Pour revoir Apostrophes, c’est 3 euros 99 !

 

Parce que parfois pour échapper à la médiocrité ambiante, vous réclamez la fréquentation d’esprits plus éclairés que le vôtre, vous vous rendez sur le site de l’INA – pour le cancre de service l’Institut National de l’Audiovisuel - à la recherche de ces grands entretiens qui firent les beaux jours de la télévision française.

Lorsqu’elle ne prenait pas ses téléspectateurs pour des nigauds patentés.

Lorsqu’elle osait présenter à des heures de grande écoute des programmes qui n’étaient pas que des bavardages insignifiants de clowns analphabètes caquetant inepties sur inepties à propos de produits prétendus culturels.

Vous vous souvenez encore de ces longs entretiens où Bernard Pivot, tout en intelligence malicieuse et roublardise finaude, pouvait se permettre d’aller à la rencontre de Vladimir Nabokov, de Georges Simenon ou de Soljenitsyne et de fouiller avec eux l’intimité de leur œuvre, en s’efforçant toujours de la rendre la plus intelligible possible.

Alors sur le moteur de recherche de l’INA, ce grenier de l’audiovisuel financé à 70% par l’argent public, vous tapez le nom de ces illustres auteurs et vous découvrez avec bonheur que ces entretiens sont désormais disponibles, qu’ils peuvent prétendre à une deuxième vie sous la forme d’une archive audiovisuelle.

Sauf que non.

C’est que pour les visionner dans leur intégralité, vous découvrez ahuri qu’il vous faut débourser la coquette somme de 3 euros 99 pour chacun d’entre eux.

Sans quoi, vous avez seulement le droit de goûter aux six premières minutes avant qu’on vous demande de passer à la caisse.

Et là vous ne comprenez plus.

Parce que tout d’abord il vous semble que ces émissions diffusées sur les chaînes du service public étaient financées par l’argent du contribuable et que, par conséquent, quelque part, elles vous appartiennent tout autant que la départementale sur laquelle vous promenez votre ennui, le dimanche arrivé.

Que dès lors il vous semble pour le moins incongru de devoir payer une deuxième fois pour regarder une émission qui sans votre argent ou celui de vos parents n’aurait jamais existé.

Et qu’ensuite, il vous apparaît comme totalement incohérent et singulier d’exiger quelque argent pour visionner un entretien qui appartient à la mémoire collective de votre pays.

Que de devoir débourser à chaque fois 4 euros pour se replonger dans cette mémoire audiovisuelle revient ni plus ni moins à instaurer un système de classe où seuls les plus fortunés auraient le droit de se cultiver, où seuls les plus nantis pourraient avoir le privilège d’accéder à des biens culturels qui pourtant devraient être mis au service du plus grand nombre.

Certes vous découvrez aussi que pour revoir la mythique et légendaire confrontation opposant Bayonne à Dax lors de la session d’Intervilles de 1962 vous devez aussi puiser dans votre porte-monnaie, mais moins largement puisque pour une raison que vous préférez ne pas connaître, il ne vous en coûtera cette fois que 2.99 euros.

En cherchant un peu, vous tombez sur la charte de l’INA, qui vous explique que “43% des sommes engrangées servent à rétribuer les ayants droits, 32% étant réinvestis dans la numérisation, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine audiovisuel, et 22 % couvrent les frais financiers (TVA, taxes et transactions en ligne).”

Mais qui sont-ce ces ayants droits ?

Les petits-fils de Guy Lux ? Les chevaux de Léon Zitrone ? La coiffeuse de Simone Garnier ?

Ou bien alors le service public, c’est-à-dire vous et moi.

Vous vous dites que c’était bien la peine de voter à gauche si celle-ci s’entête à perpétuer des règlements instaurés sous un gouvernement de droite.

Que notre ministre de la culture serait bien inspirée de cesser ces pratiques bassement mercantiles qui visent ni plus ni moins à confisquer la culture, à la rendre accessible au plus petit nombre, à la privatiser, à la séquestrer dans un coffre-fort dont le seul accès serait réservé à quelques bourgeois ventripotents.

En attendant ce jour, je deviens dès aujourd’hui un pirate culturel auto-proclamé et je m’en vais de ce pas télécharger un enregistrement pirate de Jankélévitch. ( Pour Nabokov/Pivot, le code est : http://www.youtube.com/watch?v=xegVHkULlZI )(Mais l’Ina veille, je ne peux l’insérer dans ce post)

Oui madame la Ministre, vous avez le droit de trembler !

( Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true )

 

35 commentaires pour “Pour revoir Apostrophes, c’est 3 euros 99 !”

  1. “Humbert Humbert, violeur pédophile et assassin dont le roman se présente comme une sorte de confession, paraît un enfant, question perversité, à côté de Vladimir Nabokov, le véritable auteur. Il est vrai aussi que Lolita montre comment les enfants (les adolescents, Lolita a 12 ans au début du roman) s’y connaissent merveilleusement, question perversité.” (libé.fr)

    Pas trop envie d’écouter l’interview, du coup.

  2. Ah, le système des ayant-droit… Compliqué. Ça fait partie des règles du droit d’auteur qui protègent (un peu) la création intellectuelle. La gratuité, c’est bien, mais tu es (j’imagine) content, toi, Laurent, de ne pas voir tes œuvres diffusées partout sans versement des droits qui te reviennent.
    Bon, je sais que pour des émissions anciennes, c’est plus discutable – peut-être faudrait-il revoir la durée des droits audiovisuels -, mais certaines émissions sont faites, par exemple, de documents filmés protégés (comme pour la musique) car appartenant à leurs auteurs-réalisateurs. L’ayant-droit principal d’Apostrophe, c’est Pivot lui-même, et même si la redevance lui a en partie permis de réaliser cette émission (je dis en partie, parce qu’il faut, on l’a vu, de la pub pour couvrir toutes les dépenses du service dit public), il en est l’auteur à part entière puisqu’il en a créé le concept. Donc les images lui appartiennent, c’est comme ça. Sans compter que s’il a placé des extraits de films dans ses émissions, on doit payer les droits de ces extraits…
    Et les gens de l’Ina, qui passent leur temps à travailler sur cet immense gisement d’images, faut bien les payer, eux aussi. Je doute que les subventions de l’État suffisent à ça, sans compter le coût du matériel etc.
    Bon enfin bref, moi je veux bien que tout soit gratuit, hein, mais alors il faut qu’on puisse instaurer un système qui permette à tous les auteurs, musique, images et textes, de se nourrir sans avoir à payer leurs propres factures…

  3. PS : la vraie arnaque, c’est pas de payer pour de la qualité, c’est de payer, comme actuellement avec la redevance, pour la médiocrité absolue des programmes dits “de service public”. J’préfèrerais payer pour un ancien Apostrophe que pour les Ruquier et consorts infligés désormais…

  4. Quel sujet passionnant.

  5. @ Sophie K. : l’état, ce voleur des artistes ! Si vous voulez. Et si on parlait des réseaux de distribution + libraires qui empochent plus de la moitié du pognon ? Ca me rappelle une histoire d’oeuf acheté 5 centimes au producteur et revendu 50 centimes à carrouf.

  6. si on supprimait les intermédiaires, on serait à combien de pourcentage de chomeurs d’apres vous?

  7. j’avoue que j’y connais rien Sophie mais Pivot il était salarié d’Antenne 2, non ? C’était pas un producteur animateur à la Nagui ou Drucker ? En quoi les images lui appartiennent ? Ce n’est pas lui qui payait les cameramans et tout le touin touin, si ?

  8. Ah oui mais comment l’INA va payer les bibliothécaires, documentalistes, archivistes qui indexent, classent, cataloguent, numérisent et archivent tous ces documents audiovisuels? C’est que c’est un métier tout ça. Je sais j’ai fait le même travail chez les englishs à la BBC. Et que tout travail mérite salaire. S’il faut compter sur la redevance on devient bénévole… La redevance est une excuse bien faible. Tout le monde ne la paie pas et est-ce vraiment si élevé? Il n’y a pas que les copyrights et ayant droit.

  9. Mais ils sont fonctionnaires, non ?

  10. @ rakam : dans le cas de l’agroalimentaire (par exemple) la concentration des réseaux de distribution entraîne fatalement une pression à la baisse sur le prix de vente des paysans qui ne peuvent pas dire non (sauf pour les petits qui décident l’auto-distribution). Entre des gens qui servent à quelque chose et d’autres qui ne servent que d’intermédiaires, ma préférence est vite faite… Pour les livres, je suis désolé mais la moitié du gâteau rien que pour leur tronche c’est juste anormal. Mais là encore les auteurs ne sont pas trop en position de force.

  11. @ Vince: mais elle est où la vanne là ?!

  12. @ rakam et sagalo : le réseau. Il faut penser au réseau. Le réseau doit devenir le pivot de votre réflexion.

  13. @ Laurent : ben si, Pivot était le producteur-créateur du concept de son émission, de son format et de son déroulement, donc ayant-droit, j’imagine. Il a dû protéger son idée (d’ailleurs, personne n’a repris sa suite). Je ne sais pas s’il était salarié, je ne sais pas comment ça marchait à l’époque (cumulait-on salaires et droits d’auteur ?). Par contre, la chaîne devait payer les salaires des techniciens, effectivement.
    Ce que je sais, pour être la fille d’un réalisateur de docs sur le jazz, c’est que mon père n’était payé que grâce aux droits qu’il percevait sur ses émissions. Et que la chaîne qui les diffusait devait, en outre, payer les extraits insérés (pas mal de films des années 40 aux années 60-70, tournés par les producteurs d’alors, sur Gillespie ou Miles Davis, par exemple) aux ayants-droit. Dans le cas des docs historiques, ça peut faire pas mal de monde.

  14. Et je ne pense pas que les techniciens de l’Ina soient fonctionnaires… :)

  15. Moi j’ai l’émission avec Bukowski en DVD, elle est exceptionnelle. Si vous me donnez votre adresse je vous l’envoie Saga ;-)
    Quant à Nabokov, alors là ! s’en priver c’est vraiment passer à côté d’une merveille ! J’ai du mal à dire que j’aime Céline, mais pour Vladi c’est sans bémol : my hero !!!!

  16. @ Vince : c’est pas tant les libraires (du moins pas les indépendants) qui piquent du pognon. C’est que le système de diffusion des bouquins est hyper lourd et cher pour une période devenue trop courte, en gros trois mois sur l’étal avant le tsunami suivant qui projettera les bouquins précédents en retour donc au pilon. L’ultra consommation ne sied pas bien aux livres…

  17. @ Sophie K. : vous devez me confondre avec votre proprio.

  18. @ Vince : Ben non, vu que c’est moi qui suis proprio de moi, et je sais, bon sang d’bois, que je ne suis pas vous.

    Enfin, j’en suis quasi certaine.
    A… mettons 87,95%.

  19. (J’ai des preuves : d’abord, je ne porte pas de chemises à carreaux de bûcherons. Ensuite, je n’essaye pas de monter des trucs louches à base de starlettes lituaniennes avec Rakam. Et chtoc.)

  20. je pense qu’il était producteur sur bouillon de culture pas sur apostrophes. De toutes les facons tout est payant. Même radioscopie de Jacques Chancel c’est payant et c’est honteux !

  21. Et puis quel intérêt de numériser Intervilles ????

  22. @ Laurent : :D
    Pour Pivot, c’est soit lui soit France Télé qui perçoit des droits sur Apostrophe. Peut-être les deux. Sinon, tiens, je t’ai trouvé ça sur Wiki (j’ai pas trouvé pour les fonctionnaires, mais je ne pense pas que tous les techniciens qui y travaillent le soient) :

    ” En 2006, pour une redevance de 116 €, l’Ina percevait 3,25 € ; le groupe France Télévisions : 78,61 € ; Arte : 8,75 €, Radio France : 21,23 € et RFI : 2,39 €.”

    (3 euros et quelques par redevance, ce n’est sûrement pas assez pour payer tout le monde, restaurer les films et le toutim.)

  23. Je viens de gagner 3,60 € à l’Euromillions. Je peux presque m’acheter un Pivot.

  24. Finalement, Pivot est un luxe. :D

  25. Absolument Sophie, Saga a raison : 3,99 euros c’est vraiment le la discrimination, à ce tarif-là faut pas s’étonner que les pauvres restent des imbéciles incultes !

  26. Vous pensez que le Portugal peut aller loin au Brésil ?

  27. Bah, je ne suis même pas portugais en plus… J’ai bien quelques outils à la maison, mais bon.

  28. Ouh la! Il y a plein de travailleurs qui bossent pour des organismes publics et ne sont pas fonctionnaires. Les contrats précaires, les CDD, les intermédiaires, etc existent partout.

    Et ce que dit Sophie K

  29. On dit souvent que les femmes ne sont pas intéressées par la pratique des sciences dites “dures”. Mais combien d’entre elles sont reconnaissantes de l’invention du téléphone portable ou du fer à repasser ?

  30. C’est quoi les sciences dures ? Les sciences en érection ?

  31. Je propose des les appeler sciences érectiles, par opposition aux sciences orgasmiques (dans le sens de : qui atteignent le but initialement fixé, dans la joie et la bonne humeur).

  32. Je lis que François Hollande “reste ferme” face à l’Iran.

  33. Il monte en puissance !

  34. Bonjour Laurent Sagalovitsch
    La video Pivot/Nabokov a été retiré suite à une plainte de l’INA, où puis-je me la procurer sans payer les 3 € 99 ?
    Merci d’avance
    Cordialement

  35. là peut-être : https://www.youtube.com/watch?v=yVQaDFLBNvw

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YOU WILL NEVER HATE ALONE

Avant tout, une mise au point. A priori, je ne vous aime pas et je me contrefous de savoir si vous m’aimez ou si vous allez apprécier ou pas ce que je vais pouvoir radoter à longueur d’article. Ce n’est en aucun cas mon problème, c’est le vôtre. Je rajoute que je suis d’une mauvaise foi crasse, que je n’ai d’avis arrêté sur aucun sujet, que je prends un grand plaisir à manier l’art du contre-pied, que je n’aurai cesse de vous provoquer et de vous titiller afin que vous vous sentiez offusqué au point d’aller pondre un commentaire rageur et furieux auquel je prendrais un malin plaisir à répondre. Toujours.  

Ceci posé, la plupart du temps, mes articles seront à prendre au deuxième ou au troisième degré. De grâce, nul besoin d’aller embêter la standardiste de la Licra, de menacer de convoquer le conseil d’administration de la Mrap, de m’admonester de présenter des excuses sur le champ, sans quoi, vous irez tout rapporter au commissaire général de S.O.S racisme, à l’inspecteur en chef de la SPA, au rapporteur de la Ligue des Droits de l’Homme. Je ne suis pas sérieux. Je suis un bouffon. Un pitre. Un petit con hargneux. Un individu sans intérêt qui aime jouer à l’intéressant.  
Surtout par pitié, ne me taxez jamais d’antisémitisme. J’ai eu le bonheur ou le malheur d’être né de parents tout à la fois ashkénaze et sépharade donc pas de jaloux non plus de ce coté-là. Chacun en prendra pour son grade et aura sa pâtée de critiques bien senties.   J’oubliais : bien que je sois né en France, bien que je possède un passeport français, que j’ai trop longtemps vécu dans ce beau pays, je n’éprouve envers lui aucune tendresse particulière et n’aurait cesse de démonter et démontrer à longueurs d’articles ses travers et ses absurdités.

Je n’ai jamais pardonné la rafle du Vel d’hiv et ne la pardonnerais jamais. Par principe et par instinct, je n’ai aucune sympathie pour l’Allemagne ou pour la Pologne. C’est ainsi. Vous pourrez toujours me parler de la réconciliation nécessaire entre les peuples, de la nécessité du pardon, de l’exigence de tourner la page, je suis sourd à jamais à tous ces raisonnements frappés du bon sens.  
La notion de patriotisme m’est complètement étrangère, celle de nationalisme me donne la nausée. Si l’équipe de France de Football devait disputer une rencontre capitale contre la Hollande ou l’Italie, je supporterais toujours ces dernières.   Si le PSG ou l’OM ou Lyon, surtout Lyon, était amené à rencontrer Manchester United, le Milan AC ou Barcelone, je serais toujours du côté des équipes qui considèrent le football comme un des beaux arts et ne supporterais jamais une bande de tacherons au simple motif qu’ils sont français. Sauf Saint-Etienne. L’amour est aveugle et j’ai pour les verts des yeux de Chimène.

  Ne venez pas m’emmerder sur ce sujet en me disant que depuis trente ans ils n’ont rien gagné, qu’ils vivent sur leur passé, que la roue a tourné. Je saurais vous répondre avec le cinglant approprié à vos sottes remarques.
 
Mais de tout cela vous en vous en rendrez compte très vite. A bientôt donc mon idiot de semblable, mon crétin de frère, mon stupide cousin. Sois donc soulagé: désormais, dans le désert de ta connerie qui est infinie, tu ne seras plus jamais seul.

Laurent Sagalovitsch

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