Vera Kaplan par Sagalovitsch, l’auto-promo


Bon alors il paraît que cet hâbleur de Sagalovitsch sort un nouveau bouquin ? On est content pour lui. Pour les lecteurs un peu moins. Il a eu beau changer d’éditeur, il demeure rigoureusement le même, à savoir un troufion d’écrivaillon, un oisillon de romancier aussi utile à la littérature française que Patrick Bruel à la chanson à texte.

Il écrit toujours comme un rabbin alcoolique, il torche des kyrielles de phrases qui s’allongent comme c’est pas permis juste pour masquer l’incontinence de sa pensée ; quand il joue au comique, on a envie de pleurer, quand il se prend pour un tragédien, on a envie de bâiller, quand il verse dans la tragi-comédie, on en vient à regretter le temps des pogroms.

Dans son dernier roman qui sort aujourd’hui dans toutes les bonnes boucheries casher de France et de Tel-Aviv, il touche le fond. Il s’est pris pour Primo Lévi alors qu’il n’a même pas la faconde de Marc Levy. Évidemment, il nous bassine encore avec ses histoires de lolocaust, c’est une maladie chez lui, une obsession malsaine, il ne peut pas trouver d’autres sujets sur lesquels écrire, non ?

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Il est subventionné par Yad Vashem ou quoi l’ami Stabilovitsch ? Il gagne des miles pour Auschwitz chaque fois qu’il traite de la Shoah ? Il a droit à des petits fours à volonté de chez Pierre Hermé quand il signe un nouveau roman ? C’est quoi son problème au juste ? Il faudrait peut-être lui signaler que tout son bazar d’Holocauste, c’est du réchauffé de chez réchauffé. Du cramé même.

A le lire, on a l’impression que Stefanovitsch passe ses journées à prendre des douches à bord de wagons plombés qui filent tout droit vers la Pologne.

Sagalovitsch, si tu m’écoutes, tu ne pourrais pas écrire un jour sur ton boulanger, sur tes contemporains, sur tes voisins, sur le monde actuel, hein, sur tes frasques amoureuses, sur ton chat, sur tes talents d’onaniste qu’on dit illimités, sur le dérèglement climatique, sur la chute de tes cheveux, sur ta cabane au Canada… au lieu de te branlotter sur cette période archi-révolue de l’Histoire ?

Faut vivre avec son temps, Papyrovitsch !

Maintenant ne comptez pas sur moi pour vous dire de quoi parle Vera Kaplan, la dernière prouesse littéraire de Strombovitch, c’est sans intérêt.

C’est encore une histoire de Juifs. Évidemment. Pendant la guerre. Quelle surprise. Tirée plus ou moins d’une histoire vraie. Une Juive allemande qui, pour se sauver, collabore avec la Gestapo en dénonçant d’autres Juifs. Qui se sert de ses charmes pour les attirer dans ses filets. Riche idée soit dit en passant.

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Si vous êtes dépressif, ne l’achetez pas.

Si vous êtes neurasthénique, ne le lisez pas.

Si vous pensez que Sarkozy va sauver la France, ne vous précipitez pas en librairie pour vous le procurer.

Si vous êtes goy, passez votre chemin.

Si vous êtes un goy dépressif et neurasthénique, commandez-le dè

s aujourd’hui et suicidez-vous dans la foulée, cela nous fera des vacances.

Si vous êtes un goy de droite, fichez-moi le camp.

Les autres peuvent le lire mais à leurs risques et périls.

Pour votre information, l’auteur de ce livre indigeste, après avoir fini la rédaction de cet ouvrage, a passé une année en sanatorium : il voyait des nazis partout, il prenait sa concierge pour la maîtresse de Goebbels, il avait peur que son épouse ne le dénonce à la Gestapo et il soupçonnait son chat de verser du Zyklon B dans son café matinal.


On l’a relâché hier.


Depuis il rôde en pyjama rayé autour des librairies.

  • Vera Kaplan, Editions Buchet-Chastel, 13 euros.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Le jeu de massacre de la rentrée littéraire


Nous sommes plus de trois cents à nous aligner sur la ligne de départ. Trois cent soixante-trois pour être exact. Trois cent soixante-trois auteurs ou prétendus tels, moi compris, qui vont prendre le départ du plus grand jeu de massacre jamais organisé depuis la Saint-Barthélemy, j’ai nommé l’incontournable, la sacro-sainte rentrée littéraire dont, il faut bien l’avouer, tout le monde se fout ou presque.

Ce n’est évidemment pas raisonnable. C’est même d’un ridicule achevé. Une farce incongrue. Un miroir aux alouettes où se perpétue la croyance d’un pays marié de toute éternité avec la littérature. Une comédie des apparences qui ne rime à rien si ce n’est à semer la confusion chez un lecteur désorienté, confronté à une avalanche obscène de romans bien souvent insignifiants publiés dans le seul but d’assurer la visibilité de maisons d’éditions avançant leur garnison de romans dans l’espoir quelque peu vain de voir l’un d’entre eux franchir en vainqueur la ligne d’arrivée.

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Imaginer un seul instant qu’il puisse exister trois cent soixante-trois romans qui vaillent la peine d’être achetés et lus relève d’une hallucination collective, d’un dérèglement des sens, d’une mégalomanie galopante, d’une folie furieuse, d’un strabisme divergent, d’une diarrhée éditoriale, d’une incontinence littéraire, d’un phénomène de foire, d’une incapacité à s’autoréguler et à proposer au lecteur lambda un choix raisonnable de romans de qualité.

Ce n’est plus de la littérature de détail mais une sorte de farfouille littéraire où on publie tout et n’importe quoi, où plus personne ne sait qui a écrit quoi, où l’on comptera des livres qui par manque de place ne trouveront même pas leur place en librairie, où la grande majorité des titres proposés se vendront à quelques dizaines d’exemplaires, où des centaines d’auteurs vont tomber en dépression ou battre leur conjoint(e) ou torturer leur chat ou séquestrer leurs beaux-parents ou rejoindre les rangs de Daesh pour se venger de cette humiliation publique.

Pour ce qui me concerne, je me contenterai d’une grève de la faim à qui j’associerai mon malheureux chat qui se prolongera aussi longtemps que je n’aurai pas vendu un million d’exemplaires, chiffre à partir duquel, selon mes calculs, je pourrai prétendre prendre ma retraite et jouir d’une vieillesse passée à l’ombre de cocotiers, sur une île perdue dans l’océan indien où je brûlerai mes journées à converser avec des perroquets bariolés et des dauphins désorientés.

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Loin, très loin de tout ce tintamarre de la rentrée littéraire dont je suis par avance fatigué.

Dès jeudi, jour de parution de mon immortel chef-d’œuvre, il va me falloir me rendre dans toutes les librairies de France, tenter de débusquer un exemplaire de mon roman, et subrepticement, le placer en tête de gondole, juste à côté de la caisse, au vu de tous, afin que sur un malentendu, un lecteur garé en double file, déjà en retard au dîner organisé par la femme de son chef de service – ”une femme qui lit” aura-t-il appris de la bouche du responsable des ressources humaines, familier du couple – se précipite à l’intérieur de la première librairie rencontrée, et là, ne sachant où donner de la tête, rendu confiant par mon patronyme sentant bon la Grande Russie et ses écrivains majestueux, sans réfléchir, s’empare de l’unique exemplaire de mon livre et l’achète.

Sans même se soucier ni de son prix ni de son contenu ni de l’avis du libraire qui pourtant était sur le point de lui confier n’avoir rien entravé à ce roman rédigé par un auteur totalement surestimé qui ne devait sa présence en cette rentrée littéraire qu’à la surabondance de la juiverie israélienne dans les conseils d’administration des maisons d’édition hexagonales.

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Bref ! la rentrée littéraire est comme un vaste autodafé où périront sans gloire des dizaines et des dizaines de romans, brûlés vifs par un trop plein de publications où seuls seront épargnés quelques livres qui, on ne sait trop comment ni pourquoi, auront eu le bonheur d’échapper à ce massacre de masse, à cette éradication de livres morts-nés, à cet holocauste de romans dont le souvenir perdurera jusqu’en décembre date à laquelle il faudra faire place nette pour accueillir la rentrée littéraire de janvier 2017…


D’ici là, faites vos jeux, rien ne va plus.

                                                                                                                                                                                      Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Droit du sol, mon cas personnel


Jusqu’à l’âge de mes dix-huit ans, j’ai été belge. Pourtant, je n’avais jamais foutu les pieds en Belgique : en effet c’est à Montreuil et non point à Molenbeek que je naquis.

Si j’ai dû attendre l’âge de ma majorité pour devenir sujet du Royaume de France, c’est que mes parents, honte à eux, étaient nés hors du territoire national, l’un en Belgique, l’autre en Tunisie. Tu parles d’un pedigree. D’ailleurs à la maison on causait à peine le français, on baragouinait dans un dialecte judéo-belgo-tunisien, ”Comme t’y es beau mon fils adoré, une fois”, on mangeait des frites au couscous, des moules à la harissa, ma mère elle-même parlait si mal la langue de Molière qu’elle passait ses journées à enseigner le latin, le grec parfois même le français, non point à des rejetons malfaisants comme moi, mais à de véritables petits cocardiers de souche.

Si bien que durant toutes ces années, pour la simple et la bonne raison que la loi ne me considérait point comme assez français pour prétendre l’être vraiment, je me trimbalais avec une carte d’identité belge dans mon portefeuille.

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Je n’étais pas français.

Quand on me demandait ”mais t’es quoi toi au juste avec ton nom à boire de la vodka dehors ?” invariablement je répondais ” laisse tomber, c’est compliqué, moi-même je n’ai toujours pas compris ”.

C’est que mes parents avaient beau vivre en France depuis des années et des années, n’avoir d’autre résidence qu’un appartement parisien, travailler l’un pour l’éducation nationale, l’autre pour son propre compte, au nom de la Loi Toute Puissante, cela ne suffisait point : va donc voir à Knokke-le-Zoute si j’y suis.

J’étais un paria, un métèque, une pièce rapportée, un avorton à la nationalité douteuse, une demi-portion de belge pouvant possiblement devenir un jour français.

Si j’étais sage. Si j’étais capable de chanter la Marseille en m’enfonçant une bouteille de Bordeaux dans le cul.

Tu parles d’un accueil.

Point étonnant après toutes ces suspicions, remises en causes, applications obtuses de la loi, que je ne me sois jamais senti vraiment français, que j’ai toujours entretenu avec mon pays de naissance un rapport des plus compliqués, si tortueux et alambiqué, que j’ai décidé un beau jour de le quitter pour ne jamais y revenir.

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On ne dira jamais assez cette sorte d’humiliation consistant à retarder l’octroi de la nationalité pour le seul motif d’être né de parents étrangers : c’est mesquin, c’est petit, c’est tout simplement stupide, et la seule conséquence est de faire naître chez l’adulte en devenir, à l’âge où se construit sa personnalité, une forme de ressentiment, de distance et de méfiance instinctive vis-à-vis de son futur pays.

Comment se sentir pleinement français quand on vous explique que, considérant les circonstances de votre naissance et l’origine de vos parents dont nous ne sommes tout de même pas responsables, la société vous demande d’attendre dix-huit années (treize ou seize aujourd’hui) avant de vous accepter comme membre à part entière de la communauté nationale ? Comment ? Ne voit-on pas qu’avec de telles dispositions, on entretient chez l’enfant un trouble identitaire qui ne disparaîtra jamais vraiment, que ce dernier se sentira toujours étranger dans sa propre patrie ?

Aussi quand j’entends Nicolas Sarkozy, ce français de la première génération, venir nous expliquer qu’il faudrait, au regard de la situation actuelle, rendre encore plus ardue l’accession à la nationalité, j’enrage tant cette proposition est dénuée de tout fondement et n’aura comme seule conséquence de compliquer encore un peu plus l’intégration de gamins dont le seul tort est de n’être pas bien né.

Qu’elle produira même les effets contraires au but recherché : elle éloignera encore un peu plus ce sentiment d’appartenance à la patrie, socle de toute cohésion nationale.

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J’enrage encore plus quand je vois des enfants nés de parents français – il en suffit d’un – qui vivant dans des contrées lointaines, n’ayant jamais mis un pied en France, ne parlant même pas la langue nationale, devenir français au regard de cette incongruité absolue nommée droit du sang.

Un Français imaginaire qui aura des enfants qui à leur tour deviendront français et ainsi de suite, pendant des générations et des générations, sans qu’aucun de ces rejetons n’entretiennent un quelconque lien avec la France, si ce n’est celui d’avoir un vague ancêtre né un jour dans une province gauloise.

Ubuesque paradoxe.

Il n’existe qu’une seule position à adopter vis-à-vis du droit sol : est français toute personne née sur le territoire national. Point barre. Pas d’exception scabreuse. Pas de limite d’âge à atteindre. Pas de à la seule condition que blablablabla.

Rien.

                                                                                                                                                                                   Tu es né en France, tu es français… une fois !

                                                                                                                                                                                                   Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Mon ordinateur se meurt et moi-même je ne me sens pas très bien


A de petits signes qui se répètent à intervalles de plus en plus réguliers, je devine que mon ordinateur est entré dans l’hiver de sa vie.

Il tousse, il gémit, il souffre, parfois il émet comme une longue complainte, un chuintement continu qui va crescendo, monte, monte dans les aigus avant de muer en une sorte de glapissement furieux annonciateur d’une rupture d’anévrisme.

Il se vrille de douleur, il n’en peut plus, quelque fois il refuse même de s’éveiller : il garde le lit, il demeure plongé dans la nuit même de son propre anéantissement, il gît dans les ténèbres désolées de son infinie inactivité et rien ne peut le sortir de sa torpeur mortuaire, ni une batterie de secours, ni une bonne paire de baffes assénée sur son clavier ou sur son écran, encore moins une lecture anticipée du Kaddish. 

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Certains jours pourtant, il semble aller mieux, il affiche une bien meilleure mine, il retrouve l’élan tout relatif de sa jeunesse, il va serein et lumineux sur le chemin de sa résurrection, il rayonne, sa maladie semble l’avoir abandonné, comme si elle n’avait jamais existé, il ressemble à ces hommes qui ont frôlé la mort et, désormais indestructibles, croquent la vie à pleines dents puis, sans crier gare, sans signe avant-coureur, d’une seconde à l’autre, rechutent, foudroyés par une soudaine attaque de tétanie, retombant dès lors dans les profondeurs insondables de leur état catatonique.

Il n’est pas vieux pourtant, à peine deux ans. 

Il faut avouer aussi qu’il n’était pas bien né.

Des parents pauvres et frustres, une éducation sommaire, deux, trois logiciels et puis c’est tout, une constitution au niveau de son stockage des plus faibles, une mémoire altérée, des poumons à la capacité respiratoire limitée, un système immunitaire défectueux, une vitesse de réaction nulle, une tendance chronique à se noyer dans les problèmes, une incapacité à hiérarchiser ses priorités ; chétif, peureux, cossard comme pas un, il n’éveillait en moi qu’une morne pitié.

Après deux mois de vie commune, son disque dur commençait déjà à montrer des signes de faiblesse inquiétants ; le moindre virus le mettait à terre, il regimbait à fournir des efforts prolongés, dès que je le sollicitais de trop, il se mettait à chauffer, de la fumée s’échappait alors de ses grilles d’aération, je devais ralentir le rythme pour lui permettre de reprendre ses esprits.

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Entre lui et moi, cela avait été uniquement un mariage de raison.

Mon ancien compagnon m’avait quitté après une liaison qui avait duré quatre longues et belles années, sa disparition m’avait laissé sur le flanc, je m’y attendais mais son décès m’avait tout de même pris au dépourvu, je n’avais rien prévu pour combler son absence, du jour au lendemain je m’étais retrouvé sans ordi et sans le sou, j’avais opté pour un modèle bas de gamme, une de ces machines sans âme dont on devine au premier coup d’œil que l’histoire tournera court et n’offrira rien d’exaltant, juste la routine d’étreintes minables disputées à la va-vite sur un coin du bureau.

C’était mieux que rien mais j’étais sans illusion.

Notre lune de miel fut d’ailleurs miteuse : au cours d’une partie foot visionnée en streaming, il m’avait planté là, au beau milieu d’une séance de penalty. Un méchant virus il avait prétexté, il n’avait pas su comment l’affronter, il avait paniqué et s’était enfui en rase campagne se refaire une santé. Le traditionnel coup de la panne. Je n’avais rien dit mais j’avais déjà compris que notre vie serait tout sauf une fête foraine perpétuelle. Côté fanfreluches, cotillons et macarons, je repasserai.

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De ce côté-là, il ne m’a pas déçu.

Il s’est montré d’une constante médiocrité, il n’a jamais su élever le niveau de ses prestations, il s’est montré tout au long de ces mois d’une parfaite insignifiance, son seul coup d’éclat fut de me permettre d’écrire un roman et d’alimenter ce blog en chroniques insipides ; c’est peu, je ne le regretterai pas, quand ce sera à mon tour de m’en aller, je n’aurai pour lui aucune pensée émue.


Il s’appelait Toshiba Satellite et je ne le recommanderai à personne.

                                                                                                                                                                             Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Quand le populisme fait rage, il faut mettre la démocratie entre parenthèses


Il paraît que le suffrage universel est souverain. Qu’à partir du moment où la population s’est exprimée lors d’une consultation électorale, il faut respecter le verdict sorti des urnes, quelle que puisse être la nature de ce résultat. C’est le jeu de la démocratie nous dit-on, on ne peut pas aller contre la volonté du peuple, ce serait une grave atteinte aux Lois de la République.

Ah.

Autrement dit, si demain l’autre ahuri de Donald Trump venait à triompher lors des prochaines élections américaines, il faudrait le féliciter, lui dire ”bien joué mon pote, c’est toi le meilleur, rien à redire, le peuple a tranché, installe-toi au bureau ovale, fais comme chez toi, voilà les bons numéros pour déclencher le feu nucléaire.”

Puisque le peuple en a décidé ainsi.

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Et si demain l’autre effarée de la renaissance nationale sortait vainqueur des présidentielles, il faudrait aussi la féliciter, lui dire ”bien vu ma cocotte, c’est toi la plus forte, le peuple t’a plébiscitée, ramène-toi à l’Élysée et prends tes aises, tu es chez toi ici, le fichier des six millions de Musulmans suspects, c’est dans ce tiroir-là. ”

Puisque le peuple en aura décidé ainsi.

Imparable.

Sauf que pour être élus, Marine ou Donald auront enchaîné bobards sur bobards, éructé des promesses aussi farfelues qu’irréalisables, usé et abusé d’une rhétorique basée sur des peurs irrationnelles, agité des dangers tout sauf réels, assis leurs démonstrations sur des statistiques fantaisistes, se seront évertués, en toute conscience, à dire à l’électeur de base ce que très exactement il voulait entendre, en flattant sa haine de l’autre, son goût pour la violence ou son désir d’auto-défense.

Bref, à trahir l’esprit même de la démocratie.

Il est bien là le nœud du problème : le populiste, par définition, ne joue pas le jeu de la démocratie, il se sert d’elle uniquement pour asseoir son autorité, il la viole pour mieux l’engrosser, il lui fait des enfants illégitimes, à aucun moment il ne la respecte et use de la liberté de parole qu’elle lui accorde pour saper ses fondements même.

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Et une fois installé au pouvoir, quand il aura passé avec succès l’épreuve des urnes, il se retrouvera alors libre d’agir à sa guise : fort de sa légitimité acquise à coups de mensonges et de promesses impossibles à tenir, de slogans rances et d’idéologie fielleuse, à l’aide de mesures autoritaires et de décrets martials, il pourra tranquillement amener son pays au bord du gouffre voire même le précipiter tout droit dans la gueule de l’enfer.

Provoquer cataclysme sur cataclysme, hypothéquer l’avenir de ses concitoyens sur des décennies, menacer l’équilibre même du monde.

Et le plus souvent, confisquer la démocratie qui aura permis son avènement.

Le peuple se sentira trahi, il regrettera, il dira sa déception d’avoir cru à des chimères, il confessera sa légèreté, son inconséquence, sa folie passagère mais ce sera trop tard, beaucoup trop tard : le mal aura été commis et seul le passage du temps permettra (ou pas) de revenir un jour à des époques plus apaisées.

Autant dire que je préfère nettement qu’en pareille circonstance – quand le populisme se joue des peurs de nos concitoyens, quand le peuple ne parvient plus à raisonner et se laisse aller à ses pires instincts, quand la folie rôde et menace d’emporter tout sur son passage – la démocratie soit mise entre parenthèse.

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Que le processus électoral soit gelé. Le bon déroulement des institutions mis de côté. Le pouvoir confié à des gens de bonne volonté issus de formations réellement démocratiques. Que l’on fasse fi du peuple et de son vote. Qu’on lui retire ses prérogatives de choisir ses représentants.

Le temps nécessaire.

Le temps pour lui de redescendre de son ivresse électoraliste, de rassembler ses esprits, d’abandonner ses douces chimères et d’affronter la réalité telle qu’elle se présente et non point telle qu’il la fantasme. De s’offrir une petite cure de désintoxication et de revenir à des dispositions dictées non plus par la seule satisfaction de ses instincts primaires mais par le simple bon sens.

Agir de la sorte n’est peut-être pas très démocratique, c’est assurément bafouer d’une certaine manière l’idéal républicain, c’est évidemment aller à l’encontre du peuple, c’est possiblement prendre le risque d’instaurer une sorte de dictature technocratique, mais si de pareilles décisions destinées à rester temporaires peuvent empêcher les hommes de succomber à leurs pires tentations et préserver de la sorte le futur de l’humanité, c’est un risque que je veux bien courir.

                                                                                                                                                                            Entre deux maux…

                                                                                                                                                                              Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Voir ou revoir Elephant Man, une exigence morale


Je serais bien incapable de donner la définition d’un grand film mais intuitivement je sais que Elephant Man en est un : il possède cette vertu de traverser les époques sans se trouver abîmé par le passage du temps, il parvient à chaque fois à vous emmener dans les profondeurs d’un voyage crépusculaire d’où il est impossible de revenir indemne.

Je l’ai revu hier soir dans un cinéma de quartier, et à nouveau, j’ai éprouvé ce même sentiment d’étrangeté, cette identique impression d’être confronté à un long métrage absolument parfait où tout semble être à sa place, histoire, acteurs, lumière, musique, atmosphère, décor, tissant la toile d’une œuvre intemporelle qui continue trente-six ans après sa sortie en salle à sonder le cœur des hommes, à le sommer de s’interroger sur sa capacité à fraterniser avec son prochain, à lui demander s’il se comporte avec la même égale humanité quand il s’agit de s’intéresser au sort de personnes si différentes de lui.

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Car c’est de cela qu’il s’agit dans Elephant Man, de cela et de rien d’autre.

Du regard porté sur des gens qui, par leur condition sociale, leur apparence physique, leur orientation sexuelle, leurs croyances, nous apparaissent parfois comme des monstres dont la seule vue nous révulse, nous effraie, nous heurte d’une manière si radicale qu’elle nous amène à les chasser loin, très loin, le plus loin possible, à la périphérie de nos vies quotidiennes.

Le monstre, c’est l’autre, notre voisin, l’immigré, le réfugié, le clandestin, celui dont la présence nous met mal à l’aise et nous oblige à repenser notre rapport à l’étranger dans une confrontation si brutale que la plupart du temps nous tâchons de l’esquiver afin de continuer à vivre dans le confort douillet de notre existence routinière où, croyons-nous, rien de grave ne peut nous arriver.

Quand vers la fin du film, tout le parterre de la meilleure société londonienne venue assister à un ballet se lève pour saluer la présence parmi eux de John Merrick, l’homme éléphant, nous ne savons pas vraiment qui ou quoi ils applaudissent de la sorte.

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Est-ce la résilience et le courage de cet homme qui parvient à surmonter son handicap de naissance et ose se confronter au regard des autres, malgré sa laideur, sa difformité, sa monstruosité ? Est-ce leur façon de l’accepter et de le saluer comme l’un des leurs, un homme parmi d’autres hommes, ou plutôt n’est-ce pas eux-mêmes que ces braves gens applaudissent, heureux de se découvrir moins laids qu’ils ne le sont, reconnaissants à l’homme éléphant de leur tendre un miroir où ils peuvent pour une fois se regarder sans avoir honte d’eux-mêmes ?

Dans Elephant Man, le monstre ce n’est évidemment pas John Merrick, cet homme dont la mère a été piétinée par un troupeau d’éléphants lorsqu’elle le portait dans son ventre.

Non les vrais monstres, ce sont les autres, le petit peuple de Londres qui vient s’encanailler en lui rendant visite, le gardien qui s’affranchit de toute morale et tente de monnayer sa proximité avec lui, le propriétaire, alcoolique au dernier degré, fou de douleur de se voir privé de sa raison de vivre en la personne de John Merrick, toute cette vaste humanité qui se livre à ses plus bas instincts et, se déshonorant, déshonore par là-même le genre humain.

Voir ou revoir Elephant Man est une leçon de vie.

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Sur nous-mêmes, sur les autres, sur notre capacité à sublimer nos différences pour accepter une bonne fois pour toutes que les hommes, tous les hommes, naissent égaux et libres, qu’ils sont tous nos frères d’armes et que d’en laisser un, un seul sur le bord de la route, c’est déjà renoncer à vivre debout, c’est accepter l’inacceptable, c’est admettre la parfaite médiocrité d’une existence où notre égoïsme finira par nous étrangler.

Elephant Man est tout simplement un grand film parce que, sans artifice, avec une sobriété rare, dans un noir et blanc qui semble épouser le gris du ciel, il essaye de nous rendre meilleur, plus humain, plus sensible au sort des ”mal nés.”

En ces temps où le monde semble vaciller et menace à tout instant de rompre, où repli identitaire et fantasme d’une société épurée de ses vilains petits canards s’invitent dans nos consciences, visionner Elephant Man est une exigence.


Et une urgence.

                                                                                                                                                                                                              Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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La natation aux JO, plus con tu coules


Je déteste nager, je déteste les piscines et leur odeur de chlore qui vous grignote le cerveau, la promiscuité des vestiaires où il faut cohabiter avec des éphèbes ventripotents qui puent des pieds, le bruit des flips flops qui claquettent sur le carrelage comme en d’autres lieux des dames de petite vertu battent le pavé, je déteste enfiler un bonnet alors que je suis déjà à moitié chauve.  

Je déteste les lignes d’eaux érigées comme des Murs de Berlin où il ne faut pas dévier de sa trajectoire sans quoi une mémé grabataire vous assène un coup de planche sur la tronche, je déteste les maîtres nageurs, petits caporaux imbus d’autorité, plantés sur leurs miradors comme des gardes-chiourmes dans une crèche, prompts à jouer du sifflet à la moindre incartade repérée.

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Si Dieu dans sa sagesse immémoriale avait voulu que nous autres humains fréquentions des piscines et autres espaces aquatiques, Il nous aurait affublé de nageoires, de branchies et d’écailles. Et de queue en forme de cerf-volant.

Or j’ai bien cherché, de tout cela, je n’ai rien, j’ai simplement deux jambes pour fouler la terre ferme, pas pour battre la cadence dans des piscines municipales à l’odeur de pisse.

Aussi quand tous les quatre ans, lors des Jeux Olympiques, je regarde ces champions à la mords moi-le-slip-de-bain évoluer en basses eaux, j’ai comme des hoquets d’indignation et je songe à saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour que cessent ces pitreries en tout point contraire à l’esprit de la Révolution qui voulait rétablir chaque homme dans son honneur.

Il faut les voir ces starlettes imberbes avec leur corps maniaquement épilé, leurs pectoraux rebondis, leurs tétons démesurés, leurs avant-bras gros comme des saucissons auvergnats, leur taille de géant, leurs sourires en émail de contrebande, leurs lunettes de martien, leurs bonnets ras le crâne… ils ressemblent aux statuettes d’un Dieu aquatique versé dans je ne sais quelle cosmogonie marine.

Et quand ils se mettent à glouglouter dans leur bassin, c’est bien pire.

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Vous les avez vu aligner les longueurs quand ils s’adonnent à la brasse, la plus hideuse des nages, à coup sûr le spectacle le plus dégradant de l’histoire de l’humanité après l’accouplement de deux pigeons aphones ? on dirait des hérons bâtis sur ressorts qui tous les trois mètres piqueraient du bec pour cueillir des poissons fantômes, des crapauds en pleine crise de delirium tremens, des grenouilles atteintes de diphtérie cherchant à rejoindre la terre pour déposer leur tas de chiures, des têtards affolés pris d’une soudaine envie de pisser, des morpions fuyant une attaque de spermicide.

Et le dos crawlé ?! Qu’est-ce donc que cette manière de nager à l’envers, à rebours, de remonter le bassin à contre-courant, a-t-on déjà vu comportement plus stupide, plus incohérent, plus incongru ? Et que je donne des baffes bien senties à l’eau qui pourtant ne leur a rien fait, et que je mouline mes bras comme un fou furieux de pantomime déréglé, et que je recrache des jets d’eau à faire pâlir d’envie les fontaines du Trocadéro.

Imagine-t-on un seul instant un humain courir de la sorte, à reculons, au mépris de tout bon sens, dans une sorte de reculade perpétuelle  ?

Et quand ils se mettent en tête de nager le papillon, ils s’apparentent à des monstres marins qui viendraient d’être piqués par un banc d’oursins et, l’épiderme tuméfié, la peau à vif, le corps perclus de douleurs, s’essaieraient à s’extirper du bassin, leurs pattes monstrueuses s’ébattant alors comme des tourniquets grossiers appelant à l’aide avant de retomber lourdement dans l’eau martyrisée.

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Trop c’est trop.

Je milite pour l’interdiction définitive des compétitions de natation. Nous ne sommes pas sortis de l’Age de pierre pour s’infliger de pareils spectacles.

Quand je veux voir des créatures glisser sur l’eau, je vais à la pêche ou à l’aquarium.


C’est ouvert toute l’année, c’est beau à contempler et quand les poissons finissent premier de leur course, ils ne sont pas là à brandir leurs médailles comme des otaries qui viendraient de découvrir le trésor de Rackham le Rouge.

                                                                                                                                                                                Sur ce, il fait une chaleur à crever, je vous laisse : je vais me baigner.

                                                                                                                                                                                Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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Fil dentaire ou pas, un enjeu de civilisation


La nouvelle est tombée, hier, nette, drue, sans appel : l’utilisation du fil dentaire serait sans effet ou presque sur la santé de nos dents. Le coup est rude. La pilule dure à avaler. Sonné, je me demande bien où je vais trouver les forces morales pour surseoir à cette terrible désillusion.

C’est que j’y croyais dur comme fer à mon fil dentaire.

J’en avais fait ma tête de pont pour lutter contre l’affadissement de ma mâchoire, je l’avais consacré comme l’arme absolue afin d’empêcher mes dents de tomber de caries en Scylla, j’avais entreposé des kilomètres de ce fil si précieux sous mon lavabo, certain qu’avec lui je triompherais des infortunes liées à ma condition de ruminant.

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Tous les soirs, avant de me coucher, après mes ablutions, mes génuflexions et l’inspection de mes fosses nasales, je sortais du placard mon fil de satin et entamais alors une bataille acharnée avec l’intérieur de ma cavité buccale.

Ma gueule grande ouverte, la corde tirée à son maximum, la langue recourbée, face au miroir, concentré, décidé, résolu, j’insérais le fragment du fil entre mes canines et, dans un mouvement allant du bas vers le haut, en rythme, j’enlevais une à une les milliards d’immondices recueillies tout au long de la journée : les scories du petit-déjeuner, les miettes du sandwich du midi, les graines de couscous du repas du soir, ces résidus de nourriture ayant juré la mort de mes pauvres dents.

J’astiquais, je récurais, je ponçais, je me montrais intraitable, j’inspectais chaque interstice afin de le délivrer du poids de ses péchés, je scrutais l’intervalle de mes dents à la recherche du moindre fauteur de trouble, je battais le rappel des troupes, je raclais, j’époussetais, je dépoussiérais, je rendais à ma dentition sa propreté, son innocence originelle.

Rien ne m’arrêtait : soir après soir, je livrais d’homériques batailles, je n’en manquais pas une, je triomphais, j’engrangeais succès sur succès, je connaissais l’ivresse des victoires à répétition : j’étais maître en mon palais.

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Tous les six mois, je rendais visite à la dentiste en chef, elle inspectait ma bouche de fond en comble, elle se lançait dans des grands travaux de rénovation, je devais rester des plombes à subir ses assauts, je n’en menais pas large mais ne disais mot.

Pendant qu’elle me triturait les gencives, je me demandais tout de même à quoi avait servi mes séances de détartrage nocturne ; la séance achevée, je l’interrogeais, elle me disait de persévérer dans cette voie, je l’aidais à garder mes dents saines, je lui étais même indispensable, tous les deux nous formions un tandem redoutable, un duo invincible.

Pour m’encourager, elle m’offrait un échantillon de son fil dentaire préféré, parfois même une brosse à dents, je ressortais de son cabinet conquis.

Quand l’échantillon se finissait, je courais au supermarché m’approvisionner, j’adoptais la même marque, je rentrais chez moi fier de ma nouvelle acquisition.

J’avais foi en mon fil dentaire et en sa mission de rendre mes gencives indestructibles.

Seulement, je ne me rendais pas compte que je n’étais qu’un pigeon de l’industrie dentaire, que, par ma naïveté, je contribuais à l’enrichissement de quelques margoulins trop heureux d’encaisser les dividendes de mes décapages dentaires ; au fond, j’avais été abusé par des générations de dentistes, je les avais crus sur parole, je m’étais montré d’une docilité coupable.

Ça m’apprendra.

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A partir d’aujourd’hui, je laisse mes dents se débrouiller toutes seules.

Je pratique l’autogestion dentaire, le laissez-aller buccal, la désinvolture canine.

Quant à ce qu’il me reste de fil dentaire, je le réserve à ma dentiste : la prochaine fois qu’elle se penchera pour inspecter ma bouche, couic, je le sors de ma poche, et couic couic, cette fois c’est son cou que je m’en vais détartrer, ça lui fera les dents.

                                                                                                                                                                                  Non mais.

                                                                                                                                                                              Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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L’anniversaire du chat


Dans les jours prochains, mon chat va avoir seize ans.

Si j’en crois son vétérinaire attitré, rapporté à échelle humaine, il s’apprêterait à fêter ses quatre-vingts balais.

Le petit con est dans une forme insolente, il trimballe sa vieillesse avec une effrontée verdeur, il ne manifeste aucun signe de déclin, il ruisselle de santé : parfois, en le regardant détaler comme un dératé dans les couloirs de l’appartement, grimper au lustre du salon, rebondir de fauteuil en fauteuil, je me demande s’il ne souffre pas d’une maladie neurologique régénérative.

Ou s’il n’a pas avalé un élixir de jeunesse lors d’une de ses escapades nocturnes.

A moins que sans que je m’en aperçoive, depuis des années, il sirote en cachette mon porto préféré et n’ait jamais vraiment eu le temps de dessaouler, promenant son ivresse de chambre en chambre avec l’aplomb d’un consul anglais sous le soleil du Mexique.

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Il me fait peur, quelque fois je me dis qu’il est peut-être éternel, qu’il va finir par m’enterrer, qu’il viendra pisser sur ma tombe et survivra à toutes les catastrophes, cataclysmes, dérèglements climatiques, guerres thermonucléaires, restant le dernier témoin de la vie terrestre sur cette fichue planète.

Ou alors, le Messie, c’est lui et personne d’autre. Dieu dans sa grande sagesse l’a choisi pour nous guider. Un de ces quatre matins, au lieu de chasser les souris, il ira grimper sur le Mont Sinaï et annoncera à l’humanité la venue de l’espérance pour tous, la fin des conflits, l’avènement d’une période de paix longue d’un milliard d’années, l’éradication de toute maladie, l’entrée dans une ère nouvelle placée sous le signe de la débauche sexuelle et du dérèglement des sens.

Je ne dénote chez lui aucun signe de vieillissement ou de ralentissement cérébral : il me réveille toujours à quatre heures du matin pétantes, il mange avec la même égale gloutonnerie depuis le premier jour où j’ai lié ma vie à la sienne, il n’a aucun mais alors aucun problème de sommeil : il peut très bien s’endormir dans la baignoire sans en ressentir une quelconque gêne, il a conservé la simplicité de sa prime jeunesse et s’enthousiasme encore à l’idée de se brosser les moustaches dans le confort d’une anonyme boîte à chaussures.

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Quand je l’ai connu, j’avais encore des cheveux, des dents, des désirs ; je me couchais à pas d’heure, j’étais insouciant, léger, gai comme un pinson, il m’arrivait même de sourire à des inconnues dans la rue. Tandis que maintenant, c’est tout juste si je me supporte, je ressemble à un abat-jour, je suis devenu un sans-dents, un sans-cheveux, un sans-rien.

Sous l’auguste règne de Sa Majesté le Chat, j’ai composé quatre misérables romans, rédigé des centaines de billets aussi abscons les uns que les autres, je me suis marié six fois, divorcé sept, j’ai épuisé une douzaine de psychanalystes, j’ai changé trois fois de rabbin et tous les deux, sans jamais être séparés plus d’une semaine, nous avons vécu dans une trentaine d’endroits différents.

Il est moi.

Je suis lui.


A deux, nous formons un couple invincible.

                                                                                                                                                                                    Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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J’en ai marre qu’on me regarde avec commisération parce que je suis français


Avec la répétition des attentats perpétrés sur le sol hexagonal, je suis devenu, aux yeux de la population de ma ville d’adoption, une espèce à protéger et à chérir.

Autrefois, quand le Français s’établissait à l’étranger, il ne suscitait que méfiance et réprobation. Il puait, il prenait des douches une fois l’an, il ne se lavait jamais les dents, il ne pensait qu’à baiser et à regarder sous les jupes des filles, il se prenait pour le nombril du monde, il débordait d’arrogance, il était paresseux, il piquait la femme des autres, il rechignait à apprendre la langue de son nouveau pays, il comparait toujours tout avec la France.

Et il était aimable comme une porte de prison.

Quand il disait être originaire de Paris, on le regardait avec des grands yeux envieux. Ah Paris, j’y suis allé il y a 26 ans, c’était merveilleux, ah Paris, je voudrais tellement que mon mari m’y emmène, ah Paris, c’est si romantique, ah Paris, ma ville préférée au monde, ah Paris, ah Paris, ah Paris.

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Je laissais ces braves gens à leurs rêves.

Je ne leur disais jamais que Paris c’était l’enfer, que j’avais vivoté pendant des années dans un vingt mètres carrés avec vue sur le périph pour lequel je payais un lingot par mois, que Paris puait, que les Parisiens étaient des têtes de nœud, que Paris c’était juste un musée, un décor de carte postale tout juste bon à épater le touriste de passage mais que derrière ce n’était que saleté et désolation.

Depuis les attentats tout a changé. Tout.

On prie pour moi, la concierge me demande toutes les deux secondes si je n’ai besoin de rien, si tout va bien chez moi, si tout le monde est hors de danger ; je suis à peu près certain que si demain, je venais lui annoncer que dorénavant, je m’abstiendrais de lui verser l’argent du loyer, elle me dirait ” ce n’est pas grave, je comprends, vous me payerez quand vous pourrez”.

Le voisin qui d’habitude ne m’adressait jamais la parole, me croisait dans les escaliers comme si j’étais le fantôme de l’opéra, se débrouillait toujours pour me piquer ma place de parking, désormais, il m’invite à venir dîner chez lui, il débouche des bouteilles de vin hors de prix ; avant-hier il m’a même présenté sa femme qui elle aussi, le lendemain, a tenu à me consoler mais à sa manière.

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Dans la rue, au supermarché, à la banque, tout le monde me regarde avec commisération. On est avec vous. Je suis tellement désolé de ce qu’il vous arrive. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Je prie pour vous, vous savez. Vous êtes tellement courageux. Je me tiens à vos côtés. Vous êtes libre pour un barbecue ? Je réunis quelques amis et j’aimerais tellement vous compter parmi nous.

J’ai honte. Je n’en peux plus. J’ai l’impression d’être devenu un SDF, l’ombre de mon ombre, un paillasson sur lequel tout le monde pleure. Je ne fais plus peur à personne. Mon arrogance a comme disparu. On me laisse tout passer. J’ai tous les droits. Si je lançais une collecte dans l’immeuble, je suis sûr qu’à l’heure actuelle, je serais déjà millionnaire. Ma place de parking n’est plus jamais occupée. Quand je descends mon linge à la buanderie, on s’empresse de ranger ses affaires pour me laisser une machine de libre.

Je suis Français putain, j’ai envie de crier, pas Yougoslave ou Rwandais. J’ai du sang bleu qui coule dans mes veines. Je possédais des colonies, la moitié de l’Afrique. Je régnais sur les océans. J’envahissais l’Europe. Je semais la terreur. Je résistais à l’envahisseur nazi. J’étais le centre de l’univers. J’étais le soleil de ce monde.

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Maintenant, je ne suis plus rien.

On marche pour moi, on colore l’hôtel de ville de mes couleurs, on me montre à la une des journaux, en pleurs, à genoux, entouré de cadavres, on me plaint du matin au soir et toutes les églises de la ville prient pour moi.

Encore un attentat et je rentre au pays. La comédie a assez duré. Je m’inscris aux primaires de droite, je triomphe, je m’installe à l’Élysée et je rétablis la France dans son honneur bafoué.


Et, mon devoir une fois accompli, je reviens ici et repars culbuter la femme du voisin !

                                                                                                                                                                              Pour suivre  l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

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