Le libéralisme dans un fauteuil

C’est à la fois un symptôme et un symbole. En (ré)inventant les places plus chères pour certains fauteuils – cela a existé jadis – Pathé affiche la quête éperdue de bénéfices nouveaux de la part de grands circuits qui sont déjà en position de force pour faire euros de tous bois, subventions gigantesques comme vente massive de confiserie, détournement des écrans de leur vocation cinématographique ou obligations aux distributeurs de payer la diffusion de leurs bandes annonces.

Mais surtout, la création de fauteuils plus chers mais plus confortables et mieux placés au Pathé Wepler (Paris, place Clichy) rénové revient à enfoncer un nouveau coin dans l’idée qui aura servi de socle à la relation publique au cinéma, l’égalité de l’accès : sur le même support (la pellicule 35 mm), dans des lieux en principe équivalents (des salles soumises à la même réglementation), on pouvait voir pour le même prix le nouveau film de Steven Spielberg ou le nouveau film de Jean-Marie Straub, même si le cout de fabrication de celui-ci correspondait au cout de fabrication de 3 secondes de celui-là. C’était un facteur d’égalité (entre les spectateurs) et de solidarité (entre les films et ceux qui les font et les diffusent).

Sous les effets conjugués de nouvelles technologies et d’une idéologie ultralibérale débridée, ce « fond » – qui dans les faits a toujours connu bien des accrocs et bien des distorsions, le films n’étant jamais « nés libres et égaux » contrairement au rêve d’André Bazin – ce fond qui servait de base à la fois aux politiques publiques et aux pratiques du public ne cesse d’être défait de toutes parts, sans qu’on observe beaucoup de réactions de la part des autorités en charge d’autre chose que de la défense du sacro-saint droit à la concurrence – par exemple de cette fameuse « exception culturelle », dont il est à craindre que l’on ne s’en gargarise comme jamais que pour mieux en enterrer les principes.

Un commentaire pour “Le libéralisme dans un fauteuil”

  1. Suis d’accord. Et un navet dans un fauteuil 3 étoiles restera toujours un navet. Par contre, je veux bien revoir Scarface ou Le Parrain sur un tabouret ou un strapontin. Pour les merdes, style Turf ou Vive la France !, ils devraient penser a installer des chiottes directement dans les salles. On prendrait moins de temps pour aller vomir ou chier par ennui ! Bunuel y a pense, a peu de choses pres, dans Le Charme discret de la bourgeoisie.

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A propos de…

Critique de cinéma, notamment pour Le Monde, écrivain, enseignant, Jean-Michel Frodon a dirigé Les Cahiers du Cinéma. Il anime Projection publique, le blog ciné de Slate, et participe à ArtScienceFactory (artistes et scientifiques associés)
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