Les ministres de Hollande au banc d’essai du foot

A qui ressembleraient les futurs ministres de François Hollande dans le monde du foot? Tentative de typologie.

François Hollande l’a juré : il sera un président modeste. Après l’hyperprésident Sarkozy, le tulliste veut redonner toute leur place aux ministres. Hollande suit en quelque sorte l’exemple du foot, où les présidents délèguent de plus en plus à des entraîneurs-managers aux pouvoirs élargis. Le casting du président socialiste n’est pas encore bouclé, mais on a suffisamment d’indices pour tenter une comparaison foireuse avec le monde du ballon rond.

De qui veut-on à Matignon ? Le Special One, le Lion de Rekem, King Kenny, ou la casquette de Saint-Gaudens ?

Manuel Valls – José Mourinho

On a longtemps hésité entre Guardiola et Mourinho. Manuel le Catalan, grand fan du Barça, aurait sûrement préféré le parallèle avec le premier. Mais on a choisi le second, en espérant éviter le procès en place publique et le statut de persona non grata à Evry. Déjà, il ne perd pas au niveau de la qualité du costard; ensuite, Valls nous a semblé plus proche du Portugais dans son approche tactique et sa manière de coacher : le teint hâlé, la coupe de cheveux soigneuse, le management au charisme, les vertus masculines et la niaque du vainqueur qui vise toujours plus haut. Avec, si besoin, le recours au trash-talking pour moucher les rivaux et jouer l’alpha mâle.

Martine Aubry – Eric Gerets

Là, vous vous dites: quel est le point commun entre la Dame des 35 heures et le Lion de Rekem ? Pas l’accent, pas le cigare, pas le chien, et encore moins la sympathie et le sens de l’auto-dérision belge en bandoulière… Reste la capacité à jouer dur, et surtout à faire taire les égos. Comme Eric Gerets à l’OM, Martine Aubry a remis de l’ordre dans la maison PS, organisé le parti pour le tourner vers la victoire, et s’est retrouvée en tribunes au moment de la victoire, privée de dividendes. Ingrats !

Jean-Marc Ayrault – Kenny Dalglish

Si Kenny Dalglish avait été un manager anglais moyen, il aurait pris la porte de Liverpool depuis bien longtemps, après une saison franchement moyenne pour les Reds (8e, vainqueur de League cup). Oui mais voilà, Dalglish n’est pas Roy Hodgson: sa carrière de joueur chez les Reds s’est terminée à 39 ans, après plus de 500 matchs, sept titres de champions d’Angleterre (dont deux en tant qu’entraîneur-joueur) et deux Coupes des champions. Héros absolu des Scousers, son second passage est plus difficile, depuis son retour à Anfield l’an dernier. D’où cette question, peut-il aller, au 21e siècle, plus haut, sur le toit du championnat, de l’Europe ? C’est aussi la question qu’on se pose lorsqu’on voit la tronche de Jean-Marc Ayrault. Non seulement le maire de Nantes a une bouille presque british, mais surtout, on s’interroge sur ses capacités à passer à l’échelon supérieur. Le prof d’allemand règne sur la capitale bretonne (ça y est, c’est dit) depuis 23 ans, et mène la troupe socialiste à l’Assemblée depuis 15 ans. Sérieux, consensuel, bien vu par le Président… Tout ça c’est une chose, mais a-t-il le truc managérial en plus pour le haut niveau ? Réponse la saison prochaine.

Pierre Moscovici – Elie Baup

Outre la calvitie, les deux loustics partagent un âge voisin (57 ans pour Baup, 54 piges pour Mosco) et une trajectoire de carrière commune. A savoir, des titres précoces, et, depuis, une certaine traversée du désert. L’ancien gardien Baup a construit une bonne partie de sa renommée sur le championnat acquis par Bordeaux en 1999 (souvenez-vous, ce délicieux Ali Benarbia, les coups de casque de Lilian Laslandes, le but de Pascal Feindouno…). Sauf que, depuis, l’homme à la casquette n’a plus gagné grand chose (une coupe de la Ligue, c’est dire), et semble avoir fini sa carrière sur la descente du FC Nantes en 2009. Moscovici, lui, devient le plus jeune premier secrétaire secrétaire national du PS. Durant la cohabitation Jospin-Chirac, il est ministre délégué aux affaires européennes et semble promis à un avenir doré. Mais là encore, l’aube des années 2000 marque le début de la lose, comme un vulgaire Philippe Christanval. Mosco est de toutes les synthèses foireuses au PS, mise d’abord sur DSK pour la présidentielle 2012, avant de se rallier à Hollande. Directeur de campagne du candidat, il est éclipsé par Valls. On cite son nom pour Matignon, mais au fond, personne n’y croit. Un peu comme un retour de Baup sur un banc de Ligue 1.

Les ministres: du jeune, du vieux, de l’effet de manche, et des objets vintage.

Najat Vallaud-Belkacem – Rémi Garde

Toute équipe a besoin de sang neuf. A Lyon, on fait confiance à la jeunesse, et on prie pour qu’elle soit à la hauteur. Exemple à l’OL, où on a joué la carte Rémi Garde, aka “le Guardiola du Rhône”. L’ancien Gunner n’impressionne pas encore autant, mais il a su maintenir à flots une équipe affaiblie par les départs, en donnant leur chance à quelques jeunes. Najat Vallaud-Belkacem suit pour l’instant le même parcours. Des débuts prometteurs, des rumeurs d’arrivée à un secrétariat d’Etat à la jeunesse, avant de viser plus haut ?

Laurent Fabius – Carlo Ancelotti

Il y a des mecs comme ça qui misent tout sur leur CV. Leur palmarès impressionne, ils font consensus auprès des observateurs et on leur passe tout, sauf erreur magistrale de leur part. On appelle cela l’aura, l’expérience ou le leadership. Quand le Qatar a voulu faire du PSG une grande équipe, il a fait appel à un coach renommé pour gérer l’affaire. Quand Hollande voudra faire sérieux sur le plan international, il fera appel à Laurent Fabius, l’équivalent d’un Juppé de gauche. La logique de la valeur sûre. Malheureusement, nul n’est infaillible. Le PSG à largué Kombouaré alors que l’équipe était en tête du championnat pour faire venir Ancelotti et son CV de rêve. A deux journées de la fin, le club de la capitale est deuxième.

Arnaud Montebourg – André Villas-Boas

Il n y a pas si longtemps, on les annonçait comme les nouvelles stars. Montebourg arrivait troisième de la primaire socialiste, Villas-Boas écrasait le championnat du Portugal et enlevait, sabre au clair, la Ligue Europa. Comme le patron de la Saône-et-Loire, avocat aux effets de manche et à la gestuelle mitterrandienne, l’ancien boss de Porto était vu comme flamboyant, fort en gueule, bien habillé et bien peigné. Pour la presse britonne, il était le nouveau José, le “Special Two” de Chelsea. Pour l’un comme pour l’autre, le premier trimestre 2012 a été dur: tandis que Montebourg était relégué comme ambassadeur télé de deuxième zone du candidat Hollande, Villas-Boas se faisait expulser du vestiaire de Chelsea. Tous les deux espèrent rebondir: le premier se voit garde des Sceaux, mais tremble de ne pas être au gouvernement; le second regarde son ancien club arriver en finale de Ligue des champions, avec peut-être une porte de sortie à la Roma… Pourtant, et tous les joueurs vous le diront, le plus dur, c’est de confirmer.

Lionel Jospin – Roger Lemerre (une blague se cache ici)

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs confitures. Grand incompris des Français, Lionel Jospin, comme Roger Lemerre, a fait quelques choix contestés en son temps: emplois jeunes, 35 heures, TIPP flottante pour l’un, non-association Henry-Trezeguet et accompagnement de Franck Leboeuf, Christian Karembeu et Vincent Candela en fin de vie pour l’autre.  Surtout, tous deux sont arrivés tout en haut de l’affiche sur des coups d’éclat (législatives 97 = Euro 2000), avant de partir la tête basse sur des foirages monumentaux, le 21 avril 2002 valant bien la campagne coréenne qui allait suivre. Comme nul n’est prophète en son pays, chacun s’est exilé, sur l’île de Ré pour l’un, en Tunisie pour l’autre, avec des résultats pour le coup différents (on attend l’exploit de l’Association Sportive Réthaise en coupe de France). Dernier point commun, et surtout le plus important, c’est que Lemerre comme Jospin, on les met dans un coin de la salle comme des objets vintage, mais on ne leur demande surtout rien.

L’ouverture: une dose d’idéalisme, d’outrage, et de catenaccio


Eva Joly – Christian Gourcuff

Les convictions ne font pas tout. On peut avoir de beaux principes, remettre en cause les idées reçues, mettre sur pied un projet cohérent sans pour autant que la mayonnaise ne prenne. On n’a pas grand chose à reprocher à Christian Gourcuff, apôtre du jeu cantonné à la deuxième partie de tableau. Ni à Eva Joly, apôtre du développement durable ne dépassant pas la barre des 5%, zone de relégation de l’oubli médiatique de l’élection présidentielle. Si ce n’est leur manque de résultats. Leur style manque de vice pour s’imposer mais force le respect grâce à quelques fulgurances géniales.

Jean-Luc Mélenchon – René Girard

De l’outrage, encore de l’outrage, toujours de l’outrage. Jean-Luc et René vivent pleinement leur passion, quitte à déraper parfois. Ils n’aiment pas vraiment les journalistes et ont chacun leur tête de turc (le Petit Journal de Canal + pour l’un, l’After de RMC pour l’autre). C’est le lot des sanguins de s’emporter et de se faire des ennemis. Mais quand le calme revient, qu’ils ne font pas d’excès pendant quelques jours, le silence médiatique pèse, et soudain, comme des camés se préparant un fix, on revient vers eux, le bras tendu, un micro à la main et une question provocante sur les lèvres. Ils éructent, on sourit.

Jean-Pierre Chevènement – Otto Rehhagel

En 2004, Otto Rehhagel prend la tête de la sélection grecque, met en place une tactique innovante en 9-0-1 et remporte la compétition sur une série de malentendus. Le champion le plus moche de l’histoire de l’Euro a visiblement inspiré le revenant Chevènement. Le Lion de Belfort voudrait jouer la défensive face à la mondialisation, relever les frontières et attendre que ça passe. Pas sûr que ces positions correspondent à la volonté d’ouverture vers l’Europe du sélectionneur.

L’équipe de Plat du Pied

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3 commentaires pour “Les ministres de Hollande au banc d’essai du foot”

  1. http://11to11.net/manuel-valls-le-dj-du-nou-camp/

    le père de Manuel Valls, Xavier Valls, avait un cousin, Manuel Valls i Gorina, et ce dernier a composé l’hymne du FC Barcelone. Rien que ça !!!

  2. Moscovici n’a jamais été premier secrétaire du PS. Tres drôle sinon

  3. @Correard: vous avez en effet raison, Moscovici a été le plus jeune secrétaire national du PS, mais pas premier secrétaire.

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