On les a réuni sous le label d’ « Ecole de Berlin ». Ils ont en commun d’être apparus au début des années 2000, et d’avoir offert un vaste ensemble de propositions de cinéma faisant directement ou indirectement écho au bouleversement de la chute du Mur, une bonne décennie après. L’éditeur La vie est belle publie un coffret de DVD qui réunit quatre des plus talentueux, sous l’intitulé « La Nouvelle vague allemande ». Il y a toujours un trouble à entasser ainsi des réalisateurs singuliers, même si ceux-là ont bien des choses en commun, stylistiquement aussi bien qu’en terme de génération, et de difficulté à s’imposer dans leur propre pays, traditionnellement peu accueillant aux artistes de cinéma originaux.
Ils ont aussi été proches de la (très bonne) revue Revolver, dont l’un d’entre eux, Christoph Hochhaüsler, est rédacteur en chef. Lui, Ulrich Köhler, Angela Schanelec et Henner Winckler, auteurs neuf films édités par La vie est belle, ne sont d’ailleurs pas les seuls représentant de ce « Ecole ». On a ainsi découvert au Festival de Berlin 2010 le triptyque DreiLeben, réalisé par Hochhaüsler, Christian Petzold et Dominik Graf. On pourrait ajouter les noms de Benjamin Heisenberg, Thomas Heise, Thomas Arslan, Robert Talheim ou Maren Ade – sans oublier les précurseurs Romuald Karmakar et Fred Kelemen…
Le mouvement est bien réel, son énergie créative n’a hélas aucun rapport avec l’accès aux salles, ni aux médias qu’il aurait dû obtenir. Parce que se produisant dans un contexte où les conditions matérielles et culturelles sont, ou plutôt auraient dû être favorables, le destin de cette génération de réalisateurs allemands est tristement exemplaire du décalage entre créativité du cinéma et étranglement de l’accès à la visibilité – sans même que la précarité de la situation sociale fournissent un semblant de justification, comme en Argentine, en Roumanie ou en Malaisie.
Quoiqu’il en soit il faut se réjouir de l’accès aux neuf films édités. On ne saurait trop conseiller de prendre le temps de les regarder comme ils le méritent, c’est à dire comme des objets singuliers. Ils sont tous de grand intérêt, même si, à titre personnel, on avouera un goût particulier pour les constructions ouvertes, poèmes songeurs aux multiples entrées, d’Angela Schanelec. Et si, dans un genre différent, Montag d’Ulrick Köhler propose une porte d’entrée dans cet ensemble particulièrement réjouissante (avec en guest star Illi Nastase inoubliable).

Cinéma: critiques, reportages, analyses.











