétentieux me donne envie de vous faire rentrer vos paroles dans les dents, mais je n’en suis pas capable. Je me contenterai donc de vous oublier, si j’y arrive. J’espère de tout mon coeur pouvoir faire comme si je n’avais jamais entendu parler de vous, ce qui était le cas il y a cinq minutes. Je n’aime pas les gens qui me dérangent.

  10. Il ne s’agit pas d’un complexe de supériorité dont vous souffrez mais bel et bien d’un complexe d’infériorité.

    Vous vous recroquevillez sur vous même à cette table, réagissez comme un autiste lorsqu’on vous parle, vous pensez n’avoir rien à échanger.

    C’est vrai que c’est dur de s’ouvrir, mais pas impossible, et lorsqu’on pose d’autres questions à autrui, on en apprend souvent plus que le “taux d’imposition et le prénom de sa grand-mère maternelle”.

    Il suffit de s’intéresser, voilà tout. Vous n’êtes pas asocial, vous ne vous intéressez pas.

  11. les commentaires à la marieP ne cesseront jamais de me laisser pantois

  12. Arf !
    Le mec, il ne se soucie pas de ce qu’on pense, mais il insiste bien pour nous le dire, pour être certain qu’on ait bien compris… Et il insiste aussi pour dire qu’il va méchamment provoquer tout le monde… Mais il s’en fout de nos réactions hein. Mais il provoque hein.
    Mais il s’en fout… etc.
    heu…

    Bon y’a rien de moins con à la télé, des fois ?

  13. Ravi de voir qu’il y a des gens qui me ressemble. Il faudra que l’on se fasse une bouffe.

  14. Les commentaires sont aussi drôles que le texte;

    ne donnez pas de conseils à ce type, ne parlez pas de dépression, de complexe, pas besoins de “trucs” pour ce faire des amis, inutile de pointer la condescendance ou l’arrogance de cette personne, pas besoin d’astuces pour briser la glace ou faire le premier pas.

    Laissez cet homme tranquille!

    Merde alors.

  15. Aaaaah, ces HP. Toujours un brin égocentriques et présomptueux, mais si spirituels.

  16. J’étais comme ça avant aussi, et j’en souffrais. Je suis pas radicalement différent aujourd’hui mais je ne suis quasiment plus jamais le pot de fleur que j’étais lors de nombreuses soirées.
    J’avais le même raisonnement que vous, à la fois sentiment de supériorité et complexe d’infériorité, un truc très ambigu et frustrant : j’en avais rien à foutre de ce que pensait un tel ou un tel à propos de ceci ou cela, et je trouvais que la dose d’effort qu’il fallait pour faire valoir mon point de vue (couper la parole, parler fort, attendre un blanc pour parler, être ok avec le fait que la conversation dérive et que je ne pourrais plus dire ce que j’avais à dire sur un sujet précédent etc) n’en valait pas la peine.
    Mais d’un autre côté, j’avais une envie folle de passer des bonnes soirées, d’être “comme les autres” à parler avec tout le monde de tout et de rien, même si les mondanités m’ont toujours fait chier, et de pas vivre ces moments de sociabilisation dans un état semi végétatif.
    Et surtout, je peux le dire aujourd’hui je pense, on est beaucoup, mais alors beaucoup mieux quand on se force un peu et qu’on passe une soirée correcte, quand, enfin, on ose dire un truc comme ça, faire une remarque, enclencher une conversation avec son voisin ou mieux, sa voisine, on a une bien meilleure opinion de soi, et on sort de ces soirées avec l’esprit tranquille, pas avec ce sentiment de frustration ambigu, partagé entre “putain c’était nul, untel était vraiment relou, je pouvais pas encadrer untel” et “mais quand est ce que je se serais bien lors de ces événements ?”
    Après, il faut de tout dans un monde, et certaines personnes seront très à l’aise avec le fait d’être des quasi ermites.
    Mais la majorité non. Vous pourrez justifier par tout ce que vous voudrez que telle ou telle soirée était pourrie, que vous en avez rien à faire de l’avis de je ne sais qui, que ces “dîners mondains” ne vous amusent pas etc. Mais y a de fortes chances que ça vous fasse souffrir, faut pas se mentir.
    Enfin je dis ça + pour les gens qui se reconnaissent dans cet article que pour l’auteur en lui même, qui par ailleurs tient un blog et a une copine, ce qui est déjà assez énorme pour un asocial, et surement peu commun pour les gens comme ça.

  17. Il serait tellement bon de pouvoir parler sincèrement dès la première rencontre, sans jugement, sans catégorisation, sans ce blabla infructueux qui laisse un goût de cendre à la fin.
    Il serait tellement bon de s’abstraire du quotidien, d’aller droit au but, de discuter directement de ce qui compose un être humain et sa compréhension du monde par le filtre de sa personne physique, intellectuelle et émotionnelle.
    Il serait tellement bon de vraiment de rencontrer.

  18. J’aime énormément être seule et je crois n’avoir jamais utilisé le verbe s’ennuyer. Mais… quel bonheur qu’une soirée partagée quand elle est réussie, quand on se marre, quand on mange et boit comme des princes, quand on refait le monde au point d’y repenser, plus tard, parce-que ça nous a touché, perturbé, scotché… Bref ce que j’aime, c’est rentrer chez moi en me disant que j’aurais été bien bête de décliner… Mais moi je suis spéciale, moi je suis une CURIEUSE. Et quand je m’emerde dans une soirée – ce qui arrive – j’ai un propension toute personnelle à lancer les débats qui réveillent…

  19. Laurent, tu n’as plus 14 ans, tu en as 46, alors, un peu de maturité, que diable… la prochaine fois, (( de préférence, après deux tequilas))
    engages la conversation avec la plus jolie fille de la soirée…
    ( souvent, c’est celle qui est accompagnée du mec le plus musclé)… (mais on s’en fout) …
    accroches la sur un sujet que tu maîtrises à la perfection: par exemple, l’épopée bastiaise en coupe de l’UEFA, ou, la pénibilité d’avoir une mère juive tunisienne, ou encore, plutôt que la harissa, la branlette (c’est bien ça , la branlette; déjà tu en as une maîtrise quasi conceptuelle, et en plus, ça peut l’intéresser…artistiquement parlant… voir l’ échauffer… ou l’échauder….)…. après…,
    advienne ce qu’il adviendra….

    (toute blague mise à part, c’est la première fois qu’un de tes textes me fais autant sourire, (( c’est vraiment digne de La Bruyère)) et constater malheureusement, que, tout comme au collège…. à ce genre de soirées … on pourrait encore nous confondre …)

  20. Enfin des gens normaux, ça fait plaisir.

    Technique perso: inventer les plus gros bobards et les faire gober à une cible de choix (une fille, ou le prétentieux de service par exemple). Par exemple s’inventer un métier, tel que concepteur de la geometrie des kebabs.

    Cela offre un quintuple bénéfice:
    - extrêmement stimulant pour le corps et l’esprit
    - offre un ascendant certain sur les autres
    - amusant pour soi-meme
    - amusant pour les autres (pas tous)
    - jamais de répétitions

    Bref, une saine pratique que je conseille à tous !

    gros bisous

  21. les commentaires constructifs c’est tout de même plus sympa!

  22. Splendide billet, vous lisez en moi a livre ouvert ;)

  23. Merde ! On ne peut pas s’abonner ? Mais c’est terrible ! Je vais donc cliquer sur “Mes favoris”.

    Je viens de tomber tout à fait par hasard sur cet article et suis ravie de découvrir ce blog qui semble être tout sauf ennuyant. Chaque ligne est excellente et j’aime particulièrement le “je rajuste mes testicules” ainsi que la citation tout en haut de la page.

Laissez un commentaire

« »
  

YOU WILL NEVER HATE ALONE

Avant tout, une mise au point. A priori, je ne vous aime pas et je me contrefous de savoir si vous m’aimez ou si vous allez apprécier ou pas ce que je vais pouvoir radoter à longueur d’article. Ce n’est en aucun cas mon problème, c’est le vôtre. Je rajoute que je suis d’une mauvaise foi crasse, que je n’ai d’avis arrêté sur aucun sujet, que je prends un grand plaisir à manier l’art du contre-pied, que je n’aurai cesse de vous provoquer et de vous titiller afin que vous vous sentiez offusqué au point d’aller pondre un commentaire rageur et furieux auquel je prendrais un malin plaisir à répondre. Toujours.  

Ceci posé, la plupart du temps, mes articles seront à prendre au deuxième ou au troisième degré. De grâce, nul besoin d’aller embêter la standardiste de la Licra, de menacer de convoquer le conseil d’administration de la Mrap, de m’admonester de présenter des excuses sur le champ, sans quoi, vous irez tout rapporter au commissaire général de S.O.S racisme, à l’inspecteur en chef de la SPA, au rapporteur de la Ligue des Droits de l’Homme. Je ne suis pas sérieux. Je suis un bouffon. Un pitre. Un petit con hargneux. Un individu sans intérêt qui aime jouer à l’intéressant.  
Surtout par pitié, ne me taxez jamais d’antisémitisme. J’ai eu le bonheur ou le malheur d’être né de parents tout à la fois ashkénaze et sépharade donc pas de jaloux non plus de ce coté-là. Chacun en prendra pour son grade et aura sa pâtée de critiques bien senties.   J’oubliais : bien que je sois né en France, bien que je possède un passeport français, que j’ai trop longtemps vécu dans ce beau pays, je n’éprouve envers lui aucune tendresse particulière et n’aurait cesse de démonter et démontrer à longueurs d’articles ses travers et ses absurdités.

Je n’ai jamais pardonné la rafle du Vel d’hiv et ne la pardonnerais jamais. Par principe et par instinct, je n’ai aucune sympathie pour l’Allemagne ou pour la Pologne. C’est ainsi. Vous pourrez toujours me parler de la réconciliation nécessaire entre les peuples, de la nécessité du pardon, de l’exigence de tourner la page, je suis sourd à jamais à tous ces raisonnements frappés du bon sens.  
La notion de patriotisme m’est complètement étrangère, celle de nationalisme me donne la nausée. Si l’équipe de France de Football devait disputer une rencontre capitale contre la Hollande ou l’Italie, je supporterais toujours ces dernières.   Si le PSG ou l’OM ou Lyon, surtout Lyon, était amené à rencontrer Manchester United, le Milan AC ou Barcelone, je serais toujours du côté des équipes qui considèrent le football comme un des beaux arts et ne supporterais jamais une bande de tacherons au simple motif qu’ils sont français. Sauf Saint-Etienne. L’amour est aveugle et j’ai pour les verts des yeux de Chimène.

  Ne venez pas m’emmerder sur ce sujet en me disant que depuis trente ans ils n’ont rien gagné, qu’ils vivent sur leur passé, que la roue a tourné. Je saurais vous répondre avec le cinglant approprié à vos sottes remarques.
 
Mais de tout cela vous en vous en rendrez compte très vite. A bientôt donc mon idiot de semblable, mon crétin de frère, mon stupide cousin. Sois donc soulagé: désormais, dans le désert de ta connerie qui est infinie, tu ne seras plus jamais seul.

Laurent Sagalovitsch

Categories