Les meilleurs films de 2009 : 51 + 1

L’usage veut qu’on donne dix titres. Cela ne correspond pas du tout à mon expérience de spectateur. Aussi ai-je choisi de lister tous les films sortis en salle en 2009 et qui m’ont rendu heureux. Le hasard veut que cela fasse exactement la moyenne d’un par semaine. La longueur de cette liste est délibérée, de même que l’absence de classement entre la plupart des titres qui le composent.

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Hafsia Herzi et Ludovic Berthillot dans Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie

Longueur et absence de classement visent à mettre en évidence la profusion et la diversité de ce qu’offre le cinéma aujourd’hui, contrairement aux sempiternels lamentos de ceux qui ressassent qu’il n’y a plus rien de bien à voir. Ces gens-là ne vont plus au cinéma, ou très peu. Il est probable au contraire qu’il ne s’est jamais réalisé autant de films passionnants qu’en ce moment. Mais de moins en moins ont la possibilité d’être vus dans des conditions correctes. Pour des raisons économiques, mais aussi du fait de la domination d’un discours de haine de l’art qui trouva, hélas, une triste illustration sur Slate.fr avec l’article de Jean-Laurent Cassely contre le The Limits of Control de Jim Jarmusch. Il importe donc de classer ce si beau film premier (témoignage du critique hystérique que je suis : j’ai vu ce film en salle, avec un public nombreux parmi lequel huit personnes ont quitté la salle – et alors ? toute œuvre exigeante est une œuvre qui divise et qui dérange – mais où la grande majorité est restée jusqu’à la fin du générique, malgré la détestable habitude de rallumer la lumière, dans un état d’émotion et de gratitude inhabituel, état confirmé par les commentaires échangés en sortant, y compris entre personnes ne se connaissant pas). Mais comme dit Jarmusch, si Antonioni ou Tarkovski tournaient aujourd’hui, leurs films ne seraient sans doute pas distribués.

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Isaach de Bankolé dans The Limits of Control de Jim Jarmusch

Deux autres titres pour composer une sorte de tiercé de tête : peut-être le plus grand film de l’année, voire de la décennie, Antichrist de Lars von Trier, violemment rejeté au Festival de Cannes, et qui a la beauté noire et troublante des grandes œuvres de Lautréamont ou de Georges Bataille. Pas d’inquiétude, le temps lui donnera sa juste place. Enfin selon moi le meilleur, le plus drôle, vivant, surprenant, érotique, politique et bucolique des films français de cette année, Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie.

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Antichrist de Lars von Trier

Mais, comme chaque année, le cinéma français aura montré une réjouissante créativité : quel autre pays (Etats-Unis compris) pourrait revendiquer une liste aussi riche et diverse que Les Herbes folles, 35 Rhums, Hadevijch, Les Derniers Jours du monde, Violent Days, Lettre à la prison, Ricky, La Fille du RER, Bellamy, Le Père de mes enfants, Rapt, Irène, La Danse… et les autres (cf. ci-dessous) ? Je mets à part Un prophète (c’est lui le « +1 »), indéniable réussite dans un registre malgré tout limité, et qui suscite à présent un engouement disproportionné, au détriment d’œuvres plus libres, plus ouvertes. Ce n’est pas la faute d’Audiard ni du film, mais celui-ci est en passe de jouer un regrettable rôle de repoussoir.

Pour le reste, comme je le répète, passés les 3 premiers titres il n’y a plus de classement. Je souligne juste en passant la belle variété des origines géographiques de ces réalisations.

De toute évidence, je suis un spectateur privilégié. Bien peu ont eu la possibilité de voir autant de films que moi (environ 400 cette année). Mais je vous souhaite de tout cœur de « rattraper » beaucoup de ceux qui figurent ci-dessous (en salle si possible, sinon en DVD, sur le câble ou sur Internet…), et surtout d’essayer d’aller à la rencontre d’aventures de cinéma aussi multiples que possible. Et qu’aucune autre liste ne ressemble à la mienne, mais qu’elles soient aussi fournies.

(PS: les illustrations sont des petits cailloux pour se souvenir, à chacun d’essayer de les relier au film dont elles sont issues)

TOP 52

The Limits of Control de Jim Jarmusch

Antichrist de Lars von Trier

Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie

35 Rhums de Claire Denis35-rhums

Inland de Tariq Teguia

Etreintes brisées de Pedro Almodovar

Liverpool de Lisandro Alonso

La Fille du RER d’André Téchiné

Gran Torino de Clint Eastwood

Les Herbes folles d’Alain Resnais

Rapt de Lucas Belvaux

Visage de Tsai Ming-liangVisage

Irène d’Alain Cavalier

La Danse de Frederick Wiseman

Le Temps qu’il reste d’Elia Suleiman

Girlfriend Experience de Steven Soderbergh

United Red Army de Koji Wakamatsu

The Pleasure of Being Robbed de Joshua SafdieVincere_articlephoto

Les Derniers Jours du monde de Jean-Marie et Arnaud Larrieu

Vincere de Marco Bellocchio

Hadewijch de Bruno Dumont128108-2-hadewijch


Singularités d’une jeune fille blonde de Manoel de Oliveira

Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love

Z32 d’Avi Mograbi

Vengeance de Johnnie To

Whatever Works de Woody Allen

Lettre à la prison de Marc Scialom

Avatar de James Cameron

Violent Days de Lucile Chaufourtetro-image-14-grand-format

Itinéraire de Jean Bricard de Jean-Marie Straubvengeance_galleryphoto_paysage_std

Rien de personnel de Mathias Gokalp135613-1-united-red-army

Portraits de femmes chinoises de Yin Lichuan

Ce cher mois d’août de Miguel Gomes

A l’origine de Xavier Giannoli

L’Enfant-cheval de Samira Makhmalbaf

Neuilly sa mère de Gabriel La Ferrière19044973

Ponyo sur la falaise de  Hayao Miyazaki

Au loin des villages d’Olivier Zuchuatsmall_438964

Bellamy de Claude Chabrol

24 City de Jia Zhang-ke

Tulpan de Serguei Dvortsevoï

Ricky de François Ozon

La Petite fille de la terre noire de Jeon Soo-il

Le Chant des oiseaux d’Albert Serra24city1-1024

Nuit de chien de Werner Schroeter

Le Miroir magique de Manoel de OliveiraPereEnfants

Tetro de Francis Coppola

Inglourious Basterds de Quentin Tarrantino

Villa Amalia de Benoît Jacquot

Yuki et Nina de Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa

Démineurs de Katherine Bigelow

Un prophète de Jacques Audiarddemineurs_4

16 commentaires pour “Les meilleurs films de 2009 : 51 + 1”

  1. Ok alors le films Jarmush passe encore, mais avec Antéchrist, Whatever Works, Avatar et Neuilly sa mère, j’ai franchement bloqué.
    Ceci étant dit, il me semble inutile d’aller voir 400 films en un an si c’est pour nous en ressortir 20% dans le “top”: il me semble plus pertinent de produire un top 5 voire 10, avec une sélection plus fine. Là, le temps de les télécharger et de les voir tous, le top 50 de 2010 sera déjà passé.

  2. Il ne manque que Lucky Luke pour que la liste du parfait critique qui comprend mieux que les autres soit complète.

  3. Mais où est-il question de mieux comprendre? Il s’agit juste de découvrir, et d’aimer ça.

  4. A mon sens votre liste propose plusieurs films dont l’intérêt m’a complètement échappé (bien que n’en ayant pas vu le quart). Et je n’ai pas du saisir la dernière phrase du billet (entre autres) car elle m’a bien énervé mais soit, je dois être aigri ce soir :)

    Du reste je viens de faire le calcul : 400 heures c’est 33 jours en temps de travail. Vous faites vraiment un beau métier !

  5. Bonjour,
    bien content de découvrir que j’ai vu des films admirables s’en m’en être toujours aperçu
    j’en reverrai certains _ Liverpool _ Les herbes folles _ avec un autre regard
    plus investigateur
    et d’autres Guiraudie. Quelle découverte!
    portez-vous bien tout 2010
    JmL

  6. Et bien, il est agréable de voir qu’il y a au moins un critique qui ne vilipende pas le dernier Jarmusch, vu l’accueil mitigé qu’il a reçu notamment aux “Cahiers du cinéma”. Toutefois, “Un prophète” ne me parait pas surestimé, au contraire, on dirait que certains critiques prennent un recul volontaire du au succès du film qui selon moi ne devrait jamais interférer avec la réception de celui-ci par un critique. Par ailleurs, ce sont “Les herbes folles” qui me paraissent un peu trop considéré comme le chef d’oeuvre français de 2009. Je n’y vois qu’un jeu intéressant sur la narratologie mais ce n’est qu’un point de vue amateur. En revanche, quid du dernier Park Chan Wook ? Globalement, je trouve que c’est un classement assez ouvert et en remercie M Frodon.

  7. Merci pour votre réaction. Je partage votre avis sur le fait que les critiques ne devraient pas prendre en compte la manière dont les films sont reçus par d’autres (sujet qui peut en revanche intéresser un journaliste ou un sociologue).
    Puisque vous me le demandez, je répondrai trop brièvement que ne ne suis guère convaincu par le film de Park Chan-wook (mais ce n’est pas non plus faire de la critique, juste donner une opinion, comme chacun est fondé à le faire. En cela nous sommes tous à égalité, des “amateurs” comme vous le dites fort bien. Le travail critique existe, mais ce n’est pas en faisant des listes qu’il s’exerce. Très cordialement. JMF

  8. Je vous remercie pour votre franchise quant au film de Chan Wook, pour ma part je le trouve intéressant dans son traitement de la bande sonore (exacerbation des bruitages, entre autres) et pour la liberté prise par rapport au roman de Zola, à mon sens il respecte l’esprit du livre en décrivant des “tempéraments” comme le disait si bien Zola lui-même. A ce titre, le choix des vampires n’est pas absurde. Voilà pour la trop brève explication, qui ne peut tout au plus que donner une idée de l’impression que m’a laissé le film. J’avais oublié de préciser que le choix de “Vengeance” dans votre top me paraissait des plus judicieux (si l’on peut dire, considérant le fait qu’un top dépend forcément du goût du critique). Je trouve qu’il a été complètement ignoré à Cannes, et ce injustement; encore une fois, il a sûrement pâti de la présence de Johnnie Hallyday, laissant certains membres du jury froids.

  9. le ruban blanc?

  10. A mes yeux, une idée ampoulée du cinéma au service d’un idée ridiculement simpliste des processus politiques.

  11. Même si je ne partage pas, et loin s’en faut, l’ensemble de cette sélection, je la trouve assez sympathique, car plutôt variée. Elle réunit à la fois des films populaires (avatar, neuilly, un prophète, inglorious basterds, démineurs) à des films plus confidentiels (z32, irène, hadewijch). Je trouve assez réjouissante l’idée qu’un film peut nous rendre heureux, indépendamment de ces intentions premières, qu’elles soient commerciales ou artistiques. Je trouve assez honnête de votre part de ne pas vous en tenir à une sélection plus “élististe”. Donc, à mon tour, je me permets, en toute modestie, de vous livrer le classement de mes 10 meilleurs films 2009 : 1. Canine, 2. Morse, 3. Irène, 4. Hadewijch, 5. Mademoiselle Chambon, 6. Frozen river, 7. Le ruban blanc, 8. A propos d’Elly, 9. Le sens de la vie pour 9$99, 10.ex-eaquo : Inglorious basterds & Avatar

  12. Je suis vraiment enchanté de trouver un critique français ayant apprécié Antichrist à sa juste valeur. Je l’ai vu 2 fois et sa profondeur ne cesse de m’interroger …

  13. Rien que pour l’exploit technique “le Ruban blanc” mérite de figurer dans le top 20 de cette liste. Sans parler du génie de la mise en scène, c’est le seul film où j’ai perçu des soupçons de la précision froide de Kubrick

  14. En ce qui me concerne, je ne vois pas où est l’exploit technique (ce qui n’enlève rien à l’excellente qualité du travail du chef opérateur Christian Berger), et surtout jamais je défendrai un film au nom d’un éventuel exploit technique. Il me semble aussi important de distinguer l’art de la performance sportive que l’érotisme de la gymnastique.

  15. Je suis ravi d’avoir découvert cette page. Fascinant le dernier Jarmush. Electrisant le film de Kathryn Bigelow de même que celui de Audiard. Tous les ans une vingtaine de films nous émeuvent et le moment où la poésie se faufile entre deux scènes vaux bien la peine de continuer à aller au cinéma régulièrement.

    Fernando

  16. Que pensez-vous sur Hadewijch? Particulièrement à la lumière des autres films de Dumont… Voyez-vous une “progression”? Je vous remercie pour votre réponse.

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