Dieu est vivant, il s’appelle Bob Dylan

 

La mort n’a pas encore apprivoisé Bob Dylan. La vieillesse non plus. Dylan est intact. Et la fête n’est pas finie. Les forains des temps anciens sont toujours là. Les baraquements s’arc-boutent dans la boue écarlate. La grande roue tournoye dans un ciel de velours où papillonnent des fantasmagories d’étoiles pourpres. Les villes s’agitent au vent mauvais. Les campagnes mugissent des chants désolés. Des trains percutent des horizons assombris. Des déserts se fiancent avec l’éternité.

Dans Tempest, son dernier album, Dylan virevolte comme un archange parachuté des pages usées d’une Bible toute frippée. Dylan n’a plus le temps pour les bleuettes innoncentes ou les chansonnettes pour des révoltés aux idées courtes. Dylan parle désormais d’égal à égal avec Dieu. Et nous entraîne dans un voyage où passent et repassent les ombres fugaces de vies qu’ils décortiquent avec l’élégance feutrée des poètes qui sont revenus de tout.

Les oraisons funèbres explosent au détour des morceaux. Les tambourins claquent comme des cymbales triomphales mais amères. L’apocalypse n’est plus très loin. Et Dylan parcoure ce continent mental où le clair-obscur des aubes fatiguées rivalisent de beauté déchiquetée avec le crépuscule ensanglanté des nuits vociférant la chute de l’homme dans le puits inexorable de l’enfer.

De tripots douteux en trains clandestins, Dylan trace sa route. Seul. Il n’a plus que Dieu comme compagnon d’errance et une vieille Bible comme confidente. Il voit le monde sombrer comme a sombré le Titanic, ce naufrage qu’il nous conte par le menu dans la chanson phare de l’album. Où il tournicote une valse de personnages qui  s’entretiennent avec leur destin avant de disparaître dans la nuit étoilée, sous le regard de la lune complice. Et rit de cette grande foire aux vanités.

Dans Tempest, Dylan se montre de plus en plus vagabond. Il n’a plus nulle part où aller alors il va. Avec une grande cape pour le protéger du froid. Un chapeau pour se protéger des larmes de pluie. Et un bâton pour écraser les cafards. Personne ne le remarque plus. Normal : Dylan est devenu un fantôme qui chemine le long de voies ferrées dont les rails finissent par se perdre dans les brumes capiteuses de lendemains qui finissent toujours par déchanter. Il est ce chanteur  aux semelles de vent qui n’en finit plus de sillonner son pays pour mieux nous dire la désolation qui l’étreint.

Le vrai miracle c’est que Dylan a retrouvé sa voix. Si elle est toujours aussi crayeuse et grailleuse, chuintante et grimaçante, sardonique et rageuse, elle a assez d’amplitude et de certitude pour s’incarner dans des chansons qui revisitent le lexique musical de l’Amérique : du blues au rock, du folk au fox-trot.

Le tout avec une élégance rare.

Définitivement plus Cormac McCarthy que Hemingway.

Dylan n’a plus rien à prouver. Il ne lui reste plus qu’à tenter de continuer à vivre debout. Et s’il n’a renoncé à rien, c’est bien parce qu’il n’a jamais cru. Ni à la célébrité. Ni à l’argent. Ni à l’amour facile.

Et les femmes n’ont été que des consolatrices passagères. Il n’a plus que les mots pour se sauver.

Le cimetière n’est plus très loin maintenant.

Mais, c’est heureux, le Vieil Homme n’est pas prêt encore pour le grand voyage.

Ca tombe bien, nous non plus.

 

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Non, Mitt Romney n’est pas une truffe

A lire les éditoriaux de quelques édiles parisiens qui se bouchent le nez quand on parle de l’Amérique et ne voient en elle qu’une contrée peuplée de culs-terreux évangélisés, la cause était entendue : Mitt Romney était l’idiot du village qu’Obama moucherait en trois coups de cuillères à pot.

Un semi-débile, à peine plus instruit qu’un hamburger mal cuit, un moribond de mormon marmonnant des propos monotones et mal avisés, un cuistre psychorigide illettré, ignare, ignorant, versé dans un obscurantisme forcené où l’on obligerait les femmes à enfanter jusqu’à crever tandis que les hommes s’embarqueraient dans des expéditions sauvages destinées à rétablir la grandeur d’une Amérique assoiffée de sang.

Un vrai con de faucon.

Le pire, c’est qu’à force, on avait fini par y croire. Moi le premier.

Et puis Mitt a débarqué sur nos écrans de télévision ou d’ordinateur.

Et nos certitudes se sont mises à vaciller.

D’abord le Romney présentait bien. Un bel homme aurait dit ma grand-mère. Grand, bien charpenté mais pas trop non plus, sourire affable, œil pétillant, allure sémillante. Mâchoire volontaire, chevelure impeccable, visage bien proportionné.

L’habit ne faisant pas le moine, on attendait de l’entendre dégoupiller sa première grossièreté pour se gausser.

On attend toujours.

On pensait voir un abruti de fou furieux va-t’en-guerre et ridicule dans ses outrances conservatrices, on a vu un homme pondéré, à la pensée bien huilée, au verbe maîtrisé, capable d’aligner trois phrases sans trébucher, d’amorcer un début de raisonnement et de l’amener à son terme sans se contredire avec le liminaire de sa pensée première, de répondre sans se démonter à des accusations lancées par le camp d’en face.

Bref, comme aurait dit ma grand-mère, une belle intelligence.

C’est le danger de vouloir à tout prix présenter son adversaire sous les traits d’un corniaud patenté, certifié crétin par toutes les sommités de son parti. Il suffit que le jour de l’annonciation il parvienne à discourir sans se dédire, à articuler deux, trois pensées sans se contredire, à énoncer quelques vagues idées sans s’affoler,  pour qu’on finisse par lui trouver tous les charmes.

Et du même coup, l’autre d’apparaître un brin suffisant et au final pas si brillant que cela.

Les démocrates devraient se méfier.

 

Le dernier à qui on prêtait ce genre de comportement balourd et pataud se nommait François Hollande.

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Suis-je un homophobe qui s’ignore ?

Alors comme ça les homos veulent non seulement se rabaisser en promettant à Monsieur le Maire que oui ils sont prêts à subir les rances jalousies de leur compagnon, à jouer du violon quand celui-ci aura du chagrin, à s’endetter pour lui offrir un cercueil capitonné mais de surcroît ils réclament aussi le droit de s’emmerder comme tout le monde en élevant des colonies de moutards qui transformeront leur vie de patachon bien réglée en un cauchemar climatisé ?

Quel drôle d’idée tout de même.

Pour tout dire, je me contrefous de savoir si l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel provoquera dans les siècles futurs un choc des civilisations. Ou si ces enfants seront tellement tourneboulés d’avoir été élevés par deux papas and mamas qu’ils adopteront un comportement déviant en s’enflammant pour les exploits mort-nés de l’Olympique Lyonnais.

Notre civilisation s’est tellement égarée dans les ténèbres, elle a emprunté obstinément de si mauvais chemins que je ne vois guère en quoi la situation de demain pourrait être pire que celle d’aujourd’hui.

Non ce qui m’exaspère un tantinet dans cette revendication forcenée des homosexuels à réclamer le droit d’adopter ou de tenter une opération de diversion en empruntant les services d’une cigogne rapatriée de Belgique, c’est le côté “ puisque je suis différent, puisque je souffre de l’être, puisque je ne suis pas comme vous autres, alors j’ai le droit de demander l’impossible.”

Et vous infâmes et chanceux hétérosexuels qui vivez dans une mer de béatitude vous avez l’impérieux devoir de me l’accorder.

Faute de quoi, vous signifierez par votre refus même que vous me méprisez, que vous ne reconnaissez pas mon droit à être différent de vous, que vous me renvoyez à mon ghetto où je devrais me cacher pour continuer à exister.

Sauf que.

Sauf que je n’arrive toujours pas à comprendre qu’on puisse réclamer quelque chose que la Nature ou que Dieu ou que le Hasard n’a pas envisagé d’intégrer dans son cahier des charges.

Même si je ne me tiens pas trop au courant des dernières nouvelles médicales, même si j’ai des lacunes en catéchisme, même si je ne pratique pas assez la méditation transcendantale, il m’apparaît que pour qu’un enfant vienne endeuiller la vie d’un couple, il faut bel et bien qu’à un moment donné, une virgule de spermatozoïde s’entiche d’un ovule désœuvré.

Car il semble, malgré des tentatives répètées, que la rencontre d’un spermatozoïde avec un autre de ses coreligionnaires ne déclenche rien d’autre qu’un feu d’artifice bien éphémère et que la confrontation de deux ovules n’a d’autre incidence que d’être un rendez-vous manqué.

Autrement dit, qu’un homosexuel, de par sa condition d’être un homosexuel, ne peut pas avoir d’enfant.

C’est comme ça.

Je n’y peux rien, moi.

Ce n’est pas moi qui ai inventé les règles du jeu.

Je concède que cela peut être rageant, décevant, injuste, regrettable, désagréable, inique, il n’empêche, être homosexuel signifie que métaphysiquement, ontologiquement, intrinsèquement, la possibilité d’engendrer un crétin d’enfant n’existe pas.

Je ne doute pas un seul instant qu’un couple d’homosexuels puisse prétendre à être de meilleurs parents qu’un couple de bâtards d’hétérosexuels. L’inverse étant tout aussi vrai par ailleurs.

Et qu’ils ont autant d’amour à apporter à un enfant que n’importe qui d’autre.

Sauf que ce n’est pas possible.

Ce n’est pas prévu dans la règle du jeu.

Je n’émets pas là pas un jugement moral. Je dresse un constat tout bête.

On peut discuter de la pertinence de cette règle mais ma conviction demeure qu’une fois la partie engagée on ne peut plus en changer. Et ce même si cette règle est absurde, injuste ou discriminatoire.  Je trouve ainsi que l’idée de la mort ne s’imposait pas mais malgré tout j’ai fini par l’accepter.

C’est comme si moi, tout juif que je suis, je me mettais à exiger de la société de pouvoir me marier à l’église parce que la présence de vitraux du XIIIème siècle me réconcilierait avec l’idée de Dieu.

Et si jamais cela devait se produire, par pitié, n’accédez jamais à cette requête insensée !

 

P.S: Sur le même sujet : http://blog.slate.fr/sagalovitsch/2012/02/17/les-maries-de-lennui/

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Heureux comme Kafka en Israël

Les écrivains ne devraient jamais avoir de descendants. Ni enfants, ni frères, ni amis, ni dépositaires patentés, ni légataires universels. Ce qui permettrait d’éviter des situations ubuesques et des confiscations arbitraires.

Du genre de celles qu’ont opéré Eva Hoffe et Ruth Wiesler en séquestrant pendant des années des caisses de manuscrits où s’entassaient pêle-mêle  des œuvres de Max Brod et possiblement des textes inédits de Kafka. Max Brod était l’ami intime de Franz. Son confident. Celui qui a refusé d’accéder à sa demande de brûler tous ses manuscrits une fois qu’il dormirait dans le ventre de la terre.

Le seul titre de gloire d’Eva Hoffe et Ruth Wiesler a consisté à être les filles de la secrétaire particulière de Max Brod, elle-même en charge de confier ses archives à l’État d’Israël après sa mort. Ses deux filles en ont décidé autrement et se sont comportées comme deux sales garces de ravisseuses de manuscrits en les planquant dans des coffres de banques de Zurich et de Tel Aviv.

La justice israélienne vient de leur intimer l’ordre de les rendre à l’Etat d’Israël.

Fin de l’histoire.

Tout de même, on giflerait avec plaisir ces deux écervelées.

Il n’y a rien de pire que ces petits esprits malfaisants qui pour satisfaire leur égo en mal de reconnaissance s’inventent des paternités imaginaires et soustraient au bien public des trésors de création artistique.

On ne compte plus les fils, petits-fils, neveux, filleuls plus ou moins lointains d’écrivains, ayant terrorisé pendant des décennies des générations de chercheurs, de critiques et de lecteurs en leur refusant de consulter de précieuses archives.

La veuve de Borges, le petit-fils de Joyce, l’épouse de Malcom Lowry.

La liste est infinie.

Ces êtres qui n’existent que par leur proximité plus ou moins avérée avec un créateur de génie sont des sangsues se sentant investies d’une mission divine, celle de protéger une œuvre à laquelle bien souvent ils n’entendent rien.

Des castrateurs de droit divin.

Des personnes tout à fait insignifiantes, souffrant d’avoir vécu dans l’ombre d’un esprit éclairé, remuant leur amertume de n’avoir reçu en héritage pas la moindre parcelle de leur talent, et se vengeant, en s’auto-proclamant seule personne autorisée à parler en son nom.

Et s’enrichissant grassement de droits d’auteurs et autres royalties.

Kafka ne méritait pas cela.

Peut-être de tous les écrivains du XXème siècle il est le seul qui mérite d’être affublé du terme trop souvent galvaudé de génie dans la mesure où le génie comporte toujours quelque chose d’effrayant et de monstrueux. Il était un esprit tellement pur qu’il nous demeure encore indéchiffrable. Il possédait la grâce sanctifiée d’un prophète des temps bibliques.

Il a composé des paraboles de la condition humaine d’une telle profondeur, d’une acuité si vertigineuse, d’une telle limpidité ensorcelée que de se plonger dans la lecture d’un de ses textes, c’est de se retrouver à converser avec Dieu.

Lire Kafka c’est comme de réciter une prière. Sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, son oeuvre nous interpelle au plus profond de notre être. Ses romans dépouillés jusqu’à l’intolérable sont presque insoutenables de vérité. De vérité métaphysique. De celle qui nous étourdit à tout jamais comme si elle effeuillait notre âme en la débarrassant de tout le corset de conventions que la société nous inflige et nous laisse seul face à nous-même, dans une confrontation terrifiante.

Kafka, vers de la fin de sa vie, rêvait de s’installer en Israël.

Il avait appris l’hébreu et suivait avec attention l’émergence du sionisme.

Désormais ses archives vont voyager en terre promise.

Il était plus que temps.

 

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Prix Nobel : les femmes (enfin) à la ramasse

Ça fait du bien. Cette année les éminents et très respectables jurys des différents Prix Nobel ont eu la salutrice idée de ne décerner aucun de leur trophée à un membre de la gente féminine. Rien. Que dalle. Nada. Zéro. Vas te rhabiller ma chérie, l’époque n’est plus à la frivolité et nous avons à discuter entre nous, hommes de bonne volonté, de choses sérieuses.

Faudrait pas non plus qu’elles se plaignent de trop, elles sont quand même quarante-quatre miraculées à avoir déjà décroché la fameuse timbale. Enfin quarante-trois puisque Marie Curie qui devait avoir ses entrées au sein du comité d’entreprise a été récompensée deux fois pour ses bidouillages rétroactifs et sa tambouille de chimiste du dimanche.

Pourtant on ne peut pas dire qu’elles ménagent leurs efforts pour tenter d’inscrire leur nom au palmarès.

On ne compte plus les coucheries éhontées avec tous les secrétaires d’ambassade de Suède et de Norvège voire de Finlande – la géographie est une science compliquée – les coups de fil incessants aux épouses des membres de l’Académie afin de les inviter à souper dans leurs demeures seigneuriales et les corrompre à coups de promesse de leur trouver une domestique irréprochable, ou encore l’envoi à peine anonyme de petites fanfreluches affriolantes au majordome des concierges des distingués membres honoraires de la prestigieuse Académie.

Un honteux lobbying des plus effrénés et échevelé qui a fini hélas par porter ses fruits.

Alors que pendant la glorieuse période allant de 1951 à 1975 – période bénie, âge d’or de la masculinité coïncidant comme par hasard avec un monde en pleine euphorie économique et spirituelle – si seules trois se sont vues honorées autrement que par un détroussage de jupon, depuis le chiffre a quasi  “miletuplié “.

Ainsi de 1976 à nos jours ce ne sont pas moins de vingt-neuf ravisseuses de prix qui ont retenu l’attention de l’académie suédoise.

On n’ose imaginer à quel degré de turpitude elles sont arrivées pour tromper ainsi la vigilance des gardiens du temple.

A quel acte d’odieux chantage sentimental elles ont dû se livrer pour parvenir à étourdir la tête et surtout les membres des membres du jury.

Cette alléchante promesse que lors de leur venue à Stockholm ou à Oslo ou à Helsinki – la géographie est une science retorse – pour recevoir leur prix, elles passeront visiter chacun d’entre eux afin de bien soupeser le poids de leur bourse qui s’élève tout de même à des centaines de milliers d’euros qu’elles dépenseront aussi sec en achat de chaussures pompiers et de chemisiers déplacés.

Carnassières jusqu’au bout, elles n’ont pas hésité à jeter l’opprobre sur leurs camarades masculins pour s’emparer des prix qui pourtant leur étaient destinés de longue date, de très longue date même : sinon comment expliquer qu’en 1996 le Prix Nobel de Littérature fut attribué à Wislawa Szymborska, obscure poétesse polonaise, et non pas à Philip Roth, brillant érotomane hassidique ?

Aussi faut-il s’incliner bien bas devant la magnifique résistance du jury du prix Nobel d’Economie qui, depuis sa création en 1969, n’a jamais cédé aux avances lubriques d’économistes nées de la côte d’Adam le Grand.

Non ces messieurs ont bien vite réalisé l’incongruité métaphysique de décerner un prix à une personne qui de naissance à hérité d’un cerveau à jamais circoncis.

Les économistes sont les phares de notre époque. Plus que jamais nous avons besoin d’eux pour nous éclairer dans ce monde confus et opaque qui menace chaque jour de nous anéantir. Nous avons besoin de leur clairvoyance, de leur aplomb, de leur intelligence, de leur courage, de leur lucidité, de leur vision, de leur discernement, des qualités qui hélas pour vous mesdames ne s’achètent pas.

Enfin pas encore.

 

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Lâchez-nous avec Philiph Roth

Chaque année, au moment de l’attribution du prix Nobel de littérature, c’est le même cirque qui recommence. Le politburo de la critique française réclame à cor et à cri que ce doit être Philip Roth l’heureux récipiendaire de cette honorifique distinction. Philip Roth et personne d’autre.

A dire vrai, on ne comprend pas trop cet engouement pour cet écrivain au demeurant plus bavard que percutant. Une sorte de pitre littéraire qui, depuis ses débuts, ne brille guère par la finesse de son style : redondant, relâché, paresseux, mis au service d’une narration convenue où bien souvent Roth se contente d’empiler des poncifs entremêlés de quelques épisodes croustillants relatant soit les exploits soit les déboires de sa vie sexuelle.

Roth c’est le grand masturbateur des lettres américaines. Un onaniste de premier plan qui éjacule à la pelle des romans bâclés et tronqués, faussement grandiloquents, très rarement inspirés et toujours mis au service de sa propre célébration.

En comparaison, Norman Mailer, aussi inégale soit son œuvre, avait vraiment par moment du génie. Une sorte de fulgurance qui lui permettait toutes les audaces. Il suffit de relire Les Armées de la nuit mieux pour s’en convaincre. Il comprenait comme personne le siècle américain et savait mieux que quiconque raconter les turbulences d’une époque agitée et trouble. Il était la voix d’une certaine Amérique. D’une Amérique vacillant sur son piédestal. D’une Amérique qu’il interrogeait à travers l’histoire de ses grands mythes fondateurs.

Bernard Malamud, lui, a souffert de ne pas être une grande gueule comme Philip Roth. Pourtant il suffit de lire n’importe lequel de ses romans, de s’immerger dans l’atmosphère douce-amère de ses nouvelles, pour s’apercevoir qu’on se retrouve en face d’un vrai écrivain. Un romancier placide, tranquille, suave, qui sans esbroufe mais toujours avec élégance, troussait des histoires merveilleuses de tendresse et d’humanité.

Et Saul Bellow avait pour lui une truculence sauvage.

Mais Roth ?

Soyons sérieux. Si un écrivain américain mérite de recevoir le Nobel, c’est bien Cormac McCarthy. Comment peut-on mettre sur le même plan un romancier capable sur 500 pages de conter avec un style halluciné et incandescent des épopées métaphysiques où l’humanité apparaît comme le théâtre d’une fête foraine funèbre, avec les exercices d’auto-satisfaction d’un écrivain nombriliste et répétitif ?

Ou alors qu’on l’attribue à Russel Banks, à Richard Ford, à Paul Auster. Ou au fantôme de Stanley Elkin ou de John Cheever.

Et si l’on veut vraiment décerner un prix Nobel à un écrivain américain de confession juive, qu’on choisisse donc Stephan Dixon. Cet homme-là, sans crier gare, a écrit les romans les plus déconcertants et les plus géniaux de ces dernières décennies.

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Vu de loin, la France, ça fout les jetons

Franchement, entre vous et moi, vu de loin, de très loin même la France, ça fait peur.

Certes si je me suis éloigné d’elle, c’est que je pensais depuis belle lurette que ses plus belles heures appartenaient à un passé vermoulu et que son avenir s’inscrivait désormais en pointillé.

Mais depuis ce salutaire départ, il me semble que les pointillés sont devenus des points d’interrogation qui ne se cessent, au fil des jours, de grandir, poursuivis désormais par une meute enragée de points d’exclamations convoqués pour mieux dire l’ébahissement ressenti devant l’état de décrépitude d’un pays déboussolé.

Tant la situation, ces dernieres années, apparaît s’être encore un peu plus dégradée.

Cette impression persistante que le navire France ressemble de plus en plus à un ascenseur que l’on supplie de nous transporter vers des étages supérieurs mais qui, sourd à ces appels répétés et désespérés, continue, obstiné, à dégringoler d’étages en étages jusqu’à s’en aller visiter les caves et autres bas-fonds.

Où dans ce qui constitue la deuxième ville du pays, on joue au tir au pigeon sur des cibles vivantes. Où l’on s’entretue à coups de kalachnikovs pour le gain d’une minable barrette de shit. Ou dans des quartiers cadenassés par des caïds de seconde zone la terreur et la peur se donnent la main pour affoler une population qui ne sait plus vers qui se retourner pour dire son désarroi et sa colère.

Un pays désenchanté où près d’un citoyen sur cinq vote régulièrement pour un parti qui chante le charme vénéneux et pestilentiel de la préférence nationale et n’a de cesse de stigmatiser celui qui ne peut apporter les preuves d’un pedigree irréprochable.

Un  pays où bien que l’on soit né sur son sol, on continue encore et toujours à être décrit comme des français d’origine musulmane/magrébine/arabe, en permanence suspecté d’être des citoyens félons et des traîtres à la patrie.

Un pays où lorsqu’on perd son emploi, on a la tentation du suicide tant l’on sait que long et tortueux sera le chemin pour en trouver un autre.

Un pays où lorsqu’on dit à un employé qu’on songe à le transférer dans une usine située à trois cent kilomètres de son lieu de travail habituel, ce dernier s’effondre en larmes, voit sa vie défiler devant lui et convoque toute sa famille pour un sacrifice rituel.

Un pays où des jeunes gens sont assez désœuvrés, décervelés, paumés, manipulés, désorientés, peut-être méprisés, pour arriver à penser que la cause de leurs problèmes multiples et divers provient de la seule communauté juive, coupable par un raprochement des plus équivoques, de cautionner une discutable politique de colonisation, entreprise par un pays situé à des milliers de kilomètres.

Et qui n’hésite plus à passer l’action en tirant à bout pourtant sur des enfants dans une cour de récréation. Ou à jouer au squash avec des murs de lieux de culte comme terrain d’entraînement.

Un pays où dès qu’on caresse l’idée de proposer une nouvelle façon d’enseigner, ou de réformer un système de santé aux abois, ou de proposer une refonte des services sociaux, on se retrouve avec 3 millions de personnes sur le pavé qui hurlent leur peur du changement et leur frousse de perdre leurs prétendus acquis.

Un pays qui accepte de recevoir un don substantiel d’une puissance étrangère pour investir dans ses banlieues délaissées, une puissance étrangère dont on sait que par ailleurs, dans un louable souci de philanthropie désinteressée, elle n’hésite pas à subventionner des organisations terroristes qui s’exaltent en rêvant à la mort  d’un occident supposé corrompu et corrupteur.

Un pays où pour se loger dans sa capitale, il faut débourser plus que sa paye et prouver sa solvabilité en se défroquant devant son propriétaire tout en le remerciant pour cette sodomie salariale.

Un pays qui, vu de loin, ne va pas bien. Pas bien du tout.

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Mais qui es-tu Pit Agarmen ?

Il existe un pacte secret entre écrivains qui se fréquentent et s’apprécient en tant que personne. On prend toujours le soin de s’envoyer l’un l’autre sa dernière parution mais on évite soigneusement de s’en parler. C’est plus prudent.

Déjà avoir un ami écrivain lorsqu’on prétend l’être soi-même n’est jamais chose aisée, la plupart d’entre eux, vous inclus, étant bien souvent des êtres imbuvables.

Imbus de leur personne, arrogants, égocentriques, maniaco dépressifs, alcooliques, névropathes, envieux, oscillant sans cesse entre l’exaltation de leur propre génie et l’exaspération de ne point être reconnu comme tel.

La plupart du temps vous les évitez.

Et puis parfois, par une morne après-midi passée à se morfondre dans les allées d’un quelconque salon du livre organisé dans une quelconque ville de province, vous vous surprenez à sympathiser avec l’un d’entre eux qui se trouve avoir un air aussi ahuri que vous. Vous racontez vos malheurs, il les comprend. Il vous confie ses doutes, vous les partagez. Voilà vous avez un nouvel ami.

Et vous n’avez pas envie de le perdre.

Aussi quand vous recevez son dernier roman, la plupart du temps, vous ne prenez même pas la peine de le lire. Vous le rangez directement dans votre bibliothèque à côté de ses œuvres précédentes, vous prenez quand même la peine de le remercier pour cette touchante dédicace, vous le félicitez même et la valse des compliments s’arrête là.

Vous savez que si vous commencez à lire ne serait-ce qu’une page de son roman, votre amitié a autant de chance de perdurer qu’un irradié victime d’une attaque nucléaire de survivre.

Aussi en début de semaine quand j’ai reçu l’ouvrage d’un de mes rares amis écrivains, j’ai craint le pire. D’autant plus que sur la jaquette de son roman ce n’est pas son nom qui apparaissait triomphant mais celui d’un pseudonyme qu’il s’était choisi afin de jouer au petit malin avec le monde sclérosé de l’édition.

Ainsi, votre ami se nomme désormais Pit Agarmen et son roman s’appelle La nuit a dévoré le monde.

C’est une histoire de zombie.

Vous saviez que votre ami souffrait de troubles mentaux récurrents mais sans jamais vous douter que son délabrement psychique puisse être aussi aigu. Un roman de zombie! C’est comme si vous vous décidiez à écrire un roman naturaliste sur la vie d’un curé de campagne patriote et germanophile.

Cependant, afin de connaître l’étendue du mal qui le ravage, vous commencez à lire cet improbable roman.

Une histoire à dormir debout d’un écrivain de roman de gare qui se rendant à une soirée chez une amie se réveille le lendemain matin en découvrant que l’humanité n’est plus et que ne demeure à la surface de la terre que des meutes de zombies sanguinaires.

Cette fois, c’est certain, votre ami a sombré dans la folie.

Vous songez à appeler sa compagne pour savoir si au moins il se soigne et s’enquérir du nom de l’établissement où il a pris pension.

Pourtant une fois la lecture de son roman achevé, vous devez vous rendre à l’évidence : vous l’avez aimé.

C’est que le bougre n’a évidemment en rien écrit un livre sur les zombies. Les zombies ne sont qu’un prétexte pour nous dire son dégoût du monde. Pour nous confier qu’il était tellement déçu de l’humanité en général, de sa médiocrité, de sa mesquinerie, qu’il ne serait pas fâché qu’elle disparaisse pour de bon. Qu’il ne pleurerait pas sur son sort.

Que nous autres humains sommes devenus tellement mesquins, veules, pitoyables, médisants, médiocres, que nous nous sommes tellement éloignés d’un idéal de bonté et de fraternité, que nous manquons tellement de compassion, que nous pouvons maintenant crever.

Un roman en forme de fable sur un homme rendu misanthrope à force de désespérer de la nature humaine et qui veut nous alerter que nous nous sommes égarés. Que la société de consommation a mangé notre cœur. Que nous sommes tellement bouffis d’arrogance que nos vies ressemblent à des tombeaux grisâtres qui ne méritent même plus d’être attendris ou consolés par la présence bienveillante d’une pierre tombale.

Ci-gît l’humanité.

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Les Frères Karabazov

Minable. Tout est minable dans cette sombre histoire.

Minable d’abord cette possible escroquerie mal ficelée, cette apparente abracadabrantesque tentative de rouler dans la farine la Française des Jeux avec cette arnaque qui sentait le coup foireux à mille lieux. Ce match improbable disputé contre une équipe dont on peine à penser qu’elle existe pour de bon.

Cesson-Sévigné, une ville où il fait sûrement bon vivre mais qui respire une province toute flaubertienne où doivent s’enterrer les rêves de Madame Bovary à la dérive et les illusions perdues de Fréderic Moreau sur le départ.

Minable ensuite- si les faits reprochés ont bien eu lieu – ce simulacre de braquage à distance où l’on joue pour ne pas gagner, où pour des gains somme toute étriqués, on semble être prêt à basculer sans vergogne dans la petite et mesquine délinquance, où l’on n’hésite pas à vendre son honneur, sa réputation, sa fierté pour amasser davantage d’oseille afin de sentir un peu plus à l’aise dans ses largesses. En enrôlant sa petite amie pour jouer à l’entremetteuse. En refilant le tuyau au buraliste du coin de la rue.

Comme des grands nigauds d’une comédie à l’italienne. L’humour en moins. Le pathétique en plus.

A tout prendre, on préfère le sportif qui se dope pour briller dans sa discipline plutôt que cette entourloupe grossière où d’un coup d’un seul on se flingue sur la place publique, on se vautre dans la bassesse d’un comportement de petit bourgeois de province qui complote avec le notaire pour escroquer la vieille folle de l’avenue Jean Jaurès.

Mais minable aussi ces conférences de presse d’un tribun de procureur qui sous la lumière de projecteurs putassiers dit des vérités qui sonnent comme des verdicts. Tranche entre le bien et le mal. Accuse alors même que les prévenus ne sont pas encore passés à table.

Minable ces médias, alléchés par l’odeur de l’honneur perdu de handballeurs encore glorifiés par les mêmes quelques semaines auparavant. Cette mise en récit d’une chute où l’on se délecte à l’infini de détails sordides. Où, sans aucun souci de hiérarchiser les informations et leur importance, on nous sert pendant des jours et des jours cette soupe infâme de ragots rassis, d’anecdotes moisies, de déclarations tronquées.

Dans le seul but d’exciter la foule incrédule mais extatique et rassasier l’appétit d’un public ravi de découvrir que les stars peuvent être des crapules comme les autres.

Minable cette surmédiatisation à outrance pour une virgule de fait divers sordide qui aurait mérité tout juste une brève de quelques lignes. Pitoyable, cette attente devant le tribunal de police comme si on guettait la sortie de l’ennemi public numéro un ou d’un monstre d’assassin.

Minable enfin toute cette théâtralisation forcenée, ce grand barnum de l’information où l’honneur d’un homme, de sa famille, de ses amis est bafoué, jeté aux chiens, vendu aux enchères de la vulgarité crasse et ce, sans aucune mesure avec la gravité somme toute anecdotique des faits reprochés.

Et au final une histoire confondante de bêtise qui nous donne encore plus envie de larguer les amarres et de fuir ce monde gangréné par l’avidité, la cupidité et la publicité.

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Echirolles, Texas

C’est étrange parfois l’imaginaire collectif.  Ainsi la personne qui a osé interpeller notre brave président en l’alertant sur l’état de déliquescence où se trouvait sa ville d’Echirolles a eu recours l’autre soir à une métaphore des plus étonnantes.

” C’est devenu le Texas ici ! ” s’est-elle écriée comme pour mieux dire son dépit devant l’état de délabrement de sa commune où deux jeunes gens venaient de trouver la mort dans des circonstances dramatiques.

Il est incongru somme toute ce Texas, non ?

Dans une situation pareille, même si jamais je n’aurais eu la témérité et la hardiesse de cette courageuse habitante, n’aurais-je pas plutôt usé d’un ” c’est devenu le Bronx ici ! “, voire pour rester dans le registre outre-atlantique et évoquer les heures sombres de la prohibition, se fendre d’un ” c’est devenu Chicago ici ! “.

Mais le Texas ?

Il me semblait que jusqu’alors on associait à cet état américain vaste et sauvage comme la Picardie l’image toute pimpante de ses champs pétrolifères s’étendant à perte de vue avec comme seul horizon ses colonies de derricks s’élevant haut dans un ciel bleu assassin. Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, du pétrole, il n’y en a point à Echirolles. Ou alors cette dame est la seule à le savoir, et anticipant la possibilité que cette nouvelle engendrerait comme possible jalousie, elle s’est fendue d’un lapsus que je suis bien le seul à avoir deviné.

Ou bien se peut-il que dans cette envolée lyrique, elle a voulu signifier que sa cité était en train de devenir une ville digne d’être le théâtre d’une séquence tirée d’un film de Far West,  peuplée par de vilains bandits qui ne connaissent ni foi ni loi ?

Sauf que le Texas, à ma connaissance, s’encastre en plein milieu du grand sud américain et que la plupart des grands westerns se déroulent plutôt dans le décor aride du Nouveau-Mexique, de l’Arizona voire de la Californie.

Perplexe, je me suis même demandé si cette personne, entichée de l’œuvre de Win Wenders, n’avait pas voulu rendre un hommage subtil à son réalisateur préféré. Séduisante déduction mais non advenue puisque Paris, Texas se contente de raconter une histoire d’amour déchirante, certes passionnée, certes tumultueuse, certes destructive mais qui ne  sombre jamais dans la violence gratuite.

Il y a bien la scène mémorable et inoubliable dans le Peep show, entre Travis et sa femme, mais même là, la caméra reste des plus pudiques puisqu’on ne voit jamais hélas la poitrine qu’on imagine délicieuse et émouvante de Nastasia Kinski.

Il fallait donc chercher ailleurs.

Il se peut tout à fait que cette dame sache que la capitale du Texas soit Dallas. Qui dit Dallas dit assassinat de JFK. Voilà qui commence à prendre tournure. D’autant plus lorsqu’on sait qu’elle s’adressait au chef de l’état. Et que même si F.H a une élégance et une plastique autrement plus attrayante que celle de JFK, du haut d’un balcon, la différence ne saute pas forcément aux yeux.

Toutes ces explications seraient pertinentes si je n’avais occulté le principal responsable de cette singulière comparaison géographique : le fameux feuilleton télévisé, Dallas, avec son non moins fameux générique où l’on scande ce refrain que personne, possédant ou ayant possédé un poste de télévision, ne peut et ne doit ignorer :

Dallaaaaaasssss/Ton Univers impitoyaaaaaaable/Glorifie la loi du plus fort/Dallas et sous ton soleil implacable/Tu ne redoutes que la mort

Dallas patrie du dollar du pétrole/Dallas tu ne connais pas la pitié/Dallas le revolver est ton idole/Dallas tu te raccroches à ton passé.

Difficile d’être plus explicite.

Il y a sûrement là une conclusion à tirer à ce billet qui brille par sa sagacité – mise en abîme gidienne, tropisme trompeur d’une realité incarnée par le médium télévision, reflet dans un oeil de verre –  mais je passe mon tour, j’ai la tête à l’envers.

 

Dis donc mon coco la prochaine fois que tu t’essayes à jouer à Roland Barthes, tâche de te montrer un brin plus inspiré parce que là franchement, tu moulines à perdre haleine.

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