Le Christ s’est arrêté à Colombey

Depuis que je suis en âge de raisonner par moi-même – étant très lent de nature, mettons autour de ma treizième année – il m’apparaît avec netteté que la France a toujours été en crise. Tout le temps, chômage, inflation, endettement, commerce extérieur défaillant, balance des comptes publics déséquilibrée, ascenceur social en panne, grèves, blocage, sécheresse, tempête, grisaille, tourmente. Partout  un paysage de désolation s’étalant à la une des journaux. Un naufrage perpétuel. Une noyade continuelle. Un saut dans le vide qui continue, continue encore, continue toujours. Un horizon à jamais bouché. L’impuissance résignée du politique. Un corps électoral en déliquescence. Un mécontentement toujours plus grand. De la rancœur et de l’amertume dans tous les foyers de l’hexagone. Une peur constante de tout : de l’étranger, des réformes, du changement, du déclassement, de la perte d’influence. Frileuse, moisie, résignée, la France aime à se flageller et à se présenter toujours sous le rôle du martyr de service, victime expiatoire du train de l’Histoire qui s’en va, l’abandonnant sur le quai du Temps.

Heureusement que comme l’a rappelé si justement Monsieur Wauquiez  la France possède des racines chrétiennes. On n’ose imaginer dans quel état de déshérence et de désespérance la France se retrouverait si par malheur le Christ cessait de veiller sur ses intérêts et de la considérer comme sa plus parfaite des créations. Jésus par pitié, ne nous abandonne pas. Sans toi, nous sommes comme perdus. Avec Toi à nos côtés, nous pouvons affronter sans crainte notre perte du triple A, notre quinzième place de notre équipe nationale de football au classement de la FIFA, notre perte d’influence lors des sommets internationaux.

Sans oublier que le Christ n’est pas le seul à nous supporter et à nous réconforter dans ces épreuves terrifiantes que nous sommes amenés à traverser. Grâce à Dieu, nous avons aussi le Grand Charles, appelé à la rescousse sitôt que la France traverse une période de turbulence. De Gaulle, c’est notre Prozac à nous. Notre antidépresseur intemporel qui nous permet de survivre à tous les coups tordus que l’histoire, mauvaise fille, ne manque pas de nous infliger. Notre Sauveur des temps modernes qui, alors que la nation vacillait et semblait sur le point de se rompre, s’est élevé au-dessus du brouillard londonien et a dit non. Non, de toute éternité, La France est immortelle. Non, la France est d’essence divine et a le devoir immémorial de montrer la voie aux autres peuples égarés dans la brume de l’histoire.

De Gaulle pourtant. Le responsable de tous nos maux. Ah Charles, au nom de la splendeur supposée de la France, que de torts et de malentendus tu as engendrés. Si en 1944-1945, tu l’avais ramené un peu moins, si tu n’avais pas réussi ce tour de passe effarant de nous présenter, aux yeux du monde, comme l’une des nations victorieuses de la seconde guerre mondiale, si tu ne nous avais pas obligé à nous asseoir à la table des vainqueurs et à endosser un costume trop grand pour nous, aujourd’hui nous n’en serions pas là. Nous serions devenus une puissance moyenne et contente de l’être. Nous aurions assumé notre rang, celui d’un beau pays où la douceur de vivre n’a d’égal que la richesse sans pareille de son terroir. Un pays accueillant, décomplexé, aux mœurs paisibles, riche de ses diversités, aimable avec l’étranger, traversé par l’esprit de concorde, heureux de vivre en harmonie sur une terre fertile.

Mais non, pour toi la France n’était pas et ne serait jamais une contrée comme les autres et, fort de cette conviction chevillée au corps et à l’âme, tu as voulu que la France continue à être ce phare qui éclaire le monde de son auguste lumière, sans te rendre compte que nous n’avions plus l’énergie suffisante pour alimenter ce soleil. Qu’après tous ces siècles où nous avons contribué au progrès de l’humanité, nous aspirions seulement à jouir de vivre une existence paisible sans nous mêler de problèmes qui nous dépassent.  

Nous avons essayé pourtant d’être à la hauteur de tes attentes. Mais la barre était trop haute. Beaucoup trop haute. Si bien que nous ressemblons à ce sauteur à la perche qui malgré une course d’élan impeccable, malgré une technique irréprochable, n’arrive jamais à passer la barre, perchée à des hauteurs inatteignables, et se ramasse lamentablement sur le matelas capitoné, dépité et amer de sa prestation, moqué par ses petits camarades de jeux.

Ainsi va le navire France. Droit dans le mur mais la tête haute.  Assurés qu’avec le Christ et notre Charlot comme grands timoniers, nous ne risquons pas grand chose. Si ce n’est une bonne crise de foi.

22 commentaires pour “Le Christ s’est arrêté à Colombey”

  1. Charles voyait la France de haut, tel un oiseau qui volait au-dessus d’un champ de blé : il ne pouvait pas savoir que les hangars étaient vides de grains.

  2. Oh non, encore le “train de l’Histoire” ! On pourrait pas changer de moyen de locomotion de temps en temps ?

  3. Colombey est quand même loin d’Eboli, cher Laurent.

  4. en partant de Paris, c’est presque sur la route…

  5. Libre à vous de vous coucher.

  6. … Et comme vous dites : ” C’est loin ? Loin de quoi?” :-)

  7. C’est la journée du calembour?
    J’en ai un : “Sur la route” ça se passe au States. Mouarf mouarf mouarf!!!
    Remarquez depuis qu’ils ont gagné la guerre ce n’est pas très glorieux chez eux non plus. Ils ont quand même eu le droit à la Fin de l’histoire version Fukuyama. C’est pas rien.

  8. celui la je vais le prendre au premier degré
    fant l’analyse est pertinente

  9. Analyse pertinente? Mouarf mouarf mouarf!!!
    Depuis quand Saga a t’il des analyses pertinentes?
    “nous aspirions seulement à jouir de vivre une existence paisible sans nous mêler de problèmes qui nous dépassent.”
    Faut pas avoir peur de s’ennuyer.
    “Ennui. Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos sans passions sans affaires sans divertissement.”
    Pascal

  10. Oui, et en même temps Pascal disait : Tout le malheur de l’ homme vient de ne point savoir rester en repos dans une chambre. Il voyait le divertissement comme une fatalité, un besoin irrepressible, mais il faisait l’ apologie de l’inactivité ( physique, non spirituelle, bien entendu)
    Conclusion : Saga = Blaise…

  11. il était juif pascal ? ah ah

  12. Pas vraiment par contre c’était un embrouilleur de première…

  13. Pascal je l ai rencontré l’autre jour
    il m’a mal parlé , je lui ai foutu deux baffes .

  14. Je vous conseille “Pauvre de Gaulle” de Zagdanski, si vous ne l’avez déjà lu.

    Dans le fond, si l’on regarde bien, dans l’une de ses projections dont il avait le secret, de Gaulle pensait que la France était “un peuple d’élite, fier de lui et dominateur”… Puis, quand lui venait l’envie de se pencher pour regarder les Français de plus près, il se grattait le nez et dans un soupir amer laissait échapper : “les français sont des veaux !”.

    En toute immodestie, je vous déclare que la vérité se situe entre les deux étages : les Français sont des veaux, fiers d’eux-mêmes et ressasseurs, proscratinateurs devant l’Eternel, ruminant encore les victoires d’Obélix sur les sangliers des bois alentour dans des extases qui n’en finissent pas de percer la couche d’ozone.
    J’ai dit.

    Signé : Barabbas, qui se bat encore et toujours contre les légions romaines pendant que le frêle Jésus fume l’herbe de Castaneda avec sa petite bande de beatniks.

  15. Ah, je me disais aussi ! Un blog où l’on peut égratigner gentiment deux statues, de Gaulle et Jésus, ce n’est guère concevable dans notre belle démocratie… Ben non, c’était pas concevable : j’ai été censuré !
    Laurent, permettez-moi de vous dire que la modération n’est pas à la hauteur de l’ambition de votre blog. Consternant.
    Aucune diffamation, aucune insulte ( sinon la citation de de Gaulle him-self ). Du sarcasme littéraire, point-barre-revenez-à-la-ligne. J’en déduis que ce n’est pas vous qui joue du ciseau ici, ou alors vous êtes bien triste…

  16. Euh… mon commentaire est réapparu… ops…
    Ok, je vais acheter un fouet pour l’auto-flagellation…
    Mea cul-papa… Je suis un veau. Une résurrection vient de se produire.

  17. encore plus parano que moi j’ai trouvé! Je ne censure jamais. Seulement quand c’est pipi caca

  18. Mon cher Barrabas, n’ ayez aucune crainte, ce blog est totalement libre; On peut y dire et y ecrire n’importe quoi, ce que nous nous empressons tous de faire, mais sans arriver à la cheville de notre Gourou Saga ( oui, c’est une sorte de Secte, également)dont les propos alternent inepties, absurdités et sophismes, mais toujours avec talent et humour au soixante-quatorzième degré ( enfin, lui, pas nous..)

  19. vil flatteur! retournez à vos cours de la bourse, la france compte sur vous

  20. Mais comment avez vous deviné que Vinnie Jones est un infâme trader, un suppôt des actionnaires et de l’ultra libéralisme ? Vous avez des pouvoirs de divination ?

  21. je bosse pour le mossad mais chuut

  22. “encore plus parano que moi j’ai trouvé!”

    Vil flatteur ! 😉
    Scusi, j’n’avais pas pigé le système de modération en attente… Je croyais qu’on était revenu au temps de l’ORTF et que le Général Bras-ballants avait donné ses ordres pour balayer la chienlit.

    “c’est une sorte de Secte”

    Tant que ce n’est pas un blog à péage et qu’il ne m’est pas demandé de coucher avec le Gourou… Merci en tout cas pour l’accueil, Vinnie.

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