Evian à vau-l’eau

reuters/Pascal RossignolTie Bi et Khelifa se sont échappés d’un pack de six

Il faut toujours avoir un club honni dans un championnat. Le PSG a longtemps remporté ce titre haut la main. Mais désormais, et au moins jusqu’à la fin de la saison, Plat du pied est fâché avec Evian-Thonon-Gaillard. Voici pourquoi, en toute mauvaise foi.

C’est vrai que jusque là, on avait pas grand chose à reprocher à l’ETG. 11ème de Ligue 1, pour un promu, ça sentait le maintien serein. On était heureux de voir les vieilles guiboles de Barbosa, Sorlin et Laquait, et ce bon boucher de Poulsen, tenir la baraque. Avec aussi quelques jeunes pas mal du tout (Wass, Sagbo, Cambon). Evian-Thonon-Gaillard était imprévisible, donc admirable. Mais depuis quelques jours, retournement de tendance.

1-L’élément déclencheur: l’arrivée de Pablo Correa

ETG 11ème, s’apprêtait à passer l’hiver tranquille, avec Casoni sur le banc et la 6ème attaque du championnat. Et c’est là qu’on apprend, entre Noël et le jour de l’an, que le contrat de l’ancien Marseillais, qui a fait monter le club deux années de suite, ne sera pas renouvelé en fin de saison. La direction souhaite en effet un coach impliqué à plein temps sur le projet pour faire grandir le club. Traduction: Casoni ne veut pas habiter dans les Alpes car sa famille est dans le sud, c’est un problème, changeons-le. Un choix pas forcément incompréhensible, à l’inverse de la communication des dirigeants.

On apprend ensuite que Casoni est débarqué. Et que son remplaçant s’appelle Pablo Correa. Oui, Correa, l’homme qui a traîné son 6-4-0 sur tous les terrains de France avec Nancy; celui qui se plaignait d’avoir un stabilisé à Picot parce que cela permet à l’adversaire de jouer au ballon, même en hiver; celui qui a fait de Damien Grégorini son gardien titulaire… On avait jusque-là un Evian attractif, on va désormais se retrouver avec des purges et des 0-0 à la pelle. Pour rappel, Correa en L1 avec Nancy, c’est six saisons, dont cinq en-dessous de la 12e place et une 4e position arrachée à coups de 1-0 avec Zerka avant-centre. On lui ajoute une Coupe de la Ligue pour la route, mais on se doit de rappeler que sans Youssouf Hadji, l’ASNL serait en L2 à l’heure qu’il est.

Bref, on n’aime pas trop l’entraîneur Pablo Correa, un gueulard à faire passer René Girard pour un poète, qui a  des ennemis sur la terre entière, et notamment dans le corps arbitral. Surtout, cette nomination vient renforcer plusieurs éléments qui nous font penser qu’on préfère voir Ajaccio ou Dijon sauver leurs fesses.

2-L’insulte au bon goût: le maillot le plus moche de France

C’est le titre remporté par le maillot “third” d’ETG. Il est remis par les lecteurs du blog Lucarne opposé. Cette “cacamiseta” 2012 est bien méritée, pour un paletot  mi-jaune mi-fuchsia et le placard Danone sur le torse. Il a recueilli 43% des suffrages. C’est Jérôme Latta, des Cahiers du foot, qui avait défendu la candidature des Hauts Savoyards:

On sait à quel point les sponsors peuvent contribuer, particulièrement en Ligue 1, à enlaidir les maillots avec des placards hideux, de préférence bariolés afin de jurer au maximum avec les couleurs de l’équipe et qui tendent finalement à recouvrir entièrement ledit maillot. Le club d’Evian-Thonon-Gaillard a porté la logique jusqu’à un stade supérieur: son maillot est directement taillé dans un packaging de produit, en l’occurrence une bouteille d’eau minérale – le vice ayant été poussé jusqu’à afficher en surimpression une autre marque du groupe agro-alimentaire qui fait office de mécène de l’équipe. Le résultat exprime autant la laideur que le mépris du football.

On est bien d’accord.

3-Le pingre: un mécène qui ne donne pas un rond

Quand le big boss d’une multinationale met des billes dans un club de foot, on attend un peu de spectacle. Malheureusement, face aux Russes et à nos amis du Qatar, les Français sont des demi-sel. Le fair play financier que PDPS a eu l’occasion de défendre s’en porte mieux, mais on est un peu tristes. Franck Riboud, patron de Danone, aurait pu faire les choses en grand: amener des noms à Annecy (ah, oui, le club joue à 80 bornes de sa ville), surtout quand Zidane et Lizarazu deviennent actionnaires. Avec Patrick Trotignon (le président) en maquignon, on se contentera malheureusement de Christian Poulsen et Olivier Sorlin comme joueurs stars. Riboud est pingre, ce qui est quand même dommage quand on pense qu’il a fait changer le nom du club de Croix-de-Savoie en Evian-Thonon-Gaillard pour s’assurer une pub gratos pour une marque de son groupe. On est donc passé du reblochon à l’eau minérale, ce qui ne fait pas plaisir à quelques irréductibles du 74 qui se battent pour sauver l’appellation de leur club.

4-La tristesse: petite mort des vieilles gloires

Dernier crime contre le football commis par ETG cette saison: la petite mort en cours de deux des joueurs les plus respectables de la Ligue 1 du XXIe siècle: Jérôme Leroy et Sidney Govou. A 37 ans, Leroy a été relégué en tribunes par Casoni (trop de caractère à eux deux) et on voit mal Correa l’en sortir, lui qui joue avec 9 défenseurs. Evian est donc peut-être la dernière aventure d’un des plus fins techniciens de la dernière décennie, mais  aussi capable de se bastonner en Classico, avec le maillot de l’OM, et celui du PSG. Govou non plus ne joue pas beaucoup. Mis sur le banc, Sid n’a pas mis un pion cette saison. Dommage, il fut probablement le mec le plus sympa du championnat, et aussi un vrai bon joueur de foot (remember France-Italie septembre 2006). La faute sûrement à l’eau minérale dont il aurait dû savoir qu’elle fait rouiller, surtout quand elle est plate comme de l’Evian.

Ludovic Job

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Photo: Reuters/Pascal Rossignol

7 commentaires pour “Evian à vau-l’eau”

  1. Un bien bel article, bravo !

  2. dac bien dit !! je voudrais vous joindre pour infos importantes puis je avoir votre email svp en privé ?

  3. normalement, pdps.slate@gmail.com fonctionne

  4. sinon faites nous signe

  5. Il est vrai que ces dernières décisions sont incompréhensibles au niveau de Casoni…
    On avait vu la même chose avec Arles Avignon et Esteban…
    Espérons qu’ils s’en sortiront cette saison.

  6. Maintenant dans le foot on vire l’entraineur même quand les résultats sont là, tout ça pour des raisons extra-sportive.
    A rien n’y comprendre, tout ça pour en prendre un autre qui vaut rien.
    Le monde du foot va mal.
    Bel article.

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