Films à voir au cinéma en ce moment

 

FILMS A VOIR AU CINÉMA EN CE MOMENT:

579326Eau argentée de Ossama Mohammad et Wiam Simav Bedirxaet

324615Au revoir l’été de Kôji Fukada

555519Run de Philippe Lacôte

257392Charlie’s Country de Rolf De Heer

373884Timbuktu d’Abderrahmane Sissako

384403Qu’Allah bénisse la France d’Abd Al Malik

108965Mercuriales de Virgil Vernier

304249Mateo Falcone d’Eric Vuillard

153757White God de Kornel Mundruzco

526506A Capella de Lee Sujin

290531Vers Madrid – the Burning Bright de Sylvain George

227546Que ta joie demeure de Denis Côté

130080Patria obscura de Stéphane Ragot

595346Magic in the Moonlight de Woody Allen

410593Bande de filles de Céline Sciamma

377455Geronimo de Tony Gatlif

143391Le Paradis d’Alain Cavalier

350435P’tit Quinquin de Bruno Dumont

469848National Gallery de Frederick Wiseman

508784Gone Girl de David Fincher

579120Mommy de Xavier Dolan

076984Un été à Quchi de Tso-chi Chang

388785Saint Laurent de Bertrand Bonello

093883We Can’t Go Home Again de Nicholas Ray

328081Shirley de Gustav Deutsch

0128393 Cœurs de Benoit Jacquot

520713Mange tes morts de Jean-Charles Hue

339171L’Institutrice de Nadav Lapid

313642Mademoiselle Julie d’Alf Sjöberg

580113Métamorphoses de Christophe Honoré

395906Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis

147786Siddharth de Richie Mehta

205966Sils Maria d’Olivier Assayas

309669Les Combattants de Thomas Cailley

443407Trap Street de Vivian Qu

265628Ana Arabia d’Amos Gitai

251957L’Homme qu’on aimait trop d’André Téchiné

051205Les Ponts de Sarajevo

de Aida Begic, Leonardo DiCostanzo, Jean-Luc Godard, Kamen Kalev, Isild LeBesco,

Sergei Loznitsa, Vincenzo Marra, Ursula Meier, Vladimir Perisic, Cristi Puiu, Marc Recha, Angela Schanelec, Teresa Villaverde

(attention: direction artistique JM Frodon=autopromo)

528153Sunhi de Hong Sang-soo

033103Palerme Emma Dante

147796Eastern Boys de Clint Eastwood

446081Sangue de Pipo Delbono

041503Black Coal de Diao Yinan

075169Bird People de Pascale Ferran

139289La Vache de Dariush Mehrjui

383149Adieu au langage de Jean-Luc Godard

170326La Chambre bleue de Mathieu Amalric

490001Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne

422164-1La Frappe de Yoon Sung-hyun

119097Les Femmes de Visegrad de Jasmila Zbanic

21011807_201306111238001863x3D pour Les Trois Désastres de Jean-Luc Godard

488836La Ligne de partage des eaux de Dominique Marchais

403323Je m’appelle Hmmm… d’Agnès b

118340Noor de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

418492Night Moves de Kelly Reichardt

468567Les Trois Sœurs du Yunnan de Wang Bing

012559Métabolisme ou Quand le soir tombe sur Bucarest de Corneliu Porumboiu

052917Heli d’Amat Escalante

169364L’Etrange Petit Chat de Ramon Zürcher

234348Mille soleils de Mati Diop

491047Eastern Boys de Robin Campillo

012340Real de Kiyoshi Kurosawa

303495Leçons d’harmonie d’Emir Baigazin

21023581_20130731104757894Portrait of Jason de Shirley Clarke

043550Le Vertige des possibles de Vivianne Perelmuter

014107Her de Spike Jonze

174935Les Chiens errants de Tsai-Ming-liang

053203Arrête ou je continue de Sophie Fillières

20103062L’Etudiant de Darejan Omirbaev

204703At Berkeley de Frederick Wiseman

232065La Femme du Ferrailleur de Danis Tanovic

445377Only Lover Left Alive de Jim Jarmusch396497L’Expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron

591914Abus de faiblesse de Catherine Breillat

459766Ida de Pawel Pawlikowski

21048491_20131010163051547C’est eux les chiens de Hicham Lasri

358282Nymphomaniac Volume 2 de Lars von Trier

21052583_2013102415340471

Le vent se lève de Hayao Miyazaki

21055218_20131106104323322Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit d’Olivier Zuchuat

21050903_20131031165612775A ciel ouvert de Mariana Otero

21058784_20131118171801678Philomena de Stephen Frears

121226Les Gouffres d’Antoine Barraud

21062037_20131129102802768Nymphomaniac, volume 1 de Lars von Trier

21058182_201311151217430422 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder

 21003660_20131108102404011

Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-Eda

 

215220Museum Hours de Jem Cohen

21006443_20130516122228502La Bataille de Tabato de João Viana

21006036_20131025171007628A Touch of Sin de Jia Zhang-ke

20541978_20131010174200124All is Lost de JC Chandor

21035507_20131114181440783La Jalousie de Philippe Garrel

21045994_20131002130427226A World Not Ours de Mahdi Fleifel

21001670_20131003122000657Le Cours étrange des choses de Raphaël Nadjari

21049757_20131015170623847The Immigrant de James Gray

21053769_20131029173428428La Marche de Nabil Ben Yadir

21056846_2013111211262021725 novembre 1970 Le jour où Mishima choisit son destin de Koji Wakamatsu

21047540_20131008115643155Le Dernier des injustes de Claude Lanzmann

21005275_20130927183847948Inside Llewyn Davis d’Ethan et Joel Coen

FDUne femme douce de Robert Bresson

20193768_20131015095235802Le fond de l’air est rouge de Chris Marker

SnowSnowpiercer, le transperceneige de Bong Joon-ho

21040491_20131001105209498Workers de Jose Luis Valle

Histoire de ma mort d’Albert Serra

Pink de Jeon Soo-il

Omar de Hany Abu-Assad

Haewon et les hommes de Hong Sang-soo

Salvo de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechicke

Vandal de Hélier Cisterne

Fifi hurle de joie de Mitra Farahani

Blue Jasmine de Woody Allen

Miele de Valeria Golino

The Connection de Shirley Clarke

Ma vie avec Liberace de Steven Soderberg

Jimmy P. d’Arnaud Desplechin

Ma Belle Gosse de Shalimar Preuss

Vic+Flo ont vu un ours de Denis Côté

Gare du Nord de Claire Simon

Leviathan de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel

Alabama Monroe de Felix van Groeningen

Jeune & jolie de François Ozon

Les Salauds de Claire Denis

Leones de Jazmin Lopes

Meteora de Spiros Stathoulopoulos

Grigris de Mahmat Saleh Haroun

Dans un jardin je suis entré d’Avi Mograbi

Ini Avan, celui qui revient d’Asoka Handagama

People Mountain People Sea de Cai Shang-jun

L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie

Amor Carne de Pippo Delbono

Bambi de Sébastien Lifchitz

Not in Tel-Aviv de Nony Geffen

Shokuzai de Kiyoshi Kurozawa

La Dernière Fois que j’ai vu Macau

de Joao Pedro Rodrigues et Joao Rui Guerra da Mata

Le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme

Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas

Une vie simple de Ann Hui

The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

L’Intervallo de Leonardo Di Costanzo

Mud de Jeff Nichols

La Sirga de William Vega

The Grandmaster de Wong Kar-wai

Les Lendemains de Bénédicte Pagnot

Casa nostra de Nathan Nicholovitch

La Belle endormie de Marco Bellocchio

Jaurès de Vincent Dieutre

Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont

No de Pablo Larrain

La Porte du paradis de Michael Cimino

Bestiaire de Denis Côté

Cinq caméras brisées de Emad Burnat et Guy Davidi

Elefante Blanco de Pablo Trapero

Wadjda de Haifa Al-Mansour

Dans la brume de Sergei Loznitsa

Invisible de Michal Aviad

Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow

Mundane Story d’Anocha Suwichakompong


Django Unchained de Quentin Tarantino

Lullaby to my Father d’Amos Gitai

Aujourd’hui d’Alain Gomis

Tabou de Miguel Gomes

Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin


L’Age atomique de Héléna Klotz

Au-delà des collines de Cristian Mungiu

Après Mai d’Olivier Assayas

Rengaine de Rachid Djaidani

Free Radicals de Pip Chodorov

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé de Marie Voignier

Genpin de Naomi Kawase

Saudade de Katsuya Tomita

Une famille respectable de Massoud Bakhshi

Traviata et nous de Philippe Béziat

Into the Abyss de Werner Herzog

In another Country de Hong Sang-soo

César doit mourir de Paolo et Virttorio Taviani

Like Someone in Love d’Abbas Kiarostami

Dans la maison de François Ozon

Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier

Damsels in Distress de Whit Stillman

Gebo et l’ombre de Manoel de Oliveira

Après la bataille de Yousri Nasrallah

Captive de Brillante Mendoza

Camille redouble de Noémie Lvovsky

Would You Have Sex with an Arab? de Yolande Zauberman

La Vierge les coptes et moi de Nabil Abel Messeeh

Confession d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde

Demain? de Christine Laurent

Tokyo Park de Shinji Aoyama

La Servante de Kim Ki-young

Tourbillon de Helvécio Marins Jr et Clarissa Campolina

Voie rapide de Christophe Sahr

Poussière dans le vent de Hou Hsiao-hsien

Laurence Anyways de Xavier Dolan

Historias, les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient de Julia Murat

ACAB (All Cops Are Bastards) de Stefano Solima

Trois sœurs de Milagros Mumenthaler

La Femme qui aimait les hommes de Hagar Ben Asher

Rétrospective Cassavetes

Holy Motors de Leos Carax

One-O-One de Franck Guérin

Faust d’Alexandre Sokourov

Adieu Berthe de Bruno Podalydès

El Campo de Hernan Belon

Cosmopolis de David Cronenberg

Les Femmes du bus 678 de Mohammed Diab

11 Fleurs de Wang Xiao-shuai

Dark Shadows de Tim Burton

Le Chemin noir d’Abdallah Badis

Querelles de Morteza Farshbaf

Twixt de Francis Coppola

Nana de Valérie Massadian

Je suis d’Emmanuel Finkiel

Chez Léon coiffure de François Lunel

A moi seule de Frédéric Videau

Low Life de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

le Juif qui négocia avec les nazis de Gaylen Ross

Train de nuit de Jerzy Kawalerowicz

La Terre outragée de Michale Boganim

Les Adieux à la reine de Benoit Jacquot

Bellflower d’Evan Glodell

38 témoins de Lucas Belvaux

Bi, n’aie pas peur de Phan Dang Di

Le Fossé de Wang Bing

Fengming, chronique d’une femme chinoise de Wang Bing

L’Oeil de l’astronome de Stan Neumann

Bovines d’Emmanuel Gras

Portrait au crépuscule d’Angelina Nikonova

Go Go Tales d’Abel Ferrara

L’Inconsolable de Jean-Marie Straub

Sur la planche de Leïla Kilani

Hanezu de Naomi Kawase

Elles de Malgorzata Szumowska

Les Chants de Mandrin de Rabah Ameur-Zaïmeche

Sport de filles de Patricia Mazuy

Tahrir Place de la Libération de Stefano Savona

La Folie Almayer de Chantal Akerman

Duch, Le Maître des forges de l’enfer de Rithy Panh

J. Edgar de Clint Eastwood

A l’âge d’Ellen de Pia Marais

Les Acacias de Pablo Giorgelli

Take Shelter de Jeff Nichols

Le Havre d’Aki Kaurismaki

The Terrorizers d’Edward Yang

Hugo Cabret de Martin Scorsese

Sweetgrass de Lucien Castaing Taylor

Le Cheval de Turin de Bela Tarr

Americano de Mathieu Demy

Territoire perdu de Pierre-Yves Vandeweerd

Donoma de Djinn Carrénard

Tous au Larzac de Christian Rouaud

Black Blood de Miaoyan Zhang

 

Qu’ils reposent en révolte de Sylvain Georges

 

Jeanne captive de Philippe Ramos

 

Noces éphémères de Reza Sarkanian

 

 

 

 

 

 

 

Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Curling de Denis Côté

 

 

 

 

 

 

 

Hors satan de Bruno Dumont

 

 

 

 

 

 

Octobre à Paris de Jacques Panijel

 

 

 

 

 

 

Ici on noit les Algériens de Yasmina Adi

 

 

 

 

 

 

The Artist de Michel Hazavanicius

 

 

 

 

 


Beur sur la ville de Djamel Bensallah

 

 

 

 

 

 

 

Beauty de Oliver Hermanus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi et Mojtaba Mirtahmasb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Apollonide de Bertrand Bonello

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Restless de Gus Van Sant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Attenberg d’Athina Rachel Tsangari

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vie avec Oradour de Patrick Séraudie


 

 

 

 

 

 

 

 

Kinshasa Symphony de Claus Wischmann et Martin Bae

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La guerre est déclarée de Valérie Donzelli

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La Grotte des rêves perdus de Werner Herzog

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lire le billet

Naoum Kleiman, toujours

kleiman-naum-001_480x360

Naoum Kleiman est de ces hommes, rares, qui ont consacrés leur existence à faire vivre la connaissance et l’amour d’un art, dans son cas le cinéma russe et soviétique. A la tête du Musée du cinéma et du cabinet Eisenstein, il a mis en œuvre depuis 40 ans, dans des conditions extrêmement difficiles, d’innombrables actions de recherche, de conservation, de découverte, accompagnant de manière vivantes les grands films des décennies précédentes et le cinéma le plus innovant aujourd’hui. Depuis toujours Kleiman travaille dans un rapport de défiance des autorités, à quoi s’est ajouté la volonté de l’apparatchik-réalisateur Nikira Mikhalkov, grand ami de tous les pouvoirs à Moscou et particulièrement lié à Poutine, d’éliminer une présence aussi prestigieuse et respectée dans le monde. Le 1er juillet, le pouvoir imposait le remplacement à la tête du Musée du cinéma de Naoum Kleiman par Mme Larissa Solonitsyna, rédactrice en chef du journal « SK Novosti », organe de presse de l’Union des Cinéastes de Russie que préside Mikhalkov. Dans un premier temps, Kleiman et les équipes qui l’entourent ont essayé de travailler aux côtés de Mme Solonitsya, avant de constater son autoritarisme, son manque de compétence, et sa détermination à éliminer un à un les membres essentiels au bon fonctionnement du Musée. Le 27 octobre, toute l’équipe des spécialistes travaillant au Musée national du cinéma (conservateurs, archivistes et spécialistes de programmation de cinéma) – 22 personnes – ont adressé une lettre au ministre de la culture de la Fédération de Russie, Vladimir Médinski, déclarant que l’équipe entière démissionne à cause de l’impossibilité de continuer le travail avec la nouvelle direction du musée. Le même jour, chaque membre de l’équipe a transmis à la nouvelle directrice sa demande de démission. Un immense mouvement de soutien s’est alors mis en place dans le monde entier pour soutenir Kleiman et ce qu’il représente. Ce mouvement s’est heurté à une sèche fin de non-recevoir des autorités russes. Le 10 novembre, Naoum Kleiman a demandé à ses collaborateurs et amis de retourner travailler au Musée. Il a adressé à tous ceux qui l’ont soutenu le courrier suivant.

Lettre ouverte à l’opinion publique internationale,
à tous ceux qui ont apporté leur soutien au Musée du Cinéma de Moscou
Chers amis,
Merci à vous tous et à chacun d’entre-vous !
Tout au long de ces journées de crise, nous avons pu voir combien vous étiez nombreux, vous, les amis de longue date manifestant leur fidélité, et vous, les nouveaux amis qui nous avez rejoints. Vos témoignages de solidarité et vos signatures ont été plus qu’un soutien moral : ils nous ont donné la joie au cœur et nous ont permis de prendre toute la mesure de notre responsabilité.
Votre talent, votre autorité et votre affection sont pour nous une aide précieuse. Lorsque vos amis sont des créateurs, des chercheurs, des conservateurs, des passeurs de la culture vivante, vous sentez que vous pouvez faire beaucoup. Grâce à vos messages, une Association des amis des musées du cinéma informelle a vu le jour. Parce que votre soutien aujourd’hui ne compte pas seulement pour le Musée de Moscou mais pour tous les musées du cinéma et toutes les cinémathèques à travers le monde.
Lundi 10 novembre, les chercheurs et conservateurs du Musée du Cinéma sont retournés à leur poste. C’est à ma demande instante qu’ils ont accepté de revenir sur leur démission. Cette décision a exigé d’eux davantage de courage et de dévouement que celle de quitter le Musée. Durant deux semaines, ils ont organisé rencontres et consultations, et étudié toutes les situations. L’ensemble du personnel du Musée a également rencontré le conseiller du Président de la Fédération de Russie en présence des responsables du ministère de la Culture. Ce ne sont ni les ordres venus d’en haut ni les avis extérieurs qui les ont poussés à rester à leur poste sous l’autorité de la nouvelle direction, même si celle-ci n’a toujours pas leur confiance. La compétence de ces chercheurs en tant que collectionneurs, muséographes et conservateurs de documents sur l’histoire et l’esthétique du cinéma est unique au monde, et ils ont eu conscience que le meilleur moyen de sauvegarder le musée était de reprendre leur fonction. Partir revenait à courir le risque de recrutement de « remplaçants » incompétents, mettant en péril vingt-cinq ans de travail et de savoir-faire.
Votre solidarité a donné un écho aux convictions du collectif, convictions qui demeurent inébranlables.
Je ne suis pas revenu sur ma démission et j’ai été licencié le 7 novembre par la nouvelle direction. Je ne vois pas la possibilité de travailler efficacement et en toute responsabilité avec le titre purement formel de « Président » du Musée. Je quitte mon poste au Musée, mais je ne quitte pas le Musée : j’apporterai mon aide au collectif scientifique, je défendrai son honneur et ses droits. Un Conseil de surveillance est actuellement en formation, qui accueillera des personnalités du cinéma, des conservateurs, des journalistes et des spécialistes en droit. C’est lui qui vous informera des événements futurs et des décisions concernant le Musée du Cinéma de Moscou.
Professionnalisme et solidarité sont la fierté du collectif. Son honneur – la conservation des collections confiées à eux par les cinéastes ou leurs héritiers. Sa joie – c’est de continuer de travailler pour tous les amoureux du cinéma.
L’amour peut bien davantage que la cupidité et la suspicion, la médiocrité et la vengeance, la soif du pouvoir et la force brutale. C’est ce que nous a appris le cinéma, le beau, qu’il faut, j’en suis convaincu, conserver pour l’avenir et montrer au présent.
Naoum Kleiman, le 10 novembre 2014
(traduction Pierre Léon)
lire le billet

DVD : Panfilov et les autres

panfilov-etui-recto-rvb-150dpi

Coffret Panfilov-Tchourikova (Potemkine).

Parmi les nouveautés DVD du moment, il convient de réserver une place de choix à l’édition de quatre films soviétiques des années 60-70, réalisés par Gleb Panfilov et interprétés par la grande comédienne russe Inna Tchourikova. D’abord et in fine, Pas de gué dans le feu (1967), Le Début (1970), Je demande la parole (1975) et Le Thème (1979) sont des beaux films, pris un par un – chacun a un sujet et un cadre singulier – ou ensemble – il s’en dégage une unité de ton, liée à l’élégance de la mise en scène de Panfilov, à son humour, à la qualité de son regard sur les êtres humains, et bien sûr au jeu exceptionnel de l’actrice, à la connivence entre elle et le réalisateur, à ce chemin refait chaque fois vers l’émouvante beauté d’une femme dont les traits ne correspondent pas aux standards du charme féminin.

Mais les films de Panfilov sont aussi passionnants en ce qu’ils témoignent à la fois de la puissance d’une tradition et de ses possibilités d’évolution dans le contexte de l’URSS de cette époque. Le cinéaste est un digne héritier du grand cinéma soviétique qui, même sous la règle de fer du contrôle stalinien, a conservé une puissance expressive, un art de la composition du réel à la fois imprégné de justesse humaine et de matérialité des choses et inventant des agencements formels (cadrages, éclairages, montages) aux immenses ressources. Son œuvre poursuit dans la veine des premiers Tarkovski, L’Enfance d’Ivan et Andrei Roublev, alors que celui-ci rompt avec les canons du cinéma soviétique après ces films, ou des premiers Konchalovski (Le Premier Maître, Le Bonheur d’Assia) et sont contemporains des premières grandes œuvres d’Alexei Guerman (La Vérification, 20 jours sans guerre, Mon ami Ivan Lapchine), qui se situent dans la même veine. Différents de ce qu’on a appelé les « films du dégel », plus ouvertement contestataires – ceux de  Kira Mouratova, Larissa Chepitko, Elem Klimov, Guerogui Daniela, Otar Iosseliani… davantage marqués par les Nouvelles Vagues occidentales – , les films de Panfilov témoignent d’une facette singulière et très riche de l’art du cinéma tel que l’histoire et les recherches esthétiques l’ont engendrée, grâce à la rencontre de deux artistes extraordinairement complémentaires, et qui est une très originale variation du binôme réalisateur-actrice comme ressource créatrice au long cours.

 ET LES AUTRES…

Cette période est aussi marquée par la sortie en DVD de deux belles découvertes du premier semestre, révélées à Cannes : Deux jours, une nuit de Jean-Pierre et Luc Dardenne chez Diapahana et Bird People de Pascale Ferran. Et aussi des très recommandables A ciel ouvert de Mariana Otero chez Blaq Out, People Mountain, People Sea de Cai Shang-jun chez Dissidenz, 2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder chez UFO, C’est eux les chiens de Hicham Lasri aux Editions Montparnasse, Night Moves de Kelly Reichardt chez Potemkine, We Cant Go Home Again de Nicholas Ray chez Carlotta.

lire le billet

Histoires courtes

cap

C’est la 99e “histoire courte” mise en ligne sur leur site par Jean-François Dars et Anne Papillault: chercheurs, photographes et cinéastes, ils réalisent et rendent disponibles depuis des années des films très brefs où un scientifique (sciences “dures” ou sciences sociales) décrit de manière limpide et souvent passionnée un travail en cours ou un aspect significatif de sa recherche. Fort logiquement, ledit site se nomme Histoires courtes. Cette fois, il s’agit d’une historienne qui travaille sur les groupes Medvedkine, expérience décisive d’organisation collective d’un groupe de cinéastes ouvriers grâce à une initiative de Chris Marker et de quelques complices (Antoine Bonfanti, Bruno Muel, Théo Robichet…) à Besançon et à Sochaux à la fin des années 1960.

lire le billet

“P’Tit Quinquin” en salle, enfin!

a L’incroyable réussite  burlesque et poétique d’un  grand cinéaste contemporain devient enfin visible là où elle devrait à l’évidence être vue, en salle de cinéma (aux 3 Luxembourg à Paris, en espérant bientôt aussi ailleurs).

Extrait de l’article publié sur Slate.fr en vue de sa diffusion sur Arte:

Retournant dans ses terres d’origine, la région Nord-Pas de Calais, Dumont fabrique une hallucinante enquête policière dans un village où se produisent des meurtres plus abracadabrants les uns que les autres. Menée par un capitaine de gendarmerie droit sorti de chez les Pieds Nickelés et flanqué d’un adjoint encore plus loufoque, cette enquête se déploie sur quatre épisodes autour d’une collectivité regardée avec une tendresse extrême malgré le recours fréquent à des traits outranciers, avec au centre du récit un adolescent qui devient peu à peu un personnage d’une étrange complexité.

Dans les rues bordées de maison en briques et le long des plages et des falaises où se multiplient d’improbables cadavres, P’tit Quinquin ne cesse d’inventer des situations, des postures, des formulations qui déroutent en même temps qu’elles font rire, tirant en avant les péripéties de ce serial d’une tonalité inédite, et où le réalisateur n’hésite pas se moquer aussi de lui-même.

Après… après il restera l’espoir de pouvoir voir ces films-là où ils seraient le mieux vus: au cinéma. Intégristes d’une réglementation qui ne souffrirait pourtant pas de s’adapter ponctuellement à la vérité des œuvres, les professionnels de la profession (du cinéma) sont contre, la direction d’Arte aussi. Pourtant, il existe bien une version cinéma de P’tit Quinquin, qui permettrait notamment de restituer le véritable format de ses images, lesquelles seront tronquées à la télé. Ce sont à la fois les films et les spectateurs qui sont pénalisés par ce blocage, et c’est la seule chose triste de toute cette rieuse affaire.

b

lire le billet

Semaine de ouf

I-Grande-16046-entonnoir-filtre-inox-20-cm.net

Cette même semaine sont sortis en salle pas moins de cinq films qui, chacun mérite de retenir l’attention de quiconque aime le cinéma: Le Paradis d’Alain Cavalier, Gone Girl, de David Fincher, National Gallery de Frederick Wiseman, Mummy de Xavier Dolan, P’tit Quinquin de Bruno Dumont, . On ne sait plus trop s’il faut se réjouir de cette  fécondité, alliée à l’extrême diversité des idées de cinéma qu’ils incarnent (y compris le film de Dumont malgré sa production dans un cadre télé), ou s’angoisser du risque qu’ils se nuisent les uns aux autres, et ne laissent pas aux moins médiatiser la possibilité d’être remarqués.

lire le billet

DVD Shirley Clarke

shirleyclarke-r

The Connection et Portrait of Jason, deux films de Shirley Clarke. Edition Potemkine

Ce sont deux temps forts d’une des plus belles aventures du cinéma moderne que l’éditeur Potemkine rend accessible avec ces DVD. Pionnière du renouveau new-yorkais à la fin des années 50, Shirley Clarke explore de nouvelles voies, avec notamment ces réussites majeures. Poétique, tendu, inventif, comique et angoissé,The Connection est une vertigineuse plongée dans le monde de la bohème nord-américaine, entre jazz et came à leur intensité maximum. Incroyable personnage s’inventant littéralement devant la caméra de la réalisatrice pour laquelle il se transforme, se magnifiue et se dénigre en un passionnant jeu de miroir physique et vocal, Portrait of Jason pulvérise la limite entre portrait documentaire, délire trans, essai réflexif sur l’identité, désespoir et rage de vivre.

Dans la même collection paraît simultanément le montage sensible et critique Poussières d’Amlérique d’Arnaud Des Pallières, conçu à l’origine comme une œuvre vidéo mais où les images d’archives alternant avec des bribes de texte, composent un portrait à la fois fasciné et horrifié des Etats-Unis à travers le 20e siècle.

lire le billet

Reprise d’ACID

1399639428_21Le Challat de Tunis de Kaouther Ben Hania

Nouveau temps fort de l’infatigable activisme de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) en faveur du cinéma indépendant, la présentation des films découverts durant le dernier festival de Cannes. Extrait de leur communiqué de presse:

La programmation cannoise de l’’ACID s’’installe un mois en Île-de-France et le temps d’un week-end au Nouveau Latina à Paris et au Comœœdia à Lyon.

Au programme : Les avant-premières des 9 longs métrages découverts en mai dernier sur la Croisette, des rencontres avec les équipes des films et leurs « parrains » de l’’ACID, la projection des Talents Cannes ADAMI et des concerts !


Les dates :
- à Paris les 26, 27 et 28 septembre 2014 (Nouveau Latina) ;
- à Lyon, les 3, 4 et 5 octobre 2014 (Comœdia) ;
- en Ile-de-France, du 19 septembre au 11 octobre 2014 (14 salles).
Un agenda complet des projections peut être téléchargé à cette adresse :
http://bit.ly/ACID_reprise_2014
Extraits & interviews des réalisateurs :
http://bit.ly/ACID_ITW
La liste des films:

BROOKLYN
Pascal Tessaud
France | 2014 | Fiction | 83’ | 1er long métrage
Avec : KT Gorique, Rafal Uchiwa, Jalil Naciri, Liliane Rovère…

LE CHALLAT DE TUNIS
Kaouther Ben Hania
Tunisie, France | 2014 | Fiction | 90’ | 1er long métrage
Avec : Kaouther Ben Hania, Jallel Dridi, Moufida Dridi, Mohamed Slim Bouchiha, Narimène Saidane

LA FILLE ET LE FLEUVE
Aurélia Georges
France | 2014 | Fiction | 65’
Avec : Sabrina Seyvecou, Guillaume Allardi, Serge Bozon, Françoise Lebrun

JE M’EN SORTIRAI (CESTA VEN)
Petr Vaclav
République Tchèque, France | 2014 | Fiction | 100’
Avec : Klaudia Dudová, David Istok, Sara Makulova

MERCURIALES
Virgil Vernier
France | 2014 | Fiction | 108’ | 1er long métrage

NEW TERRITORIES
Fabianny Deschamps
France | 2014 | Fiction | 88’ | 1er long métrage
Avec : Eve Bitoun, Yilin Yang, Dimitri Sani

QUI VIVE
Marianne Tardieu
France | 2014 | Fiction | 83’ | 1er long métrage
Avec : Reda Kateb, Adèle Exarchopoulos, Rashid Debbouze, Moussa Mansaly, Serge Renko

LES REGLES DU JEU
Claudine Bories et Patrice Chagnard
France | 2014 | Documentaire | 106’

SPARTACUS ET CASSANDRA
Ioanis Nuguet
France | 2014 | Documentaire | 80’ | 1er long métrage

 

lire le billet

2 DVD d’Avi Mograbi

Argu (Page 1)Dans un jardin je suis entré et Z32, d’Avi Mograbi. 2 DVD édités par Epicentre.

Ce sont deux films importants qui deviennent accessibles grâce à une édition DVD. Importants, ils l’étaient lorsqu’ils ont été réalisés, en 2009 pour Z32 et en 2013 pour Dans un jardin je suis entré, ils le sont restés depuis et le seront de toute façon dans les années à venir. Mais leur “importance”, c’est à dire leur vigoureuse pertinence, la richesse des effets de leur énergie, de leur rigueur, de leur humour et de leur humanité, est comme décuplée par l’actualité de cet été de mort et d’aveuglement au Moyen-Orient.

On a dit ici-même lors de sa sortie combien l’approche de Dans un jardin, par l’inventivité de ses moyens de cinéma, était une proposition à la fois passionnante et émouvante face aux blocages et aux opacités qui règnent sur cette partie du monde, et sur les esprits un peu partout. Cinq ans après sa sortie, Z32 est hélas d’une actualité toujours aussi brûlante, en même temps qu’il mobilise avec inventivité des enjeux qu’aucune actualité ne recouvre ni n’efface, ceux de la responsabilité de chacun – ceux qui tuent, ceux qui filment, ceux qui habitent dans une maison, dans une ville, dans un pays… – face à ce qui est fait, par eux-mêmes et par d’autres.

L’immensité des enjeux est assumée par l’audace cinématographique de Mograbi, artiste prêt à tous les risques au nom de l’intégrité éthique et politique, à commencer par le burlesque radical et inquiet de sa propre présence à l’image. Tandis qu’il filme la confession du soldat israélien chargé d’assassinats délibérément non-ciblés dans les territoires palestiniens, et en organise les multiples niveaux de commentaires tels que le cinéma les rend possible, c’est un véritable vertige de sens, d’une étonnante fécondité, qui se met en place.

L’utilisation des masques de plus en plus sophistiqués, depuis le collant de femme sur son propre visage jusqu’à un dispositif numérique évolutif, fait jouer ensemble avec un humour ajusté jusqu’à la douleur la question des images, la question des identités et celles des “nouvelles technologies”- les mêmes qui rendent possibles drones meurtriers et cyber-manipulations. Dans sa propre maison comme sur le terrain des crimes de Tsahal, en privé, en famille, avec une collectivité à la fois concrète et métaphorique, en colère et en musique, Avi Mograbi fait vibrer les multiples échos d’une tragédie éternelle et très contemporaine, dans sa tranchante singularité. 

 

lire le billet

esptein-erectoJEAN EPSTEIN. Coffret de 9 DVD. 14 films.

Potemkine Films / La Cinémathèque française / agnès b.

 Les éditions en DVD permettent fréquemment, et heureusement, de découvrir des raretés, ou de retrouver des films aimés. Il est exceptionnel que d’un coup une édition rende accessible une œuvre essentielle, jusqu’à présent pratiquement invisible. Son auteur, Jean Epstein, n’est pourtant nullement un inconnu. Mais ce qu’il a offert au cinéma, comme cinéaste mais aussi comme penseur et écrivain, est si vaste et si singulier que sans être ignoré, il sera resté comme en lisière de la reconnaissance officielle et des circuits de visibilité qui établit et entretient les principaux repères de l’histoire mondiale du cinéma. C’est dire combien ce coffret, dernier temps d’une vaste opération qui a vu les films d’Epstein faire l’objet d’une grande rétrospective à la Cinémathèque française, puis de la sortie en salles de ses deux chefs d’œuvre (La Chute de la Maison Usher, 1928, Le Tempestaire, 1947) est précieux et, aussi, courageux, puisqu’il faut aujourd’hui une certaine audace pour se lancer dans une pareille entreprise afin de rendre la place qu’il mérite à un des grands artistes et intellectuels du cinéma.

Le coffret est organisé en trois ensembles. Les films réalisés pour la société Albatros fondée par des Russes émigrés dont Ivan Mosjoukine témoignent de l’invention d’un vocabulaire cinématographique singulier, où fantastique, humour et une énergie venue du romanesque exotique et feuilletonesque nourrissent une verve originale – à vrai dire, il vaudra mieux regarder ces films en dernier, lorsqu’on sera en mesure d’y repérer ce qui s’y esquisse qui éclatera dans les périodes suivantes. La fin des années 20 est ici représentée par, outre l’étrange mélodrame historique Mauprat, trois titres essentiels, Le Chute de la maison Usher, La Glace à trois faces et Six et demi, onze, films de passions et d’énergie qui sont aussi des manifestes en actes pour cette pensée des puissances propres du cinéma, aux confins toujours pas explorés de la technique et de la magie, du réalisme et de l’imaginaire, puissances qu’il réfléchira également dans de considérables écrits (dont les principaux sont réunis dans deux volumes publiés chez Seghers). Sous l’intitulé « Films bretons », la troisième partie du coffret réunit des essais poétiques d’une beauté à couper le souffle – Finis Terrae, Le Tempestaire ­– et des réalisations qui, pour être plus circonstancielles, témoignent différemment des ressources suggestives de son approche du cinéma, telle qu’il aura continué de la mettre en œuvre sur ces côtes bretonnes où il a passé toute la fin de sa vie.

Cette grande aventure artistique et réflexive, marquée aussi par plus d’une ombre tragique, est racontée par la première biographie du réalisateur, l’excellent Jean Epstein, une vie pour le cinéma de Joël Daire (Editions La Tour verte).  

lire le billet
  

A propos de…

Critique de cinéma, notamment pour Le Monde, écrivain, enseignant, Jean-Michel Frodon a dirigé Les Cahiers du Cinéma. Il anime Projection publique, le blog ciné de Slate, et participe à ArtScienceFactory (artistes et scientifiques associés)
En savoir plus