La dictature du bonheur


Il faut être heureux. A tout prix. Et surtout bien le montrer afin de n’être pas pris en faute et poursuivi pour haute trahison. Afficher son bonheur en toutes circonstances, veiller à écarter de soi toute idée de tristesse ou de dépit, être extatiquement heureux, dans une sorte de fuite en avant où soucis du quotidien, aléas de l’existence et coups du sort n’ont pas leur place, doivent être tenus à distance afin de ne pas empiéter sur cette exigence toujours recommencée de félicité.

Comme si la société de consommation, avec toutes ses outrances et ses excès, nous forçait à être heureux. Obstinément heureux. Absurdement heureux. Outrancièrement heureux. Heureux à en crever. Heureux du berceau au tombeau. Heureux à toute heure de la journée. Par toutes saisons. Sous toutes latitudes.

Une sorte d’impératif moral auquel il ne saurait être question de déroger.

Je ne suis pas heureux, voilà c’est dit. Je ne le serai jamais et je ne tiens pas à l’être.

L’idée même du bonheur m’ennuie.

Happy-People

Toute cette énergie gaspillée à afficher son bien-être, à se convaincre que la vie ressemble à une perpétuelle fête foraine, à se persuader de l’absolue béatitude de l’existence, m’apparaît comme un jeu de dupes d’une obscénité sans nom.

Les gens perpétuellement heureux me fatiguent, rien ne les atteint, ils vont dans la vie légers et insouciants, comme si vivre était naturel, comme si le malheur ne les concernait pas, ils se sont bâti une bulle que rien ne parvient à faire éclater, ils se promènent dans l’existence avec cet air épanoui propre aux primates à qui l’on donne à heures régulières leur quotient de bananes.

Ils dorment du sommeil du juste, se lèvent de bon pied, sont d’attaque, ils ont foi en eux, en l’avenir, en Dieu même, ils ne doutent de rien, ils sont férocement optimistes, ils ont décrété une bonne fois pour toutes que la vie n’était qu’une succession infinie de journées où rien n’était aussi important que de savourer chaque seconde dans une perpétuelle quête de satisfaction.

Ils ne s’ennuient jamais, ils s’inventent des distractions s’il le faut, ils ont toujours des tas de choses à faire, ils courent d’un endroit à l’autre, ils ont compartimenté leur vie de telle manière que du matin au soir, ils n’aient pas une minute de libre, et quand ils finissent par s’endormir, ils sont si épuisés que la lumière à peine éteinte, les voilà rendus au royaume des rêves.

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La métaphysique ne les concerne pas, la terre leur appartient, le royaume des cieux aussi, tout est simple, la vie, l’amour, la mort et quand un malheur survient, ils restent interdits, ils ne comprennent pas, ce n’était pas prévu dans le cahier des charges, ils se sentent trahis, le temps d’un instant, ils songent à la vanité de toutes choses, à la fragilité de l’existence, à la violence des sentiments puis tout ceci s’estompe bien vite : le lendemain, ils remontent à bord de leur train fonçant à toute allure vers des horizons enchantés.


Moi je reste à quai, je les regarde passer, je les envie et je les plains, je les jalouse et je les sermonne : au fond, je suis un snob.

Je préfère les ivresses éphémères, les problèmes impossibles, les questions sans réponses, ce tiraillement perpétuel entre l’effroi d’être en vie et la splendeur de l’existence, je bénis le chagrin comme la joie, je vais sur le chemin de la vie, effaré, intrépide, insatisfait.


Vivant quoi.

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Mon dimanche avec Jean-Luc Lahaye


C’était avant-hier, sur le coup de 15H58, la dépêche est tombée, drue, nette, glaçante. Sur le site de l’Express, elle est apparue sur la page de garde sous la rubrique culture. J’ai été comme happé. Je me suis mis à trembler, j’ai senti que ma vie s’apprêtait à basculer dans une autre dimension, que plus rien ne serait jamais pareil.

Il y aurait un avant et un après.

J’ai failli appeler mon père pour savoir s’il tenait le coup. A son âge, une pareille nouvelle pouvait avoir raison de son cœur et de ses battements erratiques. Moi même, je n’en menais pas large. J’avais les dents qui tressautaient toutes seules, mes yeux papillonnaient d’effroi et mes genoux jouaient des castagnettes entre eux. J’ai fermé les yeux en espérant que lorsque je les rouvrirais, je m’apercevrais avoir rêvé. Hélas, il ne s’est rien passé de tel. L’article était toujours là sous mes yeux avec son titre au parfum de souffre et de désolation.

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J’insiste, je me trouvais sur le site de l’Express, pas sur celui de Voici ou de vedettesetpotins.com ou encore lassociationdesamismarseillaisdejeanluclahaye.fr

L’Express donc, le journal créé par Jean-Jacques-Servan-Schreiber et Françoise Giroud. De Jean-Francois Revel, de François Mauriac et d’Olivier Todd. Et sous l’onglet culture. Pas People. Pas sous la rubrique ”A lire si c’est dimanche, qu’il pleut dehors, que votre femme vous a quitté, que votre chat vous fait la gueule, que vous avez déjà fait trois fois le tour du net à cloche-pieds, que vous avez des envies de suicide mais que vous ne savez plus où vous avez caché votre corde à sauter.”

Qu’est-ce qu’on a pu bien faire au monde pour mériter un pareil sort ? Qu’est-ce qui cloche sur cette terre pour qu’un pingouin de journaliste juge que d’une manière ou une autre pareille information mérite de figurer en bonne place sur un site généraliste et prétendu de qualité ? Qu’est-ce qui s’est détraqué dans notre civilisation pour déboucher sur ce no man’s land culturel où, sans nous demander notre avis, l’on nous inflige la lecture de papiers que même mon c… regimberait à utiliser pour nettoyer ses salissures ?

On a quand même le droit au respect. La dignité humaine, cela existe. Le sens des conventions aussi.

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J’ai beau retourner l’article dans tous les sens, je n’arrive toujours pas à comprendre de quelle façon il puisse nous intéresser. Bon sang, Jean-Luc Lahaye, déjà au temps où il poussait la chansonnette, je l’aurais volontiers dénoncé à la Gestapo ou à la Milice. A l’époque où il animait une émission de télévision, j’attendais le moment où il se mangerait un spot tombé tout droit du plafond et finirait aux urgences. Et maintenant qu’il n’est plus rien, voilà qu’il nous revient avec une déclaration à regretter le temps des déportations arbitraires et des procès arrangés.

C’est quand on commence à tout mettre sur le même plan, élections en Autriche, préparation d’une offensive sur Falloujah, Brexit, Jean-Luc Lahaye et ses déclamations foireuses que s’installe la confusion dans les esprits, avant de déboucher sur une sorte d’ignorance généralisée, mère de tous les forfaits perpétrés sur cette terre.


Ceci posé, demeure la question fondamentale : c’est laquelle Jean-Luc, la Femen avec des seins atomiques ?

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Le jour où j’ai failli être arrêté pour terrorisme


La seule fois où je me suis rendu en Israël, j’ai failli écoper d’une peine de prison à perpétuité.

Motif : détention d’une arme en vue de commettre un possible attentat à bord d’un avion au départ de Tel Aviv.

C’était il y a cinq ans.

Je venais de passer deux mois en Terre promise afin de donner un cadre au roman qui sortirait deux ans plus tard sous le titre d’un Juif en cavale.

J’avais glandé un mois et demi à Tel Aviv à me demander ce que je foutais ici, j’avais loué une voiture pour voir le pays, j’étais allé à Tibériade, à Arad, j’avais vu la Mer Morte, la Mer Rouge ; le dernier jour j’avais effectué d’une traite Eilat-Tel Aviv où j’avais rendu dans la soirée la voiture à l’aéroport. Mon avion décollait à quatre heures du matin.

Vers minuit, l’enregistrement a commencé.

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Un type a commencé à me bombarder de questions : j’habitais où ? Pourquoi j’étais venu en Israël ? J’avais de la famille en Israël ? J’appartenais à un syndicat ? A une congrégation religieuse ? A un mouvement politique ? J’étais marié, divorcé, veuf, eunuque ? J’habitais où ? Je me brossais les dents avant ou après la douche ? J’étais allé où en Israël ? J’avais des enfants, un chat, un léopard ?  J’habitais où déjà ? J’avais de la famille en Israël ? Avant ou après la douche, la brosse à dents, etc, etc…

J’avais été très bon.

Je ne m’étais pas démonté – une heure avant j’avais fumé deux paquets de Valium – je maîtrisais, j’étais serein, détendu, je répondais au tac-au-tac, pas un accroc, pas une hésitation, pif paf, le type avait eu l’air impressionné, tout juste s’il ne m’a pas serré la main pour cette remarquable prestation pleine de sang-froid.  Ou me supplier de rejoindre les rangs du Mossad, on devait avoir besoin de professionnels aguerris comme moi.

Fier comme pas un, j’avais enchaîné en déposant mes bagages devant une employée chargée de fouiller, slip par slip, l’intégralité du contenu de ma valise : malgré tous ses efforts, son application à débusquer une bombe dans ma réserve de cure-dents, elle n’avait rien trouvé et m’avait demandé d’aller voir ailleurs si j’y étais.

Je planais.

Encore un passage devant le détecteur de métaux, et le fils prodigue pouvait rentrer au pays. Pas si méchante que cela finalement la fameuse, la légendaire, la terrifiante sécurité israélienne. Des petits joueurs plutôt. Limite amateurs.

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Sur le tapis roulant, j’ai déposé mon sac à dos, mes chaussures, mon chapeau, mes clés, ma monnaie, mes lunettes de soleil, ma boîte de Valium, mes osselets, mon bidule pour écouter de la musique et j’ai attendu le signal de l’officier pour me présenter au portique de sécurité.

Mon sac à dos a disparu dans le caisson à infra-rouge, l’officier m’a regardé, a regardé son écran de contrôle, m’a regardé encore, a crachoté quelques mots dans son talkie-walkie : une brute épaisse sortie de nulle part s’est plantée tout près de moi, je lui ai souri bêtement, lui pas.

Je n’étais pas le moins du monde inquiet.

L’officier d’une voix neutre m’a demandé ”vous ne transportez rien de défendu dans votre sac à dos ?” Tout juste si je n’ai pas éclaté de rire – A part un exemplaire de Moby Dick, non je ne crois pas – Vous en êtes bien sûr ? – Mais oui mon brave qu’est-ce que tu crois ? Que j’appartiens aux brigades d’Al-Aqsa ? Que tous les dimanches je joue au ping-pong avec le grand ayatollah du Hezbollah ? Détends-toi mon pote, on est comme frère toi et moi.

Il a ouvert en grand mon sac à dos, a plongé sa main dedans, et dans un geste théâtral, en a sorti un couteau pour le brandir devant mes yeux ahuris : et ça c’est quoi, monsieur, un presse-citron peut-être ?

J’ai blêmi.

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C’est-à-dire, je n’ai pas blêmi, je me suis liquéfié sur place, j’ai fondu comme une glace au soleil de Jaffa, je me suis vu menotté, emprisonné, jugé pour haute trahison, condamné aux travaux forcés quelque part dans le désert du Néguev. Dépossédé de mon identité juive. Recirconcis. Baptisé. Envoyé en Pologne par le premier train.

Il est à vous ce couteau ?

Il était bien à moi.

Ce matin, je m’étais dit, ” tu dois rendre la voiture à dix heures du soir, ton avion décolle à l’aube, tu vas devoir poireauter à l’aéroport des heures durant, autant acheter un dernier morceau de salami pour patienter, ça t’évitera de bouffer de la pizza congelée, garde ton couteau dans ton sac, t’en auras besoin.”

Sauf qu’il y avait eu du trafic, j’avais rendu la voiture juste à temps, et le salami je l’avais acheté seulement en rêve. Par contre, le couteau, je l’avais complètement oublié.

J’ai bafouillé cette histoire au monsieur, il m’a regardé à nouveau… et il m’a cru ce schmock.

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D’accord le couteau avait les dents émoussées d’un centenaire – même pas sûr que j’aurais pu découper une tranche de salami avec – d’accord j’avais un nom à déporter un Juif, d’accord j’avais un nez à figurer en une de Rivarol, d’accord je puais le Juif de service mais tout de même, j’aurais pu fort bien, avec mon couteau, dépecer le tissu de l’accoudoir de mon siège et m’en servir pour étrangler le chat de l’hôtesse.


Au lieu de me plaquer au sol et d’appeler le Premier Ministre pour l’avertir que le Hamas venait de rompre la trêve, il m’a simplement mis en garde, m’a conseillé de ne pas recommencer et m’a souhaité un bon vol.


Des petits joueurs je vous dis.

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Touche pas à mon Mur !


Sont marrants les Français tout de même.

Un jour ils votent à l’Unesco une résolution scélérate et complètement farfelue sur la question des lieux saints à Jérusalem avec un refus obstiné de nommer le Mur des Lamentations d’une manière appropriée (si tu ne sais pas de quoi je parle, tu cliques sur les mots en couleurs, tu lis le papelard et tu me reviens) et le lendemain ils entament des pourparlers afin de régler une bonne fois pour toutes le fichu problème israélo-palestinien.

Entre-temps, réalisant la bévue et l’ampleur prise par la polémique en Israël et ailleurs dans le monde, le Président, le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur pagaient dans tous les sens pour dire que oui mais non, la France a bien voté ladite déclaration mais en fait pas vraiment, enfin disons que si on avait lu de plus près le contenu du texte, on aurait dit non, non, non, moi je la vote pas en l’état cette résolution.

Hein ?

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KlagemauerOn dirait mon rabbin quand je lui demande il était où Dieu pendant la Shoah, hein ? Il était allé pisser ? Il faisait la grasse matinée ? Il jouait à la pétanque avec Saint-Pierre ? Il révisait ses notes pour le jour du Jugement dernier ? Il avait autre chose à foutre de plus important ?

Et le rabbi de me dire oui, mais non.

Le seul truc que n’ont pas compris les Français c’est que tu peux raconter ce que tu veux sur Israël, tu peux dire ”bouh c’est pas bien ce que vous faites avec les Palestiniens”, tu peux dire ” vous nous faites chier avec vos colonies à la con”, tu peux dire ”vous nous les brisez menues avec vos territoires occupés”, mais jamais, jamais, tu ne peux t’en prendre au Mur des Lamentations.

Jamais.

Le Mur c’est sacré.

Même le Juif qui te bouffe du sauciflard entre deux tranches de jambon, qui s’est marié à l’église avec Marie-Madeleine de la Chataigneraie, qui joue du frisbee avec sa kippa, te le dira, ”la religion, j’en ai rien à foutre, Israël, j’en ai rien à foutre, Kippour, j’en ai rien à foutre, par contre tes mains du Mur, s’il te plaît, tu les enlèves de suite, c’est une question de principe, on ne touche pas au Mur.”

Même moi, le plus grand des Juifs impies qui n’ait jamais existé, je le dis, le Mur c’est sacré de chez sacré. C’est comme le stade Geoffroy-Guichard pour Saint-Étienne. Ou Abbey Road pour les Beatles. Intouchable. Inamovible. Bas les pattes. Va prier ailleurs pour voir si j’y suis.

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Bon, faut dire, que le Mur, une fois que tu l’as touché, que tu as posé ton crâne tout contre, que tu as ressenti la fraîcheur de la craie, que tu as embrassé du bout des lèvres le marbre des pierres, que tu as glissé entre elles un petit bout de papier où t’as demandé au Grand Empoté Là-Haut de t’envoyer par mail les numéros du prochain Loto ou de hâter la mort de ta belle-mère, tu n’es plus jamais vraiment le même.

Même si tu ne connais pas son histoire, que tu confonds l’histoire du Premier Temple avec celle du Second, que tu situes Babylone en Australie, que tu penses que Salomon c’est le fils d’Hérode, que tu ne sais rien au sujet de son édification, de sa destruction, tu ne peux t’empêcher de frissonner des chevilles au prépuce, t’as le palpitant qui se met à jouer au jokari avec ton âme, tu trembles comme un fan de Johnny quand il entend les premières mesures de Gabrielle ; bref, t’en mènes pas large.

C’est que le Mur, ce n’est pas qu’un simple assemblage de pierres posé sur une esplanade de Jérusalem.

C’est difficile à dire mais quelque part, qu’il existe ou pas, le Mur, c’est Lui.

C’est l’histoire de ton passé et celle qui reste encore à écrire.

C’est le souvenir de tes parents, des tes grands-parents, de tes arrière-grands-parents morts d’avoir été juifs comme toi.

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C’est un cimetière, c’est un chant, c’est une prière.

C’est le Temps.

C’est la Mémoire.

C’est l’Indicible.

C’est ce qui unit tous les Juifs de la terre, du plus con au plus futé, du plus pieux au plus mécréant, du plus vertueux au plus débauché.

Donc, pour résumer, messieurs les Français, d’abord tu dis que tu ne touches pas au Mur et après tu peux voter toutes les résolutions que tu veux.

Celles de l’ONU, de l’UNESCO ou de La Ligue Arabe.


Même celles de la FIFA si ça te chante.

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L’anhédonie ou l’homme sans plaisir


Ce n’est pas de la tristesse, ce n’est pas du désespoir, ce n’est pas de la mélancolie, non, non, c’est encore autre chose, une sorte d’incapacité à ressentir une quelconque joie quand un événement heureux survient dans votre vie, une sorte d’aphasie du cœur, incapable de célébrer les fortunes du destin.

Ce sentiment, cette incapacité à jouir de l’instant présent, porte le nom quelque peu barbare d’anhédonie, une maladie mentale dont je manifeste quelques symptômes sans pour autant en être une de ces victimes et qui se caractérise par une impossibilité totale à ressentir, en toutes circonstances, du plaisir ou des émotions positives.

Ce qui n’est fort heureusement pas encore mon cas : une victoire de Saint-Etienne et me voilà rendu au sommet de l’orgasme. Un bon livre et je  parviens sur les rives de la jouissance. Quant à ma lubricité, malgré des maîtresses en veux-tu en voilà, elle demeure à ce jour insatiable. 

Anhédonia c’était aussi le nom que Woody Allen voulait donner à l’un de ses films les plus aboutis, Annie Hall, mais pour des raisons évidentes, les producteurs ne l’ont pas retenu.

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Pas difficile de comprendre pourquoi Woody Allen était attaché à ce titre ; à bien des égards, tout au long de sa filmographie, il a illustré à merveille cette incapacité à jouir de la vie, cette inquiétude qui jamais ne cesse, ces tourments sans cesse ressassés, cette impossibilité à se satisfaire de ce que l’existence a de meilleur à offrir, à refuser avec obstination le simple bonheur d’être en vie.

Une sorte de refus existentiel d’accepter que la vie, malgré sa chiennerie, son absurdité et son étrangeté, puisse, en certaines circonstances, vous apporter de la joie, cette simple joie de recevoir un présent, d’achever un projet cher à votre cœur, d’être récompensé de vos efforts, de publier un roman ou d’être consacré comme le bloggeur le plus émérite de votre étage voire de votre immeuble !

Le cerveau enregistre bien le côté positif de cet événement mais se refuse à verser dans la béatitude, trouve mille et un prétextes pour ne céder en rien à l’euphorie du moment, se dépêche de trouver une raison de s’inquiéter, se projette dans un futur forcément incertain où le tragique de la vie ne tardera pas à se rappeler à lui.

C’est au-delà du pessimisme. Une infirmité enracinée au plus profond de soi.

Ainsi, j’ai la joie fugace, et encore, ce n’est pas vraiment de la joie, c’est plus un soulagement, un satisfecit que je m’adresse quand le sort m’est favorable, comme une tape amicale, puis très vite, je tourne la page, je ne m’attarde pas ; cette joie je m’empresse de la congédier ou plutôt je ne parviens pas à l’apprivoiser.

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Elle m’échappe, elle refuse de se fixer en moi et très vite me voilà devant une nouvelle page blanche : il faut alors tout reconstruire, s’acoquiner avec le doute, laisser l’angoisse se pavaner, batailler avec son désir d’accomplissement ou de création.

” Sur toute joie pour l’étrangler, j’ai fait le bond sourd de la bête féroce,” écrivait Rimbaud dans Une saison en enfer.

Il n’y a jamais de trêve.

Juste une armistice de quelques heures.

Ce n’est pas de la dépression – du moins en ce qui me concerne.

Nul abattement ici, ni fatigue, ni dégoût. Tout le contraire.

Plutôt un esprit perpétuellement en alerte, jamais en paix avec lui-même, et inapte à profiter des joies simples de l’existence.


A part ça, tout va bien !

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Il y a quarante ans, soudain, le malheur frappa à ma porte


Il y a quarante ans, jour pour jour, ma vie a connu un drame dont je ne me suis toujours pas remis : à Glasgow, en finale de la Coupe d’Europe, l’Association Sportive de Saint-Étienne s’inclinait sur la plus petite marge face au Bayern de Munich.

J’avais neuf ans et je ne laisserai personne dire que ce fût le plus bel âge de ma vie.

A bien des égards, ce jour-là, ce funeste 12 mai 1976, je découvris le goût amer de l’injustice, l’implacable dureté du monde, la marche funèbre du destin, autant de sentiments qui depuis ne m’ont jamais vraiment quitté.

Je connus mon premier vrai malheur, mes premières vraies larmes, ma première vraie désillusion, mon premier vrai chagrin, ma première vraie déchirure, de celle qui vous accompagne toute la vie et vous abandonne seulement au moment de rejoindre votre tombe.

Oui, j’ose le dire, cette défaite des Verts porta sur ma vie un voile de tristesse dont je me suis jamais vraiment séparé.

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Le soir même, je restai de longues minutes dans mon lit à pleurer, je ne pouvais plus m’arrêter, ma mère essaya de me consoler en me promettant que l’année prochaine mes Verts triompheraient mais je ne voulus pas la croire, je secouai de dépit mon visage baigné de larmes comme si je pressentais que pareille opportunité ne se représenterait plus jamais.

Les chagrins d’enfance sont éternels, ils se logent au plus profond de vous, dans les replis de votre âme, en des endroits secrets d’où leur triste musique s’échappe comme des volutes de désespoir qui viennent colorer votre vie d’une teinte si blafarde que leur seul ressouvenir vous plonge dans des abîmes de mélancolie. (Putain, que c’est lourd !)

Ce fut aussi le début de ma profonde antipathie vis-à-vis tout ce qui toucherait de près ou de loin à l’Allemagne, les prémices d’une inimitié qui, plus tard, lorsque je découvrirais la nature de ses crimes commis lors des décennies précédentes, se muerait en une aversion si profonde, si sincère, qu’elle constituerait l’un des fondements de ma personnalité.

Auschwitz pour moi commença à Glasgow, se poursuivit à Séville, pour se se conclure à Auschwitz.

Par une étrange distorsion historique, Rocheteau annonçait Primo Levi, les poteaux carrés les wagons plombés, le coup-franc de Roth l’abandon de Dieu. (Parfois, je me demande vraiment ce que mettaient mes parents dans mes biberons ? De l’acide ? Du LSD ? Des antidépresseurs dernière génération ? Les trois à la fois ?)

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Si les Verts l’avaient remporté, je ne serais pas là aujourd’hui à vous raconter ma vie. J’aurais dévoré l’existence à pleines dents, je me serais rangé du côté des gagnants, j’aurais triomphé de tous les obstacles dressés devant moi.

A cette heure, je serais même heureux, oui heureux, j’aurais monté ma propre boîte, je serais roi parmi les rois, je fumerais le cigare, j’appartiendrais à tous les Rotary club de la terre, je serais devenu franc-maçon, j’aurais mes entrées au Parc des Princes, je frayerais avec la jet-set, j’entuberais le fisc, je passerais mes vacances en Bavière avec Olga, mon épouse adorée originaire de Karlsruhe, rencontrée au salon automobile de Genève, lors de l’achat de ma première Mercedes.

C’est tout juste si je saurais que je suis juif.

Maintenant, je suis maudit, je passe mon temps à pleurnicher, je suis perpétuellement insatisfait, je fais peur aux enfants, je traîne ma mélancolie jusqu’aux confins du Canada, je regarde les années passer en me demandant où elles sont passées, je ne possède rien, à peine un chat neurasthénique qui se comporte comme un pharaon.


A cause de poteaux carrées, ma vie tourne en rond.


Ce sera mon épitaphe.

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Denis Baupin ou le charme de la sodomie ferroviaire


Denis Baupin est un grand romantique.

Quand il voyage en train, il ne pense point à la France qui déroule ses verts pâturages juste pour lui, il ne s’émeut pas à la vue d’un troupeau de vaches à l’arrêt, il ne s’ébaubit pas du spectacle de villes et villages traversés à tombeau ouvert, non Denis Baupin, à l’heure d’emprunter notre réseau national ferré, préfère envoyer des sonnets intimistes par SMS : ”Je suis dans le train et j’aimerais te sodomiser en cuissardes” écrit-il ainsi à une camarade de parti.

Denis Baupin est poète.

Il est vrai qu’il a des circonstances atténuantes.

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Qui n’a jamais voyagé en train ne saurait éprouver l’excitation provoquée par le doux roulis des wagons, le parfum d’exotisme lié à l’idée de départ, quand bien même se rend-on de La Garenne-Colombes à Savigny-sur-Orge, le tendre ébranlement du corps secoué par le mouvement du train en action, la proximité avec le passager d’à côté occupé à expliquer à la voiture entière, par l’entremise de son téléphone portable, qu’il a trouvé Pépé un feu fatigué mais ne t’inquiète pas ça devrait tout de même aller.

Quand ce n’est pas l’autre effrontée qui vient vous susurrer à l’oreille toutes les trente secondes que le train numéro 5589 à destination d’Aix-en-Provence desservira les gares d’Avalon, Monceaux-les-Mines, Lyon-Part-Dieu, Bourg-en-Bresse, et Valence, d’une voix assez équivoque pour laisser entrevoir la possibilité d’une liaison toute sauf ferroviaire.

Alors oui Denis, au moment où le train pénètre dans l’obscurité d’un tunnel, quand les lumières se font douces et chaudes, au moment où l’autre diablesse en remet une couche et promet cinq minutes d’arrêt en gare de Sens, cinq minutes de pure folie, cinq minutes de fornication féroce,  d’un coup l’envie d’une sodomie encuissardée se fait jour dans ton esprit, tu te vois déjà en train de l’entreprendre, tu ne réponds plus de rien, si tu t’écoutais, tu irais même conter fleurette au contrôleur…

Laissez-moi vous dire que si la SNCF avait choisi la voix de Lino Ventura pour égrener le nom de nos gares, Denis n’aurait jamais chanté à sa collègue les vertus de la sodomie ferroviaire. Jamais.

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Denis est juste une victime du progrès.

De ce progrès galopant qui a pour nom messagerie instantanée, textos, SMS, Kik, WhatsApp… j’en passe et des meilleures.

Essayons seulement d’imaginer notre Denis, dans ce même train, mais juste vingt ans en arrière.

Bon, je vais pas vous refaire tout le film, mais paf, voilà qu’au moment même où le TGV s’enfonce dans le Saint-Gothard, Denis, égal à lui-même, songe soudain qu’il enculerait bien sa collègue d’autant plus volontiers si elle s’aventurait à travers les wagons en cuissardes.

Mais voilà, nous sommes en 1996 et Denis est coincé dans le train, Denis est coupé du monde extérieur, Denis n’a aucun moyen d’avertir sa collègue de son envie subite, Denis, dans ce train qui l’emmène à Annecy, est seul avec ses pensées : Denis ne peut enculer personne.

Vous n’allez quand même pas me dire qu’en pareille situation, la première chose entreprise par Denis, à sa descente de train, eût été de se précipiter dans le premier guichet de poste venu afin de sommer l’employé de service d’envoyer pronto un télégramme à Trucmuche. Notez je vous prie. ”Était dans le train. Stop. Pensé à te sodomiser. Stop. En cuissardes. Stop. Signé Denis l’enculeur ”.

Non, je n’y crois pas une seule seconde.

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Pas plus qu’il ne se serait enfermé dans une cabine téléphonique afin d’annoncer en grandes pompes à Machinchouette ” Allô, c’est moi, c’est Denis, oui Denis Baupin. Ben voilà, j’étais dans le train tantôt et figure-toi que tout à coup, il m’est venu à l’esprit que j’aimerais bien te sodomiser. Oui te sodomiser, c’est bien ça. En cuissardes. Non je disais en cuissardes pas en mangeant une grillade ”


Entre nous, quand je songe que les compagnies aériennes pensent à installer le wifi à bord de leurs avions, je me dis que connaissant le Denis, ça promet d’être sacrément chaud.


Parce qu’avec l’altitude, l’alcool, les hôtesses…

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Au Canada, même les clodos et les toxicos sont polis


C’était l’autre jour.

Sur le chemin du retour, dans une contre-allée, au milieu des poubelles et des matelas éventrés, des postes de télévision abandonnés et des chaises défoncées, il y avait là une sorte de vague clodo, visage fatigué, vêtements élimés, allure patibulaire, affalé contre un parapet.

Quand je suis arrivé à sa hauteur, il m’a demandé (je traduis) vous auriez pas une cigarette Monsieur ? Ne fumant pas, j’ai répondu que non. Et là, de la manière la plus naturelle qu’il soit, comme s’il s’agissait de la baronne de Rothschild en personne, il m’a dit : désolé.

Il n’était pas désolé que je n’ai pas de cigarettes à lui offrir, il n’était pas désolé de mener une vie impossible et d’être obligé de quêter une misérable cigarette, il n’était pas désolé de n’avoir pas un centime pour s’offrir un paquet, non il était désolé de m’avoir importuné le temps d’un instant.

Ce n’était pas la première fois que pareille aventure m’arrivait.

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Vivant proche d’un centre de traitement pour les toxicomanes, je croise régulièrement ces naufragés de l’existence, ces hommes et femmes à la dérive, arrivés au bout du bout, fracassés de partout, aux gueules impossibles, parfois avinés, parfois même shootés, quelque fois en grande conversation avec eux-mêmes, ou bien alors allant d’une allure incertaine le long des avenues.

Jamais, que ce fût au parc ou dans les rues adjacentes, à midi ou à minuit, en semaine ou le week-end, je n’ai eu le moindre problème, jamais je n’ai été importuné outre mesure, jamais je n’ai été pris à partie, jamais je n’ai été assailli, jamais on ne m’a gueulé dessus, jamais on ne m’a insulté, jamais on ne m’a réclamé autre chose qu’une cigarette ou une pièce, et toujours, toujours de la plus courtoise des façons.

En prenant la peine de s’excuser, de me saluer et de me souhaiter une bonne journée.

Ce sont-là des vagabonds d’un autre monde, d’un autre temps, des vagabonds gentlemans qui, même s’ils se situent tout en bas de l’échelle sociale ou prétendue telle, même s’ils ont été maltraités par la vie, même s’ils sont fatigués de tout, n’oublient jamais que le respect de l’autre, en toutes circonstances, demeure le ciment de toute société civilisée.

Ce respect, comme tous les autres enfants de ce pays, c’est à l’école qu’ils l’ont appris.

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La bonhomie de la société canadienne, son extrême politesse, son ouverture d’esprit, sa tolérance vis-à-vis de l’étranger, son refus de tout ostracisme – ne sont pas des dons tombés du ciel, ce sont des valeurs inculquées dès leur plus jeune âge à ceux qui composeront le Canada de demain.


Des valeurs répétées et assenées tout au long de leurs années d’apprentissage.


Alors oui, bien sûr, il est probable que les écoliers canadiens, à la fin de leur cursus scolaire, en sachent moins que les lycéens de France, que leur cerveau soit moins saturé de connaissances inutiles, qu’ils soient moins académiquement parfaits, mais ils possèdent cette chose inestimable qui fait parfois tant défaut à la société française, cette chose toute bête, toute simple, et pourtant fondamentale à la vie en commun : la gentillesse.

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A l’Ascension, la laïcité encore bafouée


Quoi ? Qu’entends-je ? Qu’ouïs-je ? Que me dites-vous là ?

Qu’au Royaume de France, en ce pays qui a érigé la laïcité comme un dogme absolu, on fait aujourd’hui relâche afin de célébrer comme il se doit l’ascension dans les cieux éternels du Christ rédempteur, cet enfant dévoyé du judaïsme, ce petit yid qui a mal tourné, ce voleur éhonté d’Ancien testament ?

On aura tout vu.

Il faudra m’expliquer comment, dans un pays où l’on sort le bazooka au premier voile aperçu, où l’on se méfie comme de la peste de toute intrusion du religieux dans la vie publique, où l’on légifère à tout-va afin de circonscrire les pratiques religieuses à la seule sphère privée, on peut, dans le même temps, forcer l’ensemble de la communauté nationale à commémorer les retrouvailles, fussent-elles célestes, entre un Père et son Fils ?

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Certes on ne va pas s’en plaindre.

S’offrir un quart d’heure de repos en plein milieu de la semaine, voilà de quoi vous réconcilier à tout jamais avec le christianisme, à souhaiter que Dieu, atteint d’un priapisme féroce, eût multiplié acrobaties et foucades divines avec Marie, qu’une marmaille de petits christs aient vu le jour afin que le miracle des jours fériés se multipliât comme des petits pains, que du premier jour de l’an jusqu’à la Saint-Sylvestre, on passât sa vie entière à célébrer les faits de gloire des garnements ainsi sanctifiés !

Une véritable orgie de jours fériés. Une année de jours fériés.

Il est vrai aussi que la France est la fille aînée de l’Église, ce qui n’est pas rien.

Et qu’un tel titre vous oblige à commettre quelques entorses au principe de notre laïcité aussi chérie soit-elle.

Quand vous êtes la fille aînée d’une entreprise florissante qui possède son siège social au Vatican, avec des succursales réparties un peu partout sur la planète, des adeptes par millions, des curés pédophiles par dizaines, vous vous devez de montrer l’exemple et de marcher droit sur le chemin de la sanctification.

Il y a un cahier des charges à respecter, des délais de livraison à honorer, des stages de remise à niveau à organiser, des lettres de rappel à envoyer, des fournisseurs à flatter, des dettes à rembourser, des cloches à sonner, des vêpres à célébrer et donc, comme de bien entendu, des jours fériés à fêter.

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Et tant pis si en agissant de la sorte, on en vient à bafouer le principe même qui depuis plus d’un siècle permet à la France de tenir bon face aux montées des communautarismes, à affirmer la prédominance de l’État dans les affaires publiques, à permettre au vivre ensemble de fonctionner tant bien que mal : j’ai nommé cette belle dame gracile et fragile, la laïcité.

Sans parler du bras d’honneur adressé à ceux qui de la religion font des sachets à thé, à ceux qui mettent en haut du mat de leur panthéon personnel Mahomet, et à ceux qui ont préféré décerner le ballon d’or de leurs croyances à Moïse plutôt qu’à Jésus, joueur surcoté, formé au club pourtant, pas mauvais balle au pied mais jeu de tête déplorable, qui a mal tourné sitôt qu’il a commencé à fumer des rameaux d’olivier aux abords de la Mer Morte.


Cependant, rendons au Seigneur ce qui appartient au Seigneur, remercions-le pour ce cadeau tombé du ciel, et rassurons-nous : goy ou pas, nous irons tout au paradis.

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Jusqu’à quand va-t-on supporter la tyrannie des smileys ?


Il suffit, on ne peut continuer de la sorte.

Si nous ne réagissons pas à temps, nous risquons tous de finir dans un état de déconfiture mentale telle que nos cerveaux ressembleront à de la marmelade périmée ou à des galettes de mazot émiettées.

J’entends dénoncer ici l’utilisation désormais quasi-systématique de ces infatués smileys qui pourrissent, par leurs intrusions intempestives, nos échanges amicaux ou professionnels ; cette abondance de hiéroglyphes convoqués pour colorer nos phrases, attendrir une pensée, dorloter l’éventuelle susceptibilité d’un destinataire mal embouché, mal réveillé, mal baisé, susceptible de se méprendre sur le sens d’une de nos saillies et d’interpréter, à revers, la teneur de notre message.

Close-up view on white conceptual keyboard - Smiley with a wink (green key)

Tant il est vrai qu’un ” Ça va connard ? : ) ” passe beaucoup mieux qu’un simple ” Ça va connard ? ” dans la mesure où, dans la première formulation, ledit connard peut légitimement penser que son caractère de connard ne soit pas totalement avéré, tandis que la deuxième ne laisse guère place au doute : le connard se reconnaît pleinement connard et risque donc de se fâcher, alors que le connard suivi d’un smiley ne prendra conscience de son caractère de connard que plus loin dans le message, lorsque, par exemple, je lui demanderai de cesser de coucher avec ma femme.

On voit donc dans l’exemple précité que le recours au smiley nous sert à travestir notre pensée, ou du moins, à atténuer sa portée afin de ménager soit un effet de style survenant plus en avant dans le corps du texte, soit à atténuer le caractère outrancier de notre remarque.

Je pense qu’effectivement le destinataire de mon message est un vrai connard mais je n’ose lui asséner d’emblée de peur de froisser sa susceptibilité, je laisse planer le doute ; à cet instant, grâce au smiley, tout est encore possible, je n’ai pas tranché, je mets en réserve mon jugement, je laisse le connard barboter dans son doute.

Ce qui est, assurément, une hypocrisie totale.

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Puisqu’il a couché avec ma femme, il est fort à parier que je n’ai pas l’ombre d’un doute sur sa nature profondément ”connardière” sauf à penser que je suis soulagé d’apprendre mon cocufiage, étant moi-même occupé depuis des années à lutiner son épouse à tort et à travers lors de ses fréquents déplacements en province.

C’est ainsi que le smiley, du moins celui présenté dans cette tribune tonitruante, représente la traduction exacte du politiquement correct, de cet état de fait où nous n’osons plus rien affirmer de plain-pied, où nous sommes devenus si précautionneux, si enclins à respecter la neutralité de nos échanges, à ne froisser en rien l’identité de notre interlocuteur, à craindre une incompréhension née d’une formulation maladroite, que nous préférons barbouiller nos phrases de sigles humoristiques.

A renoncer, au fond, à être nous-mêmes, dans notre parfaite radicalité, et préférer apparaître sous un jour plus affable.

A être constamment dans la retenue, dans la réserve.

Au risque de sombrer dans une sorte de niaiserie généralisée, de consensus mou, de gâtisme verbeux, où le tranchant de nos propos se retrouverait noyé sous une avalanche de : ) ou de : (

Quand ce ne sont pas des bombinettes censées décliner nos humeurs qui tendent à transformer le moindre message en une fête foraine de la décérébration, une partouze de visages ludiques ou sinistres, synonyme d’un rapport au monde placé sous le signe d’un perpétuel carnaval ou d’une dérision constante : aujourd’hui ma mère est morte : (

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Avènement d’un monde où les connards ne seraient plus vraiment des connards, mais seulement des connards avec des circonstances atténuantes, des connards au rabais, des connards de seconde zone, des sous-connards, des connards en pointillé, des connards en devenir, des demi-connards.


Des cons quoi.


Mais, cette fois, sans smiley :)

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