Hollande, le sportif total ?

André-Pierre, je suis ton père

Quand Nicolas Sarkozy aimait davantage les champions que leurs disciplines, le PSG que le foot, François Hollande affirme depuis longtemps son goût pour la chose sportive et le ballon rond.

Lassée d’un Nicolas Sarkozy dont le geste technique favori, la transversale vers la droite, était devenu trop prévisible, l’équipe de France a décidé de se doter d’un nouveau patron pour réorienter son plan de jeu et se donner plus de variété dans l’alternance et les combinaisons. François Hollande s’est révélé coriace dans les un contre un. Reste à savoir comment il va assumer son leadership technique. Les attentes sont fortes, bien qu’en l’occurrence, il remplace plus un Reynald Pedros qu’un Michel Platini, une personnalité qu’Hollande, vrai fan de foot et de sport en général, cite volontiers. Mais au fait, ça va ressembler à quoi la présidence sportive de François Hollande ?

Rouen, Monaco, Nantes, OM et PSG: la girouette Hollande

L’homme s’est gargarisé tout au long de la campagne de la cohérence de ses idées et de son programme. Mais s’il y a bien un sujet sur lequel il varie, c’est son attachement à un club de foot.

François Hollande est un Normand, ce qui peut expliquer ses indécisions. C’est à Rouen que se situent ses premiers émois footbalistiques: “Dans une vie rêvée, j’aurais voulu être avant-centre du club de Rouen”, confiait-il à Radio France pendant la campagne, préférant le numéro 9 des “Dragons rouges” à une victoire dans le Tour de France ou à Roland-Garros.
Le programme sportif de François Hollande par franceinter

Gamin, Hollande jouait dans les équipes de jeunes du FCR, avant que sa famille ne déménage à Paris. Mais comme Rouen n’est pas vraiment la place forte du foot normand (dernière saison en D1, en 84-85), comparé au Havre et à Malherbe, François Hollande connaîtra une vie de supporter pour le moins inégale. Il confesse avoir aimé Monaco et Nantes, avoir eu ses périodes pro-PSG et pro-OM, avec toutefois un soupçon de préférence pour l’ambiance du Vélodrome, dit-il. Et puis bien sûr Quevilly, qu’il a soutenu jusqu’au Stade de France.

“Joueur élégant, très généreux, il jouait sur le couloir droit mais aimait rentrer sur son pied gauche. Très disponible, dans le collectif.” Non Gérard Houllier ne parle pas de Rocheteau, ni de Réginald Dortomb, icône de jeunesse rouennaise de François Hollande, mais bien du nouveau boss himself, après un match face au Variétés, le dernier auquel a participé Hollande.

Dans son panthéon, Séville, Guadalajara, Platini et la France “black-blanc-beur” côtoient Noah, Marie-Jo Pérec et Mohamed Ali. S’il ne joue plus depuis longtemps, Hollande suit le foot, aime à parler des champions mais aussi des bénévoles, du foot des champs. Une proximité qui peut le couper du très haut niveau. Et si François Hollande a reçu le soutien de pas mal de sportifs et d’anciens champions (Thierry Rey, Jean-Claude Skrela, Serge Simon, Yannick Noah, Daniel Costantini, Pascal Papé etc), il a eu beaucoup plus de mal avec le football. On a juste vu Vikash le bobo et Pape Diouf lui apporter leur soutien, ainsi que le Belge Vincent Kompany (qui ne vote pas en France, du moins pas encore).

Le casus belli des 75%

Hollande s’en est pris aux footeux déconnectés de la réalité: “Comprenez le monde dans lequel vous êtes”, a-t-il lancé. Il a installé sa campagne en dégainant le projet choc de taxation des revenus à 75% à partir du million d’euros de rentrées annuelles. Une envolée contre les très riches qui a scotché certains joueurs à leur siège. Dont Christophe Jallet, qui s’est pris une volée de bois vert après avoir eu l’idée de s’insurger. Effectivement, on a pu découvrir que des mecs comme Jallet gagnaient plus d’un million par an… On ne sait pas encore si le latéral du PSG est en train de négocier son transfert au FC Sion pour se payer des implants capillaires avec ses économies fiscales.

Frédéric Thiriez, autre fan de scooter, s’en était pris à ce qu’il considérait comme la “mise à mort du foot français”, et le signal du départ pour une bonne centaine de joueurs de Ligue 1, dont des talents indéniables comme Gignac, Ceara ou Monsoreau. Réponse ferme de Hollande: “Que les dirigeants de football fassent aussi un peu le ménage : a-t-on un niveau de championnat qui justifie des salaires aussi astronomiques ? On peut aussi considérer que certaines rémunérations n’ont pas à être aussi importantes. J’ai appris que l’entraîneur du Paris-Saint-Germain percevait 6 millions d’euros par an. A ce prix-là, je souhaite que le PSG soit champion de France !” Ce qui aurait au moins l’avantage de tirer une larme à Sarkozy.

Passé par L’Equipe dans l’entre-deux tours pour causer sport, FH a aussi dû se coltiner la question sur les quotas. Qu’il a esquivée en estimant que la règle devrait empêcher le changement d’allégeance pour les joueurs entre les sélections de jeunes et les A.

“Cela marche dans les deux sens, non ? Nous avons eu aussi des joueurs d’origine étrangère qui sont devenus de très bons joueurs de notre équipe nationale. Le jeune formé en France, qui a une double nationalité et qui choisit de jouer pour son pays d’origine, dès lors qu’il n’a pas porté le maillot de l’équipe de France, cela ne me dérange pas (…) Le principe devrait être le suivant : dès qu’un jeune porte le maillot d’une sélection, il ne devrait plus pouvoir en changer. Même si cela arrive assez tôt, en cadets ou en juniors. Cette règle devrait être posée à l’échelon international.”

On peut par ailleurs assurer qu’on va beaucoup voir Hollande dans les stades, non seulement parce qu’il aime ça, mais aussi parce que le foot français va déchirer dans les mois à venir, comme à chaque fois que la gauche a été au pouvoir.

Quel ministre des sports ? A quand les JO ? Et il aime quoi en fait Hollande ?

“Le sport, c’est une histoire qu’il faut raconter”, dit le nouveau président. Et aussi mettre en musique, peut-on ajouter. Pour cela, il faut un ministre, qu’il a promis de plein exercice. “C’est à la fois un enjeu de santé, d’éducation, d’économie et même de tourisme.”

Et pas question de sortir un Thuram du chapeau comme d’autres ont dégainé Roger Bambuck, Guy Drut ou David Douillet. “Tantôt on prend un sportif de haut niveau qui a un goût pour la politique, tantôt on prend une personnalité politique qui aime le sport (…) Pour ma part, je préfèrerais plutôt une personnalité politique qui aime et vit le sport, car je considère qu’être ministre d’un gouvernement suppose avoir une connaissance de la vie politique et administrative.” Une définition qui colle à merveille au profil de Valérie Fourneyron. La députée-maire de Rouen, en plus du copinage normand et d’être un bon point pour la parité, a l’avantage d’avoir été médecin de l’équipe de France de volley-ball après sept ans passés au même poste au sein de l’équipe de hockey de Rouen. Et d’avoir géré la question sportive dans le shadow cabinet de la campagne socialiste. Elle, bien sûr, ne dit pas non (comme ici à France 3). Et tant pis pour Marie-George.

Pour elle, peut-être un budget augmenté: “Le budget du ministère des Sports est trop faible pour susciter de grands débats. Il ne représente que 0.15% du budget de l’Etat, alors que le candidat sortant avait promis, en 2007, de le porter à 3%, juge Hollande. Cela dit, on peut, d’un camp à l’autre, avoir des nuances sur le rôle du sport, la place de l’argent, la manière d’associer les fédérations ou les collectivités locales à une politique sportive. Mais il n’existe pas de clivage majeur et je ne m’en plains pas.”

Au programme du PS, une loi-cadre de modernisation du sport avec le renforcement des moyens du Centre national pour le développement du sport par une augmentation de la taxe Buffet sur les droits TV et jeux d’argent. Le candidat prônait aussi la création d’un institut national du loisir sportif, à l’image de l’Insep pour le sport de performance, l’élargissement de la diffusion TV des évènements de sport féminin et du handisport, et la création d’une agence mondiale contre la fraude sportive.

Si Valérie Fourneyron arrive en poste, elle et Hollande devront aussi répondre à cette question: est-ce que la France repart dans une bataille olympique ? “L’échec d’une nouvelle candidature aux JO serait terrible. Cela fera quand même un siècle en 2024 qu’il n’y aura pas eu de JO d’été en France ! On peut donc avoir quelques prétentions. L’important est que cela ne fasse pas, une fois de plus, l’objet d’une récupération politique.”

Par ailleurs, on sait que François Hollande aime aussi le rugby. Il est ironique de remarquer que l’homme de la Corrèze accède à l’Elysée le même week-end qui voit Brive descendre en Pro D2. Pauvres coujous. Dans ses disciplines favorites, l’athlé, le vélo et donc le Tour, dont il regarde même les étapes de plaine “où on sait qu’il ne va rien se passer, que ça va se jouer au sprint quatre ou cinq heures plus tard”. Mais son péché mignon, c’est la boxe. “J’aime les affiches de poids lourds. C’est très important d’avoir des sports de combat. C’est un élément de cohésion dans les quartiers.” Lui a gagné le combat des éléphants et le marathon électoral. Hollande, le sportif total ?

Ludovic Job

Photo: Hollande lors d’un match de charité en 2008 pour l’association France-Alzheimer en 2008. Reuters/Charles Platiau

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3 commentaires pour “Hollande, le sportif total ?”

  1. Vive le président,

    Il ne semble pas être un dogmatique arrêté sur ses idées qui les éructe et insultes ses adversaires.

    Quand aux regrets sur la descente des Coujous, je n’en suis pas si sur quand on a connu un derby des jeunes contre ses petits gars de Tulle.

  2. les chaussures Nike c’est pas top !!!!!!!!!!!!!!!!!!

  3. Super le photo montage ! Je me demande aussi quel ministre des sports il va nommé ! Vivement mardi !

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