De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général

 

Parue dans Le Monde du 28 décembre,  une vigoureuse déclaration du producteur, distributeur et exportateur Vincent Maraval suscite de nombreuses réactions, dans le milieu du cinéma français et au-delà. L’auteur est une des personnalités les plus en vue dudit milieu, à la fois homme d’affaires très avisé et véritable amateur de films, aux goûts plutôt éclectiques et aux engagements souvent courageux – un profil pas si fréquent dans la profession. Intitulée « Les acteurs français sont trop payés ! », la missive (le missile) s’appuie sur le « scandale Depardieu », donne des noms et des chiffres, et fournit une description globalement exacte, mais par moment biaisée ou incorrecte, de la situation économique du cinéma français.

Commençons par les réserves qu’inspire la polémique telle que formulée par Vincent Maraval. Non, l’année du cinéma français n’est pas un désastre, contrairement à ce qu’affirme la punchline qui ouvre le texte – quels que soient les critères retenus, beaucoup d’argent finira par avoir circulé dans le cinéma français c’est à dire chez ceux qui à un titre ou à un autre le font. Le Marsupilami et La vérité si je mens 3 ne se sont pas « plantés » – mais Astérix, Pamela Rose et Stars 80 oui. Non, le marché de la salle ne stagne pas, même si la fréquentation en 2012 sera en recul sur l’exceptionnelle année précédente, la tendance depuis 2000 est au contraire à une constante augmentation. Et même, contrairement à ce qui était admis (et à ce qu’affirme Maraval), on assiste plutôt à une remontée de la présence, et de l’audience des films à la télévision.

Et surtout, non, les acteurs – il faudrait plutôt dire : les vedettes – ne sont pas riches de l’argent public. Hormis quelques mécanismes, importants mais pas au centre du problème (les régions, le crédit d’impôt, les Sofica), ce n’est pas sur le budget de la collectivité que sont financés les productions, même si c’est bien un système de lois et de réglementation publiques qui définit les conditions de leur financement. Connu aussi pour son exceptionnel bagout – et encore le lecteur est privé de l’accent du Sud-Ouest – Maraval en fait un peu trop dans les affirmations à l’emporte-pièce. C’est dangereux, car ce sont elles qui risquent d’être le plus reprises, par ceux qui voudront utiliser le texte pour attaquer un système qui a aussi, qui a d’abord des vertus décisives,  comme par ceux qui en profiteront, en les réfutant, pour éviter l’essentiel de ce qui est dit, et qui est très juste, même si incomplet.

Ce qui arrive avec les acteurs est le plus visible, et le plus choquant. C’est la part la plus spectaculaire d’une dérive générale, une dérive fondée sur l’augmentation continue des sources de financement du cinéma en France. Mais il n’y a pas que les acteurs. Lisez bien la phrase qui suit, elle contient une révélation bouleversante. Lorsqu’un film coûte 30 millions d’euros, cela veut dire que des gens ont touché ces 30 millions. Qui ? Pour l’essentiel, les professionnels du cinéma. Les acteurs gagnent la plus grosse cagnotte, dans des conditions et selon des mécanismes qu’explique très bien Maraval. Mais les producteurs, les réalisateurs, les chefs de postes techniques aussi. Pourquoi ? Parce que l’essentiel de la stratégie des pouvoirs publics depuis le milieu des années 90 (remplacement de Dominique Wallon par Marc Tessier, d’un militant culturel par un gestionnaire d’entreprise, à la tête du CNC en 1995), a fait de l’augmentation des financements son objectif central. A nouveau : pourquoi ? Parce que le nécessaire équilibre de pouvoir entre professionnels et politiques a été rompus au profit des premiers. Avec succès, il faut le reconnaître, au sens où de fait les investissements dans la production de films français n’a cessé d’augmenter, grâce encore une fois à des dispositifs réglementaires toujours plus nombreux, récemment la taxation des Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI), et pas grâce à des ponctions sur le budget de l’Etat.

Une des pires conséquences de ce phénomène aura été l’explosion du nombre de films, qui a plus que doublé en 15 ans. Car une autre manière de gagner de l’argent, outre de se faire payer des cachets de plus en plus élevés, est de multiplier les productions. Ce sont quelques 100 films en plus, films inutiles, fictions qui auraient mieux fait de se diriger d’emblée vers la télévision, qui sont venus engorger la machine, et d’abord les écrans. Aujourd’hui, c’est pour faire encore plus de place à ces mêmes produits que les nouveaux détracteurs de la « chronologie des médias » veulent exclure de la salle les films les plus ambitieux mais rarement les mieux exposés, en les reléguant d’emblée sur Internet – autant dire, en les assassinant sans bruit.

D’ores et déjà, dans les salles, à la télé, dans les médias, cette masse informe de surproduction, qui rapporte à beaucoup de monde grâce aux mécanismes décrits par Maraval, y compris à sa propre société, a en effet pour résultat de marginaliser sans cesse davantage ceux pour lesquels étaient à l’origine conçus l’ensemble des dispositifs.

Car il faut ici rappeler que tout cela vient d’un système vertueux dans ses principes. Un système qui a fonctionné – notamment dans les années 60, puis dans les années 80 jusqu’au milieu des années 90. Il s’agit d’un système fondé sur la péréquation, sur l’échange de bons procédés. Il n’opposait pas le commerce à l’art mais organisait des effets de soutiens financiers aux films les plus audacieux par les films les plus profitables au nom de la valeur symbolique, culturelle, que les premiers confèrent aussi aux seconds, tant que l’ensemble est traité comme un tout.

C’est au nom de cette grande idée que Malraux et ses collaborateurs ont réclamé que le CNC cesse de dépendre du Ministère de l’industrie pour relever de celui de la culture. Système efficace à condition de maintenir d’une main de fer l’équilibre entre les bénéfices culturels et les bénéfices financiers, contre les ténors de la profession, qui sont toujours d’abord les puissances économiques.

Comme tous les professionnels du cinéma, Vincent Maraval défend surtout ses propres intérêts lorsqu’il prend la parole en public au nom de l’intérêt collectif et de la justice sociale. Lui aussi a besoin de ces acteurs incontestablement surpayés pour financer ses films auprès des télévisions. Le seuil de rémunération qu’il propose est une idée aussi saine qu’assez improbable, tant qu’à faire élargissons-la à l’ensemble du milieu. Elle permettrait par exemple une réorientation massive des crédits au profit des lieux d’action culturelle, en particulier de l’éducation au cinéma, ou mieux avec le cinéma… Ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

Mais attention. La diatribe de Maraval est aussi de nature à alimenter l’argumentaire de ceux qui veulent une destruction de l’ensemble du système au nom d’une logique gestionnaire ultralibérale (cf. les actuelles pressions de Bruxelles) ou ultra-centralisatrice (cf. les pressions de Bercy relayées par certains élus). La belle année du cinéma artistique du cinéma français, celle de Holy Motors, d’Après Mai, des Adieux à la Reine, de Camille redouble, des Chants de Mandrin, de Sport de filles, Adieu Berthe, La Vierge, les Coptes et moi, Nana, Vous n’avez encore rien vu, Dans la maison, 38 Témoins, La Terre outragée, Les Lignes de Wellington, L’Age atomique, Bovines, Augustine, Louise Wimmer, Voie rapide, Alyah…  (chacun pourra bien sûr ajouter ou retrancher des titres, c’est le nombre et la diversité qui importent), cette efflorescence-là est aussi due à l’existence de ce système, en même temps qu’elle est menacée par ses dérives inflationnistes. C’est pourquoi il est essentiel de combattre les effets pervers sans détruire les principes fondateurs, plus nécessaires que jamais.

 

 

 

59 commentaires pour “De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général”

  1. Ah! Merci pour ce billet.
    Ce n’est pas parceque quelques stars se font payer des millions que tout le milieu du cinéma roule sur l’or au frais du contribuable!
    Plutôt que de remettre tout le système par terre il faudrait plafonner les aides pour éviter les abus, et sans doute davantage encourager la diversité des productions pour éviter que le cinéma français se résume qu’à du cinéma d’auteur et des comédies potaches…

  2. Quand est-ce que les pouvoirs publics -état, régions, départements…- cesseront de subventionner les projets comportant des salaires “hors norme”?
    Malheureusement, seulement la “com’ intéresse les collectivités!

  3. La nuance est bienvenue mais au final vous dites la meme chose que Mr Marval. Pourquoi le cinema devrait il etre subventionné tout court ? c’est une industrie comme une autre, pour quoi ne pas subventionne le foie gras, lui aussi contrbue au rayonement de la France ?

    Le probleme est l’approche que l’on a de la societe : soit on laisse les gens faire en leur donnant la liberte de ne pas etre taxe a tout va, soit on on organise tout, regente tou, regule tout, et on arrive la ou on en est… Une societe de fonctionnaire qui a perdu le sens des réalités économiques. des bouffons a la cour du roi….

    en passant : ” la taxation des Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI), et pas grâce à des ponctions sur le budget de l’Etat.”

    Au final ca sort de la meme poche. les FAI repercute la taxe sur les consommateur, c’est simplement une facon indrecte de faire financer par le contribuable l’action de l’etat… ca s’appelle l impot.

  4. Désolé, mais non. C’est de la pensée à deux temps, comme les moteurs de solex: soit la loi de la jungle, soit le dirigisme sclérosant. Il existe de nombreuses autres possibilités, imparfaites mais donnant des résultats. Ils ont déjà été mis en oeuvre. Il est surtout possible, et nécessaire, d’en inventer d’autres, qui récusent cette opposition destructrice.

  5. Tres bonne reaction qui enfin detonne avec les reprises poujados ” les acteurs trop payes” qui fleurissent ici et la. Pas d accord sur tout bien sur, la verite 3 fait perdre de l argent a son distributeur alors que le film approche des 5 millions , normal ? Le marsupilami s equilibre enfin apres son exploitation video alors qu il a fait 6 millions d entrees, normal ? Ca devrait etre un succes industRiel mais non son cout en fait une affaire neutre. Que les films fassent plus d audience, ce n est vrai que sur la tnt, qui ne participe quasi pas au financement du cinema francais, donc ne peut remplacer le bien fonde des obligations. Quant au reste tout est tres juste et fait enfin office d une pensee ce qui depuis ma tribune dans le monde me manque cruellement.

  6. Les sofica ne sont pas des organismes publics il me semble? par ailleurs vous oubliez l’avance sur recettes et le financement par les chaînes (entre autre du service public) auxquels faisait référence la tribune de maraval..
    tribune qui avait l’avantage d’être limpide. Le problème que vous soulevez reste sensiblement le même.

  7. Merci de vos commentaires, mais je maintiens la même approche. Les sofica sont des “abris fiscaux”, les sommes qui y sont placées sont exonérées d’impôts. L’avance sur recettes est financée par le compte de soutien, qui est abondé par des prélèvements dédiés et pas par la recette de l’impot. Les chaines publiques sont (en partie) fionancée par la puissance publique, mais ensuite elles sont gestionnaires de leur budget. Il est clairt que certaines nuances sont fines, parfois même rhétorique, il reste important de comprendre que pour l’essentiel les sommes qui fiencent le cinéma ne viennent pas des caisses de l’Etat. Bien cordialement.

  8. Pour moi le problème n’est pas de distribuer de l’argent publique, le système à la base est bon. Le probleme est comment un organisme decide d’attribuer des sommes astronomiques a certains films et de cautionner une répartition des revenus disproportionnée. ecehelle de 1 à 100 entre une “vedette” et un acteur ayant une scène, un chef de poste etc…Ces organismes ont une mission de service publique ou un cahier des charges tres précis. Perpetuer de telles inegalités me semble ne pas correspondre avec l’esprit de notre Etat.

  9. J’ajoute aussi que quand une production cherche a financer un long métrage, il va voir une chaine de television qui en plus de voir ses revenus baisser d’années en années, a un budget defini par année. Un film a petit budget ou budget moyen, est en concurence avec un film a gros budget, souvent les petits passent apres, ou se voit refuser le financement parce que l’une des dix grosses productions de l’année a tout raflée. Que reste t’il a ces films la. Il leur reste peu de tete d’affiche, peu de temps de tournage, des techniciens debutant acceptant de travailler a 30, 50, 70 pourcent de eur salaire en moins, un distributeur qui se dit que ca ne sent pas bon, BREF peu de chance de succes en salle. Il y a aussi des films dont la production est arreté faute d’une chaine sur laquelle s’adosser. Pourquoi pas apres tout, c ‘est la loi de notre systeme économique. Il me semble cependant que notre “marché soutenu” s’appuye sur des lois qui sont censées defendre une certaine diversité. C ‘est cette diversité qui est menacée car beaucoup de film s’arretent en cours de route ou ne restent que peu de temps en salle.
    D’autre part, un juriste averti dirait que la TSA, taxe sur les billets d’entrée de cinema qui finance le cnc notemment, dirait que dans l’histoire de notre systeme fiscal, un impot ne peut etre affecté a une depense particulière par exemple on ne peut pas decider d’attribuer une portion des recette de l’impot a un secteur en particulier. La “taxe” est un impot dont le nom a été changé pour pouvoir permettre d’attribuer les recette de taxation a un secteur ou une finalité particulière. En resumé les mots ne sont pas les meme, mais dans les faits c ‘est pareil.

  10. Quand le regime general (les Francais gagnant environ 2000€/mois) financent les intermittents du spectacle, ils permettent aux realisateurs d’acceder a des figurants a bon marche et de payer plus les stars du cinema. Les smicards paient donc pour les stars. Ils paient aussi au travers du matraquage publicitaire subi (chaines de television) qui paient pour ces films…. Surendettement, baisse des retraites,… tout cela paient pour un systeme de protection de la production cinematographique ou les stars sont payes 10 fois plus que l’equivalent des productions americaines comme montre dans l’article du monde.

    La France est la specialiste de systemes en tout genre de protection des plus privilegies et le monde du spectacle n’est pas le seul a en profiter. Ces privileges sont la principale cause du manque de competitivite de la France dans l’economie mondialisee. La solution a ce probleme n’est pas la pauperisation acceleree des plus defavorises et le demantelement des systemes de protection sociaux mais le demantelement des privileges des plus favorises.

    Un exemple:
    Si un ingenieur innove et ameliore un procede industriel, il aura peut etre une promotion ou augmentation de salaire…jusqu’a ce que l’activite soit delocalisee et qu’il se retrouve au chomage.

    Si un acteur joue ou un chanteur chante, il touchent des royalties pendant des decennies et ses enfants (qui n’ont rien fait) jouissent de tels privileges pendant des decennies. Ces privileges sont payes par les forces de travail du secteur competitif qui par consequent deviennent non competitifs.

    Ces secteurs soumis a la concurrence internationale disparaissent ce qui affaiblit l’economie Francaise. Le cercle vicieux. Nous n’avons pas les moyens de surpayer ces “stars” du cinema Francais quelque soit leur talent (et certains en ont). Il n’y a aucune justification pour qu’il soient autant payes et en plus ils optimisent fiscalement…ce qui augmente la pression fiscale pour ceux qui restent. On repaie a nouveau. Il convient aussi de limiter la duree des droits d’auteur qui, en aucun cas, ne devrait courir apres le deces du beneficiaire (est ce que mes enfants continuent a toucher ma retraite apres mon deces?).

  11. Deux autres questions reliées aux fonctionnements discutables du CNC :

    Pourquoi une grande partie de l’argent du CNC est distribué aux chaînes tv qui produisent (avec cet argent) des séries de soit disants “docu-fictions”, en réalité de mauvaises télé-réalités ? (plutôt que d’investir cet argent dans des vrais projets de fiction et de documentaires).

    Pourquoi environ 5 courts métrages par trimestre obtiennent beaucoup d’argent (de 50000 à 100000 EUR) de la contribution financière du CNC, parfois des projets de 5min avec 2 comédiens dans une pièce ? Ne serait-ce pas plus judicieux de donner de manière plus logique, plus raisonnée et proportionnée, mais à plus de projets ?

  12. Bon allez! ça suffit tout ça! bisous

  13. Et sinon, où sont passé les VRAIS Acteurs ?
    Pas les “noms gentiment connus -comiques et autres vanneurs du web- qui rassurent les financiers”, non, juste les VRAIS Acteurs ???

    Quel métier d’imbécile.

    Dans 15 ans il n’y aura aucune relève. Il ne vous restera juste que de vieux comiques incapable de remplir un rôle puissant. Shame.

  14. Cher Jean-Michel,

    Permettez-moi un petit commentaires, étant précisé que ce débat et ses échanges sont utiles, surtout en cette période incertaine où Bruxelles menace et où les “guichets” sont plus sélectifs.

    Le mécanisme des SOFICA, institué par la Loi Lang en 1985, ne peut être résumé à un simple abri fiscal. Il offre un levier – de plus en plus relatifs – aux souscripteurs mais il a permis des prises de participation dans de multiples projets (et a constitué une premier proposition d’investissement différent). Beaucoup s’en sont inspirés depuis.

    Lorsque l’on mesure aujourd’hui l’efficacité de systèmes concurrents (comme le Tax Shelter Belge et le FFF Allemand) qui contribuent notamment à attirer nombre de productions étrangères (et françaises) sur leur territoire, il faut être prudent dans les termes employés. Et veiller à ce que la prochaine Communication Cinéma de la Commission Européenne ne torpille pas l’ensemble.

  15. @ Jack Je crains que vous n’alliez pas souvent au cinéma – ni d’ailleurs au théâtre.

  16. @ CE Renault Nous sommes d’accord

  17. Désolé mais quand un film présente un budget officiel à 5, 10 ou 30 millions, il est bien rare que les producteurs perçoivent 100% de leurs rémunérations (de producteur délégué et frais généraux). La très grande majorité des films est en gap de financement, en revanche oui les acteurs sont bien payés rubis sur l’ongle. Les vrais lésés du système demeurent les auteurs, qui ne sont pas intermittents et dont les minima garantis sur les recettes sont en constante baisse pour les films “du milieu”. En revanche que ce soit M. Maraval qui s’émeuve de tout cela…

  18. Le cinéma français est globalement très mauvais justement parce qu’il est intégralement subventionné, directement ou indirectement.

    Sur la totalité du bugdet d’un film, une grosse par revient évidemment à l’État via les charges, impôts et taxes diverses.

    Enfin, il y a peu de secteur d’activité qui respecte aussi peu le code du travail et les nomes de sécurité, surtout en ce qui concerne les postes les moins bien rémunérés. Aucun producteur ne peut dire qu’il a payé toutes les heures effectuées par chacun des techniciens : 8 heures de tournage payées signifient au moins 11 heures de travail effectif, et seules les équipes dites “ouvrières” se font systématiquement payer les heures de préparation et de remballe. Sur certains postes, on peut parefois être convoqué à 6h pour un tournage effectif débutant à 9h et finir sa journée à 21h – le tout pour 100 euros brut. Ramené à un salaire horaire, on est en dessous du smic.

    L’inégalité y est poussée à des niveaux qui relèvent de l’obscène : l’écart maximum entre le salaire le plus élevé et le salaire le moins élevé que j’ai pu personnellement constaté sur un tournage est de 1 à 700, un écart qui n’existe dans probablement aucun autre secteur. Mais il faut payer les salaires très élevé des comédiens et chefs de poste, alors on rogne systématiquement sur les salaires les plus bas en étendant le temps de travail sans contrepartie.

  19. [...] Faux, ou plutôt en partie faux, rétorque dimanche 29 décembre le critique de cinéma Jean-Michel Frodon sur le site Slate.fr. "Hormis quelques mécanismes", ce n'est pas l'argent public qui arrosent les productions. Les sources de financement sont multiples, elles n'ont d'ailleurs cessé de gonfler avec les années. Exposées par Vincent Maraval, les dérives liées aux cachets des acteurs n'en sont que les manifestation les plus choquantes et les plus visibles. Tout le problème est là, estime l'ancien directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma : le système s'est perverti. [...]

  20. Merci Jean-Michel pour ce billet très clair. Je ne peux que souscrire au voeu d’une “réorientation massive des crédits au profit des lieux d’action culturelle, en particulier de l’éducation au cinéma, ou mieux avec le cinéma…”
    Mais il faudrait alors veiller à ce que la dérive dont tu parles ne concerne pas également ces institutions… Car leur responsables, autrefois militants culturels, sont eux aussi de plus en plus des gestionnaires d’entreprise…

  21. Monsieur Frodon,
    Vous faîtes bien de vouloir défendre l’exception culturelle et le mécanisme publique de soutien au cinéma français avec les régions et le CNC, qui ont comme mission de défendre la diversité culturelle, mais vous faîtes fausse route lorsque vous affirmer que la sortie de Maraval serait manichéenne et dangereuse : France Télévision est bien une institution publique et non privée (taxations des pubs et autres impôts du service publique pour France télévision), Maraval montre avec courage et lucidité la porosité du système publique des chaînes de France Télévision qui légitime par son pouvoir de participation aux financements des films à l’escalade ultralibérale des salaires des “vedettes”. C’est à cause du manque de règles systémiques des chaînes de télévisions publiques que l’inflation des salaires existent. Donc Maraval a raison en dénonçant ces excès sur le dos de l’exception culturelle . L’état socialiste devrait questionner ces dérives et lancer une grande réflexion sur les plafonnements des salaires des têtes de gondole qui pompent les deniers publiques afin d’éviter cette situation actuelle, totalement paradoxale dénoncée par Maraval.

  22. Le problème du Cinéma français est celui de bien d’autres gros mastodontes comme celui des majors américaines. Sauf que le français n’a pas le pouvoir de frappe de la “machine” américaine dans son ensemble (état, diplomatie, fonds d’investissement, etc.).
    On fabrique selon des recettes et, quand on trouve une nouvelle on l’use jusqu’à la corde.
    On les enseigne dans les écoles de cinéma, on formate selon des recettes. Ceux qui ne reconnaît pas suivre des recettes appartiennent à des coteries, à des clubs (le club “nouvelle vague”, par exemple qui ne finit pas de mourir avec les Klapisch and Co.) .

    Bref, le problème n’est pas tant les coûts mais le manque d’ouverture, la non prise de risques, la formation des étudiants cinéma par des profs…

    Et puis, pourquoi on revient aux séries en matière de tv, quand ont est simple public?
    Parce que le cable américain a fait le travail que le cinéma refuse de faire : mettre les livres de recettes à la poubelle, soigner les scénari, soir du politiquement correcte et des “personnages récurants”, bref aujourd’hui scénaristes et metteurs en scène américains préfèrent travailler pour la TV que pour le cinéma d’un point de vue artistique.

    Donc, le problème, en résumé, est celui de ne pas oublier qu’on fait de l’art !

  23. Merci pour la liste des films que nous aurions du pouvoir voir aussi dans notre province. C’est noté.

  24. Il ne reste plus à la profession qu’à se saisir de la question (point déjà abordé semble-t-il, mais sous un autre angle, par le”groupe des 13″ dans son rapport “Le milieu n’est plus un pont mais une faille”) sous l’autorité ou non du CNC afin de faire des propositions au pouvoir politique. Les lieux d’échange indépendants (Forum des Images, Cinémathèque française, Institut Lumière, etc.) pourraient accueillir un débat au long cours.
    À l’heure du tout numérique, il est peut être temps de reposer aussi la question du financement du cinéma, et pas seulement celle de la préservation de sa mémoire.

  25. J’ai l’impression qu’il y a maldonne sur les notions d’”impôt” et d’argent public. Un “prélèvement dédié” est juridiquement un impôt, dès lors qu’il est obligatoire (taxe sur les FAI par ex.: et oui, une taxe, c’est un impôt ;-) . C’est dans ce cas, c’est bien de l’argent public, même si ce n’est pas inclus dans le grand tout du budget de l’Etat!

    Je crois que vous affaiblissez ainsi et rendez inutilement complexes les nuances que vous voulez apporter à la déclaration de Malaval.

  26. [...] La réponse de Slate [...]

  27. Vu de Belgique, la France est un des Etats les plus subventionnés du monde. C’est peut-être pour ça qu’il a mieux affronté la Crise que des pays ultralibéraux.

  28. Mr Frodon, même votre blog reconnaît qq part la mauvaise santé du cinéma français! son nom anglais “slate” ne veut-il pas dire “ardoise” !

  29. défendre la diversité culturelle…ok mais c’est flou..

    vous avez l’art d’obscurcir les débats.. .

    L’état subventionne il le cinéma?
    si oui selon quel principe et dans quel but?
    ce but est il atteints?

    En tant que citoyen , on a le croit d’voir des éléments de choix politique, et comme il n’y a pas beaucoup d’argent public , son utilisation doit être scrutée.

  30. il parle d’échec économique en publiant des chiffres vous non pourquoi ? en vous lisant ça donne l’impression du contraire

  31. @Lemiere Jacques
    L’état subventionne il le cinéma?
    L’Etat soutient le cinéma, principalement par des mesures juridiques.
    si oui selon quel principe et dans quel but?
    Les principes sont ceux d’une politique publique de la culture, définie depuis Jean Zay et Malraux, développée à l’époque de Lang, qui a trouvé une formulation y compris internationale sous le nom d’”exception culturelle”.
    ce but est il atteint?
    Partiellement: le cinéma français est artistiquement sans doute le plus créatif du monde, et culturellement aussi le mieux accompagné, dans les établissements scolaires, les cités, etc. Mais toujours insuffisamment, et en subissant des dérives qui légitiment les actuels débats, et appellent de nouvelles mesures.

  32. @rt9266 Parce que son argumentaire se situe uniquement dans une logique de rentabilité à court terme. Pas moi. je ne crois pas qu’on puisse débattre de questions culturelles en se fondant sur une logique comptable.

  33. Merci pour ce billet. En fait comme dans la littérature ou même aujourd’hui la musique on assiste à une déferlante de productions qui ne méritent pas pour un grand nombre de sortir. Nous sommes dans l’ère du tout et tout de suite dans la voracité du marché. En somme nous sommes passés de l’Art à la marchandisation libérale, à une abondance étouffante. Je ne rêve pas du grand soir mais l’Europe à pris le virage et le visage du libéralisme alors je crains qu’il nous faille une révolution au moins dans les têtes. Je ne suis pas un professionnel du cinéma mais je crois que ce milieu ressemble au monde dans lequel nous vivons. Quant à Depardieu le plus intolérable est de l’entendre donner des leçons à la populace…

  34. En juin 2004, Jean Cluzel (Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques) présentait, à l’académie des Beaux-arts, ses “Propos impertinents sur le cinéma français” dans les termes suivants (EXTRAITS) :
    ” … En effet, le cinéma français qui devrait faire face à trois crises en est bien incapable. Son système de financement est à bout de souffle. L’évolution vertigineuse des technologies de production et de diffusion le prend au dépourvu. Le régime d’indemnisation chômage des intermittents du spectacle vient d’imploser. ”
    Il pointait sept péchés capitaux :
    1. Une politique à la Gribouille
    2. Une politique intimiste
    3. Une politique inspirée par les corporatismes
    4. Une politique défensive limitée au cinéma
    5. Une politique qui a reconstruit une ligne Maginot
    6. Une politique qui use la diplomatie française
    7. Une politique qui tourne la dos à l’Europe
    Etc, etc…
    Ce document court et facile à lire, n’est-il pas toujours d’actualité ?
    (source : http://www.academie-des-beaux-arts.fr/actualites/travaux/Comm.%202004/cluzel.pdf)

  35. @ Philippe Le rapport Cluzel, et ses avatars (il y en a à foison, souvent dans Le Figaro) est composé d’un mélange de contre-vérités, d’approches depuis des points de vue qui ne sont ni ceux des intérêts du cinéma, ni ceux des intérêts de la culture, ni ceux des intérêts de la collectivité, et d’éléments exacts. Ce type d’attaque à l’arme lourde est exactement ce qui empêche de réfléchir et d’agir. Il n’a jamais été d’actualité.

  36. Merci en tout cas pour ces 2 articles (MM. Maraval et Frodon) qui éclairent la problématique avec 2 angles différents mais globalement en phase. Cela permettra-t-il d’engager un vrai débat et une réforme de ce système ? Je l’espère. Contrairement à certains points de vue, je ne trouve pas que le cinéma français soit “nul”, mais je trouve qu’il est endogame et répétitif. Je suis allée voir il y a 2 jours “les lignes de Wellington” qui est une coproduction française, et je comprends mieux pourquoi certaines scènes inutiles existent, pour montrer C Deneuve, I Huppert, C Mastroiani … pendant 2 minutes. Cela alourdit le film, n’a aucun intérêt, … mais doit permettre d’obtenir un financement, en payant les stars au passage ! Ce qui me choque est que certains critiques de cinéma évoquent ces scènes dans leurs articles comme inoubliables … Tout cela tourne vraiment en boucle !

  37. @ Dominique C’est parfaitement votre droit de ne pas aimer le diner de famille français dans le film de V Sarmiento (opinion que je ne partage pas du tout, je trouve la scène à la fois utile et amusante), mais en tout cas la réalisatrice et son producteur n’en avaient nullement besoin pour justifier la coproduction – d’autant que dans ce cas, la présence de Français fait clairement partie du sujet. Ce qui bien sûr n’empêche pas, dans d’autres cas, des dérives: Godard s’en moquait déjà dans “Week-end”, avec les Italiens de la coproduction vautrés dans le faussé.

  38. Si sur le fond je suis d’accord avec votre article,et avec celui de Maraval, je me permets quand même quelques précisions : au regard du coût du film et des attentes en terme d’entrées, le Marsupilami est un échec.
    Au regard deu mg versé par le distributeur, Le Vérité si je mens 3 a dû faire la moitié des entrées qu’il aurait dû faire.
    Économiquement, Maraval a donc raison de les considérer comme des échecs.
    Quant à la chronologie des médias, ce qui est visé n’est pas sa destruction, mais son assouplissement. Avec deux buts visés. Pour certains films, il s’agit d’en améliorer l’exposition, et, à titre d’exemple, la sortie simultanée de Two Lovers aux États Unis où James Gray est un parfait inconnu, a permis détendre son public.
    Oui, la sortie de Nuit#1 a pâti de sa diffusion web, mais parce que certains exploitants n’ont pas joué le jeu. le Voyage de Monsieur Crulic a-t-il souffert de sa diffusion à la télé la veille de la sortie ? Pas sûr. C’est, et là je vous rejoins, l’embouteillage de films (anonyme dirait Doillon) en salle et l’absence de choix éditoriaux de certaines salles qui l’ont tué.
    Le deuxième but est d’élargir le goulet d’étranglement qu’est le financement du cinéma avec le formatage qu’il induit sur les œuvres en ayant une poignée de décideurs qui choisissent les projets qui se font ou pas. Or, comment intéresser au financement des potentiels financeurs s’ils n’ont pas la possibilité de diffuser dans un délai raisonnable, mais après la salle, bien sûr, des films qu’ils ont préfinancé parce que les fenêtres continuent d’être préservées pour ceux qui n’ont pas participer au financement du film? Pourquoi préserver la “fenêtre canal” si Canal n’a pas pré acheté ? Pourquoi remettre jusqu’à 48 mois certaines diffusion alors que personne ne diffuse le film entre temps ?

  39. Cher Jean-Michel,
    J’étais justement en train de défendre la même thèse que toi à un ami qui me parlait de l’article de Maraval quand je reçois un sms me faisant part de ton papier !
    Juste une remarque. Il est vrai qu’il faut faire attention aux argumentations qui pourraient permettre une remise en cause d’un système qui a en grande partie fait ses preuves;
    Sauf que ! A force d’adopter cette position on s’interdit tout réflexion d’ensemble sur un mécanisme qui est un peu à bout de souffle. A quand une véritable évaluation du millefeuilles d’aides. A force de rajouter une aide ponctuelle (ou une réglementation, cf les propos typiques de Michel) dès qu’il y a un problème, on a un peu perdu de vue les lignes de force de la politique du cinéma. Malheureusement pour se lancer dans cette évaluation pour refonder la politique culturelle du cinéma il faudrait créer un ministère de la Culture…

  40. “Comme tous les professionnels du cinéma, Vincent Maraval défend surtout ses propres intérêts lorsqu’il prend la parole en public au nom de l’intérêt collectif et de la justice sociale.”
    C’est très vrai ! (Et je ne dis pas cela contre Maraval -qui au moins a l’audace de prendre position individuellement- mais plutôt pour les autres…) D’ailleurs c’est là le vrai problème, car à partir de ce constat, la solution ne peut donc pas venir de l’intérieur ni de quelque prétendu groupe de travail (représentant souvent des clans qu’autre chose). Ne reste plus qu’à attendre un nouveau Malraux… (en mettant si possible les lamentations en sourdine car à l’étranger on rit de nous, râleurs -avec nos avantages- devant l’éternel…)

  41. Monsieur Frodon,
    Les contrats liant un acteur à un producteur délégué prévoient le plus souvent que le premier bénéficie d’un couloir de rétribution du fonds de soutien.
    En d’autres termes, les spectateurs payent une taxe spéciale sur le cinéma de 11% du prix du billet (TSA) qui alimente, entre autres, un fond financier redistribué par le CNC. Il s’agit bien là d’argent privé qui, taxé, devient public.
    Dès lors que les comédiens les plus plébiscités demandent à bénéficier des rétributions alimentées par cette taxe sur les entrées du film en salles, il me semble qu’ils deviennent des producteurs associés mais également qu’ils s’enrichissent grâce à de l’argent public. Sans porter de jugement sur un tel système, dire le contraire ne me paraît pas exact.
    Bien cordialement

  42. [...] – Jean-Michel Frodon, sur slate.fr, tient à peu près le même discours que Sam Karmann : ok pour dénoncer les excès, mais pas question de remettre tout le système de l’exception culturelle en cause. Pour lui, hormis celle des cachets des acteurs qu’il reconnait, l’autre grande dérive du cinéma français est l’explosion de ses sources de financement depuis les années 90. Une multiplication qui a conduit à une prolifération excessive des films produits et parmi cette surproduction, un paquet de “films inutiles, fictions qui auraient mieux fait de se diriger d’emblée vers la télévision, qui sont venus engorger la machine, et d’abord les écrans”. [...]

  43. [...] son blog Projection publique (publi sur Slate.fr), il dnonce la diatribe de Maraval de nature alimenter l’argumentaire de [...]

  44. [...] A lire également, la réfutation par Jean-Michel Frodon, qui n’est pas n’importe qui non plus, et qui relativise en partie le propose de Maraval, [...]

  45. ************

    Bonjour à tous,

    Même si nous ne sommes pas totalement d’accord avec Vincent MARAVAL, il faut le remercier de marcher dans le plat et d’ouvrir un débat que nous aurions dû avoir depuis des décennies.

    Je n’entends personne s’énerver que le public soit obligé de payer des places excessivement chères dans certaines salles et depuis l’entrée de la « 3D » dans les salles, une majoration pour voir
    des « merdes techniques déficientes scénaristiquement ».

    Nous vivons également sous le traité Byrnes/Blum de l’après-guerre qui nous contraint d’avoir un gros pourcentage de films américains qui « squizzent » nos écrans, et qui ne mériteraient pas de passer sur leur propre télévision US.

    Personne ne s’étonne non plus de voir des titres qui sont systématiquement en anglais sur les devants des cinémas.

    La flambée des salaires de certains comédiens est une « américanisation » de la rémunération.
    Il serait plus juste d’avoir un salaire de base pour les stars et un intéressement modulable en fonction des entrées.

    Les chaines de télévision devraient revoir leur politique de diffusion car depuis plusieurs années, ils nous pourrissent le paysage cathodique en ne montrant que des séries américaines souvent écrites sur le même canevas narratif.

    La proposition artistique s’appauvrit de manière générale, et les films de qualité sont absents et le nivellement par le bas des écritures cinématographiques ne motivent pas les spectateurs à sortir de chez eux. Quand un film de qualité pourrait avoir une belle carrière, il se retrouve en concurrence avec une multiplication excessive d’écrans « américains », et voit sa carrière écourtée dans l’indifférence générale.

    Patrick AUZAT-MAGNE

    ************

  46. Et ce qui devait arriver, arriva… L’article de Vincent Maraval au sujet des acteurs français trop payés, sera pour les intermittents du cinéma son pire cauchemar. Maraval relève et révèle des dérives dont il faut parler avec urgence car elles pèsent sur l’industrie du cinéma. De cette révélation publique, dont au passage le petit monde du cinema sait toujours gardé de parler alors qu’en réalité elle est sa propre gengraine, Maraval en est l’initiateur et nous pouvons que l’en féliciter. Par contre en oubliant de préciser que sa diatribe concerne uniquement les vedettes et non pas l’ensemble des professionnels du cinéma, il prend le risque de mettre tout le monde dans le même panier et laisse la voix ouverte à tous les amalgames. Pour résumer, les profiteurs seraient aussi les intermittents du cinéma. Effectivement, il n’a pas fallu longtemps pour que réagisse ainsi l’opinion, dixit votre article M.Frodon, qui clairement se positionne en ce sens. Non M.Frodon, la grande majorité des techniciens du cinéma ne profitent pas des millions dont vous parlez. Les écarts entre les vedettes et les techniciens restent immenses tant du côté des conditions de travail que des salaires. Et ces dernières années, nul ne pourra le contester, les techniciens et ouvriers sont de plus en plus mal payés soit-disant au nom de cette sacro-sainte exception culturelle… Ce qui est sûr, de toutes ces réactions divergentes et bienvenues, il est temps que les professionnels et le ministère de la Culture se réunissent autour de la table pour engager ensemble un grand “Grenelle du cinéma et de l’audiovisuel” et revoir ainsi en profondeur un système qui ne tient plus. Affaire à suivre donc…

  47. [...] description comme l’a souligné Jean Michel Frodon dans son blog n’est pas fausse, mais partielle, car si inflation il y a, elle ne se résume pas aux  [...]

  48. C’est quand meme terrible, des qu’on parle pognon, les gens affluent, prenez d’autres posts, plus artistiques sur Pi ou la guerre d’Algerie traitée par le cinema français, sujets pourtant dans le feu de l’actualité, il y a 3, 4, 6 réactions ou aucune, et puis vous créez un post qui parle des pépettes et alors la c’est la ruée, plus d’une quarantaine de réactions! A Jean-Michel Frodon, ecrivez sur l’argent dans le cinema francais, sur les prostituées (inventez meme des putes dans le systeme) ou sur Israël (et le rapport a la Palestine) et, alors la, les commentaires vont affluer. Pourtant le billet de Vincent Maraval ne dénonce rien qu’on ne sache vraiment. Ce n’est pas qu’il a tort, il a meme raison dans ses grandes lignes (nombre d’acteurs francais non bankable sont trop payes), mais il dénonce juste un truc que nombre d’hypocrites dans le systeme sont incapables de dire, par peur d’etre tricards. Nonobstant, Vincent Maraval ne choisit pas les bonnes cibles. Autant il est recevable de critiquer un Dany Boon surpaye qui ne remplit pas les salles, autant il me semble incongru de s’en prendre au Marsupilami de Chabat. Qu’est-ce qu’il veut? Ce film va etre rentable sur la duree pour plusieurs raisons : 1) il a fait environ 5 millions d’entrees en salles (c’est enorme) 2) il est en ce moment, vacances obligent, tres bien classe dans les ventes DVD 3) il a eu un bon succès critique, ce qui est bon pour inscrire ce film dans un parcours de rentabilité durable. 4) il a un acteur populaire : Djamel Debouzze, qui peut etre benefique pour la vente du film a l’etranger, notamment au Maroc. Faudrait tout de meme que Vincent Maraval choisisse l’objectivité et non pas une subjectivité qu’on suppose guider par quelque interet personnel. Attention, je ne suis pas contre Maraval mais j’ai l’impression qu’il ecrit au marteau-piqueur, sans discernement, et ça c’est fâcheux.

  49. Bonjour,

    Est-ce que quelq’un peut m’expliquer s’il y a une relation entre le “succès” du Marsupilami et le fait que la société de son producteur a fermé en 2012?

  50. J’aimerai soummetre 4 points pas suffisament traités ou commentés à mon sens, et au centre du problème du cinema français contemportain:

    1)Les producteurs s’octroient souvent 12% du budget du film comme salaire: quand on sait que le travail du producteur français consiste a lever les fonds d’un nombre restreint de sources, qu’il est allergique a ce qu’on appelle le developpement et la préparation d’un film. Il me semble donc que souvent, car il existe heureusement plusieurs exceptions, le producteur n’est qu’intermédiaire entre les créateurs de films et les fonds publique ou privés, et touche une commission importante tout en contribuant parfois très peu aux autres niveaux de la production du film.
    2) Dans une production américaine, le pourcentage du buget d’un film qui correspond au scénario est en moyenne 10, 12%, en france il est de 2%…Y-a-t-il là une raison pour ce qu’on pourrait appeller ‘le problème scénaristique’ en France ?
    3) Le système du financement en France est sur le papier doué de vertus indiscutables certes, mais depuis longtemps il a été détourné totalement de son but, artistiquement. au lieu du coup de soutenir l’innovation, le courage, la prise de rique artistique, le système finit par soutenir des personnes, des reseaux, des producteurs qui sont abonnés aux aides et jamais ceux qui ne les auront jamais faute de reseau… Le veritable contenu du projet d’un film n’est pas la première préocupation, car le casting administratif, technique et artistique du film est souvent suffisant à lui tout seul comme argument pour soutenir ou pas un projet.
    Pire, au lieu de permettre, en protégeant les producteurs de la banqueroute en cas d’echec commercial du film, une grande prise de risque artistique passionante, on se retrouve avec des films particuliérement peu audacieux, très formatés, qui ne laisse aucune trace de leur passage dans l’histoire du cinéma. Certes les coupables évidents pour ce manque d’audace dans un système qui est censé l’encourager, sont les producteurs, mais desormais, le manque de prise de risque est devenue une regle de survie pour ces mêmes producteurs, une regle qu’il faut suivre ou se faire exclure par le milieu.
    4)Dans un contexte très peu propice à la production artistique comme celui de la crise économique paneuropéenne (alors que c’est dans de tel contexte que le cinema peu prendre tout son sens) il faut absolument prendre le devant sur la reflexion d’une réforme du systeme de financement pour ne pas se retrouver comme dans le débat sur les intermitents, à juste défendre un système malgré ses vices et injustices (les intermitents des spectacles vivants) Mais existe-t-il assez d’artistes, techiniciens, producteurs, critiques dans ce milieu qui sont prets à sacrifier un certain confort de vie pour commencer à vraiment défendre un cinema exigeant, bien fabriqué, novateur, qui porte une reflexion sur son époque, qui propose une autre vision du monde, qui pousse la technique cinématographique, bien écrit, bien interprété ? rien n’est moins sûr

  51. En gros, c’est le même raisonnement que celui des élus pour justifier le cumul des mandats.

  52. [...] peu plus tôt, Jean-Michel Frodon, critique (il le fut longtemps au Monde) avait, sur son blog hébergé par Slate.fr, pointé la justesse de certaines des remarques de Maraval tout en avertissant qu’elle était [...]

  53. Salut. Ça barde la-bas sur le blog de M. Toubiana. J’ai vu d’ailleurs que JMFrodon avait ecrit sur le fil de la discussion. Vincent Maraval a ouvert une brèche. Le public gronde. La colere monte. Des querelles intestines se preparent, le sang va couler. Ca va chier. Y a pas plus hierarchise qu’un plateau de tournage de cinema ! On lit Libe, mais on pense Le Figaro. On se prend pour Gavroche, mais on est le monsieur Bertin d’Ingres. Ca ecoute Higelin mais ca pense Madelin. Ca fredonne NTM mais ca fonctionne UMP. On cite Rimbaud, mais on a le train de vie des bourgeoises du XVIe arrondissement ou de Paris Hilton. On pense Melenchon, mais on agit Cope. Jean-Francois. Et les pauvres ou gagne-petits écopent. Un plateau cine : ce n’est pas du tout un espace democratique, ca fonctionne au mepris. Un nanti a sa superbe loge, c’est la star vous comprenez, pendant qu’un petit role ou un figurant doit se contenter d’une barre de Mars ou d’un repas Discount et, pour ses medicaments, c’est des generiques. Et on decouvre ainsi, grace au coup de tonnerre de VINCENT MARAVAL, que la petite famille du cinema est en fait une famille dysfonctionnelle avec, d’un cote, les cadors, les Zlatan Ibrahimovic (mais au moins lui il marque, il mouille le maillot), les nantis, et de l’autre, il y a ceux d’en bas, les sans grade, les technicos, les intermittents, les acteurs pas vedettes, les rameurs, les petites mains ou les accessoiristes qu’on pense accessoires. Et pourtant, que serait Cyrano sans son chapeau a plumes, Zorro sans sa cape noire ou Deneuve sans un éclairage qui la sublime ? Et Alain Delon sans son brushing ? Et la Paradis sans son maquillage ? Il faut appeler un chat un chat. Si la fronde se réveille, si un 1789 se prepare dans le milieu exsangue du cinema francais, alors que des têtes tombent et qu’un jour nouveau apparaisse. Comment regretter des merdes comme Les Seigneurs ou Turf ? Comment regretter le cinema embourgeoise des nantis du cinema francais ? Et ou est-il ecrit que des Marceau, Auteuil, Paradis, Huppert et compagnie doivent truster tous les rôles dans le cinema hexagonal ? Combien de bons films, comme ” Holy Motors ” ou ” Camille redouble “, pour combien de merdes qui ne s’exportent meme pas ? Doit-on se taper jusqu’a la saint Glinglin les bonbonnières cinématographiques de Daniele Thompson, de Francis Veber, de Nicole Garcia et d’Anne Fontaine ? N’est-il pas bon qu’un vent hugolien, et tempetueux, souffle sur tout ça pour nous rappeler que le cinema est avant tout un art social qui s’adresse a l’humain et non pas un fait du prince qui aurait pour finalité de flatter l’égo de pseudo-artistes ? Avec Vincent Maraval : un pour tous, tous pour un ! On est derriere lui. On est derriere TOI. Faisons de la Cinematheque une nouvelle Bastille. Resistons. Siegons. Godard doit intervenir. C’est un Grec. On est tous Grecs dans la tourmente, ou Espagnols. Non pas Allemands. Et, au fait, oh la la la la marade!!!, ils sont ou nos bons gros couillons de people soi-disant de gauche qui squattent les plateaux TV pour se gargariser de blabla humaniste de bon aloi ? Les Pierre Arditi, Josiane Balasko, Joeystarr, Emmanuelle Beart, Michel Piccoli (mais bon lui est tres vieux, on lui pardonne), Jacques Weber, Philippe Torreton, Jean-Michel Ribes, Denis Podalydes et autres Patrick Bruel : ils sont ou !? A part sauvegarder la cassette du cinema national dote du label qui a bon dos “Exception Culturelle”, que foutent-ils ? Je remettrai les pieds au cinema si un Pialat, un nouveau Godard ou un Pier Paolo Pasolini se présentent. Pas avant. Faut pas nous prendre pour des vaches a lait non plus. Maraval mérite le respect. VINCENT MARAVAL, un nom a retenir.

  54. Bon, c’est du gros délire ! Mais merci Jean Vick pour la franche rigolade! Au fait, quel est le plateau de cinema que vous avez arpente dernièrement ? J’aimerais bien savoir. Vous fantasmez completement mon pauvre ami. Remarquez. Le texte de Maraval est le tremplin pour les fantasmes de toutes sortes. D’ailleurs on atteint un point Godwin : le systeme est pourri, TOUT le cinema francais est pourri. Merci Maraval !

  55. Frodon va se faire sacquer…

    (pardonnez moi c’était trop tentant)

  56. [...] that’s where many of a debate surrounding Maraval’s content has arisen. At Slate.fr, Jean-Michel Frodon, before a censor at Le Monde and editor of Cahiers du Cinéma, thinks that a critique is “quite [...]

  57. J’aime pas les riches. Je ne mettrai plus les pieds au cinema.

  58. Il ne faut pas oublier la destruction massive des salles de cinéma à Paris (et ailleurs) depuis les années 80, qui fait que le cinéma d’auteur n’arrive plus à exposer ses films… Voir cet album éloquent “in progress” chaque jour sur la page Facebook des Cinéastes de l’ARP :
    http://www.flickr.com/photos/56556694@N04/sets/72157629583915902/

  59. [...] 3. « De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général » par Jean-Michel Frodon, le 29/12/12 sur son blog Projection publique http://blog.slate.fr/projection-publique/2012/12/29/de-la-fortune-des-vedettes-en-particulier-et-des… [...]

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A propos de…

Critique de cinéma, notamment pour Le Monde, écrivain, enseignant, Jean-Michel Frodon a dirigé Les Cahiers du Cinéma. Il anime Projection publique, le blog ciné de Slate, et participe à ArtScienceFactory (artistes et scientifiques associés)
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