Un référendum de con par des cons pour des cons


Ah les idiots !

Ah les imbéciles qui sur une question aussi cruciale ont cru bon quémander l’avis d’un peuple trop ravi de l’aubaine pour ne point déverser dans les urnes leur mesquine frustration, leur petite haine ordinaire, leur racisme étriqué dissimulé derrière de prétendus enjeux économiques.

L’occasion était trop belle.

Pouvoir enfin ouvrir sa grande gueule de pauvre hère de la mondialisation, dire sa peur mille fois irrationnelle d’être envahi par des hordes d’indigènes tout sauf blancs, exprimer son ressentiment face à des élites coupables de parler comme dans les livres et non point avec l’allégresse paillarde des tabloïds.

Ah quelle supercherie.

479

Quel mépris pour la jeunesse, quel crachat adressé aux générations futures, quelle victoire de l’ostracisme, du moi d’abord, du repli identitaire, mère de toutes les tragédies qui, tôt ou tard, plongeront à nouveau l’Europe dans la nuit noire de l’Histoire.

Quelle stupidité d’avoir cru à ces bonimenteurs professionnels, à ces cyniques europhobes capables de sortir n’importe quelle énormité, de dire tout et son contraire, d’inventer des chiffres extraits de nulle part et de découvrir, effarés, qu’un grand nombre de citoyens adhéraient à de telles fariboles, les adoptaient et les recrachaient comme des perroquets incontinents.

Quelle légèreté, quelle inconséquence des dirigeants anglais d’avoir permis au peuple de s’exprimer sur un sujet qui le dépassait de mille coudées, sollicitait du bon sens et du pragmatisme, nécessitait de mettre de côté ses intérêts particuliers et de penser au-delà des frontières.

On dira que le peuple n’a jamais tort et on dira une belle sottise.

Combien de camps de concentration, de génocides, d’holocaustes faudra-t-il encore pour se convaincre qu’il n’y a rien à attendre de l’homme, que si vous le laissez exprimer le fond de sa pensée, immanquablement, il vous précipitera dans le ravin où il pourra enfin assouvir sa soif de vengeance, de meurtre, de haine ?

ukip_brexit_xenephobia_jpg_1026485750

N’avez-vous pas compris qu’avec l’émergence des réseaux sociaux, ces raccourcis de la pensée, vous pouvez désormais en trois syllabes séduire n’importe quel clampin et lui promettre le grand soir ?

Quand comprendrez-vous que la capacité réflexive d’un individu lambda frôle le néant, que la vie intellectuelle d’une personne se résume bien souvent à la fréquentation d’un journal télévisé aseptisé, à la lecture de livres destinés à soigner leurs hémorroïdes par les plantes, à s’ingurgiter des films avec des super-héros d’une débilité sans nom, à se passionner pour des émissions de télé-réalité qui déshonorent le genre humain, à cogner sur leur conjoint, à pisser dans le jardin du voisin, à abandonner leur chien sur une aire d’autoroute ?

Et c’est à ces mêmes gens que vous allez demander ce qu’ils peuvent bien penser d’une sortie de l’espace européen, problématique d’une infinie complexité ?

Ces mêmes gens qui diraient oui au rétablissement de la peine de mort, approuveraient le recours à la torture, applaudiraient la mise en détention de n’importe quel individu un tantinet suspect, ne trouveraient rien à redire si demain on commençait à interdire certaines professions à des personnes à la peau trop foncée pour être honnêtes, consentiraient à parquer dans des camps des familles entières au nom de la préservation de leur race.

Jo_Cox_0_0

C’est parce qu’il faut désespérer de l’homme qu’il est impératif de le consigner à l’intérieur de ses tristes pensées.


Faute de quoi, vous vous préparez à des lendemains amers, à des réveils douloureux et à des gueules de bois épouvantables.


Santé.

                                                                                                                                                                                                                  Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

L’expérience proustienne d’un concert de rock


C’est terrible d’assister à un concert de rock quand vous avez déjà passé depuis belle lurette l’âge béni de votre jeunesse et que vous n’êtes plus qu’un vieux croulant aigri, chauve, édenté et mal rasé.

Et quand le chanteur est encore plus âgé que vous, qu’il a vieilli à vos côtés tout au long d’une carrière dont vous n’avez manqué aucun épisode, c’est encore pire : il est l’exact reflet du temps passé qui jamais ne reviendra.

Ce soir-là, dans une salle saturée de vieux de votre espèce, des vieux au balcon, des vieux au bar, des vieux assis à côté de vous, vous comprenez que votre jeunesse n’est plus qu’un lointain souvenir, que vous êtes bon pour la retraite ou le cimetière, qu’il est temps de déposer les armes et d’attendre l’heure de votre chute finale.

Capture essai proust

Donc samedi soir dernier, tout guilleret je m’en vais écouter Lloyd Cole, une légende, un monument, un géant, le genre de chanteur qui ne vous a jamais trahi, jamais déçu, s’est toujours montré intransigeant avec lui-même afin d’atteindre l’excellence à chaque disque enregistré.

Il passe en ville, je ne peux pas le manquer, Lloyd est moi c’est une histoire d’amour qui dure depuis bientôt un quart de siècle, impossible de lui poser un lapin, il risquerait de mal le prendre.

Le concert commence à huit heures, je me pointe une demi-heure à l’avance, je pénètre à l’intérieur de la salle, un cinéma reconverti en scène de spectacle pour l’occasion, je ressors illico, j’ai dû me tromper, c’est la soirée bingo de l’amicale des vétérans de la guerre de Corée, je demande c’est pas ce soir Lloyd Cole ? si, si me répond une vielle rombière à la chevelure grisonnante, prenez place, le concert ne va plus tarder.

Je retourne dans la salle, c’est atroce, je suis entouré de vénérables quinquagénaires habillés tous comme moi, sages comme la mort, assis comme des ronds de cuir, occupés qui à nettoyer leurs lunettes, qui à siffler une dernière menthe à l’eau, qui à papoter avec madame au sujet de leur assurance-vie, qui à lire le dernier numéro du Monde Diplomatique.

lloydcole_1_1413885822

Je finis par trouver une place, je regarde à nouveau l’assistance, je ne vois que des crânes d’œufs, des crânes gris, des crânes blancs, la lumière s’éteint, le silence se fait, Lloyd Cole débarque, il est seul, c’est un concert acoustique : maintenant c’est sûr, je suis en enfer.

Au bout de deux chansons, je songe très sérieusement au suicide, je ferme les yeux, je me revois en 1985, mon premier concert de Lloyd Cole, l’Olympia, Del Amitri en première partie, j’ai dix-huit ans, je suis avec des amis, dans deux jours je vais voir Simple Minds à Bercy, j’ai des cheveux en pagaille, des rêves plein la tête, peut-être même des projets voire de l’espoir en des lendemains qui chantent.

Je rouvre les yeux : j’ai très exactement l’âge de mon père quand j’avais vu Lloyd Cole pour la première fois, mon père qui ne va pas très fort, qui vit seul maintenant que ma mère n’est plus, qui n’arrive plus à se concentrer pour lire, qui souffre d’une vilaine sciatique, que je vois quand je reviens à Paris.

Je dois rêver.

Ce n’est pas un concert, c’est A la recherche du temps perdu, avec à la place de la Sonate de Vinteuil si chère à Marcel, les standards qu’égrène un par un un Lloyd Cole éblouissant de maîtrise.

Lloyd Cole, 2014

Où sont donc passées toutes ces années ? Dans un an, j’aurai cinquante ans. Cinquante ans bordel de dieu. Ce n’est simplement pas possible. Il doit y avoir une erreur. J’ai mal calculé. Je me suis trompé de deux décennies. Dans un an j’aurai trente ans. J’ai encore vingt ans devant moi avant d’atteindre la cinquantaine. Vingt ans. Une éternité.


Le concert s’achève, c’était bien, je rentre à la maison, le chat miaule, il est minuit passé, je suis fatigué : je me couche sans prendre de douche.


On devrait tous mourir à vingt-sept ans.

                                                                                                                                                                                                                  Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Le temps béni où les femmes faisaient couler un bain à leur homme


L’autre soir, je regardais pour la énième fois ce chef-d’œuvre absolu que constitue César et Rosalie de Claude Sautet.

J’avoue c’est l’un de mes films fétiches tant le trio formé par Yves Montand, Romy Schneider et Sami Frey ressemble à un rêve de cinéma : tout est parfait dans ce long-métrage, l’histoire, les dialogues, les décors, la pluie, les routes départementales, les maisons au bord de la mer, la mise en scène, les comédiens, les voitures, la bande-son…

Toutefois, d’entre toutes, il existe deux scènes, deux scènes absolument fascinantes, où le temps suspend son vol, où à chaque fois je suis obligé d’appuyer sur pause, de rembobiner, de monter le son à son maximum, de relancer la lecture, de fixer l’écran d’un air ahuri avant de m’exclamer d’une voix effarée  ”alors ça c’est extraordinaire, tout bonnement extraordinaire ”.

bons_baisers_de_russie_jpg_1723_jpeg_6936_jpeg_north_700x_white

La première c’est lorsque César dispute une partie de poker avec ses amis. Ils sont dans le salon, ils fument cigarette sur cigarette, ils sont concentrés sur leurs cartes, c’est la nuit, il doit être tard, une heure, deux heures du matin peut-être, les cendriers débordent de mégots, des verres vides traînent sur la table, et comme la partie n’est pas prête de s’achever, César, d’une voix mi-lasse mi-ferme demande à Rosalie d’aller à la cuisine lui chercher des bières, de la vodka et des glaçons.

Rosalie, à ce moment, se trouve à moitié allongée sur un fauteuil, elle a l’air désœuvrée ; en même temps, on devine que la partie la fascine autant qu’elle l’ennuie, elle doit être là depuis le début, elle a peut-être sommeil mais elle tient à rester là à les regarder jouer, sans dire un mot.

Et quand elle entend César lui réclamer ses boissons, elle se lève, oui elle se lève tout Romy Schneider qu’elle est, elle ne pipe pas le moindre mot, elle file tout doux à la cuisine, elle s’en va chercher ce que réclame César, elle ne maugrée pas, elle ne sourcille pas, elle ne manifeste pas le moindre signe de désaprobation, non, de bonne grâce, elle obéit à César.

Moi quand je demande à ma moitié de s’en aller me chercher ne serait-ce qu’un verre d’eau alors que je suis occupé à lire ou à penser ou à regarder du foot, elle me contemple de l’autre côté du salon comme si je venais de lui demander de m’apporter de la vaseline pour sodomiser le chat.

cesar_et_rosalie_sautet-romy-schneider-et-yves-montand

Elle ne bouge pas d’un millimètre, elle me balance un regard noir qui veut dire tout à la fois ” Tu te fous de ma gueule ? Tu m’as bien calculé là ? Tu m’as confondu avec ta mère ? Tu veux quoi, j’ai pas bien entendu ? Tu ne veux pas une paille aussi ? Tu es sérieux là ? ”

Inutile de dire que le verre d’eau, je l’attends toujours.

Dans la deuxième scène, on retrouve encore César et Rosalie. César est crevé, il a roulé toute la nuit, il n’est pas rasé, il a vaguement faim, il a des cernes pas possibles, Rosalie se blottit tout contre lui, et en le regardant par en-dessous, elle prononce cette phrase invraisemblable : ” Tu as l’air fatigué, est-ce que tu veux que je te fasse couler un bain ? ”

Je répète, elle lui demande texto ”est-ce que tu veux que je te fasse couler un bain ?” Que je te fasse couler un bain. Un bain. Tu veux que je te fasse couler un bain. Est-ce que tu veux que je te fasse couler un bain.

Cette phrase, je prétends, j’affirme, je proclame que jamais je ne l’ai entendue de toute ma vie et ce quelle que fût la demoiselle qui partageait ma vie. Jamais. Et pourtant – j’ai vérifié – nous possédons bien une baignoire. A la rigueur, dans les mêmes circonstances, si je suis vraiment exténué, au bord du coma, j’aurais le droit à un simple ” tu devrais prendre un bain, ça te détendra ” ou encore ” fais-toi donc couler un bain, tu l’as bien mérité ”.

C’est tout, fermez les bans.

cesar-rosalie

Reste à savoir, si moi aussi, confronté à une pareille situation, si d’aventure ma douce me quémandait un verre d’eau, j’agirais avec la même circonspection.

La réponse est évidemment non.

Je ne suis pas fou. Ni suicidaire.

Vivant au vingt-et-unième siècle, ce siècle où les femmes se sont enfin décidées à remettre les hommes à leur place, je n’aurai d’autre choix que de me précipiter toutes affaires cessantes à la cuisine, de sortir un verre du placard, de verser de l’eau bien fraîche dedans, de courir à la salle de bains, d’ouvrir les robinets de la baignoire et de piquer un sprint dans le couloir avant de déposer devant ma Rosalie adorée le verre demandé.


En 2016, Claude Sautet aurait appelé son film Rosalie et César.

                                                                                                                                                                                                                          Tirez-en les conclusions qui vous plaisent.

                                                                                                                                                       Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Maman, au secours, j’ai vu deux hommes qui s’embrassaient !


Je sais, je risque gros en accomplissant pareille confession. On va encore me traiter de tous les noms possibles, lancer une fatwa contre moi, me montrer du doigt dans la rue, encombrer ma boîte mails de menaces de mort, mais tant pis, je dois aller au bout de ma démarche sans me soucier du qu’en-dira-t-on.

Après tout, je suis le plus intrépide des hommes.

Donc voilà, moi aussi, tout comme l’autre pistolero de l’autre nuit en Floride, quand je surprends deux hommes en train de s’embrasser sur un banc, dans la rue, au milieu d’un square, comme le pire des ayatollahs qui puissent exister sur cette planète, j’éprouve comme une indicible gêne, voire parfois même un vague dégoût : je suis mal à l’aise.

C’est dit.

baiser-facebook-640x481

Évidemment je n’en montre rien, je ne m’en vais pas crier au scandale, je n’apostrophe pas le ciel en réclamant une punition divine, je ne demande pas à un agent de police d’intervenir, non je poursuis mon chemin du même pas égal, mais intérieurement, je suis quelque peu troublé.

Même au cinéma, quand deux hommes osent se rouler un patin voire se rouler dans le foin, j’esquisse une moue réprobatrice et, dare-dare, n’écoutant que mon courage, je me réfugie dans les jupes de ma compagne.

De toute évidence, je souffre d’un grave problème.

En toute logique, au regard de qui je prétends être, à savoir un brave couillon inoffensif peu versé à juger mon prochain selon son orientation sexuelle, sa couleur de peau ou sa religion, je devrais être tout à fait à l’aise de voir deux hommes s’échanger des bécots sur un banc public.

Je ne devrais pas ressentir le début d’une moindre gêne. Je ne devrais même pas m’en émouvoir ou le remarquer. Je devrais juste me réjouir de vivre dans une société où deux hommes peuvent vivre au grand jour leur passion amoureuse et pratiquer le bouche-à-bouche sans offusquer personne.

Sauf que non.

Cette gêne, je la ressens vraiment.

Bon, je m’en remets bien vite, je ne tombe pas dans les pommes, je ne me crapahute pas chez moi, je ne me sers pas un gobelet de bourbon pour me remettre de mes émotions, je ne file pas aux urgences pour surveiller ma pression artérielle, je n’appelle pas SOS suicide, mais tout de même.

Andy and Raff's Civil Partnership

Alors qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

Il existe plusieurs possibilités.

Il se peut en premier lieu que, malgré mon ouverture d’esprit, je sois demeuré prisonnier d’une éducation où l’homosexualité était vue non pas comme une abomination mais juste comme une situation peu enviable, un état dont ma mère devait par principe se méfier, et qui pouvait se traduire de la sorte : ”Mon fils, si jamais un jour au téléphone tu m’annonces que tu es tombé amoureux d’un homme, je raccroche et je meurs. ”

Disons donc une sorte de folklore mi-archaïque mi-traditionnel où une mère juive, née avant guerre, imagine pour son enfant un destin tout autre que celui d’être homosexuel, ne serait-ce parce qu’elle souhaite pincer jusqu’au sang les joues rebondies de son petit-fils.

Mais ce n’est pas une excuse.

Après tout, j’ai quitté le domicile familial depuis fort longtemps (deux ans), j’ai eu tout le temps de m’émanciper de l’influence maternelle et à mon âge, je devrais être tout de même capable de penser par moi-même.

Si maintenant j’en viens à considérer ma gêne d’un point de vue psychanalytique, je pourrais la considérer comme la résultante d’une pulsion homosexuelle que j’aurais pris soin de refouler et qui, devant le spectacle de deux hommes occupés à s’embrasser, viendrait me hanter et perturberait mon statut d’hétérosexuel accompli.

Je verrais alors dans ces deux hommes une menace qui causerait chez moi comme une sorte de colère de m’avoir rappelé à ma vraie nature, celle d’un homme éprouvant des sentiments homosexuels qu’il aurait pris soin d’enfouir en lui.

thephoto1

C’est possible.

Il n’y a pas de fumée sans feu pourrait-on dire.

Même si, franchement, l’idée d’un homme… aussi beau et charmant soit-il… dans mon lit… nu… oui mais non. Vraiment non.

Peut-être est-une combinaison des deux : la désapprobation maternelle rajoutée à une peur archaïque de l’homosexualité en tant que reflet d’un trait de ma personnalité réprimée à grands cris.

Je ne sais.

La seule chose que je sais, c’est que c’est moi qui ai un problème et non point le contraire.


Ces deux hommes qui s’embrassent sur un banc, je les salue, je les encourage à redoubler d’ardeur dans leurs baisers, je les conjure de vivre au grand jour leur amour et surtout de ne pas tenir compte de vieux aigris comme moi.

                                                                                                                                                                                                                         Vive l’amour !

                                                                                                                                                                                                                         Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Ce monde part en couilles


C’est dans l’air.

C’est impalpable et pourtant dramatiquement réel.

Quelque chose qui laisse à penser que la grande parenthèse qui s’est ouverte au lendemain de la seconde guerre mondiale, cette relative tranquillité, cette paix, cette concorde entre les nations, ces populations épargnées, ce bien-être, ces temps reposés, est en train de se refermer.

Sous nos yeux. Ici et maintenant. Inexorablement.

J’entends le bruit mat de la porte claquer au vent mauvais de l’Histoire, j’entends les vociférations des populistes de tout poil qui rencontrent l’approbation de pans entiers de la population éprise d’ordre, d’autorité, de rétablissement de valeurs cardinales, j’entends ces discours pleins de fiel et de haine qui montent les communautés les unes contre les autres, je vois les digues sauter, les unes après les autres, dans une sorte de cavalcade furieuse et incontrôlée qui menace de rompre à tout moment.

437

Chaque pays est soumis à des forces contraires et se craquelle de l’intérieur, il plane dans l’air des relents de revanche, de reprise en main, de remise en cause d’acquis qu’on pensait éternels, on bâtit des murs ici et là pour se protéger de populations dont le seul malheur est d’avoir faim ou d’être différent, on érige des miradors, on a le doigt sur la gâchette et on attend juste le signal pour faire feu, on s’imagine voter des lois afin d’interrompre des flux migratoires  sans réaliser que l’ennemi est déjà à l’œuvre dans les limites même du pays et ne concerne qu’une poignée d’individus.

Une sorte d’embrasement généralisé devant lequel on reste démuni, assistant impuissant à la montée de ces extrémismes qui sont en train de devenir chose commune, on ne s’étonne plus de rien, on accepte des propos qui hier encore auraient provoqué des haut-le-cœur et des manifestations en masse, on s’habitue aux turpitudes langagières qui rivalisent d’obscénités, on se surprend à découvrir que son voisin qu’on pensait irréprochable jusqu’alors partage ces mêmes idées nauséabondes, et devant un tel spectacle, on se frotte les yeux et on se demande jusqu’à quand nos sociétés vont tenir de la sorte.

C’est un monde qui se délite.

Des massacres s’opèrent dans des boîtes de nuit et des salles de spectacle, des confusions s’installent, des raccourcis simplistes surgissent et un peu partout sourd une exaspération, une colère, un ressentiment vis-à-vis des corps constitués, des élites, du politique accusés de tous les maux de la terre, cette vieille rengaine que le peuple au fond a toujours raison, qu’il faut savoir l’écouter, le comprendre, l’attendrir afin de combler ses légitimes attentes.

Warning

Et pourtant dieu sait à quoi on peut s’attendre quand les hommes se retrouvent livrés à eux-mêmes, quand ils s’affranchissent de toutes règles, quand leur instinct primaire reprend le dessus sur l’esprit de raison, quand ils laissent parler leur cœur saturé d’ignorance et de peur, quand ils deviennent ivres de leur propre impuissance et cherchent à tout prix à trouver un coupable à leur indicible malheur.

Peut-être qu’un monde, celui de mon enfance, de mon adolescence, de mes années de formation, ces années où, sans le savoir, j’aurais vécu dans une sorte de félicité bienheureuse, est en train de s’éteindre, de mourir à petit feu, de disparaître remplacé par le bruit et la fureur d’un ordre nouveau où dans un ciel de ténèbres gravitera une lune rousse, ensanglantée de nouveau par la folie des hommes.

Nous sommes à un tournant.

Que l’Angleterre sorte de l’Europe et se donne à Boris Johnson, que l’Amérique se fiance avec Trump, que la France décide de les imiter et succombe aux sirènes de la Marine nationale…


Il est temps de se serrer les coudes. 

                                                                                                                                                                                                                  Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Sarkozy, un Chrétien pas très catholique


Nicolas Sarkozy est l’animal politique ultime.

Je ne vois personne d’autre parmi nos gouvernants actuels qui possède à ce point cette rage de gouverner, non pas tellement pour servir les intérêts du pays, mais bien plus pour assouvir cette soif animale de se retrouver à la tête de l’Etat.

Sarkozy ne renoncera jamais tant il sait au plus profond de lui-même que sa vie, si elle doit se passer à l’ombre de l’Élysée, loin des lieux de décision, n’a plus de raison d’être : elle ne sera qu’une suite monotone de jours que rien ne parviendra a égayer.

Ni Carla, ni Johnny, ni le PSG. Ni Dieu pas plus que le Diable. Ni les Evangiles et encore moins la Bible.

sarko-ok

Sarkozy n’a d’autre passion que lui-même, d’un lui-même placé dans le chaudron bouillonnant des affaires publiques, au milieu du tumulte de l’actualité, dans le cœur de la mêlée où palpitent les pulsations de notre monde.

Hors de ces sphères d’influence, il n’existe pas.

Il s’ennuie, il se morfond, il est comme ce général d’infanterie qui ne trouve son bonheur et son équilibre que lorsque les canons se mettent enfin à tonner :  il lui faut de l’agitation, du mouvement, du chaos afin de se sentir vivant, utile voire indispensable.

Sa nervosité est celle du grand fauve qui n’a rien eu à se mettre sous la dent depuis la dernière mousson.

Sa quête du pouvoir s’apparente avant tout à une quête existentielle, une obsession maladive, quasi-primaire de se retrouver au premier rang, de commander, de se persuader qu’il peut influencer, par son intelligence, sa force de travail, son opiniâtreté, le cours des choses, d’être une sorte de démiurge en prise directe avec la vie des hommes, de danser avec Hillary, de s’enivrer avec Vladimir, de jouer au badminton avec Angela.

Il faut le dire, cette rage, cette soif, ce besoin de pouvoir a quelque chose de fascinant.

Surtout quand on la met en perspective avec la tiédeur de ses concurrents, toutes obédiences confondues, dont aucuns n’exaltent cette même voracité à gouverner, cette identique appétence pour le pouvoir, cette égale détermination à parvenir à ses fins.

sarkozy-defend-la-chretiente-comme-

L’autre soir, à Saint-André-Lez-Lille, Sarkozy a encore sorti un de ces discours dont il a le secret : une ode à la France millénaire, aux racines chrétiennes du pays, au danger du communautarisme, à la préservation de nos acquis, de notre mode de vie, à la menace d’une islamisation de notre société.

C’était, il faut le dire, hautement comique.

Associer Sarkozy à l’idée de chrétienté, c’est comme de convaincre DSK de prôner l’abstinence : une impossibilité cosmique.

Sarkozy doit se sentir aussi chrétien que moi papiste.

D’ailleurs l’idée même de religiosité attachée à sa personne relève de l’escroquerie intellectuelle : Sarkozy doit se soucier de Dieu ou de questions spirituelles comme moi je me préoccupe du sort du commerçant de Nemours à l’heure de la montée des eaux.

Sarkozy est un pragmatique à tendance parfois populiste : il dit aux gens ce que les gens veulent entendre. Ni plus, ni moins. Il sera aujourd’hui chrétien, demain athée, le surlendemain franc-maçon, et il se convertira au bouddhisme si nécessité se fait sentir.

Sans jamais se renier puisque sa morale ne s’assoit sur aucun socle assez puissant pour l’empêcher d’emprunter des sentiers de traverse.

2005333_face-a-sarkozy-juppe-joue-la-solidite-web-0211013581295_620x330

Comme il a l’intelligence vive, il a une capacité d’adaptation toute aussi grande.

Il va là où le vent souffle, il ne cherche pas imposer ses idées tant il en a peu de bien arrêtées, il ne tient pas à imposer ses points de vue tant ces derniers fluctuent, il cherche juste à trouver la formule adéquate pour s’attirer le plus grand nombre de suffrages.

Si j’étais Juppé, je commencerais à m’inquiéter.

Sarkozy ne renoncera jamais.

Il est comme ces Don Juan priapiques qui, même sur leur lit d’hôpital, au bord de l’abîme, dans le couloir de la mort, continueront jusqu’à la dernière minute à convoiter les faveurs des aides-soignantes.


Et tant pis si cette conduite ne répond pas aux canons de la chrétienté !

                                                                                                                                                                                                                        Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

L’épreuve des épreuves avant la publication d’un livre


C’est un processus sans fin.

Un va-et-vient perpétuel entre l’auteur et son éditeur qui peut durer des semaines et des semaines où le manuscrit va subir tant de modifications, de retouches, de corrections, de mises au point, d’éclaircissements et de ravalements que du texte original, il demeure seulement le squelette, le tronc, le mât autour duquel s’articule le récit.

C’est épuisant, éreintant, déprimant au possible.

La recherche d’une perfection qui ne peut exister mais vers laquelle il faut tout de même tendre pour ne rien regretter, pour assouvir son désir d’excellence, pour ne pas se décevoir.

Remettre tout à plat, traquer la moindre des imperfections, effacer les répétitions, les lourdeurs, les erreurs, les approximations, les mille et une anicroches qui encombrent le roman et l’empêchent de prendre son envol.

the-ghost-writer-polanski

Repeindre la salle de bains, lustrer les marches de l’escalier, poncer les parquets, plâtrer les murs, colmater les fuites, verrouiller les fenêtres, ripoliner les plafonds, explorer chaque pièce afin de s’assurer de leur parfait ordonnancement, tester les fondations, effacer les traces d’humidité, parcourir la maison de la cave au grenier pour que rien ne vienne perturber la visite.

Et recommencer ces travaux ménagers le nombre de fois nécessaire sans s’économiser, sans relâcher ses efforts, sans défaillir, obsédé de donner à l’ensemble la forme la plus parfaite, la plus harmonieuse et la plus aboutie afin de contenter l’acquéreur que sera le futur et toujours hypothétique lecteur.

Lire, se relire au point de devenir fou, de voir danser devant soi les mots qui soudain prennent des airs menaçants, vous toisent, vous narguent, vous admonestent, apparaissent comme autant de passagers clandestins dont vous ne vous expliquez pas la présence en ce chapitre, en ce paragraphe, en cette phrase.

La tentation de tout réécrire, le dégoût d’avoir pu produire un texte aussi insignifiant, aussi vain, aussi raté, l’envie de tout balancer par la fenêtre, de cesser de se prétendre écrivain, de commencer à chercher un vrai travail au lieu de courir après des chimères, de cesser cette comédie de la création pour laquelle vous n’avez aucun don, aucune disposition.

Faussaire. Imposteur. Affabulateur.

EditorsNotesExodus

Le lendemain, repartir à l’assaut, s’abrutir dans sa lecture, relire les instructions de l’éditeur qui, sadique jusqu’au bout, ne vous épargne pas, vous balance au visage des pages truffées de remarques, de points d’exclamations, de hiéroglyphes multicolores, de passages surlignés, soulignés, barrés, rayés, effacés, mutilés, broyés, écrabouillés, amputés, qui sonnent comme les cymbales cinglantes de votre impuissance créatrice.

Se jurer que c’est la dernière fois, que la littérature supportera fort bien votre mise à la retraite, que de toutes les façons, on publie assez de livres comme cela, nul besoin de ramener sa fraise, autant écrire pour soi et continuer à s’inventer des destinées fabuleuses.

Rêver de devenir postier ou magasinier, d’essayer le saut en élastique sans élastique, de s’engager dans le GIGN, de descendre un baril de bourbon, de tenter sa chance à Canal +, de servir de majordome à Alain Juppé, de  fricoter avec Liliane Bettencourt, de violer le premier curé croisé et de finir ses jours dans un Kibboutz.

Sombrer cette fois dans une vraie folie, vérifier dans le dictionnaire que votre s’écrit bien v-o-t-r-e et non pas v-e-a-u-t-r-e, interroger le moindre adjectif, vérifier son identité, son pedigree, congédier les participes présents, assassiner les adverbes, pointer le positionnement d’une virgule, le tout dans une farandole de questionnements partagés avec l’éditeur qui bientôt ne peut plus vous voir en peinture, joue aux fléchettes avec votre portrait, maudit le jour où il a signé votre contrat.

improve-my-writing-skills-first-drafts-are-crap

Arriver au bout du voyage.

Halluciné de fatigue, effaré de désespoir, le cerveau émietté, les yeux exorbités, les derniers cheveux enterrés.

Les dents cariées d’avoir bu trop de sodas, les ongles anorexiques, les oreilles fripées et l’esprit aussi vide que celui d’un joueur de foot quand on lui demande s’il partage l’idéal faustien qui veut que ” celui qui s’efforce de se surpasser, celui-là nous pouvons le sauver. ”


Et alors se représenter la somme des efforts consentis et visualiser le moment précis où, dans une quelconque décharge d’une quelconque zone industrielle d’une quelconque ville de province,  une pelleteuse s’emparera guillerette du tas de vos livres invendus pour l’amener au pilon…

                                                                                                                                                                                                                  Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Deschamps est aussi antisémite : il n’y a aucun Juif chez les Bleus


Benzema a mille fois raison : ce gros-jean de Deschamps est un affreux raciste, un sélectionneur du terroir, un colon aux pieds carrés qui se soucie plus de choisir ses joueurs sur leur identité nationale que sur leur réelle valeur.

C’est le Robert Ménard du football hexagonal.

Dès qu’on lui suggère d’enrôler un joueur aux origines maghrébines, il entrevoit déjà le spectre d’une guerre civile au sein de son effectif, il craint la subversion venue de petites frappes allaitées au sein du FLN, il redoute de voir débarquer dans son pré carré des fellaga prompts à couper quelques têtes pour asseoir leur autorité.

Mais ce n’est pas tout : Didier Deschamps est aussi un infâme antisémite.

deschamps-1_5474842

J’ai eu beau examiner sous toutes les coutures le patronyme des vingt-trois joueurs convoqués pour disputer l’Euro, je n’en ai trouvé aucun pouvant de près ou de loin se réclamer d’une quelconque ascendance juive.

Aucun.

Étrange, non ?

Alors que les Juifs sont partout, dans les conseils d’administration de nos plus grandes banques, à la manœuvre dans nos ministères, aux commandes des médias de tout bord, étrangement, ils restent à la porte de l’Équipe de France de football.

Et qu’on ne vienne pas m’expliquer ce sectarisme par le simple fait que les Juifs sont nuls, archi-nuls en foot et dans le sport en général, foutaises, balivernes, sottises, quand on cherche on trouve : il suffit de traîner ses guêtres dans n’importe quel Maccabi de Sarcelles pour trouver la perle rare, un petit Benhamou à même de s’illustrer au sommet du football français.

Il est vrai aussi que Deschamps dès qu’il aperçoit un nom commençant par Ben s’enferme à double-tour chez lui, appelle le numéro de la Kommandantur ou de l’OAS pour demander le renfort d’un quarteron de généraux afin de procéder à une ratonnade ou un pogrom en bonne et due forme.

2023607-rio-mavuba-mathieu-debuchy-raphael-950x0-2

Je rappellerai à Monsieur Deschamps que si les Juifs représentent un seul pour cent de la population française, leur sphère d’influence est sans limite, que rien dans ce pays aux racines pourtant furieusement catholiques ne peut exister sans qu’à un moment ou un autre, un acteur de la communauté juive ne vienne y fourrer son nez et exige au nom des prétendues souffrances endurées pendant la Shoah, une énième compensation.

Mais cela, Monsieur Deschamps feint de l’ignorer.

Et ce faisant, en refusant systématiquement l’introduction de joueurs sémites au sein de l’équipe nationale, à l’image de tous ses prédécesseurs, il fait montre là d’un antisémitisme féroce et farouche.

Il est à noter que cet état d’esprit est largement répandu au sein des instances sportives françaises où, peu importe le sport concerné, handball, water-polo ou curling, le Juif, dans une belle et rare unanimité, n’est pas le bienvenu.

Un avocat juif, un expert-comptable juif, un dentiste juif, oui, un véliplanchiste ou un patineur juif, non.

Voilà le triste état de la France en ce début de vingt-et-unième siècle.

Tout à la fois raciste et antisémite.

7332615

Une France blanche teintée ici et là de quelques tâches noires afin de s’assurer les bonnes grâces des populations exilées en Outremer.

Mais d’Arabes ou de Juifs, point.

Ben Arfa, Benzema, Goldstein (excellent ailier de l’association des arrières-petits-fils de la rafle du Vél d’Hiv et chirurgien esthétique à ses heures perdues) sont priés de rester à l’intérieur de leurs mosquées ou de leurs synagogues, de bouffer leurs merguez sans porc et d’obliger leurs épouses à cacher leur chevelure.


Ceci dit, Antoine Griezmann (Aaron Groszmann en fait) hein…eh oui… (non, respire Didier, c’est une blague)

                                                                                                                                                                                                                   Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

Trump ou la conjuration des imbéciles


Dans les années vingt et même jusqu’en 1933, les gens cultivés, éduqués et sains d’esprit prenaient bien souvent Hitler pour un simple clown, au comportement si grotesque et si outrancier que jamais, ô grand jamais, à leurs yeux, il n’accéderait à la chancellerie.

Jamais.

Nous aussi, gens tout aussi éduqués et cultivés, avons bien ri quand Donald Trump s’est lancé dans la course à l’investiture républicaine : tout comme avec le pitre à la petite moustache, il nous semblait complètement farfelu d’imaginer un seul instant que cet homme-là, avec ses extravagances médiatiques, ses propositions ubuesques et ses déclarations loufoques puisse un jour prendre pension à la Maison-Blanche.

Aujourd’hui, on ne rit plus. Plus du tout.

IMG_8566-Colorado-Trump-Supporters

On regarde effaré la progression du trublion qui, de mois en mois, engrange succès sur succès, voit de plus en plus d’électeurs se rallier à sa cause, au point d’apparaître désormais comme un possible futur président des États-Unis.

C’est que toujours, quelles que soient les époques, les mentalités, les us et les coutumes des pays, nous autres personnes bien instruites, commettons à chaque fois la même sempiternelle erreur d’appréciation : nous oublions la parfaite et immuable et insondable stupidité, veulerie et mesquinerie de la masse d’hommes et de femmes conviés à voter.

Ce que j’appelle le mur insondable de la connerie, de cette connerie qui résiste à tout, qu’on ne peut combattre ni par la pensée ni par la logique, qui s’affranchit de toute espèce de rationalité et se présente à vous, invincible et si sûre de ses atouts qu’elle peut se permettre de vous brocarder sans vous laisser la possibilité de la battre en brèche.

Il faut le dire, l’homme est con par nature. Profondément. Immensément. Superbement.

Il est d’autant plus con de nos jours que désormais, grâce à l’intervention des réseaux sociaux, à l’omniprésence d’internet, il sait qu’il n’est plus le seul à être aussi con.

make-america-white-again

Autrefois, le con restait seul avec sa connerie.

Il pestait devant son téléviseur, il terrorisait sa petite famille, il débitait horreur sur horreur mais, se doutant tout même de l’incongruité de ses paroles, n’osait les exprimer en public.

Il vivait sa connerie en solitaire et seul son chien devait supporter à longueur de temps ses diatribes foireuses.

Aujourd’hui, grâce à l’entremise de Facebook et de ses dérivés, il découvre ravi que son voisin ou que son cousin qui habite à l’autre bout du pays est tout aussi con que lui. Voire même encore plus. En voilà une merveilleuse nouvelle. On est si bien entre cons. On se comprend. On s’apprécie. On échange. On s’enrichit l’un l’autre. On s’affiche sans crainte. On rivalise. On s’épanouit.

Le seul génie de Trump, et il est conséquent, est de savoir parler aux cons. D’avoir compris que pour s’attirer les faveurs de l’électeur de base, il n’était nul besoin de l’assommer de discours ronflants, de partir dans de longues dissertations sur l’état du monde, d’élaborer des programmes savants : il suffit de lui débiter connerie sur connerie. De respecter la connerie du citoyen au lieu de la brocarder.

De la flatter. De la célébrer. De l’honorer.

Et plus la connerie est monumentale, plus elle gravite dans les hautes sphères de l’idiotie la plus absconse et plus le con adhère et applaudit.

A4s_TrumpRally_BW_021816_16705422_8col

En l’écoutant pérorer, le con devine qu’il a trouvé un porte-parole, un frère d’armes, un conpatriote.

Un qui le comprend. Un qui l’encourage à revendiquer sa connerie. A la brandir. A l’asséner. A la démultiplier. A la laisser prospérer. S’émanciper. Se répandre.

Alors, à cet instant, le con se révèle à lui-même. Il est heureux. Amoureux. Sauvé. Il peut se regarder dans la glace : il a belle allure, il peut parader en ville, son moment est arrivé.


Le con n’est pas américain. Il est universel. Il attend son heure. Il est patient. Il a tout son temps.

Et il finit toujours, un jour ou l’autre, par être entendu.


Ce jour-là, l’humanité entre en son enfer.

                                                                                                                                                                                                                       Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet

La dictature du bonheur


Il faut être heureux. A tout prix. Et surtout bien le montrer afin de n’être pas pris en faute et poursuivi pour haute trahison. Afficher son bonheur en toutes circonstances, veiller à écarter de soi toute idée de tristesse ou de dépit, être extatiquement heureux, dans une sorte de fuite en avant où soucis du quotidien, aléas de l’existence et coups du sort n’ont pas leur place, doivent être tenus à distance afin de ne pas empiéter sur cette exigence toujours recommencée de félicité.

Comme si la société de consommation, avec toutes ses outrances et ses excès, nous forçait à être heureux. Obstinément heureux. Absurdement heureux. Outrancièrement heureux. Heureux à en crever. Heureux du berceau au tombeau. Heureux à toute heure de la journée. Par toutes saisons. Sous toutes latitudes.

Une sorte d’impératif moral auquel il ne saurait être question de déroger.

Je ne suis pas heureux, voilà c’est dit. Je ne le serai jamais et je ne tiens pas à l’être.

L’idée même du bonheur m’ennuie.

Happy-People

Toute cette énergie gaspillée à afficher son bien-être, à se convaincre que la vie ressemble à une perpétuelle fête foraine, à se persuader de l’absolue béatitude de l’existence, m’apparaît comme un jeu de dupes d’une obscénité sans nom.

Les gens perpétuellement heureux me fatiguent, rien ne les atteint, ils vont dans la vie légers et insouciants, comme si vivre était naturel, comme si le malheur ne les concernait pas, ils se sont bâti une bulle que rien ne parvient à faire éclater, ils se promènent dans l’existence avec cet air épanoui propre aux primates à qui l’on donne à heures régulières leur quotient de bananes.

Ils dorment du sommeil du juste, se lèvent de bon pied, sont d’attaque, ils ont foi en eux, en l’avenir, en Dieu même, ils ne doutent de rien, ils sont férocement optimistes, ils ont décrété une bonne fois pour toutes que la vie n’était qu’une succession infinie de journées où rien n’était aussi important que de savourer chaque seconde dans une perpétuelle quête de satisfaction.

Ils ne s’ennuient jamais, ils s’inventent des distractions s’il le faut, ils ont toujours des tas de choses à faire, ils courent d’un endroit à l’autre, ils ont compartimenté leur vie de telle manière que du matin au soir, ils n’aient pas une minute de libre, et quand ils finissent par s’endormir, ils sont si épuisés que la lumière à peine éteinte, les voilà rendus au royaume des rêves.

image

La métaphysique ne les concerne pas, la terre leur appartient, le royaume des cieux aussi, tout est simple, la vie, l’amour, la mort et quand un malheur survient, ils restent interdits, ils ne comprennent pas, ce n’était pas prévu dans le cahier des charges, ils se sentent trahis, le temps d’un instant, ils songent à la vanité de toutes choses, à la fragilité de l’existence, à la violence des sentiments puis tout ceci s’estompe bien vite : le lendemain, ils remontent à bord de leur train fonçant à toute allure vers des horizons enchantés.


Moi je reste à quai, je les regarde passer, je les envie et je les plains, je les jalouse et je les sermonne : au fond, je suis un snob.

Je préfère les ivresses éphémères, les problèmes impossibles, les questions sans réponses, ce tiraillement perpétuel entre l’effroi d’être en vie et la splendeur de l’existence, je bénis le chagrin comme la joie, je vais sur le chemin de la vie, effaré, intrépide, insatisfait.


Vivant quoi.

                                                                                                                                                                                                                     Pour suivre l’actualité de ce blog, c’est par ici : https://www.facebook.com/pages/Un-juif-en-cavale-Laurent-Sagalovitsch/373236056096087?skip_nax_wizard=true

lire le billet