Lance Armstrong, crime et châtiment

Convoqué chez la proviseure en chef, Madame Oprah, Lance Armstrong a tout déballé : ses mensonges, ses remords, sa honte. Oui j’ai triché. Oui je me suis dopé. Oui j’ai menti.

Et a humblement demandé pardon d’avoir trahi la confiance de millions de couillons d’américains qui pensaient encore qu’on pouvait gagner le Tour de France en baptisant son vélo avec de l’eau fraîche.

La belle affaire.

On sait depuis belle lurette qu’il n’existe pas de coureurs propres. Et c’est tant mieux. Manquerait plus que d’assister à un Tour de France avec des champions gravissant des cols à la vitesse d’un escargot asthmatique, franchissant la ligne d’arrivée bien après le journal de 20 heures, obligeant le cuistot de l’hôtel à enfiler des heures supplémentaires pour servir sa patée de pâtes au coureur extenué.

Ce sont les organisateurs de ces Tour de France qui exigent des efforts que le corps ne peut fournir qui sont les seuls responsables de ces tricheries avérées.

De véritables tartuffes d’opérette pris dans un fol engrenage médiatique où seul compte le nombre de téléspectateurs convoqués chaque après-midi devant leur poste.

De splendides faux-culs qui  tout en réclamant aux coureurs un impossible devoir d’exemplarité, n’hésitent jamais à rajouter l’ascension d’un énième col afin de reculer encore un peu plus les limites de l’impossible.

Reste à comprendre comment un homme peut arriver à vivre en se sachant être un imposteur de ses propres triomphes ?

Comment parvient-on à continuer à affirmer être irréductiblement étranger à toute accusation de dopage, s’en défendre avec fracas devant la terre entière, puis de se retrouver dans l’intimité effroyable de sa solitude, dans ce face à face terrible engagé avec soi-même où l’on ne peut plus se dérober, où au détour d’une pensée anodine, surgit l’aveu fracassant de sa propre tromperie ?

Part-on alors dans un grand rire carnassier en se délectant d’avoir pu ainsi une nouvelle fois tromper son monde ? Jouit-on de l’infinie crédulité des autres qui, transis d’admiration, continuent benoîtement à vous accorder leur confiance, leur amour, leur adoration ?

Ressemble-t-on à ces hommes qui de retour d’une escapade amoureuse avec une de leurs maîtresses jouissent une deuxième fois de voir la béate confiance que continue à afficher leur épouse cocufiée ?

Ou bien alors finit-on par chavirer dans une sorte de douce démence, une schizophrénie apaisée où se succèdent à tour de rôle les différents versants de sa personnalité, où cohabitent plusieurs moi qui se respectent les uns les autres, dans la plus parfaite des harmonies, pour ne pas mettre à mal cette identité morcelée  ?

A-t-on parfois si mal à soi que de temps à autre on rêve de pouvoir tout déballer, de confier au premier micro tendu l’étendue de ses forfaits, de dire ses impostures, de se soulager de toute cette vie de faux-semblants afin de ne plus avoir à supporter le poids de cette existence tronquée qui se fissure de partout ?

Ne finit-on pas par ressembler à ces héros malades hantant les romans de Dostoïevski qui soudain pris de convulsion subite décident brusquement de tout révéler, là, maintenant, sur-le-champ, avant de se raviser la seconde suivante, de se reprendre, de frissonner d’une peur rétrospective en songeant aux conséquences qu’une telle révélation eut engendré puis d’éclater dans de longs sanglots silencieux en appelant la mort à la rescousse pour que cesse enfin cette existence impossible, que se taisent à jamais ces tiraillements incessants qui supplicient l’âme et la plongent dans d’impossibles tourments ?

” Mais là commence une nouvelle histoire, l’histoire du renouvellement progressif d’un homme, l’histoire de sa progressive régénérescence, de son passage progressif d’un monde à l’autre, celle de son entrée dans une réalité nouvelle et jusqu’alors entièrement insoupçonnée “.

C’est ainsi que se clôt Crime et Châtiment et c’est ce que l’on souhaite qu’il advienne, par delà les possibles rancoeurs et les légitimes déceptions, à Lance Armstrong, ce champion métaphysique.

 

23 commentaires pour “Lance Armstrong, crime et châtiment”

  1. Les excuses publiques en Amérique, c’est un second baptême, alors souhaitons lui tous ensemble un bon début de nouvelle vie, qui ne devrait pas être longue longue vu ce qui se passe dans ses artères.
    Quoi qu’il en soit, c’est le moment de réecouter les Wampas :
    http://www.youtube.com/watch?v=ZYRYHIHiWLY

  2. puisque l’heure est aux aveux…..
    oui, moi aussi, j’ai triché,
    plusieurs fois même…
    .j’aurais sans doute pu réussir mes examens honnêtement, mais force m’est de reconnaître que même s’ il est vrai que tricher génère la première fois un peu d’angoisse, cela permet d’obtenir un meilleur résultat pour moins d’efforts qu’avec un travail pur et honnête.
    comme pour le franchissement d’un col;
    j’ignore si ces aveux intéresseront claire chazal, car
    contrairement à armstrong, tricher ne m’a pas permis d’accumuler le moindre million , comme d’ailleurs de nombreux coureurs dopés, que l’absence de résultats met à l’abri de poursuites judiciaires…
    apparement, seuls les tricheurs talentueux sont pris en chasse.

  3. Excellent parrallèle avec Raskolnikov (oprah winfrey serait-elle une sorte de Porphyre des temps modernes?!)

  4. Extrait de l’interview :
    Oprah : “Alors, comment vont vos testicules ?”
    Amstrong : “Ca me lance un peu.”

  5. enfin! on ne poura plus dire que les verts n’ont jamais joué au Stade de France.
    gare à ceux qui verront un rapport avec cette victoire et le dopage!!
    @vince, il se serait fait des “couilles en or” c’est ça?

  6. Hé hé ! :)

  7. Rien à foutre de Lance Amstrong, mais votre texte alors c’est pas de la dope, c’est de la pure, j’en reprendrais bien un peu.

  8. Armstrong s’est payé la tête du monde en toute connaissance de cause, et cela s’appelle simplement du mépris pour les gens.

    Mais d’un autre coté s’il ne s’était pas dopé, il n’aurait jamais pu goûter à la gloire, si éphémère soit-elle. De ce point de vue, il avait toutes les raisons de le faire ; car les autres coureurs étant aussi dopés, il n’aurait jamais gagné quoi que ce soit, dernier à vie du peloton. Or, à un certain niveau de sport, le compétition l’emporte sur le sport lui-même, il faut être le meilleur, à n’importe quel prix, et même en trichant si nécessaire. Je vais même dire mieux : je suis persuadé que s’il fallait le refaire, il le referait, sans hésiter.

    Il a connu la gloire, et a été déchu ; mais combien n’auront même pas l’occasion de connaitre la gloire ? Est-ce que la gloire ne vaut-elle pas le prix de la déchéance à venir ? Combien de talents sont ignorés parce que le talentueux a des scrupules ? Ici se pose la question de savoir jusqu’où on est prêt à aller pour obtenir ce qu’on veut. Jetez un œil au film “Unthinkable” (“No limits” dans sa version américaine), car il a le mérite de mettre en pleine lumière ce dilemme. Si l’on met de coté sa morale, il n’y a techniquement aucune limite aux moyens employés pour parvenir à ses fins. Cela s’applique dans tous les domaines (arts, science, politique, guerre, sport, entreprise) et les conséquences sont parfois sans précédent.

    Armstrong est le Ben Laden du sport.

  9. Je me souviens d’un cross quand j’étais un jeune ado dans mon internat, un garçon avait triché en se cachant pendant un tour..et je m’étais alors posé cette question métaphysique à l’époque..quel avantage? Vis-à-vis de qui? Je crois que je navais pas trouve de réponse..toi non plus d’ailleurs..ça me fait plaisir ;-)

  10. @closde : je suis d’accord avec vous!

  11. Franchement, qu’est-ce qui vous étonne ? Si Cahuzac nie avoir un compte en Suisse, ça veut dire qu’il n’en a pas ?

  12. Bon, Laurent, je vous ai mis des pouces en haut sur votre page Facebook, zetes content ?

    @ Les autres : allez mettre des pouces en haut à notre ami, il sera touché.

  13. je connais pas trop bien FB, on peut mettre des majeurs aussi?

  14. dopé ou pas,

    être le premier homme sur la lune,

    et en plus, à vélo,

    chapeau !

  15. Le Paris-Dakar a l’air assez agité cette année, non ?

  16. Rakam : Non, on ne peut pas mettre de majeurs, c’est interdit par la charte du “bien vivre et du respect d’autrui”… mais on peut insulter les gens sans problème.

  17. ils pensent à tout ces réseaux sociaux :)

  18. Un Faux et Intox…
    Enfin! Enfin, il a reconnu s’être dopé pour ses sept Tours de France victorieux …Néanmoins, fidèle à lui-même, tout en contrôle, il a toujours maîtrisé ses émotions, s’est montré glacial et n’a pas dénoncé l’ensemble, la constitution du système institué pour lui et autour de lui.
    Après ces aveux “à l’américaine”,iI redevient tout simplement humain en termes de performances corporelles.

    Photo:Reuters
    Un petit pas pour l’homme et un petit pas vers son humanité…
    JPRL (oyatcogitant.over-blog.com)

  19. en remaniant incidemment son article, à l’insu de ses lecteurs,tel richard virenque, laurent sagalovitsch n’a t”il pas lui aussi trompé ses supporters?

  20. Vous avez l’oeil vous! Chapeau

  21. Reuters (18/01/13) : “Le célèbre chanteur de rap Eminem aurait déclaré “ne pas être fier d’être américain, mais d’être content d’être américain” dans le cadre d’une procédure de divorce. Notre sympathique correspondant rwandais n’a pas souhaité répondre, tandis que notre correspondant du Bengladesh aurait affirmé avec ambiguïté que “l’on pouvait toujours aller se faire enculer”. La Licra a porté plainte.”

  22. Vince : Vous avez vu la couverture de Charlie Hebdo ? C’est un légionnaire qui tient solidement sa chèvre par les pattes arrières et la besogne virilement, et qui dit ” Un papa, ça encule une chèvre !”. Et la chèvre répond “Un Papa, ça encule un Bouc !”

    Euh, ça m’a fait rire…

  23. Ouais, pas mal…

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YOU WILL NEVER HATE ALONE

Avant tout, une mise au point. A priori, je ne vous aime pas et je me contrefous de savoir si vous m’aimez ou si vous allez apprécier ou pas ce que je vais pouvoir radoter à longueur d’article. Ce n’est en aucun cas mon problème, c’est le vôtre. Je rajoute que je suis d’une mauvaise foi crasse, que je n’ai d’avis arrêté sur aucun sujet, que je prends un grand plaisir à manier l’art du contre-pied, que je n’aurai cesse de vous provoquer et de vous titiller afin que vous vous sentiez offusqué au point d’aller pondre un commentaire rageur et furieux auquel je prendrais un malin plaisir à répondre. Toujours.  

Ceci posé, la plupart du temps, mes articles seront à prendre au deuxième ou au troisième degré. De grâce, nul besoin d’aller embêter la standardiste de la Licra, de menacer de convoquer le conseil d’administration de la Mrap, de m’admonester de présenter des excuses sur le champ, sans quoi, vous irez tout rapporter au commissaire général de S.O.S racisme, à l’inspecteur en chef de la SPA, au rapporteur de la Ligue des Droits de l’Homme. Je ne suis pas sérieux. Je suis un bouffon. Un pitre. Un petit con hargneux. Un individu sans intérêt qui aime jouer à l’intéressant.  
Surtout par pitié, ne me taxez jamais d’antisémitisme. J’ai eu le bonheur ou le malheur d’être né de parents tout à la fois ashkénaze et sépharade donc pas de jaloux non plus de ce coté-là. Chacun en prendra pour son grade et aura sa pâtée de critiques bien senties.   J’oubliais : bien que je sois né en France, bien que je possède un passeport français, que j’ai trop longtemps vécu dans ce beau pays, je n’éprouve envers lui aucune tendresse particulière et n’aurait cesse de démonter et démontrer à longueurs d’articles ses travers et ses absurdités.

Je n’ai jamais pardonné la rafle du Vel d’hiv et ne la pardonnerais jamais. Par principe et par instinct, je n’ai aucune sympathie pour l’Allemagne ou pour la Pologne. C’est ainsi. Vous pourrez toujours me parler de la réconciliation nécessaire entre les peuples, de la nécessité du pardon, de l’exigence de tourner la page, je suis sourd à jamais à tous ces raisonnements frappés du bon sens.  
La notion de patriotisme m’est complètement étrangère, celle de nationalisme me donne la nausée. Si l’équipe de France de Football devait disputer une rencontre capitale contre la Hollande ou l’Italie, je supporterais toujours ces dernières.   Si le PSG ou l’OM ou Lyon, surtout Lyon, était amené à rencontrer Manchester United, le Milan AC ou Barcelone, je serais toujours du côté des équipes qui considèrent le football comme un des beaux arts et ne supporterais jamais une bande de tacherons au simple motif qu’ils sont français. Sauf Saint-Etienne. L’amour est aveugle et j’ai pour les verts des yeux de Chimène.

  Ne venez pas m’emmerder sur ce sujet en me disant que depuis trente ans ils n’ont rien gagné, qu’ils vivent sur leur passé, que la roue a tourné. Je saurais vous répondre avec le cinglant approprié à vos sottes remarques.
 
Mais de tout cela vous en vous en rendrez compte très vite. A bientôt donc mon idiot de semblable, mon crétin de frère, mon stupide cousin. Sois donc soulagé: désormais, dans le désert de ta connerie qui est infinie, tu ne seras plus jamais seul.

Laurent Sagalovitsch

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